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Axelle Demoulin
 
Axelle Demoulin
  • Présentation Entretien avec Axelle Demoulin, traductrice de The Force Unleashed, mai 2009.


    SWU : Pour commencer, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

    Axelle : C’est sans doute la seule chose vraie de l’interview précédente : je suis Belge. J’ai un Master en traduction anglais-russe-français de l’Institut Supérieur de Traducteurs et Interprètes de Bruxelles. Il n’y a pas de spécialité particulière, on fait un peu de tout. J’ai travaillé dans la presse People, dans la communication et dans la presse pour entreprises. J’ai la bougeotte, j’ai habité en Grèce, aux États-Unis, à Madrid, en Belgique et maintenant, j’habite depuis bientôt deux ans dans un village de l’Aude, près de Carcassonne.


    SWU : Donc, si je comprends bien, Le Pouvoir de la Force est ton premier roman ... Pourquoi se tourner maintenant vers la traduction ?

    Axelle : À travers tout mon parcours, j’ai toujours fait de la traduction. Au départ, c’était plutôt des articles de presse mais j’adore lire, je lis notamment beaucoup de romans américains ou anglais. Comme mon mari, Nicolas Ancion, est écrivain, on s’est dit que ce serait une bonne idée de travailler en équipe : je me chargerais du volet traduction, comprendre le sens de la phrase en anglais, faire la recherche du vocabulaire, etc ... et lui peaufinerait le texte final en français.


    SWU : Travailler avec sa moitié ... ambitieux, on espère que ça c'est bien déroulé ! Plus généralement, que peux-tu nous dire concernant le métier de traducteur ? Ce travail est-il stable ou nécessite-t-il de ramer pour décrocher un contrat de traduction ? Les revenus par contrat sont-ils fixes ou dépendent-ils du succès du livre ?

    Axelle : C’est pas évident. Même si on a les compétences, il faut chaque fois faire ses preuves. Avant de décrocher un contrat, il faut réussir un test – généralement la traduction d’un chapitre. Pour certains projets, ce n’est même pas un test mais un concours. Parfois, une maison d’édition met en concurrence plusieurs personnes sur le même projet et on apprend au final que, même si le travail qu’on a rendu était bon, c’est un autre qui l’a emporté. Ou bien un concurrent emporte le marché parce qu’il accepte de traduire le bouquin en cinq semaines au lieu de deux mois.

    Pour les revenus, il y a un prix fixe de départ, basé sur un tarif à la page, qui varie selon les maisons d’édition ou les projets. Ce montant sert de provision. Le traducteur a aussi un petit pourcentage sur les ventes. Si le livre se vend très bien, on peut espérer que le pourcentage des ventes dépasse le tarif reçu au départ, auquel cas le traducteur gagne de l’argent, en plus du tarif à la page. C’est le cas du traducteur d’Harry Potter par exemple.


    SWU : L'aspect « compétition » est assez surprenant à vrai dire ... Une fois que tu as décroché un contrat, lorsque tu entames une traduction, dois-tu respecter rigoureusement le style de l'auteur ou possèdes-tu certaines libertés stylistiques ? Te donne-t-on certaines consignes ou es-tu libre de faire comme tu le sens ?

    Axelle : Le mot d’ordre, c’est que le bouquin final soit agréable à lire en français. On doit le plus souvent améliorer le texte existant. Disons que l’auteur peut se permettre ce qu’il veut mais le traducteur doit rendre un bon texte. Un exemple concret d’amélioration, c’est qu’en anglais, on se contente toujours de dire « he said », « she said », alors qu’en français, on est plus inventif : « fit-elle remarquer », « ajouta-t-il » etc, ... au lieu de répéter « dit-il ».


    SWU : Une question qui a beaucoup été posée : pourquoi Star Wars et comment y es-tu arrivée ?

    Axelle : Ma réponse va sûrement vous décevoir mais c’était plutôt un hasard. Les romans de Nicolas sont publiés en poche chez Pocket, qui fait partie du même groupe [NdT : Univers Poche] que Fleuve Noir. Il leur a dit qu’il aimerait se lancer dans la traduction et à ce moment-là, ils avaient un manuscrit qui n’avait pas encore été attribué, c’était The Force Unleashed. On a fait un bout d’essai sur le premier chapitre. Ils étaient contents de notre essai et on a eu le boulot.


    SWU : Tu n'as pas forcément beaucoup d'éléments de comparaison, mais en quoi est-ce particulier de travailler sur cette licence ?

    Axelle : Même si c’est le premier roman que j’ai traduit, j’ai fait des bouts d’essai sur plusieurs autres projets. La grande différence, c’est que c’est un univers à part entière, que le roman s’adresse à des connaisseurs et est truffé de références qui ne sont pas évidentes pour un lecteur lambda. Il faut beaucoup se renseigner. J’ai traduit un chapitre du bouquin dont est tiré le film Harvey Milk, là, il faut juste traduire, il y a très peu de recherche préalable à faire.


    SWU : Tandis que pour Le Pouvoir de la Force, j'imagine que tu en as fait des recherches ! Étais-tu familière de l'univers Star Wars ? J'imagine que tu avais au moins vu les films ? Avais-tu déjà lu des romans Star Wars avant ?

    Axelle : Non, je n’avais jamais lu de roman Star Wars avant. Mais j’ai toujours beaucoup aimé Star Wars. Mon père était fan de Science-Fiction et nous a emmenées mes grandes sœurs et moi voir les films au cinéma à leur sortie (oui oui, quand je vous disais que j’avais pas 24 ans ^^). Les premiers, je n’en ai qu’un vague souvenir, je me souviens surtout de mon père qui me chuchotait des explications. A mon avis, il m’avait emmenée parce que c’était plus facile que de trouver une babysitteur ! Mais pour Le Retour du Jedi, je m’en souviens très bien, j’avais adoré les Ewoks. Quand les films sont ressortis dans la version re-masterisée, je suis retournée les voir et j’ai vu aussi les nouveaux épisodes, même si j’ai moins aimé.

    Et je cultive un amour secret pour Yoda. J’ai juste un Pez Yoda parce que je trouve qu’il est presque toujours mal fait en figurine. Nicolas, lui, jouait avec les figurines SW quand il était petit. Le drame de sa vie, c’est d’avoir tout revendu quand il avait 15 ans.

    À ma demande, Fleuve Noir m’a donné quelques bouquins. J’ai passé pas mal de temps à lire en parallèle des passages de Republic Commando : True Colors mais c’était tellement éloigné de l’univers de The Force Unleashed que ça ne m’a pas semblé utile. Et j'ai aussi un peu lu la version française de L’Héritage de la Force 2.


    SWU : As-tu eu une façon de travailler particulière ? La BD et le jeu-vidéo étant déjà là, tu avais une sorte de support en parallèle, non ?

    Axelle : Nicolas a fini le jeu vidéo, en réalité une super excuse pour jouer à un jeu ! Moi, j’ai regardé les quelques séquences de dialogues et les parties encyclopédiques, comme les renseignements sur les vaisseaux par exemple. J’ai lu la BD mais le récit était fort différent du livre et ça ne m’a finalement pas trop aidée. Le jeu non plus ne m’a pas beaucoup servi mais ça me semblait indispensable de me familiariser avec le jeu dont le bouquin s’inspirait. J’ai emprunté à la bibliothèque de Carcassonne une grosse encyclo illustrée sur l’univers de Star Wars. Un très beau bouquin que j’ai gardé pendant des mois. Mais ça ne m’a pas été tellement utile non plus, à part pour quelques termes, comme les composants du sabre-laser. Finalement, la seule chose qui m’ait vraiment aidée, c’est SWU :-).


    SWU : Une fois plongée dans les entrailles du roman, quel était ton rythme de traduction ? Combien de temps avais-tu pour traduire le roman et combien de relectures as-tu faite ?

    Axelle : J’ai reçu le manuscrit début novembre et j’ai rendu la traduction finale fin février. Trois mois est le délai courant. Je traduisais cinq à six pages de l’original par jour. C’est peu mais je passais aussi énormément de temps sur Internet à lire toutes les infos que je trouvais sur les personnages, les planètes, les bébêtes comme je les appelle (TR-TT & compagnie).

    Le premier travail, ça a été de transcrire tout le bouquin dans un français approximatif. Mais ce premier jet comportait encore beaucoup de points d’interrogation, des phrases que je n'avais pas comprises, des mots dont je ne trouvais pas la traduction. Quand j’ai eu fini, vers la mi-janvier, j’ai tout relu et là, c’en était fini des points d’interrogation. Il fallait trancher sur tout, lever tous les doutes. J’ai fait ma relecture en comparant à l’original, pour être sûre de n’avoir rien laissé passer et c’est à ce moment-là que j’ai posé beaucoup de questions sur le forum. Puis, vers la fin janvier, Nicolas est intervenu. Il relisait le début, chapitre par chapitre, pendant que je travaillais sur le milieu. Lui, il prenait juste le texte français et il améliorait mes phrases. Souvent, moi j’avais trop le nez dessus et je ne voyais pas que les choses pouvaient se dire plus simplement et, surtout plus joliment. On a eu quelques prises de tête sur certains termes (ah, ce skyhook !) ou sur le tutoiement / vouvoiement entre Juno et Starkiller. Ensuite, j’ai encore fait une relecture, à nouveau avec l’original, pour m’assurer que Nicolas, en voulant peaufiner mon texte, ne trahissait pas l’original et voir si on n’avait rien oublié. Ce n’était pas superflu : il y avait une moustache qui avait disparu, un bras gauche qui devenait bras droit, etc. Enfin, on a refait une dernière relecture et on a de nouveau peaufiné des phrases qui coinçaient encore.


    SWU : Ah oui, vous avez pas fait semblant de traduire ! J'imagine que ça n'a pas été de tout repos ... Qu'est ce qui t'as surpris et donné du fil à retordre ou qu'est ce qui t'a semblé plus simple que prévu ?

    Axelle : Ce qui m’a surpris, c’est que malgré le travail de décorticage, je me suis laissée emporter par l’histoire. J’ai même eu les larmes aux yeux vers la fin. Mais ça c’est mon côté midinette :-) !

    J’avoue qu’au début, j’arrêtais pas de dire « on n’y arrivera jamais » à cause de tous ces termes. Ce qui était dur, c’est le nombre de versions différentes. Par exemple, AT-ST pour certains, TR-TT pour d’autres, selon les sources. Dès que je croyais avoir trouvé une traduction, j’en trouvais une autre. La BD n’avait pas de cohérence par rapport au jeu non plus. C’était à s’arracher les cheveux.

    L’autre chose, c’était les scènes de batailles. J’avais du mal et c’est là que Nicolas a dû beaucoup plus intervenir. Chaque fois que c’était un chapitre avec Juno, c’était super facile, j’arrivais bien à me glisser dans sa peau et ces passages-là avaient à peine besoin d’être retravaillés.


    SWU : Comment t'es venu l'idée de demander l'avis des fans sur internet ? Pourquoi avoir fini sur SWU (mis-à-part parce qu'on est les meilleurs et qu'on a des chevilles énormes) ?

    Axelle : Pour les traducteurs, il y existe un forum et même un dictionnaire anglais-français en ligne. Si le mot qu’on cherche ne s’y trouve pas, on peut poser la question aux membres. Mais je savais que c’était pas eux qui allaient m’aider à trouver le terme pour « skyhook » ! Comme je l’ai dit, j’ai passé pas mal de temps en ligne à lire des infos en français sur l’univers SW. Dès qu’ils arrivaient sur une nouvelle planète ou que Starkiller rencontrait un sarlacc ou un rancor, j’allais lire des infos dessus. Et donc, je fréquentais pas mal SWU, Sithclan, Anakinworld, Anakinweb et le wiki SW. J’ai même posé une question sur un forum Star Wars américain pour essayer de comprendre une phrase sur les Wookiees qui n’était pas claire.

    J’avais vu qu’il y avait des forums sur SWU et en m’y promenant au cours de mes recherches, j’ai vu qu’il y avait une discussion sur Fleuve Noir. J’ai posé ma première question mais je n’osais pas dire qui j’étais et pourquoi je le faisais parce que j’avais peur des réactions. Quand j’ai finalement dit que je traduisais The Force Unleashed, tout le monde a été super gentil et plutôt content que je pose des questions, alors que moi j’avais peur de passer pour une nulle.


    SWU : Ouf, on a pas été trop méchant ... Même si j'avoue que lorsque j'ai lu ton premier message nous expliquant que tu traduisais The Force Unleashed en français, je me suis dit « Encore un fan stupide qui n'a pas compris que le roman allait bientôt paraître en français et qui essaye de le traduire avec un niveau d'anglais de classe de seconde ! ». Bon, autrement, vis-à-vis de ta fausse interview (pour laquelle tu étais complice), rassures-nous, tu n'as pas rajouté de scène au roman, ni construit le Rogue Shadow en Lego pour te mettre dans l'ambiance ?

    Axelle : Non, j’ai été très fidèle au roman. Et je n’aime pas les Frosties, c’est trop sucré :-) ! Et j’ai jamais joué aux Lego, je préfère les Playmobil ou les bonshommes Fisher Price. Par contre, on s’est refait l’Episode IV en DVD, comme ça se passe juste après The Force Unleashed, c’était marrant.


    SWU : Une idée de la suite avec Fleuve Noir et la licence Star Wars ?

    Axelle : Non. Quand j’ai discuté avec la responsable du Fleuve, elle a bien dit que leur intention était de fidéliser les traducteurs. Mais ça va bien sûr dépendre de l’accueil qui sera réservé à la traduction. S'il est bon, je suppose qu’il y en aura d’autres. J’aimerais beaucoup parce que j’ai quand même acquis pas mal de connaissances et puis aussi, et c’est pas pour vous envoyer des fleurs, mais c’était vraiment sympa le forum. L’univers est difficile à appréhender mais on n’est pas seul face à son texte. Il y a toujours quelqu’un avec qui on peut en discuter et ça, c’est génial.

    Pour la suite, vous savez mieux que moi ce qui doit sortir et quand [NdT : notamment par le remarquable travail du staff litté].


    SWU : Question bonus : si tu devais faire une nouvelle traduction de l'Épisode 4 aujourd'hui, comment traduirais-tu Darth Vader ?

    Axelle : Je laisserais Darth Vader sans hésiter ! D’ailleurs, quand j’ai commencé à traduire, pour le test, j’avais mis Darth Vader, c’est Nicolas qui m’a dit que c’était Dark Vador en français.


    SWU : Enfin, pour terminer, une question posée par Gilad Pellaeon qui va faire des jaloux (la question, pas Gilad) : quel est ton forumeur préféré ?

    Axelle : Dans le désordre : Tawak, Gilad Pellaeon, lowbacca, tamose, skyjedi et Booster Terrik, qui sont ceux qui m’ont le plus aidée. C’est mon côté « École des fans », tout le monde gagne :-) !


    SWU : Bon, à mon avis, cette liste était dans l'ordre, mais pour faire plaisir à tout le monde, Axelle nous a tous mis à égalité ... Dommage les gars !

    Plus sérieusement, je remercie chaleureusement Axelle pour avoir bien voulu jouer le jeu en nous faisant découvrir ce que c'est que de traduire un roman de notre licence favorite ! Merci encore, Axelle pour ta disponibilité et ta gentillesse et bravo à toi et Nicolas pour le travail accompli, on a hâte de lire le résultat !

    Pour rappel, le roman sera publié le 28 mai 2009 alors je vous encourage à l'acheter en masse pour qu'Axelle devienne milliardaire (faut qu'on batte les chiffres d'Harry Potter) !


    À bientôt sur SWU.
 
En tant que traducteur
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