Et voici la première partie des trois qui composent le dernier Chapitre de ce Volume I...
Bonne lecture à tous
Chapitre 8ème : Mort et Renaissance
A travers la verrière, Jace contemplait sa future planète d’adoption pendant que le yacht pénétrait dans l’atmosphère, se rapprochant de sa destination. Volgax était un monde désolé au climat orageux et humide ; elle était constellée de montagnes et de sommets à pic dont la couleur bleu sombre avait quelque chose d’oppressant. D’après les informations disponibles sur la console du Diadème, il faisait jour et le soleil était à son zénith ; pourtant Jace peinait à percevoir sa clarté qui perçait difficilement entre les nuages. Tout n’était que rocs arides et falaises escarpées sans que le moindre signe de vie soit apparent ; aucune habitation ni lumière ne venait contraster avec l’aspect agressif et sauvage du paysage. La planète tout entière était secouée par de violents orages qui déversaient des trombes d’eaux sur les escarpements désolés ; rares étaient les endroits qu’ils survolaient où les nuages noirs ne crachaient pas un déluge de pluies diluviennes.
« Pourquoi le Seigneur Abstrus a-t-il choisi une planète si isolée pour établir sa retraite ? » demanda-t-il, curieux de comprendre comment on pouvait être attiré par un monde si triste et oppressant.
« Et bien il se trouve qu’étant dénuée de ressources exploitables, elle n’est d’aucun intérêt pour la République et ne figure donc sur aucune carte. Le fait que Volgax soit inconnue de tous bien qu’étant située en plein Noyau, sous le nez de Coruscant, est un avantage considérable qui permet au Seigneur Noir d’aller et venir dans la Galaxie à sa guise. En outre, ce monde était autrefois le bastion d’une ancienne organisation Sith dénommée Le Creuset, une secte d’esclavagistes ne vivant que pour le combat créée par Ieldis, un Seigneur Sith des temps anciens. Toujours est-il que cette organisation avait établi domicile dans les anciennes forteresses des habitants disparus de Volgax et les avait rénovées pour son usage personnel. D’après ce qu’Abstrus m’en a révélé, ce que les leaders du Creuset ignoraient, c’est qu’ils n’avaient pas été attirés sur ce monde par hasard, il n’était autre que l’ancien quartier général du Seigneur Ieldis. Volgax est imprégnée par le Côté Obscur de la Force et magnifie le pouvoir de ses utilisateurs tout en inspirant désespoir et peur chez tous ceux qui ne le maitrisent pas. De ce fait, il est évident que cette planète était idéale pour ton nouveau Maître. »
Soudain, Jace aperçu une construction à l’horizon, un dôme immense surplombé d’une tour dont la pointe en forme de pic s’élevait fièrement vers le ciel coléreux. Retenant son souffle, il crut tout d’abord entrevoir là sa nouvelle demeure, mais lorsque le Diadème s’approcha, il vit l’état délabré dans lequel se trouvait le bâtiment et comprit qu’il s’était trompé, qu’il devait juste s’agir de l’ancien centre d’opération du Creuset. Le Diadème d’Yroskas continua son vol au dessus des étendues désertes jusqu’à faire face à une montagne immense. Lorsque le Yacht ne fit rien pour dévier de sa course qui l’emmenait pourtant sur une trajectoire de collision, Jace comprit qu’il y avait plus dans cet escarpement que ce que lui révélaient ses yeux. Alors qu’ils approchaient dangereusement, il aperçut un étroit tunnel qui s’enfonçait dans le cœur de la montagne. Le vaisseau s’y engouffra et Jace se rendit compte que ce boyau, invisible puis minuscule au premier abord, était en fait une énorme galerie qui pouvait contenir de front au moins cinq vaisseaux comme celui d’Yroskas. Au bout de quelques minutes, ils se trouvèrent face à des portes d’aciers gigantesques, habillement camouflées derrière un manteau de roche. Le portail grinça, les parois coulissant à leur arrivée. Pendant que le Diadème s’introduisait dans le cœur de la forteresse bâtie à même le roc, Jace ne put s’empêcher de remarquer les innombrables batteries de turbolaser situées tout autour de l’entrée, qui suivaient leur avancée, braquées sur eux. Le Diadème ne tarda pas à se poser sur une aire prévue à cet effet qui contenait déjà une dizaine de transports. Jace suivit Yroskas hors du vaisseau au travers d’un dédale de couloirs taillés dans la roche et éclairés par des torches. Le Sénateur semblait connaître parfaitement son chemin dans ces boyaux obscurs et son jeune ami le suivait de près, oppressé par l’atmosphère pesante qui dominait ces lieux. Aucune fenêtre ne venait éclairer ni égayer les galeries dissimulées sous des tonnes de roc et il ne fallait pas être claustrophobe pour résider dans cet endroit d’où le Côté Obscur semblait suinter des murs. Les pièces qu’ils traversaient étaient d’apparence spartiate, ornées uniquement de quelques inquiétantes statues, semblables à celles qui gardaient les tombeaux des anciens Seigneurs Noirs sur Korriban ; ça et là, des runes, des tapisseries et des armes traditionnelles Sith telles que de lourdes épées aux manches sertis de pierre précieuses et des hallebardes, ornaient les murs de pierre. La comparaison avec la Vallée des Seigneurs Noirs n’avait rien d’anecdotique dans l’esprit de Jace tant il avait l’impression d’être dans un tombeau ; la sinistre couleur bleutée de la roche qui constituait murs, sol et plafond, accentuait la troublante perception funeste que les visiteurs ressentaient en se déplaçant dans ce Temple de l’Ombre.
Au sommet d’un escalier imposant, ils passèrent sous une arche surplombée par une statue Sith dont l’effrayant visage encapuchonné semblait prévenir les visiteurs indésirables qu’il était plus sage pour eux de faire machine arrière, et arrivèrent dans une vaste salle au bout de laquelle se trouvait un trône sculpté dans la pierre au sommet d’un piédestal. La quasi-obscurité de cette pièce, perturbée uniquement par les flammes crépitantes de quelques torches projetant des ombres inquiétantes, avait un aspect fantasmagorique. Jace, frappé par la magnificence austère de ce qui n’était pas une caverne mais une salle du trône d’où se dégageait une ambiance grave, auguste et solennelle, resta immobile à l’entrée pendant qu’Yroskas s’avançait au centre de la pièce et s’agenouillait. De grandes tapisseries écarlates descendaient le long des murs, mettant en valeur le blason de l’Empire ; la salle était davantage éclairée que les couloirs qu’ils venaient de quitter et pourtant, elle semblait plus ténébreuse, comme si un voile d’obscurité recouvrait tout. L’atmosphère était lourde et oppressante, lui donnant la chair de poule ; ce n’était pas la première fois qu’il visitait un endroit imprégné de cette aura menaçante...
C’est alors qu’il remarquera la fine silhouette élancée qui se tenait dos à eux, près du trône. Cet individu grand et majestueux au port altier, se confondait dans l’ombre avec ses sombres robes, mélange d’améthyste foncé et de motifs pourpres que Jace reconnu comme des symboles issus de runes Sith. Son visage était dissimulé dans la pénombre.
« Me voici de retour, Monseigneur, » fit Yroskas coupant court aux observations de Jace « je suis accompagné du jeune Jace Pecivas, comme vous l’aviez prédit. »
Lentement le Seigneur Abstrus se retourna avec grâce pour faire face à ses visiteurs alors qu’il répondait d’une voix suave :
« Vous m’avez bien servi, mon ami. Quant à toi, jeune Jace, je te souhaite la bienvenue dans mon humble demeure. Je t’attendais. »
Jace hoqueta de surprise lorsque le son de cette belle voix de baryton qu’il avait déjà entendue et le visage familier de son interlocuteur le frappèrent.
« Zakur ! » s’exclama-t-il.
Le Falleen que Jace avait rencontré après avoir tué son agresseur sur les bords de Ciuray, se tenait devant lui. C’était bien Zakur, aucun doute, le même air noble et fier et cette même aura de sagesse se dégageaient de lui ; à ceci près que ses haillons d’alors avaient été remplacés par de riches robes et que son air bienveillant avait à présent disparu, laissant place à un sourire carnassier. Depuis leur première rencontre, Jace avait appris que les Fallens étaient à même d’utiliser leurs puissantes phéromones pour séduire les autres espèces ; il avait alors deviné que Zakur en avait fait usage avec lui afin d’apporter davantage de poids à ses propos, s’était-il dit. Aujourd’hui, ce dernier ne semblait pas enclin à s’en servir, une froideur implacable s’était substituée à l’aura attrayante et ensorceleuse qui avait émané de lui.
« Surpris de me retrouver, mon jeune ami ? »
Incapable de se trouver ses mots, Jace se rapprocha machinalement du trône au sommet duquel Zakur se tenait maintenant debout face à eux, les toisant de toute sa hauteur. S’arrêtant aux côtés d’Yroskas qui s’était relevé, Jace réalisa soudain que durant tout le récit que lui avait conté ce dernier concernant Abstrus, il avait cru qu’il s’agissait d’un humain, ne pouvant concevoir qu’un alien soit assez intelligent pour gérer de façon aussi compétente un Empire. Il avait imaginé que l’âge du Seigneur Noir, canonique pour un humain, était dû à d’obscurs sortilèges alors qu’il n’était pas rare de voir certaines espèces non-humaines dépasser les deux cents ans. Il réussit à reprendre ses esprits, réfléchit froidement à la meilleure conduite à adopter et après un temps d’hésitation, trouva enfin assez de courage pour répondre :
« Surpris ? Oui si l’on considère que je m’attendais à rencontrer le Seigneur Abstrus et non Zakur, un mendiant de Metellos… »
Il sentit le regard bouleversé qu’Yroskas posait sur lui, horrifié que son jeune protégé s’adresse avec si peu de tact et de diplomatie au Sith, en dépit de tout ce qu’il lui avait enseigné. Mais Jace n’avait pas pris de risque inconsidéré, il avait juste tenu compte de ce qu’il savait : Abstrus suivait son évolution depuis des années et comptait en faire son apprenti, il avait donc une marge raisonnable pour jouer un jeu dangereux sans craindre de se faire éliminer tant il était précieux pour ce dernier. En outre, les Falleen étaient réputés pour être froids et calculateurs, il était donc improbable qu’Abstrus se vexe et tue Jace dans un accès de colère. Enfin, Yroskas lui avait dit qu’il lui faudrait manœuvrer habilement pour tirer des informations de son Maître et en ce cas précis, l’affront lui semblait être la meilleure solution pour parvenir à ses fins.
En effet, nullement courroucé, Abstrus afficha un petit sourire satisfait :
« Bien, bien, je suis comblé de constater que je ne semble pas m’être fourvoyé à ton sujet, jeune Jace. Zakur n’est plus mais n’est pas pour autant une invention destinée à te tromper, il n’est qu’un souvenir de mon ancienne personnalité. Zakur n’était qu’un moins que rien, un mendiant victime de tous avant que la Sombre Dame des Sith le découvre et l’amène à comprendre ce que lui destinait vraiment l’avenir. Le jour où il embrassa sa destinée, Zakur périt, laissant sa place à un nouvel être né de sa communion avec le Côté Obscur : moi-même, le Seigneur Abstrus. Je dois admettre que ce petit jeu auquel j’ai joué en ta présence m’a bien amusé, mon jeune ami, me remettre dans la peau de cet être insignifiant m’a rappelé à quel point je suis tout-puissant désormais. Cependant, il me faut reconnaître que je n’ai que partiellement réussi dans ma tâche, tu n’as su que trop vite déceler une attitude anormale pour un mendiant… Cela dit, te faire croire que j’étais réellement un mendiant n’était pas mon but, mon accoutrement ne visait qu’à tromper la vigilance d’éventuels espions républicains. »
« En ce cas, je suis enchanté d’enfin faire votre connaissance, Seigneur Abstrus, il me tarde de me consacrer pleinement à vos enseignements. » fit Jace en inclinant légèrement la tête, reconnaissant ainsi le prestige de son interlocuteur. « Cependant, je m’interroge sur votre apparition… que je qualifierais d’impromptue, sur les lieux où je venais de commettre un meurtre… »
D’un petit rire sec, Abstrus répondit : « Tes soupçons sont fondés, jeune homme, ma présence n’était aucunement due au hasard, le hasard n’existe pas, il n’y a que la Force. Depuis que tu es tout petit tu fais partie de ceux que j’observe à distance, que je teste pour savoir s’ils sont dignes de devenir l’Héritier de l’Empire. Lorsque j’ai appris par le biais d’Yroskas, que, victime d’une agression perpétrée par des enfants plus âgés que toi, tu avais laissé libre cours à ta colère, te livrant pour la première fois de façon inconsciente et intuitive à la toute-puissance du Côté Sombre et tuant l’un d’entre eux, j’ai tout de suite su que tu étais celui que j’attendais. A partir de cette communion de foi que tu as vouée sans le savoir à l’obscurité, je t’ai fait suivre d’encore plus près par notre ami Yroskas, accentuant graduellement, à mesure que tu grandissais en force et en sagesse, la difficulté des épreuves de passage que tu ignorais que je t’infligeais. Bien que tu n’en ais pas été conscient jusqu’à lors, j’ai une emprise totale sur bien des événements qui ont jalonné ta courte existence… »
« Ciuray… » frémit Jace se souvenant de la folie meurtrière qui l’avait alors envahi.
« Effectivement. J’ai rapidement ordonné à Yroskas de faire en sorte de te rencontrer en chair et en os afin qu’il te prenne sous son influence, commence à t’enseigner la vérité, t’ouvre les yeux sur la Galaxie qui t’entoure. Les retours qu’il m’en fit furent très satisfaisants, malgré la réticence de ta mère, tu étais passionné par ses propos et ne vivait que pour obtenir un poste de pouvoir une fois adulte. » Jace sourit malgré lui à l’évocation du souvenir de sa première rencontre avec Yroskas alors qu’Abstrus continuait sa tirade. « Cet état d’esprit me satisfit pleinement et je décidais de superviser personnellement ta prochaine épreuve, ne pouvant résister à la tentation de voir de mes propres yeux un aspirant si prometteur. J’ai donc quitté Volgax dans un vieux transport et me suis rendu discrètement sur Metellos, me fondant dans la masse de mendiants grâce à mes loques débraillées. Tu noteras l’avantage que me procure le fait que la République ignore mon existence, si ses citoyens savaient que le vrai Maître des Sith est un Falleen, aucun ressortissant de cette espèce ne pourrait circuler librement sans éveiller les soupçons. Je t’ai suivi dès l’instant où tu as posé le pied sur cette planète, observant ta façon de te comporter, épiant tes moindres faits et gestes afin de mieux te jauger. Tu n’étais plus un enfant mais un jeune homme musclé et il me fallait donc vérifier ta capacité de survie face à un adversaire plus coriace que l’enfant que tu avais tué. J’ai donc promis à un commerçant une rémunération substantielle pour te bastonner à mort, lui dictant d’attendre que tu sois dans la caverne de la mer de Ciuray, à l’abri des regards indiscrets, pour passer à l’action. Après quoi, je me suis rendu dans ladite grotte et ai laissé mon aura obscure imprégner les lieus, sachant que la Force t’y attirerait par conséquent inévitablement. C’est ensuite avec une satisfaction non feinte que je t’ai vu t’abandonner une nouvelle fois au Côté Sombre et régler son compte à ce méprisable commerçant… Il me semble d’ailleurs que ton père était un de ces grippe-sous… Non ? »
Les muscles de la mâchoire de Jace se contractèrent mais il ne répondit pas à la provocation.
« Oui… Je ressens parfaitement la haine incommensurable que tu nourris envers celui qui t’as abandonné. » continua Abstrus. « Un outil très utile pour amplifier ta connexion avec la Force. »
Soudain se remémorant exactement ce qu’il s’était passé durant cette journée qu’il avait pourtant essayé d’enfouir le plus profondément possible dans son subconscient, d’effacer de sa mémoire, Jace fut frappé par la compréhension. « C’était vous ! Je ne suis jamais devenu fou ! Je ne sais pas comment vous avez fait mais c’est vous qui m’avez fait halluciner, me donnant l’impression que cet homme était mon père ! »
« Bien » sourit Abstrus. « Enfin tu comprends… Un élève très prometteur, sans aucun doute. » félicita-t-il Yroskas. « J’ai utilisé sur toi des pouvoirs provenant de l’antique sorcellerie Sith afin d’embrumer ton cerveau et de transformer le visage du mort qui gisait devant toi en celui de la personne que tu haïssais le plus. Il était savoureux d’attiser ta haine, de te voir t’abandonner totalement à ta colère dans une démonstration impressionnante de pouvoir brut non canalisé. »
« Pourquoi me racontez-vous tout cela ? N’avez-vous pas peur que je sois fou de rage contre vous, qui avez tenté à maintes reprises de gâcher mon existence ? Vous croyez vraiment que ces révélations vont contribuer à ce que je vous apprécie !? »
« Mais je ne te le demande pas. Tout ce dont j’ai besoin c’est de ta crainte, ton attention et ton respect. » gronda le Seigneur Noir avec un regard mauvais. « Et puis… n’omets pas que tu me dois la vie. » ironisa-t-il.
« Ah oui, j’oubliais, le tourbillon, le grandiose déchainement des eaux. » renifla Jace, méprisant mais impressionné de réaliser le pouvoir que la Force conférait à Abstrus.
« J’ai toujours été juste avec toi mon cher, le test que je t’ai fait subir était nécessaire ; tu étais d’ailleurs à même de le passer sans encombre, comme le prouve le fait que tu sois encore en vie. En revanche, ces trois maraudeurs n’étaient pas prévus et il me fallait te sortir de ce mauvais pas sans intervenir physiquement afin de ne pas me dévoiler à toi de façon anticipée… J’espère que tu as apprécié le spectacle. » ricana-t-il, satisfait. « Je ne te cache pas que j’ai savouré notre brève discussion qui m’a confirmé qu’Yroskas avait raison de te tenir en si haute estime. Un jeune homme très intelligent, certainement… Par la suite, il m’a fallu tester ta résolution ; je savais par le biais de notre ami que tu souhaitais ardemment intégrer une université républicaine qualifiée d’élitiste, pensant alors que c’était là ton meilleur moyen d’accéder aux sphères de pouvoir. Puisque c’était là ce que tu désirais ardemment… il me fallait te le refuser. »
Jace n’en croyait pas ses oreilles ! Ainsi Abstrus était la raison pour laquelle son dossier avait été accepté dans un premier temps avant d’être finalement rejeté. Bouillonnant de colère envers cet alien impétueux qui prenait un plaisir maladif à lui nuire avec acharnement, il parvint juste à articuler entre ses dents contractées un « Pourquoi ? » plein de venin.
« Mais pour te rendre service, bien évidemment. » répondit Abstrus calmement et le plus innocemment du monde. « N’es-tu pas sorti plus fort de ce pénible désagrément ? Tu t’étais prouvé parfaitement capable d’invoquer le Côté Obscur et de te battre avec férocité, mais ce sont là des aptitudes bien inutiles si elles ne sont pas couplées à une volonté de fer et à une capacité d’analyse, de réaction et d’adaptation importante. Je craignais que tu t’effondres lamentablement comme un faible d’esprit, maudissant l’univers tout entier pour cette injustice au lieu de te démener pour changer les choses mais tu m’as agréablement surpris, te montrant plein de ressources et me rassurant sur ta force de caractère. Cet obstacle que j’ai mis sur ta route a été orchestré grâce aux relations de notre ami Yroskas et n’avait rien d’insurmontable, il te suffisait de ne pas baisser les bras et de te battre pour obtenir ce que tu désirais, ce que tu méritais. Le problème était donc accompagné d’une solution, il te fallait simplement aller trouver le Sénateur pour solliciter son aide et il ne t’a pas fallu longtemps pour le réaliser. Cette épreuve a donc servi deux buts, en plus de m’assurer de ta force mentale, je souhaitais qu’Yroskas t’offre un aperçu du cœur de nos ennemis, une visite guidée de leurs infrastructures les plus vitales. Il a ainsi pu te dévoiler la bassesse et les incohérences du système républicain ou plutôt devrais-je dire de la tyrannie Jedi. A partir de cet instant, il m’a suffi d’attendre que tu prennes conscience de ton véritable potentiel et me préparer à ta venue qui s’annoncerait dès lors inéluctable. »
« Je vois que vous avez bien géré votre petit jeu ! » cracha Jace toutefois impressionné par l’influence que ce presqu’inconnu avait eu sur sa vie. Il réalisait avec honte que l’échange entre Yroskas et le Doyen de l’IHE n’avait été qu’une mise en scène savamment orchestrée, le même Sénateur ayant surement demandé au même Doyen de rejeter le dossier de Jace quelques jours plus tôt. « Il est vrai que je connais les horribles dessous de la République mais là où je croyais trouver chez les Sith une grandeur ferme, vous avez uniquement fait preuve de fourberie, de perfidie malsaine et de manipulation à mon égard, enfermé dans votre trou à rats ! » La colère de Jace était apparente et Yroskas, qui se tenait sagement en retrait, observant la scène de loin, était impressionné par la bravache de son pupille. Abstrus quant à lui semblait se repaitre du déferlement d’émotions agressives qu’il avait engendrées chez le jeune homme. « Qu’est-ce qui vous fait croire que je veux encore être votre apprenti maintenant que je sais que toute ma vie n’est qu’un mensonge dont vous avez tiré les ficelles !? » continua Jace.
« Tu peux m’en vouloir en vain ou bien apprendre à maitriser le pouvoir ainsi que l’art du stratagème et de la manipulation qui sont miens, tu peux faire un choix puéril, et décider que je suis une horrible entité maléfique qui n’a cherché qu’à te nuire, ou bien réaliser avec discernement que je n’ai fait que débuter ton entrainement avant même que tu viennes me voir pour le solliciter. Mes actions n’ont fait que t’endurcir, te préparant pour ce jour où tu te soumettrais enfin de ton plein gré à ma formation. »
Malgré son énervement, Jace pouvait sentir le bon sens derrière ces paroles et n’interrompit pas son mentor.
« Crois-tu vraiment que les Sith acceptent n’importe quel aspirant dans leurs rangs !? Contrairement aux Jedi, nous n’acceptons que les plus talentueux ; l’entrainement que nous dispensons est bien plus intense et plus exclusif. Nos préceptes ont pour but d’écarter les faibles ; par conséquent, l’initiation requise pour accéder au titre de Seigneur Sith s’avère parfois fatale pour ceux indignes de s’élever au dessus du commun des mortels. Et je ne te parle là que de l’enseignement prodigué dans une de ces minables Académies Sith qui éduquent leurs élèves comme du bétail, en dirigeant des classes comprenant parfois jusqu’à une vingtaine d’étudiants. Ma doctrine et mes préceptes reprennent les principes Sith en les amplifiant à leur extrême ; tu seras mon seul élève et tu risqueras ta vie de nombreuses fois afin de te démontrer digne du Côté Obscur. Penses-tu vraiment que j’aurais pu te prendre comme apprenti sans m’assurer au préalable que tu étais à la hauteur de la tâche qui t’attendais !? Défais-toi de ta vision infantile polluée par la propagande bien pensante hypocrite des Jedi, et réalise que je n'ai fait que ce qui devait être fait… »
Bien qu’outré par la manipulation dont il avait été victime, Jace ne se laissa pas aller à une indignation immature et décida qu’il était à l’endroit parfait pour devenir le marionnettiste et non plus la marionnette.
« Je vous le concède… Les Jedi vous dépeindraient comme un être vil et malsain mais les épreuves que vous m’avez infligées m’ont rendu plus fort, m’élevant au dessus de la masse jusqu’à ce que je vienne vous trouver. Je suis conscient de l’honneur que vous me faites de me considérer digne de devenir le futur Empereur et je ne laisserai pas des considérations futiles obscurcir mon jugement. La vérité est laide, autant l’accepter et apprendre à la tourner à son avantage. »
« Bien… Tu es presque prêt à débuter ton voyage dans ce que les Jedi appellent parfois le côté maléfique de la Force. Une notion bien abstraite... Le mal est une question de point de vue, jeune Jace. Les habitants de la Bordure Extérieure, par exemple, ont été abandonnés à leur propre sort par la République qui n’était présente que sur les planètes où elle pouvait exploiter diverses ressources. Ils ont toujours été habitués aux assassinats et autres règlements de compte, à la loi de la jungle où les cartels du crime les plus puissants imposaient leurs rackets. Le désordre complet qui dominait la Bordure n’est plus qu’un lointain souvenir sous l’égide de l’Empire qui a instauré un régime strict et sans merci, mais juste, et à même de protéger ses habitants. Pour eux, Sith n’est pas synonyme de dictature ou de tyrannie, c’est plutôt la République qui représente le mal absolu. Bien évidemment, c’est le point de vue inverse qui domine dans les mondes du Noyau.
Comme tu l’as si bien fait remarquer, les Jedi qualifieraient de pernicieuses, abjectes, vicieuses et maléfiques les méthodes que j’ai employées pour commencer à te façonner en une puissante arme alimentée par le Côté Obscur. Mais qui sont-ils pour donner des leçons ? Leur comportement est incohérent, je ne m’étendrais pas sur ces gardiens de la paix qui prolongent la guerre, refusant de s’avouer vaincus, ces êtres considérant toute vie comme chère et unique, qui déchainent pourtant des armes bactériologiques pour éradiquer leurs ennemis, ces défenseurs de la démocratie, qui ont pris le pouvoir sur leur République devenue une tyrannie malhabilement déguisée pour un témoin averti… Ils ont choisi il y a bien longtemps de se voiler la face, limitant leur vision en n’étudiant que le Côté Lumineux de la Force alors que pour comprendre les grands mystères de l’Univers, il convient d’en étudier tous les tenants. Cet Ordre borné et déraisonnable est en outre un danger pour la stabilité de la Galaxie, nombre d’entre eux n’hésitent pas à renier tous leurs principes, tout ce qui leur a été enseigné, comme ce précieux respect de la vie, pour commettre des meurtres de sang froid. A la manière de ce Murrtaggh par exemple, qui assassina autrefois le Dark Underlord, beaucoup de Jedi ont, fort logiquement, cédé à leur colère qui n’est que naturelle et se sont abandonnés au Côté Obscur. Cependant, ces Jedi Noirs ne le maîtrisent pas et sont sources de chaos incontrôlé, incapables de gérer convenablement leur agressivité. Ces énergumènes et leur manque de contrôle sur eux-mêmes, illustrent bien les manques abyssaux qui caractérisent le Code Jedi : comment peut-on espérer que quelqu’un reniant ses instincts les plus primaires, une partie de son être, puisse accéder à la sagesse et à la stabilité, à la maitrise parfaite de son corps et de son esprit ?
Leurs crédos sont aveuglés par leur suffisance et leur refus de voir la laide réalité en face, enfermés qu’ils avaient l’habitude de l’être, dans leur luxueuse tour d’ivoire. La vie est dure ; elle fait mal dès qu’elle commence, comme le prouve le fait que nous pleurons tous à la naissance. Les élus de la Force sont nés pour régner, l’égalité est un mythe et ce dès le commencement ; certains naissent aisés, d’autres pauvres, certains viennent au monde beaux et intelligents, d’autres idiots et laids, c’est ainsi, l’ordre naturel des choses, et il est stupide de vouloir le nier. Nous sommes supérieurs et prenons ce qui nous revient de droit, là pour guider et gouverner les faibles qui n’existent que pour nous servir ; ceci est un fait, que les Jedi ne l’acceptent pas démontre leur faiblesse.
La République défendue par les Jedi est basée sur une idéologie différente de celle de l’Empire, ce qui conduit ses citoyens à considérer les Sith comme des monstres… Mais eux se complaisent dans une pagaille bureaucratique innommable et retiennent contre nature la violence qui est en eux. Nous offrons à nos sujets l’ordre et la sécurité qu’ils attendent, en contraste avec la pagaille bureaucrate, l’anarchie et la corruption qui gangrènent la République. Les faibles ont besoin d’être entourés, les membres de l’Empire ont une culture différente de celle qu’ont reçue les citoyens républicains dès leur plus jeune âge ; ils ne se sentent pas écrasés sous le poids d’une dictature, mais guidés par un chef éclairé. Le fait d’être gouvernés par un seul être tout-puissant faisant office de Dieu, ne les dérange pas, ils sont nés sous ce régime qui fait partie intégrante de leur culture et le considèrent par conséquent tout à fait normal ; chose que les Jedi, prisonniers de leurs œillères, ne peuvent accepter alors qu’ils tyrannisent subtilement une population accoutumée à la démocratie… »
« Vous n’avez nul besoin de me convaincre, Seigneur Abstrus, vous prêchez un convaincu. Même si je suis né sur le sol républicain, je n’ai pas tardé à percer le voile de leurs mensonges et ne sais que trop qu’ils sont un mal qu’il convient d’éradiquer. » fit Jace en hochant gravement la tête.
« Et bien, jeune Jace, es-tu prêt à jurer allégeance aux Sith et à devenir mon apprenti ? »
Jace avait attendu ce moment toute sa vie, pendant un temps il avait cru pouvoir se mentir, croire que la vie pouvait être douce et bercée d’amour mais la vérité l’avait rattrapé comme le lui rappelait douloureusement le serpent qui se repaissait de son âme. Peu importaient les dangers, les sacrifices et la douleur, il n’avait plus rien à perdre et tout à gagner :
« Je suis prêt, Monseigneur. »
« Bien... Une dernière épreuve t’attend toutefois avant que je te considère apte à devenir mon élève. Le pouvoir requiert d’importants sacrifices et je dois m’assurer que tu es à la hauteur de la tâche. Tu dois renoncer à tout ce qui t’était cher, abandonner ton passé afin de renaitre au Côté Obscur. Les Sith ne se contentent pas de mots, il leur faut des actes, tu dois sacrifier ton passé pour faire preuve d’allégeance à notre cause. Acceptes-tu d’abandonner ton ancienne identité et tout ce qui lui importait ? »
Jace marqua un temps d’arrêt... Maylena... Non... Elle m’a trahi et ne mérite pas que je renonce à ma consécration pour elle. Des images de sa courte existence flottèrent devant les yeux de Jace, il vit passer Abess Lingar, son ami de toujours, Ena, sa tendre mère et tous les lieux et personnes qui lui étaient chers. Pendant un instant il hésita, incapable de se résoudre à les laisser derrière lui... avant de se rendre à l’évidence. Le Sacrifice en vaut la chandelle. Se dit-il. Et puis, lorsque je serais Empereur rien ne m’empêchera de retrouver les miens...
« J’accepte, Seigneur Abstrus, avec le témoignage du Sénateur Yroskas ici présent, je jure fidélité aux Sith et me soumets humblement à votre enseignement. Comme preuve de mon allégeance, j’accepte de renoncer à mon passé. »
Un silence glacé s’abattit sur la salle. Le Seigneur Abstrus toisait Jace avec une froideur teintée de malice alors qu’Yroskas semblait incapable de tenir en place. Jace allait lui demander la raison de son malaise, quand Abstrus brisa le silence d’une voix sifflante à peine audible :
« Très bien, mon apprenti. Cependant, comme je te l’ai dit, les Sith ne se contentent pas de paroles. Voyons si ta plaidoirie était sincère. »
D’un petit signe de la main, il invita deux gardes qui se tenaient à la porte, à entrer dans la pièce. Alors qu’une chape glacée de terreur s’abattait sur lui sans qu’il en comprenne la raison, Jace s’aperçut que ces deux Trandoshans portaient un colis de taille humaine et pire, que ce colis se débattait dans le sac qui le recouvrait entièrement. Bien qu’en son for intérieur, il savait déjà ce qui se déroulait devant ses yeux, Jace fut incapable d’esquisser un geste, pas un seul son ne sortit de sa bouche pendant que les deux aliens vêtus de noir de la tête aux pieds jetaient sans ménagement le sac entre lui et Abstrus.
Lorsque les hommes de mains délivrèrent la captive du sac dans lequel elle était enfermée, le sang de Jace ne fit qu’un tour en voyant qui hoquetait misérablement au sol devant lui.
« MAMAN !!!!!!!!! »
Next week : Sacrifice