Chapitre 2
Le choc fut brutal. Les freins d'urgence de la cabine hurlèrent dans un crissement de métal contre métal, parvenant à ralentir la chute quelques mètres avant l'impact final. Dans l'obscurité du puits, seule la lueur rouge pulsante des optiques de V-9E3 découpait les silhouettes de Jolp et de Hugue, projetés contre les parois de la cabine.
— Tout le monde est entier ? grogna Jolp, une main pressée sur une côte qui lançait des éclairs de douleur.
— J’ai connu des atterrissages plus doux, mais je respire encore, répondit Hugue en s'aidant de son électro-bâton pour se relever.
Un sifflement de vapeur s'échappa des vérins tordus. V-9E3 ne perdit pas une seconde. Ses mains massives s’insérèrent dans la fente des doubles portes de l'ascenseur. Dans un effort hydraulique titanesque, le droïde de sécurité arracha le blindage, révélant le hangar principal.
Le spectacle était apocalyptique. L'immense caverne de quartz, qui abritait autrefois le joyau de Jolp, était noyée sous une fumée noire et âcre.
Des tirs de blasters ricochaient sur les parois cristallines, créant un ballet de lumières mortelles. Une escouade de choc du Directoire de Sang avait déjà infiltré le niveau par les conduits de ventilation et harcelait l’ARC-170, stationné sur son plot central.
— Menaces multiples détectées, gronda V-9E3 en ouvrant le feu avant même d'avoir franchi le seuil.
Jolp s'élança, son DL-18 hurlant.
— R8 ! On arrive ! Ouvre la rampe !
Le petit astromécano, déjà arrimé derrière le cockpit du vieux chasseur républicain, fit pivoter sa tête cylindrique en émettant des sifflements d'urgence. La rampe ventrale s'abaissa dans un nuage de vapeur pressurisée.
— Vite ! hurla Hugue en couvrant leur flanc droit. Ils arrivent par les passerelles supérieures !
Alors qu'ils atteignaient la base du vaisseau, une explosion percuta le pupitre de contrôle principal du hangar. Un cri synthétique, aigu et terrifiant, déchira le vacarme. I3-KC venait d'être projeté au sol par l'onde de choc. Son châssis doré était lacéré, et une jambe métallique pendait
inutilement, retenue par quelques câbles dénudés.
— I3 !
Jolp fit demi-tour, mais un barrage de plasma rouge le força à se plaquer contre le train d'atterrissage du vaisseau.
— Maître Jolp... commença le droïde de protocole, sa voix parasitée par la friture. L'analyse du système indique que le Directoire a verrouillé le dôme de sortie du hangar. Les verrous magnétiques sont scellés... Ils ne s'ouvriront pas sans un court-circuit manuel au terminal de maintenance.
Jolp leva les yeux vers le plafond du hangar. L’immense porte circulaire, qui devait leur ouvrir le ciel de Tergotal, était obstinément close. S'ils décollaient maintenant, ils se pulvériseraient contre le blindage.
— Le terminal est à découvert, au milieu de la passerelle ! jura Hugue. C'est un suicide !
— Je vais y aller, proposa V-9E3.
— Non ! trancha I3-KC, se relevant péniblement sur un bras. V-9 est le seul capable de protéger l’ARC-170 contre les charges de démolition des commandos. Maître Jolp... mes protocoles de protocole et de diplomatie sont inutiles ici. Mais ma programmation de base inclut la gestion des systèmes de survie.
Avant que Jolp ne puisse protester, le petit droïde doré se propulsa hors de l'abri, traînant sa jambe inerte sur le sol de quartz. C'était une silhouette frêle, dérisoire, sous le déluge de feu des fusils blasters.
— I3 ! Reviens ! hurla Jolp, tentant une sortie désespérée.
— Restez à bord, Maître ! résonna la voix de I3-KC dans les haut-parleurs du hangar. C'est ma dernière directive.
Le droïde atteignit le terminal. Ses doigts fins s'insérèrent dans le port d'accès alors que les tirs de plasma commençaient à cribler son torse. Des étincelles violettes jaillirent de ses circuits internes. Dans un dernier effort, il surchargea le relais de puissance.
Au-dessus d'eux, un grondement sourd fit vibrer la montagne. Les verrous magnétiques lâchèrent. L'immense dôme de sortie commença à coulisser, révélant le ciel nocturne de Tergotal, strié par les feux de la guerre.
— C’est bon ! Il l’a fait ! cria Hugue en poussant Jolp vers la rampe.
Jolp regarda une dernière fois vers le terminal. I3-KC était immobile, ses photorécepteurs s'éteignant lentement. Une grenade thermique, lancée par un commando du Sang, roula aux pieds du droïde.
— I3... murmura Jolp, le cœur serré.
L'explosion fut aveuglante. Le terminal de maintenance disparut dans une boule de feu, emportant avec lui le compagnon de toujours.
— Vaisseau paré au décollage, annonça froidement V-9E3 en s'installant à la tourelle arrière. Probabilité de survie en restant au sol : 0 % .
Jolp s'engouffra dans le cockpit, ses mains trouvant instinctivement les commandes d'allumage. Les quatre turbines de l’ARC-170 hurlèrent de rage. Le chasseur s'arracha de son plot, basculant vers le ciel ouvert.
Alors qu'ils franchissaient le périmètre du Bastion, Jolp vit une dernière fois sa forteresse, désormais envahie par les flammes du Directoire de Sang. Il serra les dents, ses yeux fixés sur l'horizon sombre des canyons.
I3-KC n'était plus, son foyer était perdu, mais Jolp était toujours vivant. Et sur Jazuku, un survivant avec un vaisseau et une dette de sang était la chose la plus dangereuse de la galaxie.