Dernier chapitre, et c'est
là qu'on diverge complètement du canon, soooo... Vous êtes prêts ?
Chapitre 4 : Maître
Maître Windu lui a dit d’attendre dans la Chambre du Conseil.
Alors il a attendu. Un petit moment en tout cas.
Il s’est assis dans un fauteuil de Conseil, son esprit entraîné dans un tourbillon de pensées, Padmé et le Chancelier et la guerre et Padmé.
Il a besoin d’elle.
Anakin se prend à souhaiter, et ce n’est pas la première fois durant l’heure passée, qu’Obi-Wan soit ici. Obi-Wan saurait quoi dire en cet instant.
Mais Obi-Wan n’est pas ici et l’esprit d’Anakin fonctionne à un million de kilomètres à la minute et il a besoin de faire quelque chose. Il a besoin de sauver Padmé.
Fermement décidé, Anakin se dirige à grands pas vers le hangar. Il voit son vaisseau et se met à courir. Il doit se dépêcher. Maître Windu pourrait être en train d’asséner le coup fatal en cet instant.
Anakin grimpe dans le chasseur et s’arrête. Il serait si facile de refermer le cockpit et de s’envoler jusqu’à l’immeuble du Sénat. Il serait si facile d’empêcher ça — tout ça — d’arriver. Palpatine peut l’aider à sauver Padmé ; il doit juste s’assurer que les Jedi ne le tuent pas.
Mais Maître Windu lui a dit d’attendre dans la Chambre du Conseil.
Avec un profond soupir, il décide qu’il n’attendra pas dans la Chambre du Conseil, mais il n’ira pas non plus au Sénat.
Il décide d’aller marcher.
Il descend au trot les marches du Temple, la pierre blanche reflétant les lumières de la ville. Anakin marche en parallèle aux voies du trafic aérien et repousse la tentation de héler un taxi — ou d’en commander un. Au lieu de ça, il les regarde passer sans lui dans les airs.
Coruscant se meut et respire comme toujours — inconsciente du drame qui se déroule dans le bâtiment même de son Sénat.
Anakin tire sur le lien avec son ancien Maître. Même si Obi-Wan n’est pas avec lui, leur lien demeure fort et chaleureux et Anakin canalise cette sensation dans chacun de ses pas — comme s’il ne marchait pas seul.
Il se concentre sur la sensation du trottoir qui supporte son poids, la façon dont cette sensation parcourt son corps, comme il l’a fait de si nombreuses fois quand il était Padawan. Il apprécie la façon dont l’air emplit ses poumons, en dépit de la pollution. Cela le nourrit et le recentre. Le stress, l’épuisement, et la peur sont toujours présents et se tordent au plus profond de son être, mais il peut sentir se renforcer le fil auquel il se raccroche.
Puis quelque chose change. Quelque chose de sombre, et lourd, et oppressant, dont Anakin n’avait même pas conscience, se dissipe. Il titube, bouscule un inconnu suivant son propre chemin — heureusement inconscient de la tempête qui fait rage à travers la Force.
L’inconnu le repousse et lui crie dessus, mais Anakin ne peut pas l'entendre. Comment le pourrait-il, par-dessus le chant de la Force, un chant de liberté et de triomphe qui court dans ses veines ? Anakin trébuche jusqu’au mur d’un magasin dont il ne connaît pas le nom et se laisse glisser sur le sol de durabéton.
Son comlink bipe et l’arrache aux profondeurs tourbillonnantes de la Force. D’une main tremblante, il répond et Mace apparaît, l’air fatigué, mais bien vivant.
« Maître Windu ? demande-t-il, à bout de souffle.
— Anakin, j’ai besoin que tu — » Mace marque une pause et le regarde plus attentivement. « Est-ce que tu vas bien ?
— Qu’est-ce qu’il se passe ? Ma tête… je… »
Anakin ferme les yeux, lutte contre la sensation de vertige.
« Je me sens comme si quelque chose venait juste de changer… Comme si quelque chose dans mon esprit avait été… retiré.
— Alors il était bien en train de te manipuler… » Il y a quelque chose de triste, presque un mépris de lui-même, dans le ton de Maître Windu.
« Quoi ? Qui était en train de me manipuler ?
— Je ne veux pas expliquer par appel holo. Peux-tu te lever ?
— Oui, je pense », dit Anakin. Il se remet sur pied. Il se sent encore tremblant et trop léger, mais ses sens semblent plus aiguisés. Il se sent devenir plus fort.
« Où es-tu ?
— Je suis dehors. Je marchais. Je suis désolé, Maître, j’avais juste besoin —
— Tout va bien, Anakin. Peux-tu retourner au Temple ? Nous tenons un Conseil d’urgence. »
Anakin acquiesce. « Je serai bientôt là. » Le visage de Maître Windu disparaît et Anakin fait demi-tour et court aussi vite que ses jambes le lui permettent, jusqu’au Temple.
Ses pieds frappent le pavé et il sent les chocs parcourir ses jambes mais il s’en moque. Quand il atteint le Temple, il monte les marches deux à deux. Personne ne le stoppe ou ne le regarde de travers quand il traverse le Grand Hall en courant jusqu’à la Chambre du Conseil.
Il ouvre la porte, et la seule personne à l’intérieur est Maître Windu. Les autres membres du Conseil, éparpillés à travers la galaxie, sont tous présents sous la forme d’holos bleus.
« Bienvenue, membres du Conseil », dit Maître Windu aussitôt qu’Anakin a gagné son siège. « Pardonnez-moi de ne pas échanger de plaisanteries, mais il y a beaucoup à discuter. »
Mace entame le récit de comment Anakin a découvert que Palpatine est un seigneur Sith, sous les regards incrédules ou ouverts des autres membres du Conseil.
« Nous avons perdu trois Jedi », dit Mace, une lueur de chagrin au fond de ses yeux bruns. « Mais le Chancelier Palpatine est mort. Le Conseil Jedi a temporairement pris le contrôle du Sénat pendant que nous préparons de nouvelles élections et enquêtons sur les connexions de Palpatine au sein des systèmes gouvernants de la République.
« Nous n’aurions pas été capables de faire cette découverte sans l’aide et l’instinct d’Anakin Skywalker », ajoute Mace. Anakin rougit. Il éprouve des sentiments contradictoires. Les Jedi se sont enfin débarrassés du seigneur Sith qu’ils recherchaient, et pourtant Palpatine était le seul espoir d’Anakin.
Anakin fixe Obi-Wan, et Obi-Wan lui rend son regard. Même dans l’aura bleue de l’holo, Obi-Wan rayonne de fierté. Une partie du conflit intérieur d’Anakin se dissout. Une partie.
« Je suis heureuse de rapporter que la bataille sur Felucia se termine, dit Ayla. Le capitaine Bly rassemble ses hommes à l’heure où nous parlons. Nous en finissons ici et ferons notre rapport de retour à Coruscant.
— Même histoire ici, ajoute Maître Plo. Nous serons rentrés à Coruscant d’ici deux jours standards. »
Ki-Adi et Yoda font leur rapport. Et puis Obi-Wan prend la parole.
« Le général Grievous est mort. Le comte Dooku est mort », — Anakin tressaille — « le seigneur Sith que nous avons si longtemps cherché est mort. Je pense que nous pouvons conclure que les Guerres Cloniques touchent enfin à leur fin.
— Je suis d’accord, dit Maître Windu. Nous devons nous réunir sur Coruscant et commencer à travailler sur un plan de transition. En attendant, prenez soin de vous, rentrez à la maison, et que la Force soit avec vous. »
Un à un, les membres du Conseil s’évanouissent. Obi-Wan est le dernier restant, et il ne quitte pas Anakin des yeux.
« Monsieur, les hommes ont terminé leur ronde, nous sommes prêts à réembarquer. » La voix de Cody leur parvient, à la fois métallique et étouffée, au travers de l’appel holo et de son casque.
« Merci, Cody », dit doucement Obi-Wan, le regard perdu comme s’il n’avait pas entendu un mot de son commandant. Il ne quitte pas Anakin des yeux.
« Je serai bientôt rentré, Anakin », dit-il.
Anakin déglutit péniblement. « On se voit bientôt, Maître. » L’holo disparaît et Mace et Anakin restent seuls.
« Tu as bien agi, Skywalker, dit Mace. Tu as ma confiance. Tu seras un bon membre de ce Conseil. »
Un nœud se forme dans la gorge d’Anakin. « Merci, Maître Windu », dit-il avec un salut.
« Tu vas bien, Skywalker ? demande Mace.
— Je ne me suis jamais mieux porté », dit Anakin.
Mace n’a pas l’air convaincu. « Va dormir un peu. Tu as l’air épuisé. » Il se tourne et quitte la pièce. Anakin se tient seul dans la Chambre du Conseil, encore une fois. Il se rassoit dans le siège où il était assis avant que la guerre ne soit finie ; l’énergie pour rentrer à ses quartiers ou à l’appartement de Padmé lui manque.
***
Anakin.
Il tremble. Non. Quelqu’un le secoue.
« Anakin, réveille-toi. »
Les yeux d’Anakin s’ouvrent instantanément et son cœur bat à tout rompre. « Quoi ? », demande-t-il, désorienté et un peu engourdi de s’être endormi dans ce siège du Conseil.
Obi-Wan est accroupi devant lui, inquiétude visible dans sa posture et dans le bleu de ses yeux.
« Qu’est-ce que tu fais encore là ? Je suis rentré d’Utapau il y a une heure et je t’ai cherché partout. Tu ne répondais pas à ton comlink. »
Anakin baisse les yeux et voit plusieurs messages non lus sur son communicateur. « Oh, dit-il. Je suis désolé.
— Ce n’est rien, Anakin, j’étais juste inquiet pour toi. Tu semblais tourmenté pendant l’appel holo. »
Anakin triture sa manche.
« Oh. Tu es tourmenté, remarque Obi-Wan. Quelque chose te trouble. »
Anakin détourne le regard, incapable de regarder son ancien Maître dans les yeux.
« Qu’est-ce qui ne va pas, Anakin ?
— Obi-Wan je — » dit Anakin, les larmes aux yeux. « Je crois que j’ai failli faire quelque chose de terrible. »
L’expression d’inquiétude sur le visage d’Obi-Wan se fait plus inquiète encore.
« Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Je… j’avais le sentiment, je savais, que Maître Windu allait tuer le Chancelier Palpatine et je voulais l’en empêcher.
— Tu voulais empêcher Maître Windu de tuer le seigneur Sith que nous cherchions depuis presque quinze ans ? demande Obi-Wan, incrédule. Anakin, pourquoi ? »
C’est à cet instant qu’Anakin perd ses moyens. Il se couvre le visage de ses mains et essaie de réprimer ses sanglots.
« Anakin, dit gentiment Obi-Wan. Je t’en prie, mon ami, dis-moi ce qui ne va pas ?
— Je pense que Padmé est en train de mourir, dit-il d’une voix étranglée. Et Palpatine disait qu’il savait comment la sauver, mais je ne suis pas intervenu. J’ai laissé Maître Windu y aller comme il me l’a demandé et je suis allé marcher tout comme vous me l’avez enseigné et maintenant Palpatine est mort et je ne sais pas comment sauver Padmé.
— Anakin, Palpatine se servait du côté obscur. Il te nourrissait de mensonges. Il voulait te convertir. Ton pouvoir, ta prophétie… J’ai bien peur que ça n’ait fait de toi une cible. Je suis navré de ne pas avoir pu t’en protéger.
— Non, je pense que vous l’avez fait, dit Anakin en reniflant. J’ai presque suivi Maître Windu. Je l’aurais arrêté, mais j’ai entendu votre voix dans ma tête.
— Ma voix ,
— Oui. Elle m’a dit d’aller marcher. »
Obi-Wan réprime un petit rire. « Je suis heureux que tu aies retenu certains de mes enseignements. »
Anakin lui jette un regard noir.
« Oui, d’accord, désolé, nous sommes sérieux là maintenant », dit Obi-Wan. Il se racle la gorge. « D’accord, une chose à la fois. Est-ce que, peut-être, tu veux me dire quelque chose à propos de Padmé et toi ? »
Anakin ne le veut vraiment pas. Et il le veut vraiment. C’est un sentiment mitigé. Mais à en juger par le regard d’Obi-Wan, il peut dire que celui-ci est déjà au courant.
Il prend une grande inspiration. « Padmé et moi sommes mariés et le bébé est de moi », dit-il rapidement.
Les sourcils d’Obi-Wan bondissent sous le choc. « Quoi ?
— Attendez. Vous ne saviez pas ?
— Je savais que vous étiez ensemble. Je savais que le bébé était probablement le tien, mais mariés ? Quand avez-vous fait ça ?
— Juste après Géonosis.
— Juste après… Anakin !
— Je l’aime !
— Je sais, dit Obi-Wan. Je sais. Mais vous ne m’avez même pas invité à votre mariage super secret ? »
Anakin émet un rire qui ressemble à un aboiement. Il ressent tout en même temps. Le soulagement et la peur et l’épuisement et il a juste envie de dormir et que tout aille bien mais tout ne va pas bien. Son rire se mue en nouveaux sanglots.
Obi-Wan se raidit. « Anakin ?
— Je pense qu’elle est en train de mourir, Obi-wan. je pense qu’elle… Et je…
— Et pourquoi penses-tu que Padmé se meurt ? » Obi-Wan demeure le calme au milieu de la tempête d’Anakin.
« Je fais des rêves, dit Anakin. Tout comme ceux que je faisais de ma mère. Elle y meurt en couches. Vous êtes toujours là. Elle m’appelle toujours. Je… je ne peux pas dormir. Je n’ai pas dormi depuis des jours.
— C’est pour ça que je t’ai trouvé ici ? »
Anakin acquiesce. « Je ne peux pas vivre sans elle, dit-il. Je ne peux pas.
— Oh, Anakin », dit Obi-Wan en lui prenant l’épaule, d’une façon si apaisante qu’Anakin se sent presque mieux. « Nous allons lui procurer les meilleurs soins médicaux disponibles, d’accord ? On prendra bien soin d’elle.
— Mais dans mes rêves je la vois —
— Le futur est toujours en mouvement, Anakin. »
Obi-Wan relâche son épaule et lui tend la main tout comme il l’a fait des années plus tôt. Anakin s’y accroche comme si sa vie en dépendait et laisse Obi-Wan le remettre sur pied.
Anakin se trouve bientôt entraîné hors de la Chambre du Conseil.
« Qu’est-ce qu’on fait ?
— La première chose qu’on va faire, c’est te donner à manger, dit Obi-Wan. Je ne sais pas du tout quand tu as mangé pour la dernière fois, mais je suppose que ça fait un bon moment, hein ? Puis nous irons dans tes quartiers, où tu dormiras dans un vrai lit, et ensuite nous nous inquiéterons pour Padmé.
— Mais —
— Pas de mais. »
Anakin le suit. Il n’avait pas d’argument de toute façon.
***
Pour la première fois depuis longtemps, Anakin dort sans être accablé de cauchemars. Il se réveille au matin, désorienté par la quantité de sommeil qu’il vient de traverser.
Il titube dans la cuisine, les cheveux encore ébouriffés, et reste bouche bée devant le spectacle qui s’offre à lui.
Le soleil brille par les fenêtres ouvertes, illuminant l’appartement immaculé. Le parfum du thé au jasmin et la voix d’Obi-Wan en train de chanter emplissent l’air. Pendant un moment, Anakin n’arrive pas à se rappeler s’il s’est endormi dans son appartement ou celui d’Obi-Wan.
« Bonjour, Anakin », dit gaiement Obi-Wan, en levant les yeux de l’évier où il fait la vaisselle. « Du thé ?
— Bien sûr », dit lentement Anakin, en tendant la main vers la bouilloire.
Obi-Wan fredonne.
« Vous avez nettoyé mon appartement ? demande Anakin, incrédule.
— Eh bien, il semblait bien que tu n’allais pas le faire. »
Obi-Wan chante tranquillement pour lui-même en frottant l’un des nombreux plats sales d’Anakin. Anakin ne l’a entendu chanter que quelques fois — uniquement quand il est au sommet du bonheur. Il brille vivement dans la Force — plus vivement qu’Anakin ne l’a jamais vu briller.
« Maître ?
— Oui, Anakin ?
— Qu’est-ce qui vous est arrivé ? Pourquoi est-ce que vous… brillez ? »
Obi-Wan lui sourit, radieux. « La guerre est finie, Anakin. Nous avons gagné. Le seigneur Sith n’est plus. Ne le sens-tu pas ? »
Anakin se réveille tout de bon. Il se tourne vers la force comme il l’a toujours fait, et pour la première fois de sa vie, elle semble en équilibre. Il fixe Obi-Wan. Après quelques trop longs instants sous le regard scrutateur d’Anakin, Obi-Wan stoppe son activité et lève les yeux. « C’est impoli de fixer les gens, tu sais ?
— Vous avez l’air différent. Je vous ressens différemment.
— Est-ce que c’est une mauvaise chose ? »
Anakin y réfléchit. Il cherche les différences chez son Maître — l’homme qu’il connaît depuis si longtemps — l’homme qu’il connaît mieux que n’importe qui. Il cherche et se rend compte que le fin châle de mélancolie qu’Obi-Wan porte autour de ses épaules n’est plus là. Les légères pointes de désespoir qui étaient présentes depuis le début de la guerre ont tout bonnement disparu. L’espoir qui a toujours été là brille plus clairement que jamais.
« Non. Ce n’est pas du tout une mauvaise chose. »
Obi-Wan retourne à sa vaisselle. « En plus de nettoyer ton appartement, j’ai aussi pris la liberté de prévoir un rendez-vous pour Padmé avec les guérisseurs Jedi. Ce n’est pas très orthodoxe, mais ils ont fait une exception. »
Anakin s’éclaire. « Merci, Maître. Je ne sais pas quoi dire.
— Oh, et il y a encore une chose que j’ai oublié de mentionner.
— Encore une chose ?
— Ahsoka a contacté le Conseil Jedi pendant que tu dormais. Elle veut revenir dans l’Ordre. »
Le cœur d’Anakin bondit. « Ahsoka revient ?
— Oui, elle — »
Obi-Wan est interrompu quand la porte d’entrée s’ouvre. « Est-ce que vous êtes en train de parler de moi ? » accuse Ahsoka, le regard perçant.
« Snips ! » dit Anakin, avec un large sourire. « Tu es… tu…
— Reviens dans l’Ordre pour achever ma formation ? Oui, c’est bien le cas. »
Anakin regarde Ahsoka puis Obi-Wan puis Ahsoka de nouveau.
Pour une fois, tout semble parfaitement en équilibre.
***
« C’est froid », se plaint Padmé quand Maître Che étale le gel à ultrasons sur son ventre rond.
« Mes excuses, Sénatrice.
— Non, ce n’est rien, je veux voir le bébé. »
Vokara continue ses préparatifs jusqu’au moment où elle diffuse l’échographie sur l’écran. Elle règle le son et soudain de rapides battements de cœur les submergent.
« Bonne nouvelle, Sénatrice, dit Maître Che. Les bébés et vous êtes en parfaite santé. »
Anakin sourit à Padmé, mais elle a l’air confuse.
« Attendez, dit-elle. Les bébés ? »
Il ne faut que quelques secondes de plus pour que la lumière se fasse dans l’esprit d’Anakin. Il se tourne vers Padmé avec de grands yeux.
« Oui, Sénatrice, il semble qu’il y ait deux battements de cœur.
— Des jumeaux ? hoquette Anakin.
— Des jumeaux », répète Padmé, incrédule.
Le jeune couple glousse à l’unisson, partage cet instant de joie et de panique.
Et puis Anakin se rend compte de quelque chose.
« Ani, qu’est-ce qu’il y a ? demande Padmé d’une voix teintée d’inquiétude. Qu’est-ce qui ne va pas ?
— Rien. Rien du tout. Je suis ravi. Deux bébés. Tu arrives à le croire ?
— Quelque chose te préoccupe.
— Tu es sûre que tu n’es pas celle qui est sensible à la Force ?
— Ani, dit-elle fermement.
— Ce n’est rien. C’est juste… Je vais devoir le dire à Obi-Wan.
— Eh bien, oui, il va savoir qu’il y en a deux à un moment ou un autre, à moins que tu ne veuilles continuer à lui cacher des choses.
— Non, pas ça », dit Anakin. Il laisse échapper un profond soupir. « Je vais devoir lui dire que je quitte l’Ordre. »
Padmé en reste bouche bée. « Mais Ani… Ils allaient te nommer maître. Tu as gagné la confiance de Maître Windu.
— Je sais.
— Tu allais obtenir tout ce que tu voulais.
— Tu es tout ce que je veux. Toi et les jumeaux. Je ne pensais pas que je pouvais choisir, mais je le peux. Je vous choisis, toi et nos enfants. Toujours toi et nos enfants. »
Padmé irradie de bonheur, puis se renfrogne légèrement. « Mais est-ce que tu ne pourrais pas juste —
— Non. Je dois le faire. Peut-être qu’ils me laisseront revenir plus tard quand les jumeaux seront plus âgés, mais pour le moment… Vous êtes tout ce dont je me soucie. Je dois me retirer — pour le bien de tout le monde.
— Je suis fière de toi, dit-elle après un instant. Pour reconnaître tes propres vulnérabilités, pour accepter de te retirer.
— Je ne pensais pas que je le pourrais jamais, jusqu’à ce que j’entende leurs cœurs ; maintenant je sais que je le dois.
— Si tu en es sûr, Ani. »
Anakin sait qu’il n’a jamais été plus sûr de quoi que ce soit dans sa vie.
***
Anakin emmène Obi-Wan dans les jardins.
« J’ai quelque chose à vous dire », dit-il comme ils passent une rangée de buissons parsemés de fleurs jaunes.
« Je sais, répond Obi-Wan.
— Vous savez ?
— Je te connais, Anakin. Je sais ce que tu vas me dire. Tu quittes l’Ordre, n’est-ce pas ? »
Anakin avale sa salive. Entendre les mots sortir de la bouche d’Obi-Wan est difficile. « Oui, Maître.
— Eh bien, dit Obi-Wan, aussi calme et contemplatif que jamais, je suppose que tu vas avoir besoin d’aide pour vider cet appartement que je viens juste de nettoyer pour toi. »
Aucun des deux ne peut s’empêcher de rire.
« Pour autant que j’apprécie que vous ayez pris le temps de nettoyer mon appartement, j’ai peur d’avoir encore une faveur à vous demander.
— Tout ce que tu veux, mon ami », dit Obi-Wan.
Et Anakin le lui demande.
***
Anakin emmène Ahsoka aux salles d’entraînement.
« Vous partez ? » demande-t-elle, incrédule. Elle éteint ses sabres d’entraînement. « Mais je viens juste de revenir ! »
Son expression brise le cœur d’Anakin.
« Je sais, Snips. Je suis désolé. Vraiment. Mais je ne peux pas rester, ce n’est pas responsable. Pas avec les jumeaux.
— Mais vous ne pourriez pas —
— Ahsoka. »
Elle soupire. « Est-ce que je pourrai toujours vous voir ?
— Bien sûr que oui. Quand tu le veux. Padmé et moi serons sur Naboo. Ce n’est pas très loin d’ici.
— Maître ?
— Oui, Ahsoka ?
— Je suis heureuse pour vous. Vraiment, même si je suis triste que vous partiez mais…
— Tu es inquiète de savoir qui va compléter ta formation. »
C’est une affirmation, pas une question. Tout comme Obi-Wan connaît Anakin, Anakin connaît Ahsoka. C’est peut-être un effet secondaire de l’enseignement.
Ahsoka acquiesce.
« J’ai déjà demandé à Obi-Wan. Il terminera ta formation à ma place. »
Le visage d’Ahsoka s’illumine. « Obi-Wan va me former ? demande-t-elle avec excitation.
— Woah, ne sois pas trop excitée de te débarrasser de moi. »
Elle ricane. « Ne vous méprenez pas, Maître, dit-elle. Vous êtes mon préféré, mais Obi-Wan… »
Anakin grimace. « En fait il est assez pénible, la plupart du temps. Je vais très vite te manquer. »
Ahsoka lui donne un coup d’épaule taquin. « Je suis heureuse pour vous, Skyguy.
— Ouais, je suis heureux aussi. »
***
Anakin se tient devant Obi-Wan et Ahsoka sur la plate-forme d’atterrissage du Temple. Il avait pensé que prendre la décision de partir serait le plus dur, mais…
Il se rend compte que c’est le véritable départ qui est le plus difficile.
Anakin regarde Ahsoka avec affection. « À bientôt, Snips », dit-il. Il voit ses yeux emplis de larmes et une fois de plus maudit la Force ou le destin ou quoi que ce soit qui a fait que leur temps passé comme Maître et Padawan a été si amèrement court.
Elle se rue en avant et enfouit son visage dans la tunique d’Anakin. « À bientôt, Skyguy. » Sa voix est étouffée, mais il sait ce qu’elle veut dire.
À contrecœur, elle se dégage, mais non sans lui serrer les bras — avec une poigne suffisante pour le meurtrir.
Anakin se tourne vers Obi-Wan et il lutte de toutes ses forces pour empêcher les larmes de couler. L’homme qui l’a élevé se tient droit et fier, prêt à laisser le garçon qu’ il a élevé partir vers sa nouvelle vie.
« Au revoir, pour l’instant, mon ami », dit Obi-Wan. Des pattes d’oie se forment aux coins de ses yeux qui pétillent, pleins de chaleur et d’affection et peut-être d’une pointe de tristesse.
Peut-être plus qu’une pointe.
C’est alors seulement qu’Obi-Wan fait quelque chose qui ne lui arrive que très rarement : il attire Anakin à lui et l’enveloppe dans une étreinte si soudaine et si étroite, qu’Anakin en aurait perdu son équilibre si Obi-Wan ne l’avait pas maintenu.
Anakin rit doucement. « Ne me regrettez pas trop, Maître, ce n’est pas la voie des Jedi.
— Ne fais pas le malin avec moi quant à la voie des Jedi, Padawan », le prévient Obi-Wan en le relâchant. Il fronce les sourcils mais ses yeux sourient encore.
Anakin jette un dernier regard à son ancien Maître et à son ancien Padawan avant de se tourner vers le vaisseau où Padmé l’attend patiemment.
Alors qu’il s’éloigne, il entend la voix d’Obi-Wan.
« Allez viens, Ahsoka, dit-il. Allons marcher un peu. »