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1. Intro
 
Attention, cette page peut s’apparenter à une analyse complète de la saga. Ne sont conviés ici que les lecteurs qui auraient fini leur lecture (en français ou en anglais) et qui souhaiterait comparer leur opinion à la nôtre. Bien sûr, ceux (lecteurs ou non) qui voudraient connaître tous les ressorts de la saga devraient également trouver leur bonheur. Tous les paragraphes qui suivent révèlent tout ou presque des évènements de la saga.

Comme toutes les critiques, celles-ci sont nécessairement subjectives. Donc pour en faciliter la lecture, nous avons choisi de jouer sur les symboles :

Jacen« Jacen » annonce une opinion positive.

Caedus « Caedus » annonce un « peu mieux faire ».

Ben« Ben » est synonyme « d’avis mitigé ».






Bonne lecture.
2. L’évolution de Jacen – le legs d’Anakin Skywalker ?
 
JacenA tout seigneur tout honneur, parlons de Jacen Solo, le « héros » de cette saga. Toute l’histoire de LOTF tourne autour de son passage du Côté Obscur (de Trahison à Sacrifice) puis de son comportement une fois au pouvoir (de Enfer à Invincible). Force est de constater que sous l’égide de Lumiya, on a droit à un vrai travail de corruption de l’esprit de Jacen, il est vraiment embarqué sur une pente très glissante dès le premier roman (lobotomisation de la Reine-Mère de Hapes dans Nid Obscur, qui l’avait bien cherché, puis assassinat de la Jedi Nelani dans Trahison).

screen


Le parallélisme avec la prélogie, même s’il ne sera jamais revendiqué directement par les auteurs, est évident et évite habilement la répétition dans le sens où Jacen occupe à la fois le rôle de Palpatine et de Anakin. Vis-à-vis du second, là où la prélogie se basait sur une évolution par à-coups intéressants (le massacre des gamins Tuskens dans l’Attaque des Clones) ou maladroits (La Revanche des Sith ou comment-devenir-un-Sith-en-une-soirée), le glissement de Jacen est tout ce qu’il y a de plus progressif et insidieux. Relayé de surcroît par une narration qui permet au lecteur d’accompagner très longtemps Jacen dans sa volonté de se croire du « bon » côté. Puis, une fois devenu Dark Caedus, Jacen nous sort la carte Palpatine en prenant le pouvoir sous le nez de ses ennemis sans que ceux-ci n’aient jamais un motif ou une possibilité d’action. Certes, il n’est pas plus fort que Sidious à ce jeu, mais son statut de Skywalker-Solo rend la chose beaucoup plus croustillante à suivre et beaucoup plus dramatique à terme.

CaedusCe qui nous amène à l’origine de la chose. La chute de Jacen est-elle une faillite personnelle pour l’éducation made in Skywalker-Solo ? Clairement, Luke est capable de tenir la galaxie à bout de bras mais lorsqu’il s’agit de la famille, ça semble un peu plus difficile. A sa décharge, et à celle de Han et Leia avant tout, les raisons du comportement de Jacen sont un peu «indépendantes» de leur volonté : Vergere et les Vongs (dans le Nouvel Ordre Jedi), le road-trip de cinq ans avec tout ce que la galaxie compte de hippies de la Force (avant Nid Obscur), et finalement Lumiya. A un moment donné, Jacen en est arrivé à un point où il était loin devant le reste des Jedi, et faute de confrontation directe (Enfer), il pouvait même se croire devant Luke. Et bien évidemment, à ce stade la frontière est étroite entre cet état de fait et le moment où l’on se voit plus beau qu’on ne l’est vraiment. Est-ce qu’avec un encadrement plus strict de la part de l’Ordre, Jacen n’aurait pas développé son complexe du messie ? Probablement, comme Anakin Skywalker aurait pu être un peu mieux suivi, mais il n’y a pas de certitudes en la matière.

L’immobilisme de Luke et des Jedi face aux coups tordus de Jacen est lui de l’ordre des certitudes. La gestapo, les tortures, les tentatives d’assassinats sur ses parents et j’en passe, que faut-il donc à l’Ordre Jedi pour prendre les choses en main ? Que Jacen se mette un casque noir sur la tête et respire dans un aspirateur ? Il y a deux ou trois romans durant lesquels les choses dérapent et les Jedi pêchent par excès de non-implication (de Descendances à Sacrifice), une des conséquences indirecte étant certainement le sort de Mara qui est la première à avoir le déclic et décide d’opérer seule.

JacenAu final, et malgré une écriture qui construit ses développements sur des postulats très discutables (l’inaction des Jedi liée au fait que Jacen «est de la famille»), l’évolution de Jacen reste intéressante à suivre. Elle fait froid dans le dos, elle est subtile, pendant très longtemps on peut encore croire à la rédemption et à la possibilité qu’il ne soit pas totalement parti en sucette. Sur les derniers romans, la problématique s’inverse. Il a basculé du mauvais côté sans avoir une maîtrise totale comme celle de Palpatine et il lui faut ramer très fort pour garder ses opposants internes et externes à distance raisonnable, ce qui est intéressant à suivre pour le lecteur même s’il est difficile de s’identifier à lui.
3. Papa bricole – le legs de Boba Fett
 
JacenDes problèmes différents mais un Boba Fett fidèle à lui-même : un enfoiré de chasseur de primes qui se découvre une famille. En voila un slogan qui déchire, et qui prête à sourire si on s’y attarde un peu. Cependant, c’est comme ça qu’on transforme une intrigue secondaire plutôt parachutée (voir interview de Karen Traviss à propos de Descendances) en franche réussite.

Selon moi, rien n’a été fait d’intéressant avec Boba Fett depuis 15 ans, et ce n’est certainement pas la prélogie qui va me faire dire le contraire. Tout ce qui y a été développé par rapport à Boba et son père est resté lettre morte en termes d’impacts sur le « vieux » Boba. Avec LOTF, les auteurs (et principalement Karen Traviss) partent dans une voie différente et résolument innovante : Boba Fett reste un sale individualiste avec des principes très personnels, il est toujours un crevard lorsqu’il s’agit de revanche, mais désormais il est Mandalore. Il a la responsabilité de donner une direction à tout un peuple et il se découvre une famille. Il lui faut accepter que sa fille vienne de mourir (dans Descendances) alors qu’il apprend qu’elle était vivante et il se découvre progressivement le souci d’assumer son rôle de grand-père (même si c’est au sens mandalorien du terme). Summum de la démarche : il finit par devoir assumer directement ses faillites personnelles avec le retour de sa femme (dans Révélation).

C’est original et bien raconté sans jamais renier le passé du personnage et en construisant sur toute la culture mandalorienne développé par Traviss. On peut regretter que la logique ne soit pas poussée jusqu’au bout, par exemple en confrontant Boba à un dilemme l’amenant à devoir choisir entre sa famille et sa vendetta avec Jacen Solo, mais il faut bien laisser de la place au personnage de Jaina… (dans Révélation)
4. Ben l’héritier – le legs de Jacen
 
JacenEn soit, les ressorts dramatiques accompagnant la chute de Jacen du Côté Obscur sont bons, mais ils deviennent encore meilleurs lorsqu’il entraîne le fils de Luke Skywalker avec lui.

Ecrire une storyline intéressante sur un gosse de treize ans dans des romans adultes, ce n’est jamais une chose aisée. Ici, les auteurs s’en sortent de manière plutôt heureuse. Ben suit Jacen pas à pas pendant la première moitié de LOTF, en jouant un rôle d’officier au sein de la Garde de l'Alliance Galactique (GAG), puis en s’occupant de missions de plus en plus controversées censées tester sa boussole morale et mesurer sa capacité à devenir un bon apprenti Sith. Et finalement, au dernier moment, son chemin diverge de celui de son maître. Tout ce qui relève du parcours individuel de Ben, de sa caractérisation, est une réussite. On suit agréablement le personnage et son évolution, que ce soit dans les missions confiées par Jacen qui ne sont jamais que le moyen traditionnel de former un apprenti Jedi ou Sith (Exil et Sacrifice), ou au contraire dans la manière où il s’oppose à Jacen au cours de la seconde partie de LOTF (Enfer et Fureur).

BenDeux bémols dans cette réussite globale : le rôle de lieutenant de Ben apparaît peu crédible. Tout Jedi qu’il soit avec ses compétences inaccessibles pour le commun des mortels, il n’y a aucune chance que cela suffise à faire obéir des soldats chevronnés aux ordres d’un garçon de treize ans, surtout connaissant la réticence habituelle des militaires vis-à-vis des Jedi. On aurait aimé voir les relations, par ailleurs très intéressantes, que Ben va construire tout au long de la saga avec des collègues de la GAG se bâtir sur un élément moins discutable du scénario. L’autre sujet de discussion est la réaction de Ben au décès de Mara. Globalement, sa réaction personnelle et encore plus la manière dont ça impacte les relations avec son père nous donnent des moments très touchants. En revanche on peut regretter qu’à certains moments, Ben soit excessivement cérébral dans son analyse de ses sentiments, on aurait aimé le voir lâcher un peu plus la bribe à ses émotions. Comme pour Jacen, cela nuit à l’attachement que les lecteurs pourraient demander envers leurs personnages principaux.
5. Le couple Skywalker – le legs de Luke
 
JacenLe rôle de Mara Jade Skywalker et sa fin (dans Sacrifice) sont un des points de satisfaction incontournables de la saga (selon votre serviteur, parce que l’on peut voir dans la partie interview que Zahn diverge). Après des années d’errements scénaristiques, Mara Jade a enfin le droit à une storyline à la hauteur de son caractère et de son personnage, il était temps. Depuis sa dernière utilisation par Zahn, et son mariage avec Luke, les auteurs n’ont jamais su concilier son statut de Maître Jedi avec son passé d’assassin, puis son rôle de mère avec son caractère extrêmement indépendant à l’origine. Et quand on ne sait pas quoi faire d’un personnage, on se rabat sur des histoires douteuses, l’une chassant l’autre sans capitalisation : Mara est malade, Mara est enceinte, Mara est enceinte et malade, Mara est mise au placard, et globalement Mara dit n’importe quoi. A ce sujet, les auteurs de LOTF ne font pas exception : avant que Traviss puisse écrire cette belle porte de sortie, ils ont pataugé avec un positionnement plutôt douteux de Mara vis-à-vis des actes de Jacen, trop enthousiaste ou pas assez (Descendances et Tempête).

CaedusLuke Skywalker est victime du même problème que sa femme mais qui se manifeste d’une manière totalement différente. Il agit occasionnellement de manière stupide mais il a suffisamment de « temps à l’écran » pour que ça soit dilué au sein d’une multitude d’actions d’éclat. Et les auteurs de LOTF, comme ceux du NJO avant eux, n’ont toujours pas trouvé la clé. Entre le Luke-Chevalier de toujours qui botte des culs, et le Luke-Maître caractérisé par son inaction, existe-t-il une autre voie ? Et surtout, est-il encore possible que le personnage (et les auteurs qui commandent à sa destinée) trouve cette voie d’une manière scénaristiquement intéressante à 60 ans… Heureusement, la série nous offre quelques passes d’armes mémorables pour nous consoler (Tempête, Enfer et Révélation).
6. Les méchants – le legs des Sith
 
BenEn considérant que Jacen est hors catégorie, Lumiya est ce qui se rapproche le plus d’un méchant. Et Lumiya, comme beaucoup de personnages et d’intrigues d’aujourd’hui, est victime du syndrome Lost, précédemment appelé syndrome X-Files. L’intérêt de l’intrigue entourant le retour de Lumiya repose sur ce que le lecteur ne sait pas, et non plus sur ce qu’il sait. Les auteurs s’attachent à repousser le plus loin possible les révélations au cours de l’histoire afin de garder toutes les possibilités ouvertes dans la tête du lecteur. C’est extrêmement stimulant, ça implique le lecteur dans l’histoire, mais le revers de la médaille est que ça suscite énormément d’attente. Dès lors, deux enjeux pour les auteurs : offrir des rebondissements à la hauteur des attentes, et distiller ces révélations selon le bon timing. Sur ces deux points, l’échec est patent. Le premier a peu d’importance car lorsque l’on connaît bien cette mécanique narrative, on sait que le chemin est plus important que la ligne d’arrivée et qu’il est de toute façon impossible de donner satisfaction à tous. Le second en revanche est crucial. Concrètement, toute la première partie de LOTF implique le lecteur dans le jeu de Jacen et Lumiya et l’interpelle autour de ces questions : qui manipule qui, et surtout Lumiya a-t-elle des ressources et des ambitions cachées qui ne font de Jacen qu’une étape pour parvenir à ses véritables fins ? Désormais, on sait qu’il n’en est rien, le lecteur découvre le jeu de Lumiya assez subitement (dans Sacrifice) et étant donné qu’il n’y a quasiment rien à découvrir, il aurait été souhaitable d’amener les lecteurs petit à petit à comprendre cela plutôt que de maintenir artificiellement le suspense. Cette erreur vient ternir le message de Lumiya qui est quasiment aussi révolutionnaire que celui de Vergere en son temps. En gros, Sidious est présenté comme un mégalomane qui ne pouvait qu’imploser sous la puissance de sa propre ambition et les nouveaux Sith doivent être beaucoup plus maîtres de leurs émotions (on revient ici vers un discours à la Yoda). C’est assez jouissif comme concept même si c’est très éloigné des archétypes prêchés habituellement dans Star Wars à l’égard des Sith.

CaedusLa principale associée de Lumiya se nomme… Alema Rar ! Et oui, la vermine existe même chez les Twileks. Once upon a time, Alema était une chaudasse et avait les moyens de ses ambitions, désormais c’est juste dans sa tête et elle est une pathétique estropiée à la rancœur féroce. En termes de suspense, elle est tellement psychotique et chanceuse que ça fonctionne assez bien, mais dans le fond il aurait fallu se débarrasser d’elle plus rapidement. Au moins connaît-elle une fin qui fait office de défouloir pour les lecteurs (en se faisant buter comme une moins-que-rien par Jag) qui compense un peu le pathos que nous avons du endurer au cours de ces dernières apparitions.

Malheureusement, une abrutie se substitue rapidement à une autre et Alema disparaît pour mieux laisser sa place à Tahiri (à partir de Fureur). Cette fois, pas de blessure atroce, en revanche toujours du pathétique en veux-tu en voilà. Tahiri qui a été manipulée par les Vongs et en est revenue, Tahiri qui a bénéficié de la sagesse de Zonama Sekot, Tahiri Chevalier Jedi accompli, devient l’apprentie de Jacen car il lui permet de faire un flow-walking et de revoir son amoureux… Elle chiale comme une sotte plus de 10 ans après la mort d’Anakin, elle n’a pas eu le temps de se trouver un autre mec depuis ? Tu parles d’une tête de linotte. Anakin doit se retourner dans sa tombe (ou dans la Force) ! Finalement, il ressortira deux éléments positifs de cette caractérisation à la truelle de Tahiri : la conclusion et la porte ouverte avec Ben qui après avoir trouvé le chemin du côté lumineux montre déjà qu’il est bien le futur Skywalker défenseur des causes désespérées, et le comportement de Jacen qui en étant capable d’utiliser la mort de son frère sans remords illustre clairement que le passage de Jacen à Caedus est terminé.
7. La trame politique – le legs de l’Alliance Galactique
 
JacenNiathal, Cal Omas, Pellaeon et les autres, de vrais cadors capables de marquer les évènements de leur empreinte sans sabre laser ni blaster. La trame politique globale est faible et l’enchaînement des évènements un peu laborieux comme on l’a déjà souligné, mais on a le droit à des personnages véritablement charismatiques (Pellaeon) et qui font fonctionner leurs méninges (Niathal, Cal Omas) au point de faire suer les Force-users qui doivent leur tenir tête.


CaedusDommage que la synthèse avec les personnages traditionnels n’ait pas été poussée plus loin. Les interactions entre Luke et les leaders politiques sont plutôt manichéennes, saupoudrées de dilemmes bien connus. La morale des Jedi est ainsi discutée sur la fin de la saga (Révélation et Invincible), alors qu’ils risquent en certaines occasions la vie de beaucoup de monde pour en sauver encore plus. C’est déjà-vu, mais le plus ennuyeux vient du fait que les conséquences soient expédiées, les Jedi passent à autre chose et personne ne vient vraiment leur reprocher d’avoir laissé filer le « problème Jacen » au point d’en arriver à des extrémités sur les dernières batailles.

Au-delà de Luke, c’est l’implication de non-Jedi (des personnages historiques comme Wedge) qui n’est pas suffisamment poussée. Beaucoup n’apparaissent même pas, d’autres font à peine plus que des caméos, et enfin ceux qui ont un vrai screen-time (temps à l’écran – pour reprendre une expression de cinéma) comme Wedge, s’effacent totalement au cours du dernier arc de la série (Révélation et Invincible). C’est regrettable, ça affaiblit la trame générale qui passe d’une histoire globale avec velléités politiques au départ de la saga à une histoire personnelle à la fin sans que l’on soit convaincu que la réorientation soit bénéfique.

Enfin, la conclusion du jeu politique visant à prendre le pouvoir dans la galaxie est, elle aussi, relativement faible.
8. La continuité – le legs de l’UE
 
Après vingt ans de développement continu de l’Univers Étendu, est-il encore possible d’écrire en tenant compte de la continuité tout en permettant à de nouveaux lecteurs de monter à bord ? Ou bien l’Univers Étendu est-il désormais une affaire de fans de longue date ? LOTF a répondu à cette question de différentes manières.

BenTout d’abord, pas d’envahissement massif des histoires passées. A un point que le NJO et les Yuuzhan Vongs sont à peine mentionnés au passage. Les auteurs n’ont conservé que les éléments nécessaires à leur storyline en présentant de manière compréhensible, et assez synthétique, les parcours des uns et des autres. Au final, on a l’impression d’avoir une saga relativement déconnectée de l’Univers Étendu tandis que le Nouvel Ordre Jedi jouait à fond la carte de la continuité par rapport à la période Bantham. Cette démarche se défend vu les égarements du NOJ à ce sujet et offre la possibilité à de nouveaux lecteurs de prendre le train en marche (encore que, difficile de bien comprendre Jacen sans avoir lu la fin du NOJ et une partie de Nid Obscur) mais elle implique de proposer quelque chose de plus abouti en échange. Autrement dit, l’histoire très personnelle qui se substitue à la fresque globale du NOJ est-elle intéressante ? J’aurais tendance à dire qu’elle propose un résultat différent mais pas nécessairement plus fort que le NOJ, sachant que ça se joue réellement sur des détails : un petit peu plus de personnages secondaires par ici, un peu moins de Skywalker-Solo par là. En revanche, après ce constat général, deux éléments méritent d’être approfondis : Anakin Solo et la présence des Vongs dans la galaxie.

CaedusAnakin Solo revient dans LOTF… sous la forme d’un robot. Anakin-bot. WTF ! Une grande partie des fans attendent une grande histoire sur Anakin Solo. Il existe un fort sentiment d’inachevé et une conviction que les auteurs le réintroduiront d’une manière ou d’une autre. Sur le fond, on peut bien sûr estimer que ce n’est qu’un délire de fanboy, mais c’est aussi le proverbial « lapin sorti du chapeau » dont ne se privent pas les éditeurs en mal d’idées. Une chose est sure : si on ignore l’attente des lecteurs, il faut le faire jusqu’au bout, il ne faut pas chatouiller les fans avec des plots minables comme c’est le cas ici.

Les Vongs ont disparu de la galaxie. Veni, vidi et presque vici une galaxie avec des centaines de milliards d’habitants, et 10 ans après on parle moins d’eux que de Sith morts depuis 4000 ans. On atteint ici l’apogée du syndrome du NOJ : avoir voulu faire le scénario de l’invasion ultime, et de la guerre ultime, sans lui donner les moyens de résister aux interrogations de base (comment les Vongs sont-ils en mesure d’être suffisamment nombreux et armés pour mettre la galaxie à genoux par exemple). Ces incohérences ont allègrement continué dans l’après-guerre : comment des envahisseurs suffisamment nombreux pour prendre le contrôle de la moitié de la galaxie ont-ils pu partir en exil sans laisser de trace ? La gestion d’une armée démobilisée, et plus globalement d’une race aux abois qui a fait tant de tort à la galaxie pendant 5 ans, est une source de scénarios infinie (d’autant plus qu’Ostrander et Dark Horse ont fait cet effort, alors pourquoi pas Del Rey et ses auteurs). C’est dommage de ne pas l’exploiter, mais c’est carrément absurde de faire comme si tous les Vongs avaient pris la poudre d’escampette en dix ans. Après tout, ça fait bien 30 ans que Luke Skywalker démine les pièges laissés par Palpatine aux quatre coins de la galaxie…
9. Un SW plus sombre, vraiment plus sombre, pas simplement plus trash – le legs du NOJ
 
JacenDu sang, de la sueur et de la tension (car un Jedi, ça ne pleure pas, même pour les affaires fratricides, alors un Sith n’en parlons même pas). Tandis que le NOJ jouait la carte de la violence et d’une ambiance dure, LOTF offre plus de subtilité. L’ambiance passe de dure à sombre, incertaine, et franchement malsaine. Et la violence qui dans le NOJ était avant tout spectaculaire est ici doublée d’une dimension psychologique. Cette dimension psychologique va beaucoup plus loin que le NOJ en donnant une intensité dramatique extraordinaire à certains moments et surtout en laissant un arrière-goût de gâchis tout au long de la série qui incite le lecteur à s’interroger sur le comportement de ses héros et sur l’histoire globale. Certains lecteurs apprécieront ce qu’on qualifie (les auteurs eux-mêmes s’y associant, voir les interviews) d’histoires « adultes », d’autres regretteront l’innocence « abandonnée » de la trilogie (« perdue » est ici inadéquat dans le sens où les auteurs et éditeurs assument la démarche).

BenIl est possible de considérer que cette évolution est inévitable dans un univers aussi âgé que celui-ci, où tant d’histoires ont déjà été racontées, mais dans les faits cela pousse nos héros dans leurs derniers retranchements : le duel final, la manipulation de Ben dont l’infamie atteint son paroxysme dans Sacrifice, Han Solo versus Thrackan Sal-Solo (Han ne fait pas de détail, même si ça pendait au nez de Thrackan depuis toujours) etc. Pris de manière isolée, ces moments sont légitimes, mais dans leur accumulation ils donnent une image de l’évolution de la saga beaucoup plus difficile à justifier. Tout en demeurant intéressante à lire. Le même constat est illustré par l’absence de figure héroïque au cours de cette série. Jacen et Fett satisfont un autre objectif, Ben est trop jeune, Luke trop vieux, Jaina manque de présence. Heureusement, les ultimes moments mettent Ben en position de reprendre le flambeau paternel du Jedi-héros galactique recueillant les chiens égarés et arrêtant les voyous (on parle d’une arrestation clean à-la-Luke hein, pas d’assassinats vindicatifs à-la-Jacen).
10. L’écriture – le legs des auteurs et des éditeurs
 
JacenComme on l’a déjà évoqué, les auteurs ont fait le choix d’un périmètre plus restreint pour cette aventure. Avec un focus plus resserré sur la famille Skywalker-Solo. Le postulat de base, évoqué par Traviss en interview, c’est que tout tourne autour de cette famille. Elle est capable de sauver la galaxie tout en détournant le regard sur les errements de ses propres membres. De même, les histoires Star Wars impliquent de nombreux personnages mais on en revient souvent un Skywalker-Solo qui sauve la galaxie. Le parti pris est donc d’assumer ces petits défauts : quitte à finir sur une histoire intime, autant y aller directement et ne pas prétendre proposer autre chose.

CaedusDonc le constat est intéressant, mais le problème débute là : rien n’est fait au-delà de ce constat pour proposer une alternative en terme d’écriture. On prend un état de fait, on cherche à en tirer le maximum d’intensité, mais si la forme change, dans le fond on a rien de nouveau (à voir si Fate of the Jedi va changer cela). C’est dommage de ne pas avoir produit quelque chose de plus constructif, du plus novateur dans l’approche car côté qualité d’écriture, c’est résolument une réussite.


JacenEn effet, si le NOJ a eu des fulgurances extraordinaires dans l’écriture qui ont donné lieu à des romans mémorables (Etoile après Etoile pour son côté fresque de fin du monde, Le Traître, un ovni nommé Stover, et La Force Unifiée avec ce sens extraordinaire de conclusion de l’Univers Etendu que l’on a tout au long du livre), le niveau d’écriture est en moyenne bien plus correct dans LOTF. Les auteurs ont un style plus homogène, il n’y a pas de roman inutile, de passage à vide, et enfin la qualité d’écriture est présente avec régularité. Cela nous donne une saga plutôt homogène, avec des hauts et des passages très moyens mais jamais de réels points bas. Même au sein des romans eux-mêmes, on trouve des idées d’intrigues plus ou moins captivantes mais on ne s’ennuie jamais totalement. L’écriture et les thèmes abordés, de part leur ton très sombre, agissent toujours comme un poil à gratter.

BenLa maîtrise de la trame globale, avec un recul sur les neuf livres, laisse une impression bizarre. Pas un énorme problème, simplement un sentiment de maîtrise incomplète de la part des auteurs. L’histoire avance par à-coup avec de longues périodes (voir des romans entiers) lentes. L’orientation générale change également à mi chemin : jusqu’à Sacrifice, on se focalise majoritairement sur le déroulement de la guerre via l’évolution de Jacen, puis à partir de Sacrifice le focus se resserre progressivement sur Jacen au point que dans le dernier roman la guerre est totalement reléguée au second plan. Encore une fois, cela nous donne de bonnes histoires mais pas le sentiment d’anticipation que les auteurs défendent (voir les interviews). L’évolution de Jaina et l’absence de véritable héros dans la série sont à rattacher à ce phénomène. Ben aurait du logiquement hériter du flambeau au regard de la saga, mais on a l’impression que cela a avorté pour une raison inconnue (trop jeune, pas prêt, mis en réserve pour la prochaine série). A la place, Jaina est parachutée face à son frère alors qu’elle croupissait dans une intrigue secondaire sans intérêt. Dans le même ordre d’idée, toute l’histoire se déroule sur une seule année, c’est court pour passer de Chevalier Jedi à Chef d’Etat et Seigneur Sith.

CaedusEnfin, qu’en est-il de la conclusion ? On a vu que les auteurs ont tenu le rythme général mais ont eu des difficultés à déterminer la voie à prendre, et la conclusion est un peu du même acabit. La rédemption habituelle du vilain Jedi Sombr qui s’est perdu en route aurait été le pompon d’une storyline bancale. On évite donc ça, la fin de Jacen était la conclusion logique d’une série qui nous y préparait depuis trois livres. Par contre, aussi sombre et triste que soit le récit, on a peu ou pas d’enseignements à en retirer et c’est beaucoup plus ennuyeux : le méchant est éliminé, tout le monde pleure sans que les responsabilités soient réellement pointées, et surtout on a une psychopathe borgne qui prend le contrôle des opérations. Empruntons l’expression d’un blogueur américain qui a parfaitement résumé la situation : l’Alliance Galactique est contrôlée par une femme si dérangée qu’elle couchait avec le Grand Moff Tarkin, c’est ça Star Wars maintenant ? Au moins, la suite ne peut que se construire dans une direction plus positive. Lecteurs, que la Force soit avec vous… et avec Luke Skywalker car à plus de 60 balais il en aura bien besoin lorsque Daala ouvrira la chasse aux sorcières sur les Jedi.
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