DRIII a écrit :
Luke, c'était aussi l'incarnation de la génération du baby-boom, de la révolte de la jeunesse occidentale des années 60, de l'opposition à la guerre du Vietnam. Pour la Prélogie, Lucas s'est aussi inspiré de l'Amérique post-11 septembre, de Bush Jr, de la guerre en Irak, du poids grandissant des multinationales, de la mondialisation... Star Wars a toujours été ancré dans le réel. Il y a toujours eu une dimension métaphorique, c'est ce qui fait d'ailleurs le sel de cette saga, c'est qui fait qu'elle nous parle. Parce qu'elle traite de problématique individuelle et collective qui sont les nôtres. En celà, la postlogie est extrêmement raccord.
Tu confonds éléments d'inspiration réels pour nourrir le contexte de SW et les archétypes.
Luke est un être lambda qui va tout le long de son parcours initiatique prendre une dimension héroïque et donc non ancrée dans le réel.
Le statut qu'il possède à la fin de ROTJ est un symbole idéalisé, de le ramener à son statut d'être lambda dépressif dans le 8, casse toute la progression établie auparavant, ce n'est pas une question d'être en rapport ou non avec son temps mais d'arc narratif prenant compte de l'héritage de l'OT.
Ce sont aussi les circonstances et l'expérience vécue par Luke qui lui apporte sa consistance. Dans ESB, Luke n'écoute finalement pas Yoda et Obi-Wan et c'est en leur désobéissant qu'il découvre la vérité que Yoda et Obi-Wan voulaient lui cacher. Yoda estime même "fâcheux" que Vader lui ait dit la vérité sur leur lien père-fils, alors que dans ROTJ, c'est l'affirmation de ce lien qui va permettre à Luke de triompher et à Vader d'obtenir sa rédemption. Yoda et Obi-Wan ont servi de tuteurs mais Luke leur a aussi donné une leçon, Luke a bousculé leurs certitudes.
Pour moi, vouloir faire de Luke le nouvel Obi-Wan ou le nouveau Yoda aurait été une impasse et même un non-sens. Obi-Wan et Yoda sont les derniers vestiges d'une institution disparue, élevé dès le plus jeune pour devenir des Jedi. C'est ce qui explique leur constance dans cet univers. Ils représentent un dogme, des traditions, une philosophie, une religion. Luke ne s'est pas formé sur le même modèle, il a connu un parcours différent, il ne fonctionne pas comme eux. Il a trouvé sa propre voie entre les principes qu'on lui a inculqués et sa propre vision des choses. Luke est déjà un post-Jedi ou un Jedi 2.0 qui va devoir tout rebâtir et transmettre ce qu'il acqui sur la seule base de son expérience, de son vécu. Contrairement à Yoda et Obi-Wan, il n'appuie pas ses certitudes sur une institution millénaire. D'où son besoin de revenir à la source, de partir en quête des reliques. Déconstruire n'est pas reconstruire. Un accomplissement individuel ne garantit pas la réussite d'un projet collectif. Si je devais faire une comparaison sportive, le meilleur joueur de foot ne fera pas nécessairement le meilleur entraîneur. On peut avoir acquis et échoué à transmettre.
A aucun moments Luke ne bouscule quoi que ce soit chez ObiWan ou Yoda car ces derniers ne lui mette aucune barrières, au contraire, il comprend tout le poids de l'enseignement de ses maîtres.
Il réussit ce qui n'a pas été observé auparavant, ramener un être du côté obscur vers la lumière, et là il se démarque, mais son application des règles enseignées est stricte et suit de manière conforme la tradition.
A chaque action importante, il pense à ce qu'on lui a enseigné c'est pas sa propre voie qu'il suit mais un chemin tracé par des milliers de jedi avant lui, un chemin semé d'obstacles, et tous ne réagissent pas de la même façon à ces problèmes.
Luke possède justement l'héritage transmit par ses maîtres, il n'y a rien de son statut de jedi qui n'est pas conforme à leurs visions.
L'échec de son projet collectif est possible, mais pas l'échec de sa réussite individuelle.
Donc il peut échouer à former Kylo (Obi Wan en est la preuve avec Anakin), mais ne peut en aucun cas échouer intérieurement car cela rentre en conflit avec les bases de son arc (Obi Wan en est la preuve dans ANH), il peut au mieux s'exiler mais dépressif ? Aucune logique .
Tout dépend ce que tu veux raconter. Si Luke a tout réussi, s'il est le héros ultime, indépassable, alors c'est la fin de l'histoire. Il n'y a plus de conflit, plus d'histoire à raconter, puisque Luke ayant résolu son défi dans l'OT, il réussira nécessairement les suivants. Donc tout ce qui peut se passer ensuite relève de l'épiphénomène, du soubresaut, de l'anecdote.
Si tu veux partir sur un nouveau cycle d'histoires, une nouvelle trilogie, il faut que le point de départ amène une rupture par rapport au final de ROTJ. Que quelque chose rompe l'harmonie. Et quelque chose de suffisamment signifiant pour justifier un arc sur trois nouveaux films.
Encore un raisonnement par l'absolu, Relis bien ce que je dis, Luke n'est pas le héros ultime, il accomplit quelque chose d'extraordinaire oui, indépassable non, mais sûrement pas Jedi accompli vers Jedi lâche, ça ne fait aucun sens, ça ne respecte pas la courbe narrative et les éléments établis pour passer de son stade à la fin de ROTJ à ce vieil ermite apeuré.
Tu pose à nouveau la seule option possible d'après toi si on prend Luke à la fin de ROTJ, qui s'avère être une vision caricaturale des choses.
Donc d'après toi Luke si on respecte l'OT est cet être tout puissant qui botte le cul des méchants ? Il y a tellement d'options autres que ça et surtout du vieux schnok dépressif.
Ca ne rompt rien vu que ça dénature le propos de base, de plus ce n'est pas ça qui justifie quoi que ce soit dans cette nouvelle trilogie.
Alors donne nous le scénario que tu aurais élaboré qu'on puisse juger. Puisque Johnson s'est gouré de métier, tu dois pouvoir nous exposer ici un pitch qui tienne la route, non ?
Un peu facile non ? Comme dire à un critique de musique qui s'emporte sur mon album et jlui balance "bah si t'aime pas, t'as qu'à faire mieux ?" , nope, Johnson n'est pas scénariste, c'est pas une honte, ce qui pose problème c'est qu'il tente de faire le job de Kasdan sans en avoir le talent, on ne s'improvise pas scénariste, plombier ou ingénieur du son, pour flatter son égo et cacher ça sous "vision d'auteur".
A ce compte là je prend un piano et j'appuis un peu au hasard en plus de mes bases mais je mets le compte de ces "fausses notes" sous le coup de "c'est ma vision, mon ressenti", et non, il y a des règles harmoniques à respecter, un cadre dans lequel tu peux faire mille et une choses, tu ne t'aventure pas dans un chemin que tu ne connais pas suffisamment pour ensuite te dédouaner en invoquant la sacro sainte "sensibilité personnelle".
A la base, si Luke est parti sur Ahch-To, c'est pour méditer, retourner aux sources, trouver des réponses à son échec. Il est dans une démarche constructive pour tenter de trouver une solution. A priori, c'est lui le héros, donc c'est lui qui doit trouver la solution. Mais l'isolement va l'enfermer dans une spirale négative, dans une impasse, dans des contradictions (mises en exergue par Yoda). Parce que Luke a cessé d'agir, or c'est toujours dans l'action, dans le mouvement, au contact des autres, qu'il s'est accompli, qu'il a trouvé des réponses.
Luke est tombé dans les travers du héros. Plutôt que trouver une solution avec les autres, il a préféré tenter de la trouver seule, d'autant qu'il estime être à l'origine du problème. C'est son fardeau. Comme d'autres personnages héroïques avant lui choisisssent la fuite ou l'isolement face à un fardeau trop lourd à porter : je pense notamment à Bilbo le Hobbit dans le Seigneur des Anneaux ou au Batman de Nolan.
Oui il s'exile pour méditer et à partir de là on a moultes options pour le développer, mais la dépression ne fait pas partie de sa panoplie, ce qu'il a compris avec Yoda c'est justement la maîtrise de ses émotions, d'où un Yoda et un ObiWan exilés mais toujours sous contrôle.
Luke n'est plus le gamin impulsif de ANH, ce qui renforce l'incompréhension face à cette régression inappropriée.
Sauf que ce retournement ne dépendait pas que de lui. Si on parle de rédemption pour Anakin, c'est aussi parce qu'il y a eu un cheminement - silencieux - sour l'armure de Vader. Cette rédemption, c'est le résultat, la conjonction de deux parcours. Pas un numéro de soliste.
Je ne pense pas, chaque étape relève d'un déclic. Pour luke lorsqu'il jette son sabre, pour Vader lorsqu'il voit son fils électrocuté, il n'y a pas de cheminement du 4 au 6 pour Vader, de plus en quoi cela change l'aspect surprenant de la scène ?
Mon analogie visait à mettre en valeur un retournement bien amené et réfléchit, et non des suppositions sur l'aspect soliste/collectif.
Le retournement de Luke ne fonctionne pas du tout sur le même principe dans le 8, cela n'amène aucune surprise c'est au mieux une trahison de ce qu'il est.
Tu as aimé le traitement d'un personnage qui n'est pas Luke mais qui se nomme Luke, donc si tu arrives à admettre cette option, on aura fait un pas en avant.