
Jolp : L'ère d'Heftèr
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Re: Jolp : L'ère d'Heftèr
Avant-propos
Ravi de vous retrouver pour la suite des réjouissances sur Jazuku !
Si vous avez suivi les galères de Jolp jusqu’ici, vous savez que rien n'est jamais simple sur cette planète. On pensait qu’en faisant tomber Fakz et son Directoire de Sang sur Tergotal, on allait enfin pouvoir souffler un peu... Grave erreur. En réalité, on a juste ouvert la boîte de Pandore.
Dans ce nouveau volume, on décolle pour Ploftogal, et je préfère vous prévenir : l'ambiance n'est pas vraiment aux vacances. Le continent est devenu une véritable poudrière. On a d'un côté Drip Kaleb et son Directoire de Fer, et de l'autre Siuw Gatsher. Ces deux-là se vouent une haine féroce et sont prêts à tout raser pour récupérer les restes de l'empire de Sharkal. C’est sombre, ça sent la suie, et le bruit des canons ne s’arrête jamais.
Mais comme souvent dans mes histoires, le vrai danger n'est pas forcément celui qui fait le plus de bruit ou qui a les plus gros tanks. La vie sur Jazuku est telle qu’un simple événement peut totalement redistribuer les cartes d'une manière que personne n'avait prévue.
Préparez-vous à un récit plus étouffant, où les secrets du passé, le danger du présent et la menace du futur vont mener la vie dure à nos héros.
Bonne lecture à tous, et merci de faire vivre Jazuku avec moi !
Auteur de fictions dans l'univers Jolp.
Re: Jolp : L'ère d'Heftèr
Prologue
La pluie sur Ploftogal n'était pas de l'eau, mais un mélange acide de suie et de lubrifiant qui rongeait le plasto-béton des tranchées. Dans l’obscurité poisseuse du Secteur 7, le ciel n’existait plus ; il n’était qu’un plafond de fumée grasse, déchiré par les éclairs écarlates de l’artillerie lourde.
— Ils reviennent ! hurla une voix dans l'intercom, saturée de friture.
Kael, un mercenaire au service de Siuw Gatsher, se plaqua contre le métal vibrant d'une cuve de refroidissement. À travers ses lunettes de visée thermique, il vit une ligne d'ombres massives émerger du brouillard chimique. C’étaient les phalanges du Directoire de Fer. Pas de cris, pas de sommations, juste le bruit sourd et régulier de leurs bottes magnétiques martelant le sol métallique.
— Tenez la ligne ! rugit l’officier de Gatsher derrière lui. Si la raffinerie tombe, Kaleb aura assez de carburant pour raser tout le district !
Une salve de mortiers ioniques percuta le sommet de la cuve, projetant un déluge d'étincelles bleutées sur les défenseurs. Kael épaula son fusil blaster et ouvrit le feu. Le plasma rouge fusa dans le noir, percutant les plastrons lourdement blindés des soldats de Drip Kaleb, le puissant leader du Directoire de Fer. Certains tombèrent, mais les autres continuèrent d'avancer avec une régularité mécanique, leurs propres canons rotatifs commençant à cracher un enfer de lumière blanche.
— C’est un carnage, grogna Kael en rechargeant une cellule d'énergie. Depuis que Fakz a été buté sur Tergotal, ces malades n'ont plus de laisse ! Le Directoire de Fer et nous… c’est tout ce qu’il reste. Et Kaleb veut tout bouffer.
Le sol trembla violemment. Un marcheur de combat lourd du Directoire de Fer venait d'écraser une barricade de fortune un peu plus loin, ses pattes hydrauliques broyant le duracier comme du bois sec. Les cris des mercenaires de Gatsher furent instantanément étouffés par le grondement des canons de siège.
L’air devint irrespirable, chargé d'ozone et de chair brûlée. Ici, sur Ploftogal, la victoire de Jolp sur le Directoire de Sang n'était qu'un lointain souvenir doux-amer. En éliminant Fakz, Jolp avait brisé le dernier verrou qui empêchait Drip Kaleb et Siuw Gatsher de transformer la planète en un immense brasier de haine.
Kael vit un soldat du Directoire de Fer grimper sur son parapet, son armure marquée de la rouille des combats. Avant qu'il ne puisse presser la détente, une détonation sourde fit basculer le monde. Une conduite de gaz pressurisée venait d'exploser, illuminant le Secteur 7 d'une lueur apocalyptique.
Dans le reflet des flammes qui dévoraient l'horizon industriel, Kael comprit une chose : Jazuku ne pleurait plus ses morts. Elle les consommait. La guerre totale n'en était qu'à ses premières heures, et le fer était déjà rouge de sang.
— Repli ! Repli vers le niveau inférieur ! hurla le capitaine, mais sa voix fut couverte par le rugissement d'une nouvelle salve d'artillerie.
Le chaos était total. Le continent brûlait, et les deux derniers maîtres de Ploftogal venaient de sceller un pacte de destruction mutuelle.
Auteur de fictions dans l'univers Jolp.
Re: Jolp : L'ère d'Heftèr
Chapitre 1
Le poste de commandement mobile Léviathan-01 survolait les toits déchiquetés du Secteur 7 dans un vrombissement sourd et régulier. À l’intérieur, loin de l’acide et de la boue qui rongeaient les tranchées, l’air était pur, recyclé et maintenu à une température constante de 19°C.
C’était le domaine de la précision.
Drip Kaleb se tenait devant la table holographique, ses mains jointes derrière son dos rigide. La lumière bleutée des projections tactiques accentuait les traits anguleux de son visage, lui donnant l'apparence d'une statue de duracier. Sur l’holocarte, des milliers de points rouges — ses phalanges de choc — grignotaient inexorablement les zones vertes tenues par les mercenaires de Gatsher.
— État des pertes dans le sous-secteur industriel, ordonna Kaleb. Sa voix était monocorde, dénuée de toute trace d’émotion humaine.
— Trois compagnies de droïdes de combat neutralisées, Monsieur. Sept pour cent de nos effectifs humains au tapis, répondit un officier, la voix tremblante. Les hommes de Gatsher ont piégé les conduites de refroidissement. C’est un hachoir à viande là-bas.
Kaleb ne cilla pas. Il fit un geste de la main, balayant un rapport de dommages comme s’il s’agissait d’une simple erreur de calcul.
— Acceptable, trancha-t-il. Le sacrifice de la biomasse est une variable prévue. Gatsher s’épuise à défendre des ruines. Il croit que cette raffinerie a une valeur sentimentale. Pour moi, elle n'est qu'un point d'ancrage tactique.
Il fit zoomer la carte sur les docks de l'Est, là où les forces de Gatsher concentraient leur artillerie légère.
— Fakz était un imbécile, reprit Kaleb, presque pour lui-même. Le Directoire de Sang se nourrissait de peur et de rituels. Il a suffi qu'un pilote chanceux comme Jolp lui coupe la tête sur Tergotal pour que tout son empire s'écroule comme un château de cartes. Le sang sèche, l'or se vole... mais le fer ? Le fer est immuable.
Il se tourna vers son chef d'artillerie. Ses yeux, d'un gris métallique, ne semblaient jamais ciller.
— Préparez les bombes à fragmentation sismique. Je ne veux pas seulement déloger les rats de Siuw Gatsher. Je veux que ce district soit nivelé. Si nous ne pouvons pas produire dans ces usines aujourd'hui, personne ne le fera plus jamais.
— Mais Monsieur, il reste des milliers de civils et de travailleurs dans les niveaux inférieurs, balbutia l'officier.
Kaleb s'approcha de lui, si près que l'officier put entendre le sifflement discret d'un servomoteur dans le cou du dirigeant.
— Les civils sont des ressources non optimisées, dit-il calmement. Sur Ploftogal, on est soit une pièce de la machine, soit un déchet qui entrave son fonctionnement. Nettoyez le secteur.
Une vibration profonde secoua le Léviathan-01. Au-dehors, les batteries de canons lourds du Directoire de Fer venaient d'ouvrir le feu. À travers les verrières blindées, Kaleb observa les colonnes de feu s'élever des quartiers ouvriers. Pour lui, ce n'était pas une tragédie. C'était une restructuration.
Gatsher pensait pouvoir gagner une guerre de positions. Il n'avait pas compris que Kaleb ne jouait pas au même jeu. Le Directoire de Fer ne cherchait pas à régner sur Ploftogal ; il cherchait à le posséder, molécule par molécule, jusqu'à ce que la planète entière ne soit plus qu'un immense rouage parfaitement huilé.
— Lancez l'offensive de la Phase 2, ordonna Kaleb en se détournant de la fenêtre. Je veux la tête de Gatsher sur mon bureau avant la fin de la rotation.
Auteur de fictions dans l'univers Jolp.
Re: Jolp : L'ère d'Heftèr
Chapitre 2
Le sol ne tremblait plus ; il ondulait. Sous l’impact des bombes sismiques de Kaleb, les docks de l'Est — autrefois le joyau logistique de Sharkal — s'effondraient comme un château de cartes. Dans la suite de commandement située au sommet de la Tour d'Ébène, Siuw Gatsher ne bronchait pas.
Il était debout devant la baie vitrée, une coupe de nectar de Raïth à la main, observant les colonnes de feu qui déchiraient l'horizon de Ploftogal.
Son costume en soie de krayt, d'un noir impeccable, tranchait avec le chaos rougeoyant au-dehors. Ses cheveux gris étaient parfaitement lissés en arrière, et sur son annulaire brillait toujours le sceau de platine que Sharkal lui avait confié avant la débâcle.
— Monsieur, les générateurs du bouclier inférieur ont cédé, annonça un lieutenant en entrant dans la pièce. Kaleb ne cherche même plus à capturer nos infrastructures. Il les rase.
Gatsher prit une gorgée de son breuvage, l'air pensif. Sa voix, calme et mélodieuse, portait toujours cette autorité naturelle qui avait fait trembler les bas-fonds de Jazuku pendant vingt ans.
— Sharkal a passé trente ans à construire ces docks, soupira Gatsher. Il connaissait la valeur de chaque tuyau, de chaque boulon. Kaleb, lui, n'est qu'un lieutenant qui a mal tourné. Il pense que la force brute peut remplacer l'influence. C’est une erreur de débutant... mais une erreur qui coûte cher à mes actifs.
Il se tourna vers son officier. Ses yeux étaient deux puits de glace.
— Fakz a échoué sur Tergotal parce qu'il était un boucher dénué de vision. Kaleb va échouer parce qu'il est une machine dénuée d'âme. Activez le protocole "Cendres Mortes". Si Kaleb veut Ploftogal, donnez-lui une planète dont l'air même est un poison.
— Mais Monsieur, nos réserves de gaz neurotoxique sont situées sous les quartiers résidentiels du Directoire...
Gatsher s'approcha du lieutenant, un sourire imperceptible au coin des lèvres. Il posa sa main libre sur l'épaule de l'homme, un geste qui, venant de lui, ressemblait à une sentence de mort.
— Sur Jazuku, on ne survit pas en étant un saint, mon petit. On survit en étant le dernier à rester debout parmi les cadavres. Sharkal me l'a appris. Jolp me l'a rappelé en tuant Fakz : le trône n'appartient pas au plus fort, mais au plus malin. Empoisonnez les conduits. Si je ne peux pas diriger ces gens, Kaleb ne dirigera que des fantômes.
Soudain, une alarme stridente déchira l'atmosphère feutrée de la suite. La baie vitrée, pourtant renforcée, se fissura sous l'impact d'un tir de railgun lourd.
— Brèche détectée ! hurla l'ordinateur central.
Des câbles de rappel percutèrent le balcon. Dans un fracas de verre brisé, les commandos d'élite du Directoire de Fer s'engouffrèrent dans la pièce, leurs armures chromées reflétant les incendies de la ville. Leurs fusils à impulsion étaient déjà braqués sur l'ancien bras droit de Sharkal.
Gatsher ne paniqua pas. Il reposa délicatement sa coupe sur un guéridon en marbre et ajusta les revers de sa veste.
— On dirait que Kaleb a enfin décidé de venir me saluer en personne, murmura-t-il en sortant un fin stylet à impulsion de sa manche. Dommage. J'aurais aimé finir mon verre.
La pièce explosa dans un déluge de plasma.
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Re: Jolp : L'ère d'Heftèr
Chapitre 3
La poussière n'avait pas encore touché le sol que le premier commando de Fer était déjà mort.
D'un mouvement d'une fluidité presque aristocratique, Siuw Gatsher avait planté son stylet à impulsion dans la jointure du cou de l'assaillant. La décharge électrique fit fondre les circuits internes du casque, et le soldat s'effondra comme une marionnette dont on aurait coupé les fils. Gatsher ne perdit pas une seconde. Tandis que le reste de l'escouade ouvrait le feu, pulvérisant son bureau en acajou, il bascula derrière son fauteuil renforcé.
— Monsieur, par ici ! hurla son garde du corps survivant, ouvrant une trappe de service dissimulée sous le tapis de sol.
Gatsher s'y engouffra sans un pli à son costume, glissant dans l'obscurité alors qu'une grenade thermique vaporisait ce qu'il restait de son sanctuaire.
Vingt minutes plus tard, une navette de transport léger, noire et sans immatriculation, percutait le sol boueux du Secteur de Blefderk avec la violence d'un crash contrôlé. Blefderk n'était pas une cité, c'était une tumeur industrielle : un dédale de pipelines rouillés, de citernes de stockage suintantes et de hangars à perte de vue. C’était ici que battait le cœur crasseux de Ploftogal, loin de la superbe de la Tour d'Ébène.
Gatsher s'extirpa de l'habitacle. Son costume en soie de krayt était déchiré à l'épaule, et une traînée de sang barrait son front noble. Il ignora la douleur, ajustant calmement son masque respiratoire chromé alors qu'une petite armée de mercenaires, vêtus de haillons et de blindages dépareillés, se rassemblait autour de lui.
— Monsieur, le Directoire de Fer a franchi le périmètre extérieur, annonça le capitaine de la zone, la voix étouffée par son respirateur. Leurs marcheurs de combat progressent sur les passerelles supérieures. On ne pourra pas les tenir plus d'une heure.
Gatsher observa les structures massives qui surplombaient le quartier. À travers le brouillard d'huile, il aperçut les silhouettes anguleuses des blindés de Drip Kaleb, crachant des éclairs de plasma qui illuminaient les réservoirs de combustible comme des soleils mourants.
— Kaleb croit que ce secteur est une impasse, murmura Gatsher, sa voix gardant son timbre aristocratique malgré le fracas des explosions. Il pense que parce qu'il possède le ciel, il possède la ville. Il oublie que Sharkal a construit Blefderk comme un piège, pas comme une usine.
Pendant ce temps, à bord du Léviathan-01, Kaleb observait les flux thermiques de Blefderk. Les points rouges de ses troupes saturaient la carte, progressant mètre par mètre. Pour lui, la capture de ce secteur n'était qu'une étape logistique froide et nécessaire avant l'unification totale de Jazuku.
— Gatsher a été localisé près de la turbine centrale de Blefderk, rapporta un officier mécanique. Il semble regrouper ses forces.
— Illogique, trancha Kaleb. Une contre-attaque dans un espace si confiné mènerait à un taux de perte de 94 % pour ses effectifs. Gatsher ne cherche pas à se battre. Il cherche à mourir avec panache... ou il prépare une diversion. Augmentez la puissance des ondes sismiques. Écrasez chaque hangar. Je veux que Blefderk devienne une plaine de métal plat.
Au cœur de la turbine, Gatsher posa sa main gantée sur une vanne de sécurité massive, marquée du sceau de Sharkal. Autour de lui, ses mercenaires reculaient, comprenant enfin ce que signifiait réellement le protocole "Cendres Mortes".
— Monsieur... si vous ouvrez les reflux, le gaz neurotoxique va saturer tout le district, balbutia le capitaine. Nos propres hommes dans les tranchées n'ont pas d'équipement de classe militaire... ils vont tous...
Gatsher tourna la tête vers lui. Ses yeux étaient deux fentes de glace.
— Un bon leader sait quand sacrifier ses pions pour sauver la reine. Kaleb veut la perfection mécanique ? Donnons-lui le chaos organique. Sur Jazuku, on ne gagne pas en étant le plus fort, mais en étant celui qui est prêt à tout brûler.
D'un geste sec, il tourna la vanne.
Un sifflement strident déchira l'air de Blefderk. Des bouches d'aération dissimulées dans le sol jaillit un gaz vert émeraude, lourd et corrosif. En quelques secondes, la visibilité tomba à zéro. Les cris des soldats de Fer, dont les joints d'armure commençaient à se gripper sous l'effet de l'acide, montèrent des profondeurs du secteur.
Gatsher observa la nappe toxique monter vers les passerelles supérieures, là où les marcheurs de Kaleb commençaient à vaciller.
— Bienvenue dans mon monde, Kaleb, murmura l'ancien bras droit en se dirigeant vers un tunnel de maintenance secret. Un monde où même l'air que tu respires appartient au passé.
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Re: Jolp : L'ère d'Heftèr
Chapitre 4
Le secteur de Blefderk n'était plus qu'une plaie béante crachant une fumée émeraude. Dans les moniteurs du Léviathan-01, les capteurs de biosignature s'éteignaient les uns après les autres, comme des bougies soufflées par une brise fétide. Des milliers de vies — mercenaires de Gatsher et civils pris au piège — venaient d'être balayées par la décision de l'ancien bras droit de Sharkal.
Drip Kaleb ne cilla pas. Il observa une vidéo haute fréquence montrant l'un de ses marcheurs de combat lourds s'effondrer, ses joints hydrauliques rongés par l'acide contenu dans le gaz "Cendres Mortes".
— Gatsher a troqué sa soie pour du soufre, commenta Kaleb d'une voix dénuée de sarcasme. Il pense que la biologie est un obstacle. Il ne comprend pas que pour le Directoire de Fer, la chair n'est qu'une erreur de conception.
— Monsieur, le gaz est trop dense, rapporta son officier tactique. Nos unités d'infanterie humaine sont décimées et les processeurs de nos droïdes de série B1 surchauffent à cause de la corrosion. On doit stopper l'avance.
— Au contraire, trancha Kaleb en appuyant sur une icône de déploiement prioritaire. Activez les Unités de Purge "Suaire". Et ordonnez au Léviathan de descendre en basse atmosphère. On va nettoyer ce district par le vide.
Soudain, le ciel de Blefderk sembla se déchirer. L'immense carlingue chromée du vaisseau amiral de Kaleb perça la couche de nuages toxiques. Des trappes s'ouvrirent sous son ventre massif, libérant des centaines de cylindres métalliques qui s'écrasèrent dans la brume verte.
À l'impact, les cylindres se déployèrent. Ce n'étaient pas des soldats, mais des aspirateurs atmosphériques géants couplés à des incinérateurs à plasma. Dans un vrombissement assourdissant, les "Suaires" commencèrent à aspirer le gaz neurotoxique, le brûlant instantanément et recrachant des colonnes de feu purificateur.
Derrière eux, les Légions de Fer reprirent leur marche. Leurs armures avaient été enduites d'une résine polymère isolante en prévision d'attaques chimiques. Ils avançaient au milieu des flammes, achevant méthodiquement les survivants de Gatsher qui convulsaient encore sur le sol acide.
Dans les tunnels de maintenance situés sous la turbine centrale, Siuw Gatsher sentit la chaleur monter. Le grondement des incinérateurs de Kaleb faisait vibrer les parois de métal rouillé. Il s'arrêta, ajustant son masque dont les filtres commençaient à saturer de suie carbonisée.
— Il brûle le gaz... murmura Gatsher, un éclair de respect mêlé de haine dans les yeux. Il est prêt à transformer tout le secteur en fournaise plutôt que de battre en retraite.
— Monsieur, ils ont bloqué les issues Nord ! s'écria l'un de ses derniers lieutenants. Les unités de Fer descendent par les conduits de ventilation !
Gatsher sortit son pistolet blaster lourd, un modèle de luxe gravé aux initiales de Sharkal. Il vérifia la charge. Il savait que Blefderk était perdu.
Son pari sur le gaz n'avait été qu'un sursis. Kaleb n'était pas un homme qu'on ralentissait avec de la morale ou de la biologie. C'était une force tectonique.
— Préparez les charges de démolition sur les piliers de soutien de la zone de stockage, ordonna Gatsher. Si ce fou veut Blefderk, il l'aura. Mais enterré sous un million de tonnes de duracier.
Il se tourna vers ses hommes, son visage à demi masqué par les ombres et les reflets orangés des incendies supérieurs.
— On se replie vers la Citadelle de Fer. On va porter le combat dans sa propre forteresse. Kaleb veut l'unification de Jazuku ? On va lui offrir une apocalypse qu'il ne pourra pas mettre en équation.
Alors que les premiers soldats chromés de Kaleb s'engouffraient dans le tunnel, Gatsher fit sauter les charges. Le plafond s'effondra dans un fracas de fin du monde, scellant le tunnel et emportant avec lui une partie du district de Blefderk.
La guerre de Ploftogal venait de perdre tout semblant de stratégie. Ce n'était plus qu'une haine pure, entre un homme qui refusait de mourir et une machine qui refusait d'échouer.
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Re: Jolp : L'ère d'Heftèr
Chapitre 5
La Citadelle de Fer, monolithe de duracier noir s'élevant au cœur des pics industriels de Ploftogal, n'était plus seulement une forteresse. C’était le centre de gravité d’un monde en train de s’effondrer. Autour de ses remparts électrifiés, la guerre avait atteint son paroxysme. Ce n’était plus une succession d’escarmouches, mais une collision frontale entre deux visions de l’existence.
Siuw Gatsher, après avoir sacrifié le district de Blefderk pour couvrir sa fuite, n'avait plus de cachette. Il ne lui restait qu'une seule option : porter le fer au cœur du Fer.
Depuis le sommet de la Citadelle, les batteries de défense orbitale de Drip Kaleb crachaient des traînées de feu vert vers l’horizon. Les forces de Gatsher, regroupées dans un dernier élan désespéré, lançaient tout ce qu’elles possédaient : des transports de troupes lourdement modifiés, des chasseurs atmosphériques de l’ère Sharkal et des milliers de mercenaires fanatisés par la peur de l’éradication.
Kaleb, impassible au milieu du chaos, observait les courbes de probabilité sur ses écrans.
— Monsieur, les unités de Gatsher utilisent des brouilleurs de signaux à haute fréquence basés sur les anciennes technologies de Sharkal, rapporta l'officier de liaison. Nos droïdes de série A perdront le contact synaptique s'ils s'approchent trop des lignes ennemies.
— Une stratégie archaïque, répondit Kaleb. Si le signal faiblit, passez les unités en mode "Autonome : Protocoles de Destruction de Proximité". Si une machine ne reçoit plus d'ordres, elle doit considérer tout ce qui est organique dans un rayon de cent mètres comme une cible prioritaire.
Kaleb s'avança vers la verrière. En bas, dans les fossés de la Citadelle, la bataille ressemblait à un océan de métal en fusion. Les explosions étaient si nombreuses qu'elles formaient un éclair continu, illuminant les visages des combattants d'une lueur spectrale.
Gatsher, retranché dans un poste de commandement mobile dissimulé dans les débris d'une usine de traitement d'eau, fixait les remparts de la Citadelle. Son masque respiratoire était cabossé, sa soie de krayt n'était plus qu'un haillon grisâtre, mais son regard de prédateur n'avait jamais été aussi affûté.
— Envoyez les unités de sabotage par les conduits de refroidissement, ordonna-t-il calmement. Je me moque de savoir combien d'hommes nous perdons. Si Kaleb veut calculer la valeur d'une vie, montrez-lui que le chaos n'a pas de prix.
— Monsieur, le Directoire de Fer déploie ses réserves de marcheurs lourds ! Ils vont nous broyer avant que nous n'atteignions les portes !
Gatsher eut un sourire qui n'atteignit pas ses yeux.
— Kaleb pense que cette guerre est une ligne droite. Il ne voit que son objectif. Il ne regarde pas sur les côtés. Activez les mines à impulsions sismiques que nous avons enterrées il y a deux rotations.
Le sol devant la Citadelle se souleva violemment. Ce ne fut pas une explosion de feu, mais une onde de choc invisible qui tordit les pattes des marcheurs de Kaleb, les faisant s'effondrer les uns sur les autres. Les mercenaires de Gatsher s'engouffrèrent dans la brèche, hurlant leur haine contre les machines.
Sur toute la surface de Ploftogal, le scénario se répétait. Des cités entières étaient rayées de la carte, des océans de pétrole brûlaient le long des côtes, et le ciel était devenu un plafond de cendre impénétrable.
Kaleb et Gatsher étaient comme deux divinités de la destruction, s'épuisant mutuellement dans une lutte qui ne connaissait plus de vainqueur, seulement des survivants temporaires. Chaque usine prise était reprise le lendemain, chaque bataillon détruit était remplacé par des vagues de recrues de plus en plus jeunes ou des droïdes de plus en plus instables.
— Gatsher... murmura Kaleb, observant les flammes lécher la base de sa tour. Tu préfères voir ce monde s'éteindre plutôt que de le voir s'organiser.
C’est la faiblesse ultime de l'individu.
À l'autre bout de la ligne de front, Gatsher pensait la même chose de Kaleb : une machine dépourvue de la volonté de vivre ne méritait pas de posséder Jazuku.
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Re: Jolp : L'ère d'Heftèr
Chapitre 6
À l'autre bout de Jazuku, loin des méga-structures étouffantes du continent central de Ploftogal, s'étendait Kalyx-Majeure. C’était le plus petit des trois continents, une terre de falaises d'albâtre, de lagons turquoise et d'archipels reliés par des ponts de verre. Alors que Ploftogal se consumait dans une suie éternelle, Kalyx-Majeure respirait encore l'air pur de l'océan.
Sa capitale, Aura-Marine, était une cité de nacre et de lumière, bâtie en amphithéâtre au-dessus d'une baie protégée par des récifs coralliens électrifiés. Pour ses habitants, la guerre entre Kaleb et Gatsher n'était qu'un écho lointain, une folie continentale qui ne franchirait jamais les milliers de kilomètres d'eaux tumultueuses les séparant du chaos.
Ils se pensaient protégés par l'immensité. Ils ignoraient que l'abîme les observait depuis très longtemps.
Ce matin-là, le ciel d'Aura-Marine était d'un bleu d'une pureté insolente. Sur la Place des Alizés, les citoyens vaquaient à leurs occupations, observant avec une pitié distraite les derniers rapports holos provenant du "Vieux Monde" en feu.
Soudain, les récifs de protection cessèrent de briller. Un silence anormal s'abattit sur la baie. L'eau ne se retirait pas ; elle semblait bouillir. Puis, sans qu'aucun radar n'ait émis la moindre alerte, des masses colossales brisèrent la surface dans un fracas hydraulique terrifiant.
Ce n'étaient pas les navires de guerre que Jazuku connaissait. C'étaient des monstres de métal aux formes organiques, des cuirassés dont les coques étaient recouvertes de sédiments anciens et de coraux noirs. Ils ne portaient aucune marque, aucun matricule. Rien dans les archives de
Sharkal, ni dans celles du Directoire, ne mentionnait de tels vaisseaux.
La panique fut instantanée, mais trop tardive.
Les flancs des submersibles s'ouvrirent dans un sifflement de vapeur. Des milliers de silhouettes jaillirent des tubes de lancement. Équipés de propulseurs dorsaux silencieux et vêtus de scaphandres pressurisés vert-de-gris, ces guerriers inconnus fondirent sur la cité.
Le massacre commença sur les plages. Leurs fusils à harpons ioniques délivraient une décharge qui faisait bouillir le sang des victimes avant même que le métal ne les transperce. En quelques minutes, le marbre blanc d'Aura-Marine fut maculé d'un rouge sombre. Ce n'était pas une invasion, c'était une moisson menée par des fantômes.
Au sommet de la plus haute tour d'Aura-Marine, le Haut Conseil de Kalyx s'était réuni en urgence. Les sept dirigeants, vêtus de toges de soie bleue, tremblaient derrière les portes blindées de leur sanctuaire, fixant les écrans qui montraient la chute de leur monde.
— C’est impossible... balbutia la Chancelière Elia. D'où sortent-ils ? Sharkal surveillait chaque centimètre de ces eaux avec ses satellites ! Il n'y a rien dans les rapports, jamais !
— Ils n'étaient pas censés exister, murmura un conseiller en voyant un cuirassé pulvériser le port d'un seul tir de canon à haute pression.
Les doubles portes du sanctuaire volèrent en éclats sous l'impact d'une charge hydro-thermique. Une brume saline, épaisse et glaciale, envahit la pièce. À travers le brouillard, une silhouette massive s'avança.
L'homme portait un manteau de cuir de mer sombre sur une armure de plaques pressurisées. Son casque, qu'il retira d'un geste sec, laissait apparaître un visage buriné par la décompression, des yeux d'un bleu délavé et une cicatrice qui barrait sa mâchoire comme un hameçon. Ses hommes se tinrent en retrait, immobiles comme des statues de sel.
— Qui êtes-vous ? s'écria Elia, la voix brisée.
L'homme s'approcha de la table de cristal. Il observa la Chancelière avec une curiosité froide, presque méprisante.
— Vous avez passé quarante ans à regarder les étoiles et les usines de Ploftogal, commença-t-il. Sa voix était rauque, profonde, comme le grondement de la mer contre une falaise. Pendant que Sharkal se pavanait dans son palais et que vous profitiez de votre luxe de surface, nous, nous vivions dans vos rejets. Nous avons appris à respirer là où votre lumière ne descend jamais.
Il marqua une pause, posant une main gantée sur la carte holographique de Jazuku.
— Nous avons construit nos forges dans les fosses abyssales, à l'abri de vos satellites et de votre arrogance. Nous avons attendu que le Directoire de Sang tombe, que le Directoire de Fer et le Directoire Siuw Gatsher s'épuisent. Nous avons attendu que vous soyez assez faibles pour que l'océan reprenne ses droits.
Il dégaina un sabre court à lame vibrante dont l'acier scintillait d'une lueur azurée.
— Mon nom est Van Heftèr. Et ce que vous voyez derrière moi, c'est la Faction Pasma. Nous ne sommes pas des pirates. Nous sommes le reflux. Nous sommes ce qui reste quand tout le reste a coulé.
— Nous pouvons... nous pouvons trouver un arrangement... tenta un conseiller.
Heftèr eut un rictus cruel.
— Jazuku a été dirigée par des comptables et des bouchers. Elle sera désormais dirigée par l'océan. Et l'océan n'arrange rien. Il nettoie.
D'un geste précis, Heftèr trancha la gorge du conseiller. Ses hommes s'engouffrèrent dans la pièce pour achever le reste du Conseil.
Quelques instants plus tard, Van Heftèr s'avança sur le balcon du Sanctuaire. Sous ses pieds, Aura-Marine n'était plus qu'un charnier à ciel ouvert baigné par l'écume. Ses cuirassés submersibles avaient pris position dans tout le lagon. La surprise avait été totale ; l'existence même de ce peuple était restée un secret absolu pendant des décennies.
— Le continent de Kalyx est tombé, annonça-t-il dans son comlink, sa voix diffusée sur toutes les fréquences de la cité. Verrouillez les archives.
Exécutez les survivants officiels.
Il leva les yeux vers l'horizon, là où la lueur orangée des incendies de Ploftogal tâchait le ciel.
— Laissez Kaleb et Gatsher se battre pour leur fer rouillé, murmura-t-il. Ils ne savent pas encore que l'ère des continents est finie.
L'invasion de Kalyx-Majeure était terminée. Van Heftèr venait de révéler au monde une puissance que personne n'avait soupçonnée, et l'histoire de Jazuku venait de basculer dans les profondeurs.
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Re: Jolp : L'ère d'Heftèr
Chapitre 7
Sur Tergotal, le temps semblait s'être figé dans une clarté irréelle. Loin des nuages de suie de Ploftogal, le soleil d'avril se répercutait sur les crêtes de quartz, inondant la vallée de Vith-Orel d'une lumière prismatique.
Jolp était assis sur l'aile de son ARC-170, un flacon d'huile à la main. Il polissait machinalement une plaque de blindage que R8-BI venait de ressouder. Le petit droïde astromécano émettait des bips mélancoliques, son dôme tournant lentement vers l'emplacement vide où se tenait autrefois I3-KC.
— Je sais, mon vieux, murmura Jolp en posant une main sur le métal froid du droïde. Il nous manque à tous.
Hugue Sbork s’approcha, deux tasses de café synthétique fumant à la main. Il s'assit sur un caisson de munitions, son regard errant sur les chantiers de reconstruction de la cité.
— Tu te souviens de notre départ de Ploftogal ? demanda Hugue avec un petit rire nerveux. Avec ces 500 000 Pegats volés à Sharkal dans une malle... On pensait qu'on ne passerait pas la nuit. On a traversé des jungles, évité des chasseurs de primes, et on a fini par libérer un continent. C’est dingue quand on y pense.
— On a survécu à Sharkal, et on a survécu à Fakz, répondit Jolp en prenant sa tasse. Mais regarde ce qu’on a construit ici, Hugue. Cette « Troisième Voie ». Les mineurs travaillent pour eux-mêmes, les réfugiés ont un toit. On n'est plus les pions des Directoires.
Soudain, une silhouette massive se découpa dans l'entrée du hangar. V-9E3, le droïde de sécurité noir, s'avança, ses optiques rouges brillant d'une intensité inhabituelle.
— Analyse des flux de données de Ploftogal terminée, annonça V-9E3 de sa voix de basse métallique. La guerre fratricide entre le Directoire de Fer et Siuw Gatsher a atteint un seuil de destruction critique. Le Secteur 7 est rayé de la carte. Les pertes civiles sont estimées à 58 %.
Jolp soupira, fixant le liquide sombre dans sa tasse.
— Kaleb et Gatsher sont en train de transformer le plus gros continent de Jazuku en un immense charnier. Ils s'épuisent l'un contre l'autre pour un trône qui sera bientôt entouré de cadavres. C’est pathétique.
— C’est surtout dangereux, Jolp, ajouta Hugue. Tant qu'ils s'entretuent à Ploftogal, ils nous laissent tranquilles. Mais si l'un d'eux l'emporte, Tergotal sera sa prochaine cible. On est le seul endroit de cette planète qui ne ressemble pas à un enfer.
— Qu’ils viennent, grogna Jolp. On a fortifié les passes. On a le Canon à Résonance. On n'est plus des proies faciles.
R8-BI lança soudain un sifflement strident, une série de bips d'alerte qui firent sursauter les deux hommes. Le droïde projeta un hologramme vacillant au centre du hangar. C’était une transmission cryptée, saturée de parasites.
— Interception d'un signal de détresse de haute priorité, traduisit V-9E3. Origine : Kalyx-Majeure. Capitale Aura-Marine.
Jolp et Hugue se rapprochèrent de la projection. Ce qu'ils virent les glaça. Les images montraient des rues de nacre jonchées de corps, des navires aux formes organiques surgissant de l'eau, et des guerriers en scaphandres massacrant tout sur leur passage. La transmission se coupa net sur l'image d'un drapeau noir frappé d'une ancre brisée.
— Kalyx-Majeure ? balbutia Hugue. Mais... c’est le continent le plus isolé ! Comment Kaleb a-t-il pu envoyer ses troupes là-bas sans qu'on le voie passer ?
— Ce n'est pas Kaleb, dit Jolp, sa voix devenant soudainement très basse. Regarde ces vaisseaux. Ils ne sont pas chromés, ils sont incrustés de sel. Ce ne sont pas des troupes terrestres.
— Identification de la faction impossible dans les registres de Jazuku, ajouta V-9E3. Cependant, la vitesse de conquête suggère une préparation de plusieurs décennies. Kalyx-Majeure est tombée en moins de trois heures.
Jolp se leva, laissant sa tasse sur l'aile de l'ARC-170. Il se dirigea vers la grande ouverture du hangar qui donnait sur les plaines cristallines de Tergotal. Le vent soufflait, faisant tinter les pointes de quartz, un son qui ressemblait d'ordinaire à une mélodie, mais qui aujourd'hui lui paraissait sinistre.
— Jolp ? Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Hugue en le rejoignant.
Jolp ne répondit pas tout de suite. Il scruta l'horizon, là où la mer entourait leur sanctuaire. Un frisson, une sensation de froid viscéral qu'il n'avait jamais ressentie même au plus fort des combats contre Fakz, lui parcourut l'échine.
— J'ai un horrible pressentiment, Hugue, murmura-t-il enfin. On surveillait le ciel et les usines de Ploftogal... On attendait les loups par la porte de devant.
Il se tourna vers ses amis, ses yeux trahissant une inquiétude profonde.
— On a oublié de surveiller l'océan. Quelque chose arrive, quelque chose de bien pire que les Directoires. Et j'ai peur que notre Troisième Voie ne soit qu'une digue de sable face à un tsunami.
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Re: Jolp : L'ère d'Heftèr
Chapitre 8
Le ciel de Ploftogal n'était plus qu'une plaie béante. Un dôme de cendres et de reflets orangés recouvrait le continent, étouffant les cris des mourants sous le grondement incessant de l'artillerie lourde. La guerre totale entre le Directoire de Fer et la faction de Siuw Gatsher entrait dans
sa phase la plus sauvage : celle où l'on ne se bat plus pour la victoire, mais pour ne pas être le premier à s'effondrer.
Aux abords de la Citadelle de Fer, le quartier général de Drip Kaleb, le paysage n'était qu'un enchevêtrement de métal tordu et de cadavres de droïdes. Les "phalanges de fer" de Kaleb, autrefois invincibles par leur nombre et leur discipline mécanique, commençaient à se fissurer.
À l’intérieur du bunker de commandement, Drip Kaleb observait ses écrans tactiques avec une fixité cadavérique. Pour la première fois de sa vie, les équations ne tombaient pas juste.
— Rapport de pertes sur le flanc Ouest, ordonna-t-il. Sa voix, bien que calme, trahissait une légère distorsion métallique.
— Les mercenaires de Gatsher ont utilisé des charges à impulsion ionique camouflées dans les cadavres de nos propres marcheurs, Monsieur, répondit un officier dont le visage était maculé de graisse. Ils ne reculent plus. Ils chargent à découvert. Leurs taux de pertes sont irrationnels !
Kaleb serra les poings sur le rebord de sa console en duracier.
— Ce n'est pas de l'irrationalité, murmura-t-il. C'est de l'agonie transformée en moteur. Gatsher a compris qu'il n'avait plus rien à perdre. Il sacrifie ses hommes par milliers juste pour saturer mes processeurs de visée.
Une secousse brutale fit trembler les fondations de la Citadelle. Les moniteurs affichèrent une brèche majeure dans le mur d'enceinte Sud. Les troupes de Gatsher venaient de faire sauter une conduite de plasma haute pression, emportant avec elle deux bataillons de droïdes sentinelles.
À quelques kilomètres de là, debout sur la rampe d'un transport de troupes blindé, Siuw Gatsher observait le chaos à travers ses jumelles électroniques. L’ancien bras droit de Sharkal n'avait plus rien du dandy en soie de krayt. Sa cuirasse était cabossée, son visage noir de suie, mais
son regard de prédateur brillait d'une lueur fanatique.
— Regardez-le, Kaleb... murmura Gatsher en voyant une tour de défense s'effondrer dans un fracas apocalyptique. Il a passé sa vie à essayer de transformer Jazuku en une horloge parfaite. Il a oublié qu'on ne peut pas chronométrer la haine.
— Monsieur, nos réserves de munitions sont à 15 %, signala son second. Si on ne prend pas la Citadelle dans les deux prochaines rotations, on sera à la merci d'une contre-attaque.
Gatsher se tourna vers lui, un sourire carnassier aux lèvres.
— Il n'y aura pas de contre-attaque. Kaleb est acculé. Il a mis tout son fer dans ses murs. On va les briser, morceau par morceau. Envoyez la vague de choc. Je veux que chaque homme, chaque droïde capturé et chaque esclave marche vers ces murs. Si on doit remplir leurs fossés de nos morts pour passer, alors on le fera.
La bataille pour Ploftogal atteignit alors un degré d'horreur sans précédent. Les mercenaires de Gatsher, utilisant les décombres comme boucliers, s'infiltrèrent dans les niveaux inférieurs de la Citadelle. Les combats se déroulaient désormais à bout portant, dans les conduits de ventilation, les salles des machines et les dépôts de munitions.
Kaleb voyait ses icônes de contrôle passer au noir les unes après les autres. Le Directoire de Fer, cette machine de guerre censée unifier Jazuku par la force du calcul, était en train de se noyer sous une marée humaine.
— Monsieur, ils sont dans les hangars principaux, annonça l'ordinateur central d'une voix monocorde. Intégrité de la structure : 42 %.
Kaleb se leva lentement. Il ne restait plus qu'un pas avant la fin. La chute du Fer était amorcée, mais il restait encore assez de métal pour faire de ce final un charnier mémorable.
— Activez les protocoles de défense rapprochée "Zone Zéro", ordonna Kaleb. Si le Directoire doit tomber, il emportera Ploftogal avec lui.
La guerre fratricide brûlait ses dernières cartouches. Tout ce qui comptait, c'était le bruit du métal se brisant contre le sang.
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Re: Jolp : L'ère d'Heftèr
Chapitre 9
Les fondations de la Citadelle de Fer ne tremblaient plus ; elles gémissaient sous le poids des explosions thermiques qui déchiraient ses entrailles.
Le protocole « Zone Zéro » de Kaleb n’était pas une manœuvre de défense, c’était un suicide collectif. Dans les couloirs de duracier, les tourelles automatisées fauchaient indistinctement les mercenaires de Gatsher et les techniciens du Directoire qui tentaient de fuir.
Siuw Gatsher franchit la dernière barricade de droïdes sentinelles, son pistolet blaster lourd pointé vers l'avant. Sa veste en soie n'était plus qu'un lambeau calciné, son visage une masque de suie et de sang séché. Mais malgré l'état de ses vêtements, il conservait une posture d'une raideur aristocratique, une élégance glaciale qui jurait avec le carnage environnant.
La porte du bunker de commandement céda sous une charge thermique. L'air à l'intérieur était saturé d'ozone et du sifflement des processeurs en surchauffe. Drip Kaleb était là, assis sur son trône de données, immobile. La moitié de ses écrans holographiques étaient rouges, affichant des erreurs fatales en cascade.
Gatsher entra, rangeant son arme avec une lenteur calculée. Il s'épousseta une épaulette brûlée, ses yeux d'un bleu d'acier fixés sur le leader déchu.
— Veuillez m'excuser pour ce manque de ponctualité, Kaleb, dit Gatsher. Sa voix était calme, posée, dépourvue de toute émotion. Le désordre dans vos couloirs est... regrettable.
Le leader du Directoire de Fer tourna lentement la tête. Une partie de son visage cybernétique avait fondu, révélant des circuits étincelants. Ses optiques grésillaient.
— Le chaos est une variable que j'ai sous-estimée, murmura Kaleb. Vous avez brisé la machine, Siuw. Mais regardez vos mains. Vous n'avez plus rien pour reconstruire. Vous avez gagné un cimetière de métal.
Gatsher esquissa un sourire qui ne monta pas jusqu'à ses yeux.
— Un cimetière, peut-être. Mais c'est un cimetière dont je possède désormais les clés, et vous n'y êtes plus qu'un occupant indésirable. Votre logique de fer a fini par rouiller, mon cher. C'était inévitable.
D'un geste sec de la main, Gatsher fit signe à ses lieutenants. Ils s'emparèrent de Kaleb et le jetèrent au bas de son siège, sans ménagement. Dans la pièce, une douzaine d'officiers du Directoire de Fer, les derniers survivants de l'état-major, furent mis à genoux contre les murs froids de duracier.
Le silence qui suivit fut plus terrifiant que le vacarme des canons. Gatsher déambula devant les rangs des officiers vaincus, les mains croisées dans le dos. Ces hommes avaient transformé Ploftogal en un enfer de productivité ; ils allaient maintenant payer le prix de leur froideur par une froideur plus grande encore.
— Vous avez été très efficaces, Messieurs, dit Gatsher en s'arrêtant devant un technicien supérieur qui tremblait. Trop, peut-être. Jazuku n'aime pas la perfection. Elle préfère la soumission.
— Monsieur Gatsher... pitié... nous pouvons vous être utiles... balbutia l'homme.
Gatsher l'observa comme on examine un insecte gênant.
— Je n'aime pas l'encombrement. Et vous êtes, à cet instant précis, un encombrement statistique.
Il reporta son regard sur Kaleb, dont les membres cybernétiques cliquetaient inutilement sur le sol.
— Sharkal disait que pour bâtir du neuf, il fallait d'abord curer les égouts. Vous êtes l'égout, Kaleb. Vous et toute votre hiérarchie de métal.
Gatsher fit un pas en arrière et s'adressa à ses mercenaires d'un ton monocorde, comme s'il commandait un café.
— Liquidez-les. Tous. Je ne veux plus voir un seul de ces uniformes debout dans dix secondes.
Le bunker s'embrasa. Les mercenaires de Gatsher ouvrirent le feu à bout portant. Une pluie de plasma écarlate s'abattit sur les officiers du Directoire. Gatsher ne détourna pas les yeux, observant le massacre avec une indifférence totale. Pas de cris prolongés, juste le bruit sourd des corps tombant sur le métal.
Kaleb, le dernier, reçut une rafale en plein cœur, là où battait son noyau d'énergie. Une gerbe d'étincelles bleues, un dernier gémissement électronique, et le maître du Fer s'éteignit définitivement.
Siuw Gatsher s'approcha de la baie vitrée du bunker, dominant les ruines fumantes de la Citadelle. En bas, sur les places d'armes jonchées de milliers de cadavres, ses troupes hurlaient une victoire qui ressemblait à une apocalypse. Le Directoire de Fer était mort, ses chefs annihilés, son armée décapitée.
Le continent de Ploftogal appartenait enfin à Siuw Gatsher.
Il sortit un mouchoir de soie immaculé d'une poche intérieure intacte et essuya une tache de sang sur sa main. Il observa les incendies qui dévoraient l'horizon avec la satisfaction d'un propriétaire reprenant son bien après un long litige. Il croyait être arrivé au sommet, le seul maître parmi les ruines.
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Re: Jolp : L'ère d'Heftèr
Chapitre 10
Le silence qui suivit la mort de Drip Kaleb était presque trop lourd. Dans la salle de commandement de la Citadelle de Fer, l'air était épais, saturé d'ozone et de l'odeur métallique du sang frais. Siuw Gatsher rangea son blaster avec une lenteur calculée, ses gestes d'une précision chirurgicale contrastant avec le chaos environnant.
Il s'approcha de la baie vitrée, observant les feux de Ploftogal qui s'étouffaient doucement sous la suie. Ses lieutenants s'activaient, envoyant des messages de victoire sur toutes les fréquences.
— Monsieur, les dernières poches de résistance du Fer déposent les armes, annonça un officier, l'air extatique. Le continent est à vous.
Gatsher esquissa un sourire imperceptible, lissant le col brûlé de sa veste.
— À nous, en effet. Veuillez donner l'ordre de doubler les rations de synthé-alcool pour les troupes. Qu'ils célèbrent. Ils ont piétiné la logique de Kaleb ; qu'ils savourent maintenant le chaos de la victoire.
Il se versa un fond de liqueur ambrée trouvé dans un cabinet privé de Kaleb, savourant la brûlure du liquide. Jazuku était enfin à ses pieds. Il se croyait arrivé au sommet.
Soudain, il y eut un bourdonnement. Si léger qu'il aurait pu être confondu avec le sifflement d'un ventilateur défaillant. Puis, une vibration profonde, venue du sol même de la Citadelle, fit trembler le liquide dans le verre de Gatsher.
— Monsieur... balbutia le technicien aux écrans. Je perds les relais côtiers. Un par un.
— Un sabotage de dernière minute ? demanda Gatsher, le ton sec. Gérez cela, je vous prie.
— Non, Monsieur, ce n'est pas un sabotage. C’est... une pression hydraulique. Une onde de choc massive sur tous nos capteurs sous-marins. Quelque chose arrive du large.
Soudain, une secousse monumentale fit gémir les fondations de la forteresse. Ce n'était pas une explosion, mais un choc sourd, comme si la planète elle-même venait de heurter un récif de métal. Gatsher se précipita à la fenêtre.
Ce qu'il vit défiait tout ce qu'il savait de Jazuku.
L'Océan Noir, d'ordinaire si calme sous sa pellicule d'huile, s'était transformé en un mur d'écume bouillonnante. Et de ce mur surgirent des cathédrales de fer rouillé. Des cuirassés submersibles colossaux, aux formes asymétriques et brutales, jaillirent des flots. Leurs coques étaient incrustées de sel pétrifié, de coraux noirs et de sédiments abyssaux. Ils ne portaient aucune marque, aucun signal, juste une aura de menace venue d'un autre temps.
— Qu'est-ce que... commença Gatsher, son verre s'écrasant au sol.
Les submersibles n'ouvrirent pas le feu avec des canons laser. Ils lancèrent des capsules de décompression. Des milliers de projectiles percutèrent les remparts de la Citadelle et les quais de Ploftogal.
À l'impact, les capsules éclatèrent dans un nuage de vapeur saline glaciale. Des milliers de silhouettes en jaillirent. Ce n'étaient pas des soldats réguliers, mais des guerriers-plongeurs. Vêtus de scaphandres pressurisés vert-de-gris et équipés de micro-propulseurs dorsaux, ils se déplaçaient avec une agilité terrifiante, fauchant les mercenaires de Gatsher encore ivres de leur victoire.
— Contact ! hurla la radio dans un fracas de friture. Ils sortent des murs ! Ils sortent de l'eau ! Par les étoiles, ils sont partout !
Leurs fusils à harpons ioniques ignoraient les gilets pare-balles. Ils transperçaient la chair et délivraient une décharge électrique qui faisait exploser les cœurs. Les vainqueurs de la veille, pris au dépourvu par cette armée dont personne n'avait soupçonné l'existence, furent massacrés en quelques minutes. Les cris de joie se transformèrent en hurlements d'agonie.
Une barge de débarquement massive s'écrasa sur le parvis de la Citadelle, pulvérisant les derniers blindés de Gatsher sous sa masse de ferraille.
La rampe de la barge s'abaissa violemment dans un sifflement de vapeur. Van Heftèr s'avança.
Il ne ressemblait en rien aux dirigeants raffinés ou mécaniques de Jazuku. C’était un colosse de chair et de cuir de mer, portant une armure de plaques pressurisées et un manteau de peau de léviathan. Dans sa main droite, il tenait un sabre à lame vibrante dont le bourdonnement aigu déchirait l'air.
Il gravit les marches de la Citadelle, franchissant les monceaux de cadavres de mercenaires sans même baisser les yeux. Il entra dans la salle de commandement, ses bottes cloutées résonnant sur le duracier ensanglanté. Gatsher, livide, pointa son pistolet vers lui, mais ses mains tremblaient pour la première fois de sa vie.
— Qui êtes-vous ? rugit Gatsher. D'où sortez-vous, maudit pirate ?
Heftèr s'arrêta. Il observa le cadavre de Kaleb avec un désintérêt total, puis posa son regard bleu délavé sur Gatsher.
— Tu as été un outil admirable, Siuw, dit Heftèr, sa voix grondant comme le ressac dans une grotte sous-marine. Tu as brisé le Fer. Vous avez versé votre Sang. Tu as nettoyé ce continent pour moi, pendant que nous attendions, patiemment, dans le silence des fosses où tu jetais tes déchets.
— Je vais vous renvoyer dans vos abysses !
Gatsher pressa la détente. Heftèr n'eut pas besoin de bouger. Un de ses gardes d'élite, surgi de l'ombre, dévia le tir avec un bouclier de pression cinétique. D'un revers de son sabre vibrant, Heftèr trancha la console de communication la plus proche, envoyant une pluie d'étincelles sur Gatsher.
— Le temps des discoureurs est fini, trancha Heftèr. Jazuku appartient désormais à ceux qui ont appris à respirer quand tout le reste se noie.
Comprenant que la marée était irrésistible, Gatsher n'attendit pas la seconde salve. D'un mouvement désespéré, il activa la trappe de secours de Kaleb et se jeta dans le silo d'évacuation. Sa capsule fut projetée vers les terres sauvages alors que les harpons Pasmas pulvérisaient le fauteuil de commandement.
Heftèr ne prit même pas la peine de regarder le silo. Il s'approcha de la console centrale et posa son poing ganté sur la carte de la planète.
— À toutes les unités Pasmas, déclara-t-il sur les fréquences mondiales. Le continent central est tombé. Ploftogal appartient à la Faction Pasma.
Il marqua une pause, un sourire cruel étirant ses cicatrices.
— L'ère d'Heftèr commence maintenant.
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Re: Jolp : L'ère d'Heftèr
Épilogue
Le ciel de Ploftogal n'était plus qu'une chape de plomb. Les grandes cheminées industrielles, autrefois fierté de Sharkal et de Kaleb, ne crachaient plus que des vapeurs d'eau saumâtre. La Citadelle de Fer suintait l'humidité. Des algues noires commençaient déjà à ramper le long des murs de duracier, là où le sang n'avait pas encore eu le temps de sécher.
Van Heftèr se tenait sur le pont supérieur de la Citadelle, observant les patrouilles de scaphandriers qui harcelaient les derniers survivants dans les rues inondées. La tyrannie de l'océan s'était installée en une nuit, brutale et silencieuse.
La domination de la Faction Pasma sur le continent central était absolue. Ce n'était pas un gouvernement, c'était une occupation biologique.
L’oxygène était devenu une monnaie. Chaque district devait livrer un quota de métaux précieux pour alimenter les épurateurs géants greffés sur les usines de Kaleb. Ceux qui ne payaient pas voyaient leurs dômes de survie s'éteindre, condamnés à l'asphyxie dans l'air vicié du continent. Les derniers opposants, partisans de Siuw Gatsher ou survivants du Directoire de Fer, étaient traqués et exécutés publiquement sur les quais, leurs corps lestés et jetés à la mer pour nourrir les prédateurs abyssaux.
Heftèr quitta le balcon pour rejoindre la salle de guerre tactique. Sur l'écran principal, une carte sonar affichait une anomalie massive située à plusieurs kilomètres sous la surface de l'Océan Noir.
— Le déploiement de l'Arme X est-il stabilisé ? demanda Heftèr, sa voix grondant comme une tempête sourde.
— Les réacteurs à cavitation sont à pleine puissance, Seigneur, répondit un officier. L'Arme X est ancrée dans la fosse des Murènes. Ses ancres sismiques sont verrouillées.
Heftèr esquissa un rictus cruel. Ce générateur d'ondes tectoniques était le chef-d'œuvre secret de sa faction.
— Il ne nous manque plus que Tergotal, murmura Heftèr. Jolp et ses mineurs pensent que leurs montagnes de quartz les protègent. Ils croient que l'océan n'est qu'une douve. Ils vont découvrir qu'il est leur bourreau. Mais pas de la façon dont ils le pensent. Je n'ai pas envie d'envahir ce continent. Je préfère tester mon jouet. Dès que j'activerai l'Arme X, Tergotal se brisera et s'effondrera dans les abysses. Il n'y aura plus de "Troisième Voie", seulement un tourbillon d'eau salée.
Pendant que Heftèr planifiait l'apocalypse au sommet de la Citadelle, à l'autre extrémité de Ploftogal, dans les contreforts désolés du nord, le destin de Jazuku prenait une tournure bien particulière.
Au fond de la grotte de Mirhodelus, là où l'obscurité est si dense qu'elle semble liquide, une silhouette voûtée s'agitait. C'était un homme aux mains noueuses, vêtu de lambeaux de tissus noirs imprégnés d'une énergie fétide. Un sorcier dont l'existence même défiait les lois de cette planète.
Devant lui, un Tiaku, une créature massive des profondeurs terrestres, aux multiples yeux phosphorescents et à la peau de pierre, barrait le passage. Le monstre poussa un grognement qui fit vibrer les parois de cristal noir, prêt à dévorer l'intrus.
Le sorcier leva une main décharnée. Sur Jazuku, la technologie était reine et la Force était une légende oubliée, censée ne jamais avoir effleuré ce monde de métal. Pourtant, l'air se mit à crépiter. D'un simple geste invisible, le sorcier projeta le Tiaku contre la paroi rocheuse. La créature fut broyée comme si une presse hydraulique géante s'était abattue sur elle, ses os de pierre éclatant dans un craquement sinistre.
Le sorcier ignora le cadavre de la bête et s'approcha d'un sarcophage de pierre noire, gravé de runes écarlates. Il commença une incantation, un chant guttural qui semblait drainer toute la chaleur de la grotte.
— Le sang a saturé la terre... le fer a péri par le fer... l'heure est venue, murmura-t-il.
Dans un fracas de tonnerre souterrain, le couvercle du sarcophage explosa. Un gaz glacé s'en échappa, suivi d'une onde de choc si malveillante qu'elle fit frémir la planète jusque dans son noyau. Une main gantée de cuir noir, aux doigts longs et squelettiques, s'agrippa au rebord du tombeau.
Une voix, caverneuse et dénuée de toute humanité, s'éleva du vide :
— Le cycle est brisé... je sens la peur des mortels... Jazuku va brûler.
Dans l'obscurité totale de la grotte Mirhodelus, un sifflement électrique déchira le silence. Une lame de plasma rouge sang jaillit brusquement, illuminant le visage d'un Sith dont le nom avait été effacé des annales galactiques.
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