Jolp : Les cendres de l'Empire
Région Inconnue — Orbite de la planète Jazuku, Cargo impérial désaffecté Vigilant‑IV.
Le Vigilant‑IV dérivait lentement dans l’espace, ses moteurs éteints, ses panneaux solaires brisés. Il n’était plus qu’une carcasse métallique, un vestige oublié d’un Empire qui n’existait plus. À l’intérieur, les couloirs étaient plongés dans l’obscurité, seulement éclairés par les lueurs rouges d’un générateur d’urgence agonisant.
Un homme avançait dans ce labyrinthe silencieux.
Siuw Gatsher, ancien officier de la Marine Impériale.
Grade : Lieutenant‑Commandant.
Affectation : Sécurité interne, Section Contre‑Espionnage.
Statut actuel : Déserteur.
Il marchait d’un pas calme, comme s’il inspectait encore un destroyer flambant neuf. Mais son uniforme noir était déchiré, couvert de poussière et de sang séché. Son blaster n’avait plus qu’un seul tir. Et derrière lui, l’Empire qu’il avait servi toute sa vie n’était plus qu’un souvenir en ruine.
Il s’arrêta devant une console brisée. Les holoprojecteurs clignotaient faiblement.
— Dernier rapport… murmura-t-il.
Il activa l’enregistrement.
Une voix mécanique s’éleva :
« L’Empereur est mort. Le Commandement central s’est effondré. Les flottes se dispersent. Les officiers supérieurs se rendent ou sont exécutés. L’Empire… n’est plus. »
Gatsher ferma les yeux.
Il n’était pas un homme sentimental.
Mais il comprit, à cet instant précis, qu’il n’avait plus de foyer.
Il rejoignit le hangar principal. Un unique vaisseau restait opérationnel : une navette de transport modifiée, sans transpondeur, sans immatriculation. Parfaite pour disparaître.
Il monta à bord, activa les systèmes, et observa une dernière fois le Vigilant‑IV.
— L’Empire est mort, dit-il d’une voix basse. Mais moi, je ne mourrai pas avec lui.
La navette s’arracha au hangar, plongeant vers la planète isolée qui se trouvait en dessous : Jazuku.
Un monde oublié, hors des routes hyperspatiales, ignoré par la Nouvelle République.
Un monde où personne ne chercherait un ancien officier impérial.
Un monde où il pourrait renaître.
***
Secteur de Ploftogal — Quartier des Bas‑Fours, trois mois plus tard.
Jazuku n’était pas accueillante.
La planète était un mélange de ruines industrielles, de cités de ferraille et de zones toxiques. Les habitants survivaient sous la loi du plus fort, et le plus fort, ici, avait un nom :
Sharkal.
Gatsher avait observé cet homme pendant des semaines.
Il avait étudié ses déplacements, ses gardes, ses méthodes.
Il avait compris une chose essentielle :
Sharkal ne respectait que deux choses : la loyauté et l’efficacité.
Alors Gatsher décida de lui offrir les deux.
Quelques semaines plus tard...
Siuw Gatsher se rendit dans un entrepôt abandonné, au cœur du marché noir de Radaran. Sharkal était venu superviser une transaction. Ses gardes étaient nombreux, nerveux, prêts à tirer.
Gatsher entra sans arme visible, les mains levées.
— Qui es-tu ? gronda Sharkal, sa cape noire traînant sur le sol métallique.
— Un homme qui n’a plus d’Empire, répondit Gatsher. Et qui cherche un nouveau maître.
Les gardes braquèrent leurs blasters. Sharkal leva une main.
— Pourquoi moi ?
Gatsher s’avança d’un pas, imperturbable.
— Parce que vous êtes le seul sur cette planète qui comprend le pouvoir. Le vrai. Celui qui ne dépend ni d’un Sénat, ni d’un trône, ni d’une flotte. Le pouvoir qui vient de la peur et de la discipline.
Sharkal plissa les yeux.
— Et qu’est-ce qui te fait croire que j’ai besoin d’un homme comme toi ?
Gatsher sortit lentement un datapad de sa poche.
— Parce que vos ennemis se multiplient. Et parce que je sais comment les éliminer avant même qu’ils ne deviennent une menace.
Il activa l’écran.
Une liste apparut : noms, lieux, transactions secrètes, réseaux clandestins.
Des informations que Sharkal n’avait jamais réussi à obtenir.
— Comment as-tu eu ça ? demanda Sharkal, surpris malgré lui.
— Je suis un ancien officier impérial, répondit Gatsher. La surveillance, l’infiltration, l’analyse… c’était mon métier. Et je n’ai rien perdu de mes compétences.
Un silence lourd s’installa.
Puis Sharkal éclata d’un rire bref, presque amusé.
— Tu es soit un génie, soit un fou suicidaire.
— Je suis efficace, répondit Gatsher.
Sharkal s’approcha, posa une main lourde sur son épaule.
— Alors tu travailleras pour moi. À partir d’aujourd’hui, tu es sous ma protection. Et si tu me trahis…
— Je ne vous trahirai pas, dit Gatsher sans hésiter. L’Empire m’a appris une chose : la loyauté est une arme. Je préfère la manier que la subir.
Sharkal sourit.
— Bien. Montre-moi ce que tu vaux.