Coucou tout le monde, voici venir le deuxième chapitre.
Bonne lecture.
Chapitre 2
Je le sais car je suis le fils de Krynda et de Barrison Draay, et enfin, je peux voir mon avenir.
Mémoires, de Lucien Draay, dirigeant du Pacte Jedi, environ 3940 ans avant la bataille de Yavin.
« Il n’y a pas d’émotions. Il n’y a que la paix. »
—Il n’y a pas d’émotion. Il n’y a que la paix, récita le petit groupe d’initiés Jedi entourant maître Abro Nermin.
« Il n’y a pas de passions, il n’y a que la sérénité. »
—Il n’y a pas de passions, il n’y a que la sérénité.
« Il n’y a pas d’ignorance, il n’y a que le savoir. »
—Il n’y a pas d’ignorance, il n’y a que le savoir.
« Il n’y a pas de chaos, il n’y a que l’harmonie. »
—Il n’y a pas de chaos, il n’y a que l’harmonie.
« Il n’y a pas de mort, il n’y a que la Force »
Les initiés reprirent une dernière fois les paroles du maître Jedi. Celui-ci arbora un sourire satisfait.
—Voici qui compose le code Jedi jeunes aspirants, leur déclara l'humain aux cheveux crépus et au bouc au menton de la même couleur argenté. Maintenant, intéressons-nous au sens de ces écrits millénaires. Mais pour votre culture, quelqu’un saurait-il qui a rédigé le code dans sa forme actuelle?
Une apprentie zabrak aux petites cornes crâniennes leva la main.
—Nous t’écoutons Sella.
—Maître Odan-Urr! C’est maître Odan-Urr! Enfin à l’origine c’était maître Rectonia, s’empressa-t-elle d’ajouter!
—Excellent jeune aspirante. Excellent. Voyons le sens du code à présent.
Le maître Jedi sexagénaire s’assît en tailleur au milieu des jeunes initiés.
—Il n’y a pas d’émotion, il n’y a que la paix. Cela n’est pas tout à fait exact. Nous, Jedi, comme tous les êtres conscients ressentons des émotions, éprouvons des sentiments. Cela est tout à fait normal. Mais en tant que Jedi, nous ne pouvons les laisser nous dominer ou dicter nos actions avec trop de véhémence. Le Jedi doit être maître de ses émotions et non l’inverse.
—Mais les Sith eux, ils sont dominés par leurs émotions, demanda un humain roux d’une dizaine d’années ?
—Oui Havolg. En un sens. Ceux qui ont précédé les Sith il y a des milliers d’années ont été entraînés sur le chemin obscur car ils avaient le sentiment de ne jamais en avoir assez, c’est l’envie et la jalousie qui en un sens les auront poussé à céder à la colère. Ensuite, il n’y a pas de passions, il n’y a que la sérénité. Nos passions découlent de nos émotions. Et de la même manière, il nous faut les maîtriser. Il faut savoir quand et comment dicter à ces passions. En tant que gardiens de la justice, il serait normal pour un Jedi s’il voyait un honnête citoyen se faire agresser de se précipiter sur l’agresseur afin de le stopper n’est-ce pas?
Tous les initiés opinèrent du chef. Le maître Jedi se redressa.
« En un sens, oui. Cela serait la bonne marche à suivre. En tant que garants d’une Galaxie plus juste, nous ne pourrions pas rester de marbre devant une telle situation. Mais nous devons nous poser certaines questions. Peut-être celui semblant l’agresseur était-il en réalité l’agressé. Les apparences peuvent être trompeuses. Pour exemple, les Devaroniens peuvent paraître démoniaques certes et sont souvent considérés comme malicieux et malhonnêtes de nature. Mais pourtant qui ici pourrait considérer votre camarade Linn comme étant un être pernicieux? »
Les regards des jeunes enfants se tournèrent vers leur compair devaronien pour finalement revenir à Abro.
—Parfaitement. Bien à présent. Il n’y a pas d’ignorance, il n’y a que le savoir. Même le plus analphabète des analphabètes sait forcément quelque chose, à commencer par le fait qu’il puisse être analphabète. Il est peu probable que vous arriviez un beau jour à retenir le nom de toutes les planètes et planètes naines du secteur Chommell, mais pour autant, vous disposerez toujours du savoir le plus précieux: celui de la Force.
Il avait fait de ce même savoir le but de sa vie. Abro avait passé des dizaines d’années à écumer la Bordure Extérieure à la recherche de sites d’intérêts liés à l’histoire Jedi ainsi qu’à la Force. Il avait mis à jour un grand nombre d’artefacts. Mais désormais, il avait abandonné la recherche directe sur le terrain, préférant faire profiter de son savoir à la prochaine génération de Jedi.
Une génération sacrifiée… Gâchée… pensait-il. Ces enfants ne seraient pas les garants de la paix galactique. Ils seraient des soldats envoyés sur les lignes de front pour empêcher les Sith de prendre le contrôle total du Noyau et de la Galaxie. Il était de la génération qui avait connu la Trêve de onze ans avec les Sith, du temps où ceux-ci ne formaient qu’une seule et unique entité. À cette époque, la paix avait semblé envisageable, l’Empereur Xeandru avait suscité de nombreux espoirs pour les citoyens de la République pour ses vues moins extrêmes que celles de ses pairs quant au partage de la Galaxie. Mais la Rupture survenue près de quinze ans plus tôt avait brisé tout espoir. Le seigneur Nostros et son Conseil Régnant s’étaient séparés de ceux qu’ils voyaient comme les porteurs de la fin des Sith. Xeandru avait en quelques années à peine perdu presque tout son territoire au profit de ces séparatistes qui se définissaient comme le « Nouvel » Empire, des absolutistes pouvant dans le même temps sembler plus ouverts que ne l’étaient ceux que l’on nommait désormais « Sith traditionalistes», sous la coupe de Xeandru, désormais radicalisé et non-enclin à de quelconques pourparlers de paix.
Il savait qu’il ne restait à ces jeunes initiés que quelques années avant d’être sélectionnés par un formateur Jedi. Et ils seraient envoyés avec ceux-ci en missions, toutes plus périlleuses les unes que les autres, pour stopper les Sith. Peu en reviendraient. Ces enfants étaient jetés tête la première sur les champs de bataille.
—Ensuite! Il n’y a pas de chaos, il n’y a que l’harmonie. Quoi qu’il puisse advenir en cette galaxie, cela aura un but. Par exemple, une vie perdue est une vie retrouvée. Les organismes morts font fleurir la vie en se décomposant. Cela peut sembler cruel. Mais il en est ainsi. Tout n’est que la volonté de la Force. Et à ce propos, il n’y a pas de mort, il n’y a que…
Le maître Jedi s’interrompît au moment où il leva légèrement les yeux, laissant son regard fixé sur une Mirialan à la peau olive âgée d’une trentaine d’années aux cheveux noirs les observant. Elle était accoudée à l’une des colonnes des jardins. Quand les initiés remarquèrent l’attention de leur professeur, ils se retournèrent pour considérer à leur tour la Mirialan.
Et de s’approcher, elle esquissa un sourire, tandis qu’Abro se relevait en s’appuyant sur sa béquille en bois.
—Jeunes novices, voici maître Daran Jenn, chevalier Jedi et sentinelle au sein de l’Ordre.
Les jeunes élèves se relevèrent à leur tour et saluèrent la Jedi.
—Ravie de faire votre connaissance initiés, dit-elle avec une tendresse amusée.
Le maître Jedi s’approcha de celle-ci.
« Je vous pensais toujours en mission dans la Bordure maître Jenn. »
—Je l’étais. Je suis rentrée hier. Maître Kossy attend mon rapport.
Sella, l’enfant zabrak enthousiaste agrippa la bure de la Jedi.
—J’ai entendu parlé de vous, dit-elle sur un ton frénétique, comme portée par l’admiration! C’est vrai que vous avez battus trois Sith sur Onderon en chevauchant un drexl?! Ou que vous avez permis l’évacuation de toute une ville avant un assaut Sith sur Berchest ou que…
—Initié, dit calmement Abro. Contrôle tes passions. Et surtout, laisse-lui le temps de répondre. dit-il avec malice.
La Zabrak dont les cheveux lui tombaient sur les épaules inspira puis expira un grand coup les yeux fermés avant de s’excuser.
—Ce n’est pas grave. lui répondit Jenn en s’agenouillant pour être à sa hauteur. Enfin, la grande majorité de ces histoires sont largement exagérées.
J’ai fait ce que tout Jedi aurait fait.
La Zabrak paru quelque peu déçue.
—Mais en un peu mieux. lui chuchota la Mirialan à l’oreille, suivant sa déclaration d’un clin d’œil.
L’apprentie émit un rire enfantin partagé par son aînée. La Mirialan se releva.
—Vous souhaitez me parler maître Nermin?
—Tout à fait maître Jenn, parfaitement observé. Initiés, la séance d’aujourd’hui va malheureusement devoir se terminer plus tôt que prévu. Vous pouvez vaquer à vos occupations ou rejoindre maître Zotema plus tôt dans votre apprentissage des traités républicains.
Le petit groupe de jeunes aspirants Jedi se dispersa. Au bout de quelques instants, le maître Jedi et sa collègue mirialan en firent de même et se déplacèrent vers un banc à l’ombre d’un des arbres massifs des jardins du temple, sur lequel il s’assirent. Abro serra sa béquille de ses dix doigts. Observant le ciel de Coruscant et sa circulation habituelle tout en s’humectant la lèvre supérieure.
—Je sais ce que tu vas me demander. dit-il à celle qui avait autrefois été son apprentie. Non… Je n’ai toujours aucune nouvelle…
—Toujours pas?
—Non… C’est bien ce qui m’inquiète. Nous devons nous attendre au pire… Le travail des gens comme Ezkon n’est jamais simple. On leur demande de réaliser des choses que le commun des Jedi n’oserait pas envisager… Il a peut-être…
—Je ne peux le croire maître.
L’expression du vieux maître Jedi s’aggrava.
« Ezkon a choisi de s’engager sur un chemin tumultueux… Ni moi, ni toi ne pourrions jamais le revoir… »
Il réfléchit un instant avant de reprendre la parole.
—Vous étiez…?
—Non, plaça Daran. C’était mon ami. Rien de plus.
—Ah. Fort bien. Le Conseil ne désapprouverait pas tu sais… répondit-il à la jeune femme. Ou du moins ils ne feraient pas savoir leur désaccord. La guerre leur donne trop d’autres préoccupations pour se concentrer sur des sujets aussi triviaux…
Daran resta silencieuse un moment avant de briser ce même silence.
« Vous pensez qu’il aurait pu être converti? »
—Aussi loin que je me souvienne, Ezkon Payr était l’un des jeunes Jedi les plus dévoués à la Lumière que j’ai pu rencontrer au cours de ma vie. Mais une telle dévotion ne lui a pas rendu que des avantages. La voie empruntée par les ombres Jedi peut parfois se révéler aussi obscure que leur titre laisserait suggérer…
—J’en suis sûr maître. Mais je ne perd pas espoir pour autant.
—L’espoir est le moteur qui nous aide à tenir, ma chère apprentie. Ah… Que je regrette le temps où nous méditions ensemble avec Ezkon à l’ombre de ces jacarandas… dit-il en désignant les arbres en floraison en face d’eux.
—Nous pourrions nous plonger dans une nouvelle méditation si vous le souhaitez, lui répondit-elle. Maître Kossy peut bien attendre encore un peu.
Le maître Jedi hocha doucement la tête et les deux se levèrent peu après, pour aller s’asseoir en tailleur devant les jacarandas. Abro ferma les yeux, tout comme son ancienne Padawan.
Dans la salle de planification de la division des Opérations de Renseignement Jedi, maître Esther Kossy gratta sa tresse halo tandis qu’elle consultait sur son datapad le rapport de Ta’mahan. L’agent Jedi avait décidé de maintenir le silence radio sur Bonadan. Esther savait qu’elle pouvait lui faire confiance pour briser ce même silence sitôt que de nouvelles avancées seraient réalisées. Debout à côté d’elle, un Bothan à la chatoyante fourrure châtaine grommela tandis qu’il lisait lui aussi un rapport d’opération. Sa grogne ne manqua pas d’attirer l’attention de la directrice de l’ORJ.
—Un problème Zerak?
—Oui et pas qu’un peu. Nous avons reçu confirmation que notre équipe d’infiltration est parvenu à atteindre Ord Canfre, mais maître Sinohga a insisté pour que l’équipe d’extraction quitte le système.
—Drones chercheurs?
—Entre autre, répondit le Bothan en robes beiges. Mieux vaut prédire que guérir.
Il n’avait pas tord. Dans leurs activités, la prudence se trouvait être de mise. Un excès de caution n’avait jamais tué personne après tout.
Et elle était familière de cette même prudence. Sa position de directrice des Opérations de Renseignement Jedi exigeait d’elle une ligne pragmatique voire paranoïaque, tel qu’auraient pu la désigner certains, vis-à-vis des risques.
Voilà presque six ans qu’elle occupait ce poste du haut de sa quasi-quarantaine. Ses cheveux crépus commençaient à légèrement grisonner. L’expérience et les compétences étendues qu’elle avait acquises après des années de missions conjointes avec le Service de Renseignements et d’Opérations Stratégiques l’avaient prédestinée à ce poste. La volonté de la Force aurait pensé certain, mais elle y voyait uniquement une suite logique d’évènements. Elle n’était pas du genre à se vanter ni à étaler ses connaissances, mais elle savait que personne d’autre au sein de l’Ordre n’avait, à sa connaissance du moins, suffisamment d’expérience dans le domaine de l’intelligence et des opérations clandestines. Et l’Ordre était en guerre. Certains ne s’en rendaient toujours pas compte, même après près de cinq siècles de conflit. Il y avait des missions que même le SROS ou les forces spéciales ne pouvait entreprendre. Des affectations que seuls des Jedi aguerris aux opérations délicates pouvaient mener à leur terme. Des missions d’infiltration derrière les lignes ennemies, en plein territoire neo-impérial ou Sith traditionaliste. La République en avait besoin. Cela ne ramènerait peut-être pas la paix, mais cela pourrait certainement sauver un maximum de vies. Certains membres du Conseil l’exécraient, si exécrer pouvait être autorisé à un Jedi. Ils n’avaient pas confiance en elle. Du fait de ses méthodes principalement, que d’aucun auraient qualifiées d’indignes d’une Jedi. Mais ils se leurraient. Ils ne réalisaient toujours pas. Elle respectait le code Jedi et les valeurs dans lesquelles l’Ordre l’avait élevée, mais en tant que personne pragmatique, elle savait que parfois, même les valeurs de l’Ordre pouvaient être mises en tord pour le bien commun de la République et de la Galaxie. Certains auraient pu rapprocher sa pensée de celles des Revanchistes plus de deux-mille ans auparavant, mais à l’inverse de ceux-ci, Esther ne sombrerait pas dans le Côté Obscur par pur démonstration d’hubris. Y ayant déjà été exposée, elle savait que rien de bon ne pouvait s’en dégager.
À sa droite, une Givin au visage ressemblant à s’y méprendre à un squelette traitait à une vitesse exponentielle des paquets de données avant de les classer. Esther appréciait grandement Saj Sanis. Elle alliait l’efficacité froide et mathématique typique des représentants de son espèce avec une pointe sarcastique et narquoise atypique. Devant ses deux grands yeux noirs dépourvus de pupilles, elle portait une visière lui transmettant en temps réel des rapports supplémentaires à traiter, classer, déclasser et reclasser, cela en complément des fichiers déjà affichés sur les trois terminaux informatiques de son bureau et sur les sept datapads qui s’empilaient sur celui-ci. Zerak lui demanda de lui transmettre le rapport de situation vis-à-vis de l’opération entreprise par l’ORJ à New Holstice entreprise quelques semaines auparavant. Presque aussitôt le Bothan avait-il achevée sa demande que Saj tapotait en une fraction de secondes le clavier holographique de l’un de ses terminaux, envoyant le rapport crypté au datapad de son confrère Jedi. Sitôt fait, elle repris immédiatement son travail.
Saj était une véritable machine de guerre d’analyse de données et de calcul et ce même selon les standards givins. Esther l’avait déjà vu déterminer l’itinéraire d’un saut hyperspatial en moins de temps qu’il n’aurait fallu à un navordinateur pour traiter la demande et amorcer le processus. Voyager avec un Givin permettait de se passer de navordinateur. Voyager avec Saj aurait permis de parcourir la Galaxie connue plus vite que la vitesse lumière elle-même. Si tant est que la galaxie en question ne soit pas contrôlée presque au tier par les Sith bien évidemment.
Lorsqu’il eut consulté le rapport sur son datapad, Zerak grogna à nouveau. Et à raison. Esther le savait. Les nouvelles concernant New Holstice ne pouvaient pas être bonnes.
—Maître Kossy, commença le Bothan…
—Je sais… Comment?
—Epseck, Kubtal et Keisrah-Gom ont été tués en mission. Par les forces du suzerain Sith local autoproclamé.
Epseck et Kubtal figuraient parmi les meilleurs opérateurs de l’ORJ. S’ils avaient été découverts…
À ce moment précis, la porte du bureau de la directrice s’ouvrît pour dévoiler une Mirialan à la peau teinte olive et aux cheveux noirs coupés en carré.
—Maître Kossy, énonça simplement Daran Jenn. Maître Kis’er.
Avant qu’elle ne puisse poursuivre, la Givin retira sa visière un instant et produit l’expression la plus proche d’un sourire que lui aurait permis son visage aux allures crâniennes.
« Salut Daran! »
La Mirialan sourit en saluant la non-humaine tandis qu’elle s’enfonçait dans la pièce.
« Salut Saj! »
La Givin replaça la visière devant ses yeux et se remit au travail. Esther reposa son datapad tandis que la Jedi sentinelle s’approchait d’elle.
—Vous l’avez?
—Oui. Il est enfermé dans un appartement du district Uscru.
—Personne n’est au courant?
—Non. J’ai atterri dans les bas-fonds puis je l’ai traîné là-bas. J’ai repris ma navette et ai réalisé un atterrissage en bonne et due forme au spatioport après quoi.
—Fort bien. dit la directrice en se levant de son siège.
Elle épousseta légèrement sa bure et ses robes de couleur magenta.
« Conduisez-moi à lui maître Jenn. Zerak, Saj, nous rediscuterons plus tard de l’affaire de New Holstice. »
Si je trouve celui qui a posé ces murglak d’enceintes sur l’immeuble d’en face, je lui ferait regretter d’être né! songea Lazir.
À moitié sonné, attaché à une chaise en métal peu confortable les mains dans le dos, transpirant du fait de la climatisation de l’appartement ayant rendu l’âme deux heures auparavant, il aurait donné n’importe quoi pour une baignade dans le bassin réservé aux espèces aquatiques de l’Extasia. Il n’était plus sur Lianna, il le savait. La Jedi l’avait fait monter à bord de son vaisseau, puis, une fois le passage en hyperespace effectué, il avait reçu un coup sur la tête. Afin de dissimuler sa destination sans doute. Même à moitié somnolant et déconcentré par la fournaise dans laquelle il se trouvait actuellement, il se disait que sa localisation actuelle n’était que trop évidente. Il se trouvait sur Coruscant. Où exactement? En tout cas pas dans une cellule de haute sécurité. La Jedi ne devait pas vouloir que sa présence à Galactic City ne s’ébruite. Cela avait-il été son plan depuis le début? Peut-être pas. Peut-être avait-elle à la base prévu d’utiliser un de ses tours mentaux pour le persuader de la suivre. Peut-être avait-elle été pressée par l’assaut des mercenaires du Hutt?
Il s’était réveillé environ quatre heures auparavant. Il avait tenté d’hurler, mais le bruit du club en face de l’immeuble avait couvert toutes ses tentatives. Ça couplé à la faiblesse qu’il ressentait du fait de la chaleur ambiante et du fait de l’épaisseur des murs.
Il entendit la porte de l’appartement s’ouvrir malgré tout. Du couloir menant à l’entrée débarquèrent deux femmes. L’une d’elle était humaine, à la peau sombre et vêtue d’une tenue magenta. La seconde, malgré son esprit embrumé était parfaitement reconnaissable pour le Zeltron. Il s’agissait de la Mirialan l’ayant entraîné dans ce pétrin!
Il voulut lui bondir dessus, mais se rappela au dernier moment qu’il était attaché. En conséquence, sa chaise tomba à la renverse devant les deux femmes, son visage embrassant le sol crasseux de l’appartement. L’humaine, une Jedi également, le redressa grâce à ses facultés télékinétiques. Le Zeltron secoua la tête afin d’enlever une mèche de ses cheveux bleutés tombant dans son œil gauche. Il remarqua la Mirialan en train de s’éponger le front avec la manche de sa tunique Jedi.
—Vous auriez pas un truc à boire?
L’humaine fit un signe de tête à sa collègue.
« Maître Jenn, allez lui chercher un verre d’eau. »
Maître Jenn? Jenn était un nom de famille peu commun chez les Mirialans. Et un verre d’eau… Il aurait préféré du whisky alderaanien, mais dans sa situation, il n’allait pas faire le difficile.
Tandis que la proche-humaine se rendait dans la cuisine du petit appartement, l’autre Jedi s’agenouilla devant le Zeltron. Elle posa son bras droit sur son genoux et demanda:
« Savez-vous pourquoi vous êtes ici Dohon Lazir? »
—Que voulez-vous… J’ai un charme irrésistible…
—Et du pot aussi visiblement. Si ma subordonnée n’était pas intervenue, vous seriez de la chair à bantha à l’heure actuelle.
Lazir se mordit la lèvre.
—Vous vous fichez de moi?! Vous appelez ça du pot? Je suis là tranquillement dans mon club à fumer du t’bac et à regarder une magnifique Falleen se dandiner pour moi, et votre satanée Jedi m’enlève, m’assomme et me ligote dans un appart où la clim déconne!
—Croyez-moi Zeltron, votre situation est bien plus enviable que d’être un tas de cendres fumantes.
Il ne répondit rien. Quelques instants plus tard, « Jenn » revint, un long verre d’eau à la main. Elle le porta prudemment aux lèvres du proche-humain à peau pourpre. Celui-ci bu une gorgée sèche et déglutit difficilement.
—Si nous entrions directement dans le vif du sujet, commença l’humaine. Paii Glor.
—Eh bien… Comment dire…
—Il ne connaît ni l’identité ni la localisation du courtier, prononça sèchement « Jenn ».
Le Zeltron obtint un sourire exténué de sa mâchoire parfaite.
« Oh je ne connais pas sa position actuelle. Mais je sais sur quels mondes se trouvent ses intermédiaires. Ceux plus haut placé que moi dans la hiérarchie… Des gens en qui Glorr place plus de confiance qu’en moi… »
—Intéressant, dit l’humaine.
Elle se retourna vers la fenêtre aux stores semi-ouverts de la pièce et croisa ses mains derrière son dos.
« Vous allez nous dire comment les atteindre. »
Lazir ouvrit grand les yeux et cligna vigoureusement avant de prendre un ton gêné.
—Si je vous l’indique, non seulement je n’en tirerai aucun bénéfice…
—Ce qui sera le cadet de vos soucis. l’interrompit « Jenn ». Ces derniers jours l’HoloNet s’est montré très généreux en articles sur la façon dont votre club sur Lianna a été retourné sans dessus dessous par les mercenaires du Hutt. Vous n’y remettrez pas les pieds de sitôt.
—Je possède un autre club sur Ord Cantrell, moins réputé mais il fera largement l’affaire. D’autant qu’il s’agit d’une ancienne forteresse de l’ère Pius Dea… Mais pour en revenir au sujet! Si vous atteignez ses intermédiaires, Paii Glor saura que je vous aie informée. Il trouvera forcément un moyen de m’atteindre…
—La République pourra vous protéger.
—Dans une cellule! Ou dans un hôtel où mes moindres faits et gestes seront surveillés?! Non merci! Et ça ne prouve qu’une chose par rapport à vous mesdames! Vous ne connaissez pas Paii Glor! Ce malade serait capable d’envoyer un Filar-Nitzan m’étouffer pour me faire taire!
—Un quoi, demanda l’humaine interloquée ?
—Un être gazeux… Peu importe… Vous voyez où je veux en venir…
—Nous avions un marché, souligna « Jenn ».
Lazir ricana et secoua la tête.
« Et vous avez été suffisamment naïve pour croire un Zeltron voulant sauver sa peau? Honnêtement, je me fais du soucis pour votre République si… »
—Assez, proféra l’humaine, se retournant vers Lazir! Vous allez nous fournir les noms et localisations de ces intermédiaires immédiatement!
—Ou sinon quoi? Vos petits tours mentaux j’y ai déjà fait face! Ça ne marchera pas! Et je connais les Jedi. Vous ne me torturerez pas.
L’humaine secoua la tête et contempla brièvement le sol. Elle posa ses mains sur son bassin et poussa un léger ricanement. « Jenn » s’éloigna de sa supérieure. Lazir se remit à transpirer. Tout ça n’augurait rien de bon.
—Qu’il croit, dit la Jedi d’un ton calme et moqueur…
Sans prévenir, elle poussa la chaise du Zeltron au sol grâce à ses pouvoirs psychiques. Lazir cria brièvement et tomba à la renverse. Elle se saisit de la chaise une poignée de secondes plus tard pour la redresser et la propulser contre un mur.
Mais quel genre de Jedi…
Il ressentit d’un coup une intense douleur commençant à se former à l’arrière de son crâne. Celle-ci se propagea alors à l’ensemble de celui-ci. Comme si une pince métallique géante serrait de toutes ses forces sa boîte crânienne comme un fruit à coquille afin d’en extraire son jus, le jus en question étant sa matière cervicale. Il ferma les yeux et hurla, plusieurs fois, d’un coup à chaque fois, puis retomba sur de petits gémissements. Il avait déjà eu affaire à des télépathes et autres aberrations psychiques, ainsi qu’à des sensitifs, mais aucun n’avait jamais été aussi loin. Il parvenait à peine à penser. C’était comme si une multitude de tentacules à bout pointu s’infiltrait dans son tronc cérébral pour progresser vers son hippocampe. Elle cherchait à extraire l’information de son cerveau. T
actique de… pervers… Déloyale… Sensitifs à la go…
—Kossy arrêtez vous allez le tuer, somma « Jenn »!
« Kossy ». Un nom à placer sur sa tortionnaire. Elle ne s’arrêta pas, en tout cas pas que les fonctions cognitives réduites à néant de Lazir aient pu l’affirmer. Il n’avait jamais ressentie de douleur aussi intense. Son cerveau ne s’en remettrait sûrement pas si elle continuait. Il hurla à nouveau, d’instinct. Le Filar-Nitzan aurait sûrement été préférable.
Puis, tout se calma. Tout cessa. La douleur évacua son crâne. Il pouvait à nouveau penser. Peu clairement. Mais la douleur avait disparu.
« Kossy » avait ce qu’elle voulait. Il n’aurait plus à souffrir. Jusqu’à ce que Paii Glor le retrouve…
L’humaine et la Mirialan se dirigèrent vers l’entrée de l’appartement.
—Appelez les FSC, ordonna « Kossy ». Dites-leur qu’ils ont un coli. Pas besoin d’en préciser les raisons
La porte se referma derrière elles.
Daran n’eut pas mot prononcé durant le trajet de retour vers le Temple. Ce n’était pas nécessaire. Elle se contenta de piloter l’aéronef, maître Kossy dans le siège passager.
Les Renseignements Jedi employaient des méthodes ignobles. Totalement indignes d’un membre de l’Ordre. Kossy en avait fait la démonstration. Tout cela était nécessaire. Mais cela ne voulait pas dire qu’elle devait l’apprécier. Le drainage de connaissances n’était pas éthique. Pour autant qu’elle eut su, même certains Sith répugnaient à l’emploi de cette technique.
Mais c’était dans l’intérêt de la République. Et Kossy prenait son serment à la lettre.
Je la hais.
À cette pensée, la Maître Jedi regarda attentivement sa subordonnée mirialan. Avait-elle capté une fluctuation dans la Force du fait des considérations de Daran à son égard?
Non. Ce n’était pas Daran qu’elle observait. Depuis la vitre de la portière de Daran, le Sénat Galactique était visible au loin. Tout son district toujours en quarantaine du fait de l’attaque chimique.
La Mirialan étouffa un soupir de soulagement.
—J’aurais dû empêcher ça, prononça Kossy. Nous aurions dû le voir venir…
Le regret était perceptible dans sa voix. Elle jugeait que la mort des presque cinquante-mille victimes de l’attaque était de sa faute, mais personne n’aurait pu s’attendre à l’apparition du Front Indépendantiste. Kossy devait s’être juré qu’à défaut d’avoir pu empêcher l’attentat, ses responsables seraient menés devant la justice.
Et la justice dans le vocabulaire d’Esther Kossy n’augurait rien de bon…
Daran se demandait cependant la place que devait tenir Paii Glor dans toute cette affaire. Le courtier d’informations avait mystérieusement cessé d’émettre auprès du commandement militaire de la République. Pourquoi n’avait-il pas refait surface avec une offre fantasmagorique pour les noms des mondes membres de la Coalition en échange d’une somme exorbitante ? Le connaissant, il devait déjà savoir tout cela. Mais la République n’avait reçue nulle offre. Pas plus que les Sith traditionalistes ou les néo-Impériaux.
Ce courtier était une énigme des plus insolubles. De ce qu’elle savait, les opérations de Paii Glorr avait débuté près de deux siècles auparavant, durant l’essor de l’Empire du Vassal Obscur. Le receleur d’informations s’était presque subsisté à une police politique pour la théocratie du Vassal. À une époque où tous les relais HoloNet avaient été désactivés par la République dans la Bordure Extérieure, la surveillance de masse s’était révélée ardue. Mais Paii Glor avait veillé à ce que même la désactivation des relais ne soit pas une entrave à ses rapports fréquents sur les opposants et les traîtres à l’Empire du Vassal et de son bras droit… tout en fournissant dans le même temps à la République les informations relatives à la place forte du seigneur Sith sur Malrev IV…
Le speeder se parqua dans l’un des hangars du Temple. Sitôt furent-elles sorties que deux agents d’entretien s’attelèrent à le recharger en carburant. Les deux Jedi se dirigèrent vers la salle de planification de l’ORJ. Zerak Kis’er les y attendait. Le Bothan se dirigea promptement vers Kossy et lui murmura quelque chose d’inaudible. Sur le trajet, Kossy avait transmis les informations récupérées « auprès » de Lazir à son subordonné. Daran ne doutait pas que les murmures du non-humain y soient lié de façon directe ou indirecte.
—Vous enverrez Maître Gar Terast, annonça-t-elle au Bothan.
Daran fut étonnée. Elle s’était attendue à poursuivre l’investigation relative à Paii Glor et à traquer ses intermédiaires. Elle avait après tout été chargée d’appréhender le Zeltron. Kossy se tourna vers elle.
—Maître Jenn, maîtres Epseck, Kubtal et Keisrah-Gom sont morts.
—Comment, demanda Daran interloquée ?
—Ils avaient été envoyés sur New Holstice, poursuivit Kis’er. Leur mission était de prendre contact avec la résistance locale et de faire de l’observation des forces en présence.
—Je crois savoir ce que tout cela signifie.
Kossy s’avança, les doigts entrecroisés.
« Vous partez pour New Holstice dans la journée de demain. Zerak vous fournira les détails du trajet et des passeurs. »
—Vous préférez expat de Nar Shaddaa ou pèlerine? Comme couverture je veux dire… commença le Bothan.
Sur la couchette de sa cellule, Dohon Lazir en était encore à se masser les tempes. Le gros de la douleur était passé lors du transfert dans un fourgon des FSC, mais un pincement des plus amers le faisait encore souffrir. Mais sa douleur importait peu. À l’heure actuelle Paii Glor était probablement déjà au courant de ses « aveux ». En clair, il était un Zeltron mort. Mort et enterré.
Les FSC l’avait placé à l’isolement, de peur de ses phéromones sûrement. Il avait été enregistré sous une fausse identité, sans doute sur ordre de « Kossy » ou de quelque grand ponte des renseignements de la République. Les fichiers du pénitencier le connaissaient comme Kristler Arvack, un tueur en série, zeltron supposé dont le visage était inconnu et ayant sévi dans les mois précédents dans les bas-fonds de Coruscant. La couverture parfaite pour le Renseignement Républicain afin de préserver leur mine d’informations d’éventuels assauts de Rolgom le Hutt ou d’une tentative de la bureaucratie sénatoriale de s’immiscer dans leurs affaires.
Mais une précaution futile pour le préserver du courroux à venir de Paii Glor…
Le champ énergétique de la porte de sa cellule fut désactivé par un garde humain vêtu de l’uniforme noir et des plaques d’armure anti-émeute typiques de la Division correctionnelle des FSC. Il ordonna au Zeltron de se lever. Celui-ci obéit malgré sa douleur crânienne. L’officier était talonné par un autre garde plus jeune. Il s’approcha de Lazir et lui ordonna de mettre ses mains derrière la tête. Il glissa discrètement deux petits objets dans la poche de l’uniforme orange du prisonnier.
Le garde sourit alors qu’il ressortait de la cellule pour rejoindre la plateforme à répulseurs de son collègue. Le champ énergétique se réactiva. Lazir mit la main à sa poche.
Un comlink et une oreillette?!
Il s’empressa d’enfiler l’appareil dans son oreille gauche et d’activer le communicateur. Pendant une poignée d’instant, seul un crépitement put être audible. Il fut vite remplacé par une voix familière.
—Monsieur? M’entendez-vous? demanda la voix calme et froide de Kadne Cros.
Lazir écarquilla les yeux et sourit. Il s’esclaffa brièvement de joie.
—Oui! Oui! Où es-tu?!
—Non loin monsieur. Mais je vous suggère de vous éloigner du mur de votre cellule.
Lazir s’esclaffa à nouveau.
En espérant que tout cela vous aura plu. À dans quelques jours pour la suite.
