Dark Stannis a écrit :J'ai du mal à voir comment une petite phrase d'un article qui n'est même pas focalisé sur le prochain Star Wars peut révéler à ce point les intentions primaires de la réalisatrice. Elle ne fait pas la promo du film, le tournage n'a pas commencé et ce n'est pas elle qui a écrit le scénario, il n'y a pas matière à écorcher le film et les intentions supposées de Obaid Chinoy dès à présent.
D'ailleurs, je mets le lien de l'article en question, ça peut être intéressant. Déjà pour voir que la partie Star Wars ne fait que 3 paragraphes, ce n'est pas le sujet de l'interview :
https://variety.com/2024/film/news/shar ... 236043603/
Personne n'écorche rien et il n'y a pas eu qu'une interview ces derniers jours.
https://youtu.be/KqKo1aZpVf8?si=-Ig567kG6cm0nzXj
Sharmeen Obaid-Chinoy n'a pas été recrutée en tant que "technicienne". Elle n'a pas le CV d'une simple technicienne mais d'une documentariste engagée, notamment sur les questions des droits des femmes et la lutte contre les discriminations et les violences dont les femmes sont victimes. Ce que personne ne lui reproche ici, bien heureusement !
Ce n'est pas parce qu'elle n'écrira pas techniquement le scénario qu'elle mettra en scène l'histoire imaginée par un ou une autre. Elle a, à l'évidence, une idée de ce qu'elle veut faire de son film et des messages - des idéaux pour reprendre les termes de Dark Neo - à y retranscrire. Si Lucasfilm lui a confié ce projet, ce n'est pas seulement pour qu'elle dise "Action" et "Cut" sur un plateau de tournage.
Il n'y a, par ailleurs, aucun procès d'intention à son encontre, puisqu'on ne fait que retranscrire ce qu'elle-même expose de ses intentions à ce stade du projet.
La question soulevée, c'est est-ce que ses préoccupations de documentariste, de femme engagée en faveur du droit des femmes, s'articuleront correctement avec l'univers Star Wars que l'on connaît et le personnage de Rey tel qu'on le connaît.
Dans un univers comme celui de Game Of Thrones - où les violences faîtes aux femmes, où la question de l'émancipation féminine sont des éléments centraux des récits, je trouverai l'arrivée d'un profil comme Sharmeen Obaid-Chinoy très intéressante, parce que ses préoccupations de documentariste rejoindraient en quelque sorte les thématiques - et les travers - de cet univers.
Mais Star Wars n'est pas Game of Thrones et la question du genre n'y a jamais été prépondérante, ni même réellement abordée. L'un des charmes de l'univers Star Wars, à mes yeux, c'est que c'est un univers de fiction inclusif, qui met en avant la diversité, qui est peu ou pas discriminant et c'est d'ailleurs, à mon avis, ce qui explique son succès auprès d'un très large public, sa portée universelle et sa très grande modernité dès 1977. Il y a des inégalités dans Star Wars, sociales en premier lieu, mais aussi parfois spécistes (ou entre vivants et intelligences artificielles), mais elle ne sont jamais la norme. Par exemple, l'esclavage sur Tatooine, dans la Menace Fantôme, est immédiatement regardé comme une anomalie. C'est un univers qui repose sur un idéal "égalitaire" (quand bien même les Jedi présentent des qualités spécifiques, hors-norme, ce qui n'en fait pas pour autant des êtres "supérieurs" en termes de hiérarchie sociale).
La crainte qu'on peut émettre quand quelqu'un met en avant le genre d'un personnage, avec un background très engagé sur la question du droit des femmes, c'est qu'on adapte, modifie ou torde un univers jusqu'ici non discriminant pour pouvoir y délivrer un message.
C'est un peu ce qui se passe, par exemple, dans The Acolyte, où
on nous présente une communauté matriarcale de sorcières utilisatrices de la Force qui ont fui des persécutions (sans qu'on sache réellement de la part de qui) et aux yeux desquelles les Jedi incarnent un ordre antagoniste, voire persécuteur. Alors on peut trouver ce changement de focale ou de paradigme comme un apport intéressant, mais il est tout aussi légitime que cela déplaise à une partie plus ou moins substantielle des fans attachés à la figure positive et "idéale" du ou de la Jedi. Là aussi, on pouvait se dire que ce n'était parce Leslye Headland mettait en avant des thèmes qui lui étaient personnellement chers en interview que cela aurait une influence sur la série, le récit et l'univers Star Wars.
Le choix d'un auteur n'est pas neutre. Si on confiait un Star Wars à un Tarantino, on sait quelle tournure ça prendrait, idem si on le confiait à un Nolan. Et on pourrait aussi se demander à leur sujet, si ce sont de bons profils pour faire du Star Wars au cinéma (en ce qui me concerne, la réponse serait plutôt négative d'ailleurs, indépendamment de leurs qualités).
Là, il y a quand même un gros enjeu puisqu'on parle du film qui doit relancer Star Wars au cinéma (à moins que le Mandalorien et Grogui lui passent finalement devant).