Deux ans après... me revoilà dans la course !
Point d’Équilibre, de Kathy Tyers
L’invasion Yuuzhan Vong a été si implacable que des millions de réfugiés sont à la recherche d’un nouveau foyer. La seule planète qui accepte de les accueillir est Duro, un monde si pollué que les réfugiés vivent sous des dômes et travaillent à rendre la planète aussi accueillante que possible. Mais l’ennemi approche et n’entend pas laisser les réfugiés leur échapper. Et pendant ce temps, la famille Solo, déchirée suite à la mort de Chewbacca, va tenter de recoller les morceaux…
Deuxième volume grand format de la vaste saga que forme le
Nouvel Ordre Jedi,
Point d’Équilibre fait débat. Et pour cause ! Roman psychologique pour les uns, mou du genou pour les autres, ce nouvel opus refuse de tomber dans la facilité et dans une construction classique et linéaire : si les bases de l’intrigue sont rapidement posées, Kathy Tyers refuse de faire se réconcilier tous les personnages une fois la moitié du roman atteinte pour mieux les montrer, de nouveau unis, faire face à une gigantesque bataille impliquant de multiples points de vues...
Et bien non. Ce serait trop simple. A la place, Tyers va se focaliser sur une poignée de personnages et faire évoluer les relations des couples Solo et Skywalker. Le fossé entre Leia et Han est gigantesque, creusé par le contrebandier suite au décès de son meilleur ami dans
Vecteur Prime et lorsque le couple va se retrouver… et bien, tout ne sera pas facile. Il y a des traces, des tensions. Notamment en ce qui concerne l’un de leurs fils : Jacen Solo.
Jacen Solo, c’est l’incarnation même du clivage que peut ressentir le lecteur. Réticent à l’idée de trop utiliser la Force depuis le début de la saga – au contraire de son frère, qui considère la Force comme un outil, ou de sa sœur jumelle – Jacen va très loin dans ce roman puisque, dès le début, sa décision est prise : il refuse désormais de l’utiliser, terrifié à l’idée qu’une vision qu’il a eu puisse le pousser à faire le mauvais choix. Avec le recul, c’est tout de même incroyable de voir à quel point les auteurs sur la licence ont eu le nez creux, ou ont construit savamment le personnage, roman après roman, sur près de deux décennies d’aventure. Jacen Solo a peur de faire le mauvais choix ? Il aurait peut-être dû se poser la question un peu plus tard, alors que les événements de
L’Héritage de la Force s’approchaient…
Les doutes de Jacen sont pertinents. Ils sont relativement inédits, même si Luke Skywalker, par le passé, a déjà pu être montré réticent à l’idée de trop s’appuyer sur la Force, mais on pourra reprocher à l’autrice de trop s’attarder dessus au détriment, peut-être de Jaina et d’Anakin Solo. Jacen est le focus de la jeune génération Jedi dans ce roman et, bien évidemment, cette construction narrative a pour but de montrer à quel point il va s’enfoncer dans cette attitude, faisant l’autruche comme rarement on aura pu le voir… jusqu’à ce qu’il n’ait plus le choix, que ce soit poursuivre ainsi ou sauver la vie d’un de ses proches.
Cette fin, justement, est un coup de tonnerre pour la suite de la saga. Car du côté des ennemis, si on retrouve (j’ai envie de dire « évidemment ») Nom Anor, toujours dans les mauvais coups, toujours aussi increvable que de la vermine, c’est surtout le Maître de Guerre Tsavong Lah qui retient l’attention du lecteur, lui qui fait sa première véritable apparition dans la saga. Tsavong Lah, c’est l’équivalent, dans la hiérarchie Yuuzhan Vong, de Dark Vador : c’est le second du Seigneur Suprême, c’est un individu massif, craint, qui n’hésite pas à éliminer ses propres hommes, le guerrier ultime de son peuple. Rien que son titre claque : Maître de Guerre,
warmaster en version originale. Il en impose, et va être à l’origine d’un véritable ultimatum adressé à la galaxie entière. Une nouvelle phase s’ouvre dans la saga. Vivement le prochain tome !
Quelques mots, enfin, sur le couple Skywalker, avec une Mara Jade qui est mise en avant… pour la bonne et simple raison qu’elle est enceinte ! On a donc une description de Mara encore plus mère louve bien que son enfant ne soit pas encore né, Luke étant relativement discret dans le roman.
Alors au final, que dire ? Le roman est lent, c’est une évidence. Après cinq premiers romans d’une densité importante, brassant de nombreux personnages, lieux et intrigues,
Point d’Équilibre donne l’impression de stagner, de gagner du temps par moments même, avec un Jacen presque excessif dans son refus total d’utiliser la Force. Et pourtant… ce moment de calme, ce moment de vie, est finalement indispensable, tant les personnages n’ont pas eu le temps de souffler depuis
Vecteur Prime. Cette focalisation sur le couple Han-Leia et sur Jacen est appréciable. Mara tombe enceinte dans ce roman. Droma retrouve les siens. Il se passe des choses dans ce roman… mais trop peu, il est vrai, pour maintenir l’intérêt sur plus de 400 pages au format poche. Les longueurs peuvent être rebutantes.
(Après, aujourd’hui, après plusieurs romans de l’Univers Officiel où il ne se passe pas grand-chose… disons que ce problème de rythme n’en est plus forcément un!

)
Note : 70 %