Et la Force est avec moi

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Sierra
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Et la Force est avec moi

Message par Sierra »

Changement d'ambiance avec cette fic, une traduction de and the Force is with me de rain-sleet-snow. Il s'agit d'un one-shot un peu long, je l'ai donc scindé en deux.

Quelques éléments de contexte avant de commencer : cette fic est un univers alternatif, où le gros de Rogue One s'est tiré vivant de Scarif. A partir de là, on suit plus particulièrement Baze Malbus - et sa relation avec la princesse Leia - dans les quelques années qui suivent (jusqu'à la fin du Retour du Jedi).

Baze et Chirrut sont en couple. Si vous êtes un peu familiers avec ce qui se passe sur Tumblr et AO3 en général, ça ne devrait pas vous étonner ^^ Si c'est votre première rencontre avec le concept, eh bien. Vous êtes prévenus.

Enfin, cette fic a été écrite en 2020, pré-Andor, le background donné à Cassian est donc bien différent du canon d'aujourd'hui. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus important dans cette fic, mais là encore, c'est manière de vous prévenir.

Voilà, je pense qu'on est bon. J'espère que vous apprécierez cette trad, et je vous souhaite une bonne lecture !


Et la Force est avec moi


Baze ne se souvenait de rien après la chute de Chirrut sur la plage, si ce n'était de l'avoir tenu dans ses bras et écouté murmurer ce qui semblait être ses derniers mots. Il avait dû reconstruire ce qui s'était passé ensuite en parlant avec des gens qui avaient été là, ce qui était difficile parce que tellement d'entre eux étaient morts, mais aussi facile parce que ceux qui étaient encore en vie avaient très envie de lui parler. Certains d'entre eux avaient dit à Baze qu'à peu près au moment où il étreignait Chirrut sur la plage, Bodhi avait pris sa navette et balayé les plages pour récupérer autant de Rebelles survivants que possible (et quelques prisonniers de guerre bien utiles, qui avaient vu croître la lumière de l'Étoile de la Mort dans le ciel et décidé de déserter). Baze en avait déduit que Chirrut et lui avaient été inclus dans le groupe, tout comme une Jyn et un Cassian hébétés et silencieux, et qu’ensuite Bodhi avait distancé l'Étoile de la Mort, la dernière navette à s'en tirer sans dommages.

Ou du moins sans dommages sérieux. Baze n'arrivait à rien quand il essayait de penser à Scarif dans ses heures de veille, mais au cours de la première nuit qu'il avait passée sans sédatifs il s'était rendu compte qu'une part de lui connaissait intimement les secousses de la navette, le son des impacts d'artillerie sur le cockpit, les jurons étouffés de Bodhi et Melshi. Ils avaient eu de la chance d'être parvenus tant bien que mal à un vaisseau mère, de la chance de garder Cassian et Chirrut en vie assez longtemps pour les interventions médicales majeures dont ils avaient besoin, de la chance, de la chance, de la chance - et Baze ne se souvenait de rien de tout ça, ni du bon ni du mauvais. Il était une grande déception pour les historiens, et il faisait de très mauvais rêves.

Les docteurs dirent que c'était la conséquence d'une sérieuse commotion et de multiples blessures de blaster. Baze dit que c'était son cerveau qui lâchait, la conséquence naturelle d'avoir pourchassé Chirrut et ses foutues pitreries à travers la galaxie pour bien trop longtemps, bordel. Les docteurs dirent qu'il n'y avait nul besoin pour ce genre de langage, monsieur, et pourquoi n'emmènerait-il pas son mari faire un tour.

« Nous ne sommes pas mariés, » dit Baze. On ne pouvait pas célébrer une cérémonie pour soi, et à l'époque où c'était devenu pertinent, il ne restait plus d'autres Gardiens des Whills, à la connaissance de Baze - et il avait cherché avec plus de zèle qu'il ne l'avait laissé voir à Chirrut. Chirrut n'aurait pas toléré une cérémonie civile estampillée par la bureaucratie impériale, et Baze ne tolérerait rien qui porte l'attention de cette administration sur Chirrut.

« Je suis sûre que l'aumônier serait ravi d'arranger ça, si vous le souhaitez, » dit l'infirmière en chef.

Baze leva les yeux au ciel. Ouais, bien sûr, pensa-t-il. Je refilerai à l'Alliance Rebelle un scoop pour sa propagande quand ça me chantera. Le nombre de personnes qui reconnaissaient les Héros de Scarif lui donnait déjà des boutons, et il savait qu'il n'était pas le seul dans ce cas. Quand il croisait Jyn et Bodhi, elle était sur le point de feuler et lui sur le point de se fondre spontanément dans le mur le plus proche. Pas étonnant qu'ils passent tout leur temps à essayer de réinitialiser l'une des sauvegardes de Kaytoo dans un châssis acceptable avant que Cassian ne sorte du bacta ; personne ne discutait s'ils disaient qu'ils avaient à faire, et personne d'autre n'était assez stupide pour bidouiller le droïde de Cassian.

Même ici, à l'infirmerie, Baze sentait l'espace entre ses omoplates le démanger. Trop de personnes en train de regarder.

Insolence envers le personnel médical mise à part, Baze fut autorisé à prendre le fauteuil de Chirrut et à l'emmener jusqu'à l'un des quelques espaces dédiés, en fonction des espèces, à la relaxation pour atténuer les effets de la vie à long terme dans l'espace profond. Baze les avait tous inspectés, ou du moins ceux qui étaient zone sans alcool et dans lesquels il pouvait respirer. Une atmosphère respirable n'était pas optionnelle, et si Chirrut appréciait un verre de quelque chose de fort et un peu de chaos tout autant que n'importe qui - possiblement plus - Baze pensait que son cœur lâcherait pour de bon si Chirrut se livrait au chaos dans son état de fragilité actuel.

« Jardin de rocaille, ou hydroponique, ou chambre de méditation, ou bibliothèque ? demanda Baze.

— Oh, rocaille, dit Chirrut. Tu sais que les serres hydroponiques me font éternuer.

— Tu n'as jamais été ne serait-ce qu'à un kilomètre d'un jardin hydroponique, enfoiré de menteur, dit Baze en prenant à gauche vers le jardin de rocaille.

— Je t'aime aussi, mon cœur, » dit Chirrut, avec un large sourire sur son visage tellement, tellement exaspérant. Même s'ils parlaient en Jedhan et que personne à bord à l'exception de Bodhi n'avait probablement la moindre idée de ce qu'ils disaient, une Twi'lek de passage leur sourit, comme si elle les trouvait plus mignons qu'une portée de chatons tooka.

Et merde.

Dans le jardin de rocaille (aux murs peints pour donner l'illusion d'une calme étendue sauvage que probablement personne à bord n'avait jamais vu en vrai) se trouvait un garçon blond, qui ne pouvait pas avoir plus de dix-neuf ans, et qui essayait de soulever des pierres au dessus de sa tête. Les yeux fermés, et sans les toucher. Ça ne semblait pas trop mal marcher, en ce qu'il parvenait à soulever un galet à hauteur de sa poitrine, avant de le laisser retomber.

Luke Skywalker, présuma Baze. L'une des rares personnes à être plus persécutées dans les couloirs que Rogue One. Les gens n'arrêtaient pas d'essayer de le toucher pour se porter chance, d'après ce que Baze avait entendu dire. L'Escadron Red avait pris l'habitude de se rassembler autour de lui et de se déplacer avec lui comme une meute. L'un d'eux - cheveux sombres, humain, que Baze ne connaissait pas - s'était endormi sur un banc proche, la tête pendante par-dessus le bord, vraisemblablement peu emballé par les premiers pas de l'entraînement Jedi. Baze décida de passer à côté sans les déranger - le chemin vers le coin avec toutes les fleurs passait derrière le perchoir de Luke - un plan qui se déroulait sans encombre jusqu'à ce que Chirrut s'agite et interrompe leurs chamailleries en Jedhan pour dire à voix très haute, en Basic :

« Hé, mon chou ! Tu ne sais pas qu'il est poli d'éteindre les lumières ? »

Luke Skywalker fit tomber une pierre sur son pied, tenta de se lever sans décroiser les jambes, et se cassa la figure. Le pilote sur le banc se réveilla en sursaut et dégringola au sol.

Chirrut gloussa doucement.

« Espèce de vieux fauteur de troubles, grogna Baze, par dessous les jurons. Génial ! »

Luke Skywalker avait dix-neuf ans, était né le Jour de l'Empire, et avait grandi dans un bled paumé sur Tatooine au milieu du sable et des womp rats et des cultivateurs d'humidité. Il avait appris tout ce qu'il savait sur le pilotage (beaucoup) en construisant et démolissant ses propres speeders dans les canyons de la mort locaux, et tout ce qu'il savait sur la Force (très peu) en écoutant les déclarations cryptiques du vieux Ben Kenobi. Pas besoin d'être un génie pour retrouver le nom d'Obi-Wan Kenobi, et pas besoin d'être un ancien soldat de la Guerre des Clones pour savoir de qui il s'agissait, ou pour comprendre que le nom célèbre de Luke n'était pas une coïncidence.

Baze avait l'impression qu'il aurait dû être plus choqué qu'il ne l'était. La plupart des gens étaient abasourdis devant le fait que Luke Skywalker avait eu pour maître une légende disparue-présumée morte - trop abasourdis pour remarquer les lacunes dans les connaissances de Luke ou pour poser trop de questions. Mais Baze du moins avait traîné suffisamment longtemps dans le milieu des chasseurs de prime pour savoir que celle sur la tête de Kenobi n'avait jamais expiré. De temps à autres de nouveaux programmes passaient dans les nouvelles holo, des tentatives de le localiser, des récompenses, des indices. Baze avait toujours pensé qu'il valait mieux parier que le gars était tombé d'une falaise au milieu de nulle part, et son corps en train de pourrir dans l'obscurité. Se cacher sur Tatooine pour veiller sur un gosse d'Anakin Skywalker n'avait été une option dans aucune des cagnottes auxquelles Baze avait participé, mais bizarrement, ça avait un certain sens. Si on ne prenait pas en compte l'étrange absence de la mère de Luke.

Ce qui n'avait aucun sens, c'était que, à en juger par les réponses hésitantes de Luke aux questions de Chirrut, Kenobi ne lui avait rien appris de pratique.

Génial, soupira à nouveau Baze. Il savait déjà comment ça allait se passer. Chirrut n'avait jamais pu résister aux orphelins ou aux animaux errants. Luke ne savait presque rien de la philosophie de la Force, ou de ce qu'on pouvait faire avec autre qu'agiter un sabre-laser dans tous les sens. Ce qui signifiait que Chirrut, qui était certainement guidé par la Force - d'une façon qui n'intéressait Baze que pour leur survie - mais était moins capable de l’utiliser que certaines théières que Baze avait possédées, était tout de même la meilleure et unique personne à bord de Home One pour guider Luke dans sa compréhension de la Force.

Baze s'assit sur le même banc que le pilote, qui se décala prestement, et regarda Chirrut arriver de lui-même à cette conclusion. Bien sûr, il ne voyait que l'arrière de la tête de Chirrut, mais après tant d'années il savait ce qu'il discernait dans la ligne de ses épaules, et cela l'emplissait d'appréhension.

Baze se pinça l'arrête du nez et écouta Chirrut planifier des leçons pour Luke. Et il ne fit aucune objection, parce que - eh bien, le gamin avait besoin de l'aide de quelqu'un. Cela du moins était très clair.
******
Après les quelques premières visites, Luke - initialement un peu renfermé et même déférent : quelqu'un s'était donné beaucoup de mal pour lui apprendre les bonnes manières - se dégela et se détendit. Baze s'habitua à sa présence et à la façon dont sa simple existence les attirait dans l'orbite de la Rébellion, quelque chose qui ne l'intéressait toujours pas tant que ça. Il semblait que chaque fois qu'une leçon était sur le point de se finir, quelqu'un venait frapper à la porte et demander le Commandant Skywalker, et alors le sens de l'hospitalité récalcitrant de Baze l'obligeait à les laisser entrer. Ou bien quelqu'un passait les voir - la princesse Leia, pour essayer de les évaluer, Mon Mothma pour parler de Jedha, un flux minime mais constant de personnes qui croyaient en la Force mais défaillaient sous le poids de la peine et du deuil… Rien de tout cela ne se produisait avant que Luke ne commence à leur rendre visite régulièrement.

Baze restait éveillé pour réfléchir à tout ça, en écoutant les bips discrets de la machine qui assistait les poumons de Chirrut pendant son sommeil.
Chirrut prit une inspiration rauque et retira son masque, prouvant qu'il ne dormait pas. « Tu sais que tu penses incroyablement bruyamment. Crache le morceau, mon amour, de quoi qu'il s'agisse.

— Ferme-la et ferme les yeux, gronda Baze. Tu as besoin de repos.

— Comment suis-je censé me reposer à côté de toi, quand tu es raide comme un bloc de duracier ? Tu sais, ils m'ont dit que je serais plus à l'aise dans mon propre lit. Je pourrais bien demander à être réadmis dans la baie médicale. »

Baze laissa échapper un soupir explosif. « C'est si terrible que ça ? Avec Luke ? »

Un silence, court mais lourd de sens.

« Oui, dit finalement Chirrut. Il peut à peine ériger une barrière. Il ne connaît la Force que comme quelque chose qu'il peut utiliser pour dévier des tirs de blaster. Kenobi ne lui a rien appris d'autre que comment se connecter à la Force : il n'a que son instinct et son bon cœur pour progresser, et un bon cœur peut facilement s'égarer. L'instinct, un bon cœur, et quelques restes de manuels d'entraînement récupérés par l'Alliance, et les souvenirs émerveillés de quelques personnes qui ont combattu aux côtés des Jedi. C'est tout. Et c'est ce garçon sur les épaules duquel repose le futur de l'Ordre Jedi ! »

Chirrut avait fini sa phrase dans un croassement, le souffle rauque. Il remit son masque sans que Baze le lui rappelle.

Baze jura. Il n'était pas surpris, mais il était en colère, pour Luke. Après tout, c'était un chouette gamin. Un peu impulsif, un peu naïf, mais un bon garçon.

« Je suppose qu'on ferait mieux de le garder sous la main, alors, dit-il.

— Pour son bien, approuva Chirrut, en retirant le masque. Et le nôtre. Tu l'imagines, livré à lui-même ? Quel bordel.

— Tu peux pas vraiment parler, » dit Baze. Il aida Chirrut à replacer le masque sur son visage, le cala précautionneusement sous son bras, et s'endormit.

Pas la leçon suivante, mais celle d'après - même si les leçons de Force de Luke étaient une priorité, Baze lui-même avait un rendez-vous médical programmé au même moment pour s'assurer que son cerveau était juste en train de le protéger des souvenirs de Scarif plutôt que réellement abîmé - Baze resta dans le coin avec plus de détermination que d'habitude. Chirrut se tourna vers lui à plusieurs reprises avec une drôle d'expression, mais Baze l'ignora.

Quand Luke commença à faire du bruit en se préparant à partir, Baze s'éclaircit la gorge. « Tu pourrais rester pour un caf, si tu veux, dit-il. Tu as besoin de faire une pause après toutes ces conneries sur la Force, et Bodhi va pas tarder de toute façon. Tu serais le bienvenu. »

L'invitation était réticente et manquait de naturel, Baze le savait. Ça ne sonnait pas bien en sortant de sa bouche. Mais le gamin avait besoin de plus de soutien qu'il ne s'en était rendu compte, et si Chirrut les avait portés tous les deux volontaires, alors Baze se montrerait à la hauteur. En tout cas, l'expression surprise mais heureuse de Luke suggérait que celui-ci n'avait pas tenu compte de sa rudesse.

Bodhi manqua de se prendre la cloison en voyant Luke Skywalker assis à table en train de comparer des équipes de courses de modules avec Baze. Mais il s'en remettrait, avec le temps.

Luke connaissait déjà le reste de l'équipe Rogue One, bien sûr. Comme la princesse Leia, il avait voulu les rencontrer pour les remercier (quoique contrairement à la princesse Leia, il ne s'était pas introduit dans la baie médicale à coup d'arguments pour voir Cassian : Baze se demandait quelle était l'histoire, là, et si Cassian la raconterait quand il se réveillerait). Ils n'étaient pas exactement amis, mais ils étaient au moins amicaux. Bodhi et lui manœuvraient avec délicatesse en présence de l'autre - il y avait une famille morte, un amour mort, une ville morte et l'allégeance jetée aux orties de Bodhi dans l'espace entre eux. Jyn ne savait pas quoi faire de lui, ce garçon qui avait fait une vérité de la dernière instruction de sa mère, et Cassian était encore trop endormi pour avoir un avis sur la question : bien que sorti du bacta, les médics le gardaient sous sédatifs. Mais Baze appréciait Luke malgré lui, et Kaytoo avait dit qu'il était de loin le mécanicien le plus compétent à travailler sur son nouveau châssis, alors les choses se passaient bien. Pas exactement amis, mais bien assez proche.

Luke savait comment travailler et comment étudier : il se lança à corps perdu dans l'apprentissage de la direction d'un escadron et de la reconstruction d'une aile-X et de comment aborder la hiérarchie militaire et comment se plonger dans la Force comme s'il la comprenait. Il faisait de son mieux, et Baze faisait de son mieux pour ne pas lui dire que quoi qu'elle soit, la Force n'était pas suffisante. Si c'était le cas, alors les quelques padawans épuisés, les novices terrifiés et les généraux mutilés qui étaient parvenus jusqu'à Jedha City n'auraient jamais seulement eu besoin de s'enfuir. Baze n'aurait pas eu à couper leurs cheveux et à les habiller comme les membres d'une foule anonyme et à leur apprendre à dissimuler qui ils étaient, pour la plupart sans succès. La Force laisse ses empreintes partout sur ses enfants chéris.

Baze tint sa putain de langue et fit des cauchemars sur les Jedi qu'il n'avait pas sauvés. Contrairement à Obi-Wan Kenobi, leurs noms et leurs visages n'étaient pas passés aux nouvelles holo parce qu'ils n'avaient toujours pas été retrouvés. Ils y étaient passés parce que des têtes-de-seau héroïques les avaient dépouillé de leurs armes et abattus.

Luke Skywalker avait un ami appelé Han Solo, que Baze ne prenait pas du tout au sérieux, et un ami appelé Chewbacca, que Baze respectait. Quand un Wookiee avec ce genre de passé fait un saut pour vérifier que vous n'êtes pas en train de corrompre la jeunesse, vous lui offrez toutes les réponses qu'il veut. Baze n'avait jamais entendu leurs noms auparavant, sa propre carrière du côté louche de la galaxie n'ayant pas coïncidé avec la leur, mais il connaissait leur genre et il n'avait aucun problème avec eux. Chewbacca s'était engagé auprès de l'Alliance. Solo ne pensait pas l'avoir fait, et pourtant. Même l'escadron de Luke le savait, et ils étaient de bons gars et de bons pilotes mais pas très fins dans l'ensemble. Ils savaient aussi, quelque part tout au fond d'eux, qu'ils allaient probablement tous mourir pour la princesse Leia, et ça ne les dérangeait pas.

Baze n'en était pas surpris le moins du monde. Il avait rencontré une ou deux femmes comme Leia Organa, généralement à la tête de petites armées, et bien qu'elle ait le même âge que Luke au jour près, elle avait toute l'intelligence politique qui lui faisait défaut et s'était désignée sa protectrice. Personne ne pouvait rencontrer Luke Skywalker sans recevoir peu après une visite de la princesse Leia, pas même les membres du Haut Commandement de l'Alliance. Baze l'aurait appréciée uniquement pour ça, ça et les visites persistantes au chevet de Cassian, mais il appréciait son courage autant que sa vivacité d'esprit. Il avait déjà reçu beaucoup de remerciements pour son action sur Scarif, certains plus sincères que d'autres, mais cette petite princesse avait serré sa main comme du duracier et l'avait dit et l'avait pensé.

« Je suis désolé pour vos parents, » dit Baze, et Leia Organa ne tressaillit même pas. Elle n'était pas du genre à tressaillir de quoi que ce soit. Baze respectait ça. Si ces gars de l'Escadron Red continuaient à attirer Jyn et Bodhi dans leurs embrouilles tout en traitant Chirrut comme le révérend maître qu'il n'était certainement pas, alors Baze ne serait pas tenu pour responsable de ses actions, mais la princesse Leia était bienvenue pour prendre le thé à tout moment.
******
Baze n'avait encore été assigné à aucun rôle officiel, tant que sa convalescence et celle de Chirrut étaient encore en cours. Jyn, dans une situation similaire pendant que la colonne de Cassian guérissait et qu'on baissait la dose de ses sédatifs, enseignait le sabotage et le combat à mains nues, et elle dégota pour Baze quelques classes de tir et d'entretien de l'armement à gérer. Mais on ne le laissait pas faire assez pour vraiment s'occuper l'esprit, et la plupart du temps il avait un mal fou à tenir en place.

Le jour où l'on retira à Chirrut son respirateur portable pour lui regonfler proprement les poumons, Baze était tellement agité que Tonc le retira de force du tableau de service de l'armurerie.

Baze jura.

« Ouste, » dit Tonc, impassible. Sa classe de snipers novices se rassembla à l'autre bout de l'armurerie. « Je me fiche de ce que vous allez faire, ou de savoir où vous allez le faire, mais écoutez, Malbus, je comprends que vous soyez inquiet mais vous avez déjà fait pleurer deux de mes canetons. C'est mon job, enfoiré. »

Baze ouvrit la bouche, la referma, et retint un vilain commentaire sur les canetons qui ne seraient pas capables de s'en sortir face à l'Empire s'ils n'arrivaient pas à encaisser un vieux bonhomme grincheux. Il sortit avec fracas, cogna le panneau de contrôle jusqu'à refermer la porte derrière lui, et marcha au hasard jusqu'à ce qu'il se trouve nez à nez avec les douces lumières clignotantes et les parfaites ténèbres de la chambre de méditation. Quelqu'un l'avait programmée pour offrir une image immersive de l'espace profond, toute en nébuleuses et en galaxies, avec une ambiance sonore basse et relaxante qui était probablement censée être la musique des astres.

« Merde, » dit Baze à voix haute, et il tenta de faire demi-tour, mais la porte s'était refermée derrière lui et il n'était déjà venu qu'une seule fois dans la chambre de méditation, pour savoir où elle était et l'éviter. Il chercha l'interrupteur à tâtons, mais échoua, et puis trébucha sur l'un des coussins de méditation. « Merde !

— Excusez-moi ? dit une voix impérieuse et familière. Lumière. »

Les lampes se rallumèrent graduellement, et montrèrent Leia Organa, assise sur un coussin, qui ne méditait pas. Elle était vêtue d'un treillis brun, non pas du blanc qu'elle portait à l'occasion des cérémonies, et ses cheveux étaient simplement tressés en couronne.

« Désolé, dit Baze. Trompé de porte. Pris le mauvais tournant.

— Ne vous en faites pas, dit la princesse. Je n'étais pas concentrée, de toute façon. » Elle lui lança une petite télécommande blanche. « Choisissez quelque chose. Je n'arrive pas à me décider.

— Je ne médite pas, dit Baze, réticent.

— Ma mère me disait que même essayer aide, » dit la princesse Leia, et pour une raison étrange Baze s'assit, choisit une ambiance de jungle brumeuse grouillante de vie, totalement différente de Jedha, et resta assis en silence avec elle pendant toute une heure jusqu'à ce que sa hanche commence à craquer d'une façon qu'il ne pouvait pas vraiment ignorer.

« Merci, dit la princesse Leia. Ça a vraiment aidé. »

Baze grogna au lieu d'admettre que ça l'avait aidé, lui aussi. Chirrut allait sortir du bloc bientôt, et il ne s'en était pas inquiété pendant quarante-cinq bonnes minutes.

«Je suppose que les mères ont toujours raison, » dit-il.

La contenance de la princesse flancha, comme la coque d'un vaisseau se fendille, mais elle sourit.
******
La fois d'après, quand Luke vint pour sa leçon, la princesse Leia vint prendre le thé.

« J'espère que ça ne vous dérange pas, dit-elle.

— Je m'ennuie à mourir et je joue au sabacc contre moi-même, dit Baze en versant de l'eau bouillante dans la théière. Et Chirrut est sur le point de passer des heures à parler de toutes ces sornettes sur la Force que je déteste. Non, bien sûr que ça ne me dérange pas, c'est agréable d'avoir de la compagnie. » Il y réfléchit une seconde, puis ajouta, « Votre Altesse. »

« Leia, » dit fermement Leia. Elle alla chercher les tasses que Jyn et Bodhi avaient acquises par des méthodes plus ou moins légales quand Baze pointa le placard, et les déposa soigneusement sur le comptoir. « Vous ne croyez pas en la Force ? Je pensais -

— Baze Malbus ne croit pas en la Force, cria Chirrut depuis l'autre pièce. Pas de chance pour Baze. La Force croit certainement en lui. »

Baze ferma la porte.

« Non, dit-il à Leia. Je n'y crois pas. Si elle est réelle, elle n'a pas besoin de ma croyance, elle est simplement. Si elle n'est pas, quel intérêt ?

— Hm, dit Leia en sirotant son thé.

— Vous ?

— Je ne sais pas, dit Leia. Par ici, c'est plus ou moins attendu de votre part. Mais c'est la chose la plus pratique sur le sujet que j'ai entendu quelqu'un dire depuis un moment. »

Ils restèrent assis un certain temps dans un silence amical tandis que Luke essayait de se concentrer sur son moi intérieur dans la pièce d'à côté.

« Cela vous dérangerait si on remettait ça ? dit Leia avant de partir. C'était agréable. Paisible.

— Notre porte est toujours ouverte, » dit Baze, et puis - se rappelant la fois où Kaytoo avait pris la phrase littéralement - il ajouta : « Sauf quand elle est verrouillée. »

Elle sourit. « Je garderai ça en tête. »
******
Cassian fut autorisé à sortir du lit six semaines et quatre jours après Scarif, soit deux semaines après qu'il se soit réveillé avec suffisamment de clarté d'esprit pour tenter de sortir du lit. Il avançait doucement, Jyn d'un côté et Bodhi de l'autre, Kaytoo roulant devant eux sous la forme d'un droïde souris (le meilleur châssis de Luke, Bodhi et Jyn ne progressait pas très bien). Il n'avait plus de forces après ces semaines au lit : l'homme nerveux, imprévisible, à l'esprit vif que Baze avait rencontré sur Jedha avait été réduit à l'essentiel, tout en larges yeux sombres pleins d'astuce et en doigts agiles. Il s'accrochait à Jyn aussi étroitement qu'elle s'agrippait à lui, et bien qu'il s'appuie tout autant sur Bodhi, c'est vers Jyn que ses yeux se tournaient.

Bodhi croisa le regard de Baze et leva les yeux au ciel avec affection. Il semblait que Baze n'était pas le seul à avoir remarqué la façon dont ces deux gravitaient l'un autour de l'autre.

Cinq minutes de progrès fastidieux épuisèrent Cassian. Les infirmières l'obligèrent à se remettre au lit et à se reposer, et mirent toute l'équipe Rogue One à la porte, y compris Jyn, qu'elles connaissaient très bien, de toute évidence. Baze vit Leia les suivre - non sans débat - et la vivacité avec laquelle Cassian avait levé la tête à son arrivée ; il se fit un devoir de revenir le lendemain et de lui demander de quoi il s'agissait.

« Oh, elle me rend souvent visite, » dit Cassian, ce que Baze savait déjà.

Baze était un homme patient. Il resta assis là et attendit que Cassian décide qu'il serait plus facile de dire la vérité à Baze que d'attendre qu'il s'en aille. Cassian était encore assez malade pour que cette tactique soit efficace.

« Je travaillais autrefois, dit lentement Cassian, sous les ordres directs de son père. Le Sénateur Bail Organa.

— Je n'ai jamais entendu quelqu'un dire du mal de lui, » dit platement Baze.

Cassian émit un petit rire, et dit quelque chose d'indistinct dans sa barbe. « Ils sont nombreux, Baze. Beaucoup d'entre eux sont morts. Mais c'était un homme bon. Dévoué à la cause avant qu'il y ait eu une cause. La infanta est comme ça, elle aussi.

— C'est cruel, observa Baze. Perdre ainsi ses deux parents. »

Cassian hocha la tête. « Une perte pour nous tous, mais spécialement pour elle. »

Baze attendit.

« Vous devez comprendre, dit lentement Cassian, que j'ai grandi sur une planète séparatiste. Je suis, toujours, un séparatiste. Il n'y avait pas de supporter de la République Galactique plus archétypal que Bail Organa, à moins qu'il s'agisse de Padmé Amidala. Et je ne suis pas un Alderaanien. Je pense que les Alderaaniens parlent encore de diaspora, même si - » Il agita brièvement une main, et abandonna la phrase.

« Comment vous appellez ça ?

— Pas Alderaan. » Cassian renâcla et changea de position. « On peut encore voir certains des Alderaaniens de l'Alliance changer leur façon de penser quand ils m'entendent parler.

— Un dialecte ?

— La différence n'est pas si grande. Mais c'est distinct. » Cassian fixa intensément le mur d'en face. « J'allais être professionnel et faire mon job. Je n'avais pas à apprécier Organa ou à vouloir passer du temps près de lui. Et ce n'est pas arrivé - mais il était… je le respectais et je l'admirais. Il valait bien le prix que la Rébellion lui accordait. »

Baze retint son souffle.

« Il m'a fait confiance pour entraîner sa fille. C'était sa requête personnelle. »

Les sourcils de Baze remontèrent d'un seul coup.

« Elle est très différente de lui, mais elle aussi vaut le prix que la Rébellion lui accorde. » Cassian se pencha avec raideur, et déverrouilla un tiroir avec l'empreinte de son pouce.

« Comment était la physio ce matin ? dit sèchement Baze.

— À crever, » dit Cassian avec exaspération, et il sortit du tiroir une boîte qu'il posa sur ses genoux. À peu près de la taille d'une petite main de femme, en bois précieux poli, et à l'intérieur reposait une médaille d'argent brillante sertie d'ambre sur un ruban de soie verte. Cassian la regardait comme s'il ne savait pas s'il devait s'y accrocher à deux mains ou la balancer dans l'espace à la première opportunité.

« Elle a dit qu'elle voulait récompenser les membres de Rogue One personnellement, dit Cassian. Du mieux qu'elle le pouvait. Pour Bodhi et Jyn, par exemple, elle a officiellement blanchi Galen Erso. »

Baze se demanda comment diable elle avait réussi ce coup là. Réécrire l'histoire ? Il n'avait pas suivi les dernières nouvelles.

« Elle a dit qu'elle savait qu'il n'y aurait pas de cérémonies des médailles pour nous, continua Cassian. Que nous n'en voulions pas. Mais elle voulait me donner ceci. »

Baze jeta un œil vers la médaille. « Et c'est…

— L'Ordre Royal d'Alderaan, dit Cassian. Pour service rendu à la couronne. » Il la fixait toujours. « C'était celle de son père. Par chance, elle se trouvait dans les affaires qu'il avait laissées sur Yavin. Vous savez, si on m'avait dit il y a un an que j'accepterais une de ces choses, j'aurais ri. »

Baze resta silencieux.

« Elle me l'a remise en son nom propre. Elle n'a même pas utilisé son titre. Elle a dit que c'était personnel. »

Et il y avait un détail qui avait intrigué Baze. Tout le monde continuait de l'appeler princesse, ce qui n'avait pas de sens si elle était l'unique héritière de la reine Breha. « Si ses parents sont morts, n'est-elle pas la reine ?

— Je lui ai posé la question. » Cassian referma la boîte. « Elle dit que Breha Organa était la dernière reine d'Alderaan, et c'est définitif.

— Ah.

— Elle m'a remercié pour avoir sauvé la galaxie, dit Cassian. Je lui ai dit que nous n'avions pas pu sauver sa planète. Elle a dit que c'était différent.

— Un point de vue inhabituel.

— À qui le dites vous. » Cassian tendit la boîte à Baze, et le silence régna un moment.

« Mettez-la de côté, voulez-vous, » dit Cassian.
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sam sanglebuc
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Re: Et la Force est avec moi

Message par sam sanglebuc »

À la lecture de cette première moitié de fanfic, je me demande si je l'ai déjà lue.
En tout cas le plaisir est là !
Un peu de politique, un peu de services secrets, de la Force, de la psychologie, de l'amour de l'amitié, du Leia, un peu de Luke. C'est complet !
Et de l'AU double: ils survivent à RO et autre passé de Cassian. C'est enrichissant.
Bien choisi bien traduit of course !
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Sierra
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Re: Et la Force est avec moi

Message par Sierra »

Merci Sam ^^ Je confirme, tu l'as déjà lu XD même si je l'ai un tout petit peu remanié avant de le poster ici. Je posterai la seconde moitié la semaine prochaine
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