Étoiles perdues, de Claudia Gray
Thane Kyrell et Ciena Ree ont grandi sur Jelucan, planète perdue de la Bordure Extérieure qui a vu avec l'arrivée de l'Empire l'occasion d'enfin exister dans la galaxie. Ensembles, les deux jeunes gens se sont entraidés pour intégrer la flotte Impériale, et lorsqu'ils sortent avec les honneurs de l'Académie Royale de Coruscant, ils se retrouvent dans des affectations différentes. Ciena se retrouve sur le Devastator, tandis que Thane est affecté sur l’Étoile Noire. Et s'il va réchapper de la destruction de la station, il va voir le véritable visage du régime qu'il sert et se rallier à la Rébellion... quitte à devoir faire face à la femme qu'il aime qui, elle, restera fidèle à l'Empire...
Dernier roman du cycle Voyage vers le Réveil de la Force, Étoiles perdues est signé Claudia Gray. En guise de lien avec le long-métrage à venir, la planète Jakku, présente dans la dernière partie du livre, avec un gros indice sur la couverture du roman...
Étoiles perdues a bonne presse. Pour certains, c'est, à l'heure actuelle, le meilleur roman publié de l'Univers Officiel. Le roman mérite effectivement des louanges : en premier lieu, la création de deux personnages extrêmement réussis, Thane Kyrell et Ciena Ree. Tous deux mûrissent au cours du roman, changent, se développent, s'aiment et se déchirent et c'est là la plus belle réussite de Claudia Gray. Les personnages sont vrais, sincères. Leurs états d'âmes sont passionnants... mais vient un moment où la logique du roman pose problème.
Et le souci, c'est Ciena. Qu'elle soit fidèle à l'Empire, aucun problème, d'autant plus que, très vite, elle éprouve de gros doutes vis-à-vis du régime. Sauf que cela ne va jamais au bout de l'idée. Le personnage préfère s'enfoncer dans le mensonge, renier ses idéaux au nom de sa « loyauté », quitte à vouloir s'autodétruire vers la fin du roman. Et là, ça me pose un problème ! Nuancer un personnage, c'est bien, mais là, on sent clairement que Claudia Gray veut nous rendre sympathique Ciena alors même qu'elle accepte des postes de commandement, qu'elle avance dans les échelons... alors oui, c'est bien écrit, mais tout de même, on tique plusieurs fois à la lecture !
N'y avait-il pas moyen de montrer Ciena participant à une mission humanitaire de l'Empire (il y a bien du en avoir, tout de même), histoire de nuancer le propos et de lui donner un argument autre que « J'ai promis» ? Thane puis sa meilleure amie à l'Académie rejoignent l'Alliance Rebelle, Thane qui a toujours eu du mal avec l'autorité accepte celle de la Rébellion alors que, dans le même temps, Nash vire jusqu'au-boutiste (ce qui est très bien narré, d'ailleurs, on sent vraiment l'évolution du personnage)... et dans le même temps, Ciena n'analyse rien, refuse de raisonner. Sa parole est plus importante, dit-elle. Elle a "promis". Comment se contenter de cela ?
Voilà l'un des points négatifs du roman... le second, c'est le nombre de fois où Thane et Ciena se retrouvent face-à-face. Passe encore qu'elle le reconnaisse sur Hoth, qu'elle participe activement à la bataille d'Endor, mais qu'elle soit volontaire pour participer à une mission pour déloger une demi-douzaine de X-Wings parmi lesquels on trouve – ô surprise – Thane, là, c'est trop !
Dernier point négatif : Jakku. La dernière partie du roman est introduite sans aucun développement, sans aucune justification du pourquoi où du comment. Jakku ? Ce n'est qu'un nom, mentionné deux-trois fois, c'est tout, mais il n'a pas d'existence, il ne sert à rien. Que fait l'Empire là-bas, pourquoi la dernière bataille s'y déroule-t-elle, autant de questions sans réponses qui donnent l'impression d'un rajout artificiel, histoire de surfer sur l'aspect Voyage vers le Réveil de la Force... Décevant, j'attendais beaucoup de cette partie sur Jakku, connaître davantage le contexte de la bataille et là... là, il n'y a rien. Quel intérêt, dans ce cas ?
J'ai beau détailler les problèmes du roman, cela ne veut pas dire que je ne l'ai pas apprécié, bien au contraire. Le rythme est là, les rebondissements interviennent régulièrement, les personnages des films sont présents mais en arrière-plan, tout juste mentionnés ou apparaissant le temps d'une scène, rien de plus, ce qui permet à Ciena, Thane, Nash et les autres d'exister, de se développer, de laisser une réelle incertitude planer sur eux. Les spin-offs cinématographiques devraient en prendre de la graine...
En résumé, Étoiles perdues est un bon roman, qui développe ses personnages et le fait bien... mais il souffre aussi de quelques problèmes qui, sans être rédhibitoires, n'en sont pas moins regrettables. C'est un bon roman, oui, mais qui avait le potentiel pour être encore meilleur. Du coup, en dépit de ses immenses qualités, ce sont les défauts que j'ai retenu, tant ils prennent de l'importance à mesure que l'on approche de la conclusion du roman.
Et s'il est vrai qu'au moment de sa sortie en VF, c'était sans doute le meilleur roman de l'Univers Officiel... et bien, d'une certaine façon, ça fait de la peine de voir que c'est ça, le meilleur roman.
Note : 70%