Avant toute chose il convient selon moi de faire une distinction qui a son importance dans le jugement que l'on peut donner sur ce film.
« Star Wars » est une œuvre de George Lucas en six parties qui s'est achevée il y a douze ans. Celle-ci aurait pu se poursuivre, mais Disney a préféré proposer une version alternative de cette suite tout en poursuivant la numérotation des épisodes.
Certains personnages sont les même mais le changement de scénariste et de réalisateurs se fait forcément sentir sur le style à la fois narratif et visuel. Passé la frustration de ne jamais voir ce que l'auteur de mon œuvre favorite avait prévu, il me convient d'accepter ce « Star Wars 2 » tel qu'il est et aller de l'avant. Les choses ne seront plus jamais les mêmes mais cela ne veut pas dire pour autant qu'elles ne sont pas bonnes.
« Les Derniers Jedi », second partie de cette nouvelle ère, est un excellent film.
Bien sûr, il est clivant sur certains aspects car il prend des décisions brutales.
Bien sûr, certaines scénes me plaisent moins que d'autres mais il ne faut pas s'arrêter à quelques petits éléments.
- Luke d'abord qui balance son sabre... J'y vois avant tout une volonté d'aller à tout prix à l'encontre de ce qu'on pourrait imaginer.Néanmoins ce n'est pas pour autant une si mauvaise idée, une fois digéré le fait d'avoir attendu 2 ans pour ça.
- Luke qui se ferme à la Force. Je trouve au final que c'est un beau développement. Il s'est passé 30 ans et Luke n'est plus le même. Le héros de notre enfance à connu l'echec. J'apprecie particulièrement le parallèle avec Obi Wan dans le fait que l'amour retient son geste fatidique mais scelle en même temps le destin de l'ordre Jedi et de la galaxie. On peut regretter cette évolution du personnage mais je la trouve parfaitement maitrisée par Johnson.
- La mort de Snoke. Un autre bonne idée selon moi. Je l'avais anticipée. La scène est un beau parallèle avec le début de « La Revanche des Sith » (Anakin succombe au mal et tue Dooku sous les injonctions de Palpatine) et la fin du « Retour du Jedi » (Luke ne succombe pas et Vador tue Palpatine pour le sauver). Là encore, la résolution se trouve différente puisque Kylo tue Snoke plutôt que Rey mais embrasse tout de même le mal, essayant au passage de rallier Rey. Trois versions de cette scène iconique, trois résolutions pour trois générations de Skywalker. Les symétries continuent et c'est un fort point positif pour moi. Il aurait été préférable cependant que le background de Snoke, comme celui du Premier Ordre soit un peu approfondis. (Trois ligne auraient suffit, ce n'est pas grand-chose à caser dans un film de 2h30.)
L'utilisation de la Force a changé dans cette trilogie sans pour autant devenir aussi incohérente qu'elle le semble au premier abord.
- Leia qui utilise son pouvoir de télékinésie pour se tracter plutôt que pour tracter quelque chose vers elle est une excellente idée... la mise en scène est cependant plutôt maladroite, elle en fait trop. (Et encore, quand certains s'étouffaient de voir Anakin sauter d'un speeder et simplement planer à la manière d'un parachutiste dans « L'Attaque des Clones » je n'ose pas imaginer les réactions si Lucas lui même avait fait faire à ses personnages la moitié de ce que font ceux de la nouvelle trilogie)
- La projection de Luke paraît totalement incroyable mais compte tenu du fait qu'elle lui coûte la vie, je trouve que le film justifie bien que l'on ai jamais connu cette technique auparavant.
- La connexion Rey / Ben enfin est un élément passionant et inédit du film.
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Je vois qu'un point souvent discuté est l'humour... En dehors du dialogue d'introduction qui apparaît forcé car trop long je n'ai absolument rien à reprocher de ce côté là. Il y a toujours eu de l'humour dans Star Wars, sous diverses formes, et ce même dans les épisodes les plus noirs.
La musique est formidable. Il y a deux nouveaux thèmes (un pour Rose et un pour Luke tous deux entremémés sur la concert suite « The Rebellion is Reborn » sur l'album.) et les reprises qui approfondissent les anciens thème sont superbes.
Le besoin absolu de « moderniser » la mise en scène me gêne un peu plus. Johnson a déclaré sur Twitter ne pas pouvoir mettre plus de volets dans son montage qui fait de cet épisode celui qui en contient le moins. Je me suis surpris quant à moi à relever pendant la séance les changement de scène où cela aurait été bienvenu. Dommage car ces transitions font partie intégrante de l'ADN de « Star Wars ». D'ailleur ce film est le moins Lucasien de tous dans sa mise en scène... là où J.J. Abrams avait été plus que respectueux de la stylistique propre à la saga.
Certains dénoncent des incohérences. Je n'en vois pour ma part aucune qui mérite d'être soulignée sans se livrer à une sur-analyse qui nuirait à n'importe quel long métrage. Ne pas adhérer à un élément scénaristique ne le rend pas pour autant incohérent.
Aussi, le film est incroyablement créatif. Environnements, créatures, les nouveautés pullulent et c'est bien là un élément important qui était si cher à George Lucas.
Enfin, et surtout, le film ne trahit pas au final la philosophie profonde de l'oeuvre. J'avais peur, vraiment très peur, que la mode du tout « gris », cette peur absolue du manichéen qui semble hanter les scénariste Hollywoodiens ne vienne saper ce qui constitue un fondement absolu de cet univers. Il n'en est rien, le mal est toujours le mal et la lumière se lève toujours pour le contrecarrer. Ca n'empêche en rien d'avoir un discours politique en filigranne, d'autant qu'il a toujours été présent.
Nous voilà face à un avenir plus ouvert que jamais après cet épisode et je suis très curieux de voir ce que l'épisode IX nous reserve. (J'espère quelques années plus tard car ce que j'apprécie dans Star Wars c'est que les personnages continuent de vivre sans les spectateurs.)
Au final,pour un film parlant essentiellement de l'importance de l'echec, « Les Derniers Jedi » est une franche réussite. Je suis ravi que Lucasfilm ai confié à Johnson l'éllaboration d'une nouvelle trilogie. « Star Wars » a besoin d'un nouveau « papa », d'une tête pensante qui ose prendre des décision, (au risque que certaines soient impopulaires comme ce fût le cas de Lucas sur la Prélogie), d'une personnalité créative capable de sortir des sentiers battus. Que l'on soit d'accord ou pas avec tous ses choix n'a au final que peu d'importance tant qu'il y a une vision, un auteur, à la barre. A cette condition, la Galaxie continura de vivre et de s'étendre car on ne crée pas une bonne histoire en cherchant simplement à faire plaisir.