Chapitre Premier
La source de tous les maux
~~Le destroyer stellaire
Répression parut en orbite de la planète capitale au milieu d’une myriade d’autres vaisseaux. Les visiteurs étaient de tous les horizons, aussi bien touristes que travailleurs, civils que militaires en passant par les administratifs, les prisonniers en fuite, les corporatistes, les marchands, les curieux, etc. Toutefois, tous connaissaient la règle : tout vaisseau arborant le blason impérial était prioritaire. Le
Répression se tailla donc une place au sein de la marée métallique en orbite avant de pénétrer dans l’atmosphère strictement régulée de Coruscant. Les docks planétaires étaient d’immenses tranchées scarifiant la surface urbanisée de la planète-ville en de nombreux endroits. Tous ces complexes étaient fortement surveillés et défendus contre d’improbables attaques rebelles. Car si les régions les plus basses de Coruscant, à l’image de la bordure extérieure, brûlaient du feu de la révolte, le visage qu’offrait la capitale ne laissait aucun doute sur la mainmise du régime de Palpatine.
~~Les lumières de la ville tentaculaire donnaient l’impression que la nuit ne tombait jamais vraiment sur les artères en duracier. La population, impossible à chiffrer, comptait tant d’espèces aux modes de vies différents que Coruscant connaissait une activité incessante et méritait bien son surnom de « cité qui ne dort jamais ». Les alentours des docks, cependant, étaient moins fréquentés que le quartier des affaires ou celui du Palais Impérial. Malgré tout, l’agitation était bien présente, aussi bien par le va-et-vient incessant des vaisseaux que par l’activité imperturbable des soldats en manœuvre ou celle des ouvriers, affairés aux réparations quotidiennes des infrastructures gigantesques. Au milieu de tout ça, Kendral descendit d’une des passerelles reliant directement le pont de commandement du croiseur à l’extérieur. Vêtu de l’uniforme distinctif des amiraux impériaux, il s’engouffra dans un turbolift avant de se diriger vers les navettes planétaires. De là, il prit la direction du centre administratif impérial, le cœur de la cité.
~~Le voyage fut bref, les navettes officielles disposaient en effet de dérogations leur permettant de ne pas suivre les couloirs de circulations habituels, ce qui raccourcissait amplement les temps de trajet. Kendral vit pour la première fois depuis des années ces lieux qu’il avait jadis fréquentés.
~~A l’époque, il était encore un jeune étudiant prometteur en art qui faisait ses classes dans la marine républicaine. Jusqu’à ce jour terrible où il avait appris que Coruscant avait été assiégée, son monde natal, celui de sa famille, aux mains des troupes séparatistes, cruelles et sans pitié. C’est alors qu’il avait demandé à s’engager temporairement dans les rangs de la marine afin de servir comme Second sur un navire de guerre tentant de briser le siège de la capitale. Palpatine, alors chancelier suprême avait été enlevé, les Jedi étaient affairés aux confins de la galaxie, il fallait agir. Il avait pris sur lui de lancer une offensive, de faire décoller la chasse, d’aider un chevalier Jedi et son Maître à pénétrer à bord du
Main Invisible, le vaisseau amiral du Général Grievous, chef militaire des forces confédérées. Sa décision avait été un échec, le groupe de chasseurs anéanti, les pilotes clones happés par le vide sidéral. Palpatine avait toutefois été sauvé, les Séparatistes défaits, l’Empire instauré. Mais il avait échoué. Des hommes étaient morts pour un ordre qu’il avait donné, pour une décision qu’il n’avait pas l’autorité de prendre. Depuis lors, Kendral avait obtenu des titres honorifiques au sein de la Marine mais jamais plus en ordonnant la moindre offensive. Il était devenu amiral en développant diverses stratégies défensives ou bien encore grâce à sa pugnacité à traquer les groupes dissidents mais lui-même disait qu’il s’était rangé. Toutefois, il se murmurait dans certains cercles avertis que sa promotion n'était en rien due à ses actes professionnels.
Ce passé tenace refit surface lorsque Kendral reçut un message provenant du Commandement de la Marine. Celui-ci désirait qu’il reprenne du service car les activités de plus en plus fréquentes des forces rebelles obligeaient les troupes de la Marine à intervenir partout, tout le temps.
~~ Evidemment, Kendral refusa dans un premier temps, mais lorsque l’ancien chancelier suprême, devenu empereur, s’impliqua personnellement dans la demande, le marin à la retraite n’eut pas le courage de dire non. Il ne pouvait refuser de servir l’homme qui, quelques années plus tôt, l’avait remercié pour sa détermination et ses initiatives qui avaient permis sa libération. Il ne pouvait refuser son aide à celui qui, à de nombreuses reprises l’avait invité au Palais Impérial lors de cérémonies en l’honneur de la Marine. Kendral avait développé une certaine sympathie pour cet homme que les Jedi avaient défiguré et qui avait donné autant de sa personne pour sauver la galaxie d’un péril à nul autre pareil. Cette relation n’était pas réellement réciproque mais l’empereur avouait une certaine empathie à l’égard de l’ancien officier fraîchement réintégré. Et les rapports entre les deux hommes prirent un tournant tout à fait impromptu du fait des derniers évènements qui s’étaient déroulés sur la planète que Kendral avait choisi comme lieu de retraite.
~~ Comme il arrivait en vue du Palais Impérial, l’amiral rajusta le col de sa veste et se concentra avant son entrevue avec les grands pontes de la Marine Impériale. Il les détestait.
~~ La navette officielle déposa Kendral à quelques encablures de l’escalier magistral qui constituait l’accès principal au Palais. D’ici, l’édifice semblait encore plus impressionnant que vu du ciel. La façade était tout simplement gigantesque, s’élevant vers les couches nuageuses les plus élevées. La légende disait qu’au sommet, l’Empereur pouvait tutoyer les étoiles. Pour le reste, le Palais Impérial offrait à ses visiteurs de majestueuses statues humanoïdes représentant les peuples de la galaxie, des bas-reliefs commémorant les grandes figures du régime ou de prestigieux faits d’arme ainsi que des représentations holographiques diverses et variées. L’une d’elle notamment exhortait les jeunes citoyens à s’engager dans l’armée, rendant béats d’admiration les petits garçons posant au garde-à-vous devant les reproductions de destroyers stellaires.
Kendral, lui, n’avait pas de temps à perdre à regarder le spectacle habituel de la propagande impériale et de ses effets. Il s’engouffra dans l’immense corridor d’entrée du Palais Impérial sans un regard pour la foule qui se massait aux portes des différents services administratifs. La multitude se pressait jusqu’à l’étouffement contre les parois glaciales en duracier afin d’obtenir un renseignement, un rendez-vous et autres faveurs auprès des agents impériaux qui restaient de marbre devant la liesse populaire.
- Pathétique, pensa l’amiral à voix haute.
~~ A mesure de sa progression dans ce qui représentait le cœur de l’activité du régime de Palpatine, Kendral trouvait des artères de plus en plus dégagées du flot incessant des visiteurs. Pour des raisons évidentes de sécurité, les turbolifts ne couvraient jamais plus de trente étages et il fallait, pour atteindre les derniers niveaux du bâtiment, en emprunter plus d’une dizaine.
~~ Lorsqu’il parvint à destination, Kendral prit une longue inspiration, puis activa l’ouverture de la double porte faite de cortose, qui menait au salon de réception des officiers de Marine.
La salle était telle qu’il l’avait vue il y a des années : des murs en transparacier offrant une vue imprenable sur la cité, une lumière pure et puissante qui se réfléchissait sur le sol brillant, un mobilier de couleur noire qui contrastait avec le reste de la pièce, quelques holotableaux représentant les plus beaux navires impériaux et au milieu, une immense table ovoïde aux reflets métalliques. Tout était comme avant, à un détail près. La dernière fois que Kendral était venu dans cette pièce, les visages des officiers étaient souriants, apaisés par la victoire récente contre la Confédération des Systèmes Indépendants. Aujourd’hui, tous étaient blêmes, presque maladifs, une expression de crainte imprimée sur leurs figures. Il y avait autour de la table tout ce que l’Empire pouvait compter comme officiers supérieurs compétents, loyaux et disponibles et, pourtant, un sentiment de malaise était plus que palpable. Ce fut l’amiral Saaul qui prit la parole.
- Amiral Kendral, nous sommes heureux de vous revoir ici, avança-t-il d’un air cynique.
- Tout le plaisir est pour moi, Amiral Saaul. Messieurs, ravi de vous retrouver.
- Nous aurons tout le loisir de faire les présentations plus tard. Si nous passions à l’affaire qui nous réunit.
- Je suis on ne peut plus d’accord, affirma Kendral, décidé.
- Amiral Kendral, vous n’êtes pas censé ignorer que les forces terroristes ont réussi, il y a plusieurs semaines, à passer entre les mailles de notre blocus autour de Hoth.
- C’est ce que je me suis laissé dire, en effet.
- Bien. Selon un collège des meilleurs spécialistes de la Marine Impériale, tout laisse à penser que l’Etat-major rebelle va se diviser en deux afin de rassembler le plus de forces possibles.
- Et ?
- Et nous estimons plus que probable qu’une partie de ces troupes se dirige vers la planète Karilior.
- Karilior ? Ce nom ne me dit rien, avoua Kendral.
- Et pour cause, c’est une petite planète du secteur Sluis.
- Vous pensez aux chantiers Sluissi ?
- Impossible de ne pas faire le lien, affirma Saaul, mais il se peut qu’il y ait autre chose en préparation.
- Zone peu connue, chantiers navals à proximité, distance jusqu’au projet
Etoile de la Mort II réduite en raison des routes hyperspatiales toutes proches… Je dirais que c’est un point de rendez-vous pour préparer une attaque à grande échelle.
- C’est un point de vue. Le Seigneur Vador a d’ailleurs émis un rapport aux conclusions similaires mais Son Altesse n’y a guère prêté attention.
- Pour quelle raison ?
- Parce qu’il est l’Empereur et que tout ce qui n’émane pas de lui ou de l’un de ses stupides conseillers défraîchis n’a pas voix au chapitre.
- Vos propos sonnent comme une sédition, Saaul… Je vous ai connu plus patriote.
- Patriote, je le suis, mais je ne suis pas idiot au point de croire à la toute-puissance de Palpatine surtout lorsqu’il s’agit de tactique militaire. Allons, Kendral ! Vous n’allez pas nous faire croire que l’Empereur est là pour le salut des militaires ! Vous-même avez dû subir les brimades de supérieurs à la solde de Palpatine qui arboraient fièrement leurs grades acquis à la seule force de leur langue sur les pompes sacrées de l’Empire !
- L’Empereur m’a sauvé la vie !
- Oui…oui. Inutile de le nier, il fût un temps où Palpatine donnait encore un peu de sa personne pour préserver son idéologie. C’était il y a longtemps Kendral, très longtemps. L’Empire que vous avez laissé il y a cinq ans a changé ! Tarkin et sa doctrine ont explosé en orbite de Yavin IV, les rebelles ont montré au peuple que la révolte était possible et efficace.
- La rébellion n’est que passagère, elle ne survivra pas à long terme. Ce n’est rien de plus qu’un ramassis de gagne-fortunes prêt à n’importe quoi pour ramener le casque d’un de nos pilotes.
- Bon sang, Kendral ! Ouvrez les yeux ! Ils ont détruit la première Etoile de la Mort et allez savoir où ils vont s’arrêter !
- D’après ce que j’en sais, la destruction du projet
Etoile de la Mort I a été la conséquence d’un défaut de conception imputable à des ingénieurs plus soucieux de l’aspect esthétique de la station de combat que de son aspect technique et pratique.
- Admettons, quand bien même nos ingénieurs seraient une tripotée d’incapables, ça n’enlève rien au fait que ces fouinards de merde se sont trouvés assez de courage pour affronter l’Empire !
- Cessez de trembler comme une fillette Saaul, nous nous occuperons bien assez tôt de ces terroristes et nous les renverrons dans les trous d’où ils viennent. Et si jamais ça ne suffit pas, nous bombarderons chaque ville et village où se terrent ces lâches jusqu’à ce qu’ils nous implorent de les épargner et à ce moment là, nous presserons la détente une dernière fois.
- Toujours aussi obstiné, Kendral.
- Toujours impérial, Saaul. Toujours impérial.
~~ L’atmosphère au sein de la pièce était encore plus tendue qu’à l’arrivée de Kendral et les visages des officiers reflétaient à présent bien plus que le simple renoncement, comme une totale incompréhension, comme si ces hommes expérimentés étaient aujourd’hui perdus dans un système qu’ils avaient eux-mêmes bâti.
~~ Kendral, lui, avait toujours le regard profondément ancré dans celui de Saaul. Les deux hommes se jaugeaient, ignorant la présence des autres militaires qui les observaient l’air coi. On eut dit deux fauves prêts à s’entredévorer pour les faveurs d’une femelle, prenant ici les traits de la vérité.
- Au vu de la situation, il me semble plus que primordial d’envoyer une force d’assaut sur Karilior afin de rompre le regroupement rebelle et par là-même de briser l’élan de sympathie envers ces terroristes qui est en train de naître dans la Bordure, intervint le Capitaine Ghat, interrompant le pesant silence qui régnait jusqu’alors.
- Je suis d’accord, ajouta l’Amiral Kerala suivit par une bonne partie de l’assemblée.
- Parfait. Amiral Kendral, le Haut Commandement de la Marine a l’immense honneur de vous confier l’amirauté du Destroyer Impérial
Répression dans le but d’accomplir une mission de reconnaissance pouvant mener à un assaut si la présence de cellules terroristes était avérée. Des informations complémentaires vous seront communiquées une fois que vous aurez rejoint votre poste à bord du navire. Des questions ?
- Pas la moindre, répondit sèchement Kendral.
- Alors bonne route, Amiral Kendral. Que les étoiles vous soient clémentes.
- N’en faites pas trop, Saaul.
- Gloire à l’Empire !, clama Saaul accompagné des autres officiers.
- C’est ça…gloire à lui.
~~ D’un pas décidé, Kendral traversa à nouveau le Palais Impérial sans porter plus d’attention aux visiteurs qu’à l’aller et se dirigea directement vers les docks afin de retrouver une ambiance qu’il affectionnait davantage. La foule aux abords des aires de décollage était compacte et bigarrée, véritable symbole du visage cosmopolite qu’avait la planète capitale. Toutes les espèces se côtoyaient dans les larges avenues allant des plateformes d’atterrissage jusqu’aux quais d’embarquement des transports urbains. Au milieu de cette masse dense et bruyante, Kendral repensait aux mots de Saaul. Celui qui avait jadis été son ami et qui désormais arborait plus que fièrement ses galons, n’hésitant pas à les jeter à la figure de ses subalternes.
Perdu dans le vague de ses pensées, Kendral heurta de plein fouet un individu marchant en sens inverse.
- Eh ! Vous pourriez faire gaffe !, cria l’individu.
- Excusez-m… Kendral ne put terminer sa phrase. Quelque chose chez l’homme qu’il avait en face de lui l’interpelait. Il n’aurait su dire quoi mais ce fut suffisamment troublant pour retenir l’attention de l’amiral.
- Pourquoi vous me regardez comme ça ? Vous avez un problème monsieur ?
- Non…aucun problème…, répondit Kendral, l’esprit embrouillé.
~~ L’homme qui portait de courts cheveux roux était vêtu d'une tenue de pilote élimée de couleur grise vierge de toute mention distinctive. Peut-être était-ce cela qui avait perturbé Kendral, ou bien était-ce le regard d’un bleu glacial et profond que l’individu avait posé sur lui.
Cela étant, il continua de marcher en direction de son vaisseau, tout en se remémorant le visage de cet homme, plutôt jeune, imberbe, et en se demandant pourquoi tout ceci le rendait si confus. Il passa mentalement en revue tous les criminels qu’il avait arrêtés mais l’homme à la tenue de pilote n’était pas assez âgé. Peut-être le fils d’un de ces brigands, impossible de savoir.
~~ Dissertant à haute voix, Kendral ne vit pas le temps passer et arriva au bas de la passerelle d’embarquement du
Répression sans même s’en rendre compte. De chaque côté de celle-ci, un soldat d’élite montait la garde et vérifiait les accréditations.
- Bienvenue sur le
Répression, Amiral Kendral, annonça un des soldats accompagnant ses propos d’un garde-à-vous impeccable.
- Repos soldat, souffla Kendral, encore obnubilé par le visage de cet inconnu.
~~ Le navire qui lui avait été alloué ne variait pas d’un pouce des autres croiseurs impériaux. Même passerelle, mêmes couloirs, même mobilier, même équipage anonyme et loyal, même lumière crue et omniprésente.
Kendral alla instinctivement sur le pont de commandement où les officiers des communications et le capitaine attendaient impatiemment les ordres de départ. A l’arrivée de l’amiral, les fosses techniques résonnèrent des cliquetis habituels des ordinateurs de navigation qu’on met en route et des murmures des techniciens au sortir de leur repos.
- Capitaine, nous mettons le cap sur Karilior, secteur Sluis.
- A vos ordres amiral !