Je vais être HS, mais je pense que l'on me le pardonnera ... j'espère ... Mais, sérieux, lisez ça !!!
Je viens de tomber sur un texte de Pierre Desproges qui est Hallucinant ...
à croire qu'il a écrit en partie la Prélogie. Episode 2 en tous cas
.
Il s'agit d'un texte (de Desproges donc) lu sur France Inter dans l'émission "Les Flagrants Délires" en 1982, parlant d'un roman du très bon P.Poivre D'Arvor ... Allons-y ! :
R
équisitoire contre Patrick Poivre d'Arvor
29 octobre 1982
Françaises, Français,
Belges, Belges,
Mon président pour de rire,
Monsieur l'avocat du barreau de mes deux chaises,
Mesdames et messieurs les jurés,
Public chéri, mon amour.
(...)
Les Enfants de l'aube nous conte l'histoire d'un adolescent leucémique qui rencontre dans un hôpital à leucémiques une jeune Anglaise leucémique. Dans un style leucémique également, l'auteur nous conte la passion brûlante et désespérée de ces deux êtres fragiles mais tremblants d'amour qui vont vers leur destin, la main dans la main et la zigounette dans le pilou- pilou.
Malgré la maladie qui fait fuir leur entourage et notamment les marchands d'assurance vie, Alfred de Vignette et Ginette de Chateaubriand, nos deux héros, décident de forcer le destin et de donner la vie à un enfant. Afin de mettre toutes les chances de réussite de ce projet insensé de leur côté, ils commencent par observer deux papillons.
« Sois mienne, dit Alfred, page 36.
Take it off, mother is comin' (ôte ta main, v'ià ma mère) », dit Ginette, dans la langue de ses pères, car elle en avait deux.
A ce stade du récit, le lecteur est bouleversé et se sent défaillir, car il en est du romantisme fiévreux comme de la moule pas fraîche : quand on en abuse, ça fait mal au ventre. Un mois plus tard, Alfred de Vignette et Ginette de Chateaubriand, qui étaient allés voir Love Story pour se remonter le moral, se retrouvent en tête à tête, par un doux crépuscule de septembre, au bord du lac Léman. La splendeur feutrée du jour qui se meurt sur la campagne belge étreint le cœur de la malheureuse enfant. Elle sait que sa fin est proche. La veille, à l'insu de son jeune amant, elle a consulté le plus grand cancérologue de Genève qui lui a dit : « C'est trois cents francs. »
« My darling, mon pauvre amour, dit-elle, qu'allons- nous devenir ? Je sens la vie me quitter doucement, mais je ne veux pas mourir. Que faire ?
- Observons deux papillons », répond-il, page 87.
Et il la prend dans ces bras tandis que l'astre du jourse fond sur le lac endormi, page 88.
Puis c'est l'heure terrible de l'aveu. Un jour, alors qu'ils jouent tous les deux à cache-cache, la jeune femme, rongée par le mal, décide de dire à son amant qu'elle attend un enfant de lui.
« I am in the clock, dit-elle. (Je suis dans la pendule.)
- Mon dieu, un enfant. Tu en es absolument certaine, ma chérie ?
- Oui, mon amour, je ne puis me tromper : le mois dernier, j'ai pas vu venir, dit-elle, de plus en plus romantique.
- Mais, ma chérie, c'est merveilleux. Viens m'embrasser. Observons deux papillons. »
A la fin du livre, le lecteur ne contient plus ses larmes. En effet, la malheureuse mère ne survivra pas à la naissance de son enfant, une petite fille que son père appellera Grenelle en hommage à La Motte- Piquet Grenelle, le peintre roman-tique du changement à Réaumur-Sébastopol.
Le livre se termine en douloureuse apothéose par cette image insoutenable du père arpentant la plaine d'Irlande brumeuse et glacée où se lève un pâle soleil d'automne. L'homme va, brisé, soutenu par sa mère et sa sœur, comme lui vêtues de noir. Soudain, il s'arrête face à la lande austère et, regardant tour à tour les deux femmes, il s'écrie : « Observons trois papillons ! »
Je rappelle le titre : Les Enfants de l'aube, par Patrick Poivre d'Arvor, chez Jean-Claude Lattès. Deux cent trois pages de romantisme décapant pour le prix d'un kilo de débouche-évier. Et maintenant, je rappelle le pitre.
Patrick Poivre d'Arvor : C'est le type qui remplace Claire Chazal sur TF1 du lundi au jeudi.
Ha ha ha ha ha ...
Toutes ces croyances à la noix et ces armes démodés ça n'vaut pas un bon pistolaser à mon coté p'tit gars ;-)