Sergorn a écrit :En plus de ça Abrams est pas juste réalisateur mais aussi auteur, autant dire qu'il mérite doublement son titre d'artiste.
Un artiste ne cesse pas d'en être un simplement parce qu'on aime pas son travail hein...
-Sergorn
Neow a écrit :Nikephore a écrit :Le mot-clé est "artiste".
Il y a beaucoup de gens considérés comme artistes qui n'en sont pas, ou qui ne doivent pas répondre à la "bonne" définition. Si je te cite en vrac Salvador Dali, Michael Bay, Kev Adams, Booba, mais aussi Andy Warhol, Gérard Jugnot et Adam Sandler, ils entrent tous dans la catégorie "artistes"... en tant que personnes travaillant dans un milieu dit artistique. Faut-il parler d'intermittents peut-être ?
(Je te cache pas que je méprise toutes les personnes que tu as cités

)
Bon, je ne voulais pas spécialement creuser le sujet mais, puisque tu me mets sur ce terrain, je réponds.
Je ne m'aventurerai pas à donner une définition de l
'Art et de l'
Artiste.
Je dirai en revanche ce qu'ont les artistes et que n'a pas Abrams.
Les artistes créent du neuf. Ils ne le créent pas à partir de rien, ils le créent à partir de ce qu'ils ont dans la cervelle, leur culture. S'ils sont américains, issus de la classe moyenne et nés pendant la 2GM, il y a de fortes chances que leur culture sera essentiellement basée sur le pulp, le cinéma hollywoodien de l'Age d'Or et les "grands mythes de l'humanité" qu'ils connaissent de seconde main (livres pour enfants, encyclopédies, le bouquin de Campbell, etc.). Ils ajoutent, ils enlèvent, ils bricolent, et, un jour, paf, ils accouchent d'un truc qui leur ressemble ; qu'aucun autre n'aurait pu faire.
On répondra : "Parfait. Abrams est un américain né dans les années '60 ; sa culture, c'est Spielerg/Lucas/Coppola, les classiques du cinéma hollywoodien et le rock (merci aux puristes de ne pas corriger par un terme plus exact). Il construit ses films autour de ses influences comme Lucas construisit les siens autour des siennes".
Certes.
Oui.
Mais.
Oui mais.
L'artiste est un aigle. Je dis cette phrase de snob avec humour et avec sérieux. L'artiste domine ses influences, tout simplement. Il dégage sa personnalité des influences qui l'ont créé.
Je déteste ce que fait Tarantino, je le trouve d'une vulgarité achevée et d'une bêtise absolue ; je reconnais cependant qu'il est dégagé de ses influences. Je trouve faible ce qu'il crée car il travaille à partir de films qui n'étaient, au fond, pas destinés à influencer qui que ce soit mais seulement à distraire deux heures puis à être oubliés. D'où le vide de son cinéma. Il n'en reste pas moins que les quelques films de ce genre que j'ai vus ne ressemblent pas au film de Tarantino.
Abrams, en revanche, porte la marque du cinéma de Spielberg dans
Super 8, de Spielberg, de Woo et de Palma dans
Mission Impossible, de Lucas dans
Star Wars.
Il copie, il ne crée pas. "Pas grave", me dira-t-on. Si. Car la copie est toujours inférieure.
Imaginons que je consacre l'entièreté des cinq prochaines années à m'entrainer au dessin. Même en partant de mon niveau lamentable, il est probable que je parvienne à une maitrise technique presque parfaite. Bon. Je pars alors à Rome et je prends des croquis de la Chapelle Sixtine, je reviens, on me commande de faire quelque chose "qui y ressemble" sur une surface qui n'est pas la même que celle de la Chapelle. Résultat : je change l'ordre de la composition, je réarrange, selon mon goût, l'œuvre originale : je supprime certains endroits, j'accorde à d'autres plus d'importance qu'ils n'en avaient. Mais mon goût n'est pas celui de Michel-Ange et ma nouvelle composition ne prendra qu'une partie des éléments qui faisaient la richesse de l'œuvre originale : je crois améliorer en ne conservant que ce que j'aime, moi, personnellement, en mon moi-même. En réalité, et même en supposant, que j'aie techniquement dépassé Michel-Ange (et Abrams a plus de moyens que n'en avait Lucas), je l'ai appauvri car
je n'ai rien ajouté qui soit de moi. J'ai fait du "Michel-Ange vu par Nikephore".
Abrams prend ce qu'il aime de SW, l'arrange comme il l'aime. Abrams n'est pas (ce n'est pas un reproche : il ne prétend pas l'être) un individu original : son goût s'approche de celui de beaucoup de beaucoup de fans qui aiment la même chose que lui dans les films. Ils ne regrettent pas, ne voient sans doute pas, ce qui a disparu (la dimension mystique, le mélange génial entre les l'ambiance du Far-West et celle des Antilles dans les bouquins de pirates, l'extraordinaire créativité des espèces, des vaisseaux, des planètes, etc.). Il crée du "Star Wars vu par Abrams".
Est-ce que je remarquerais un faiseur, comme Abrams, si son goût s'approchait du mien ? Je n'en sais rien mais, lorsqu'il s'en éloigne, on ne me le fera pas confondre avec un créateur
(Je signale que j'ai jamais foutu les pieds en Italie et jamais vu les œuvres de Michel-Ange qu'en photo

)
(Parenthèse encore plus hors-sujet que le reste : savoir si un type crée ou copie est parfaitement inutile dans l'immense majorité des cas. Je n'aime Kev Adams, je ne me demande pas s'il crée ou non, je me contente de ne pas voir les œuvres où il apparaît. L'indifférence tranquille, pas de questionnement. Le cas de SW est différent puisque je suis attaché aux films et à l'univers. Tout ce qui y touche m'intéresse, au moins un peu. C'est ridicule mais c'est comme ça. Avoir été amené à rejeter quelque chose issu de ce que j'aime crée forcément une réflexion. Je précise juste, parce que cette remarque justifie mon post.)
Louistudio a écrit :J.J. Abrams, Rian Johnson, Gareth Edwards, Ron Howard, Colin Trevorrow, Josh Trank, Chris Miller, Phil Lord... ce sont tous des artistes. Pourquoi ? Parce qu'ils font du cinéma. Tout comme George Lucas, ou Irvin Keshner, ou Richard Marquand...
Non, du coup.
PS : Faut-il mépriser les faiseurs ? Non, ils sont la masse, ils sont nous, et ils ont un rôle à jouer. Mais ils n'ont pas à être aux commandes de films à deux cents millions de dollars, films qui ont forcément un rôle moteur sur toute l'industrie (même les films d'auteurs les plus obscurs s'élaborent en réaction aux grandes productions), sous peine d'entrer dans une spirale infernale où les films sont de moins en moins bons et le public de moins en moins exigeant. C'est la défintion même de la décadence
edit : Exemples de cinéastes mainstream qui reviennent sur un univers cinématographique (Sibnger partait de rien sur ce plan) existant : les Cohen dans True Gritt, Spielberg avec AI (mais, oui, ça compte) et La Guerre des mondes, etc.