DRIII a écrit :Love It ! a écrit :Quel mauvais comparatif...Se servir du traitement d'un demi-dieu pour légitimer celui d'une Mary-Sue...laissant penser en plus qu'Hercule n'aurait jamais fait aucun effort...
Pour l'instant, dans cette postlogie, nous n'avons que les deux-tiers du tableau. Dans TFA, Abrams insiste et appuie clairement les aptitudes hors-norme de Rey, notamment lors du dialogue Rey/Finn dans le Faucon quand ils fuient Jakku. Laissons lui encore l'épisode IX pour nous expliquer la place de Rey, sa nature réelle...
Pour l'instant, dans cette postlogie, Rey a surtout démontré des aptitudes hors-norme. Son oeuvre reste à écrire.
Ce n'est pas une question de vertu, ce n'est pas non plus une question de goût, c'est une question de respect de l'œuvre originale.
Imaginons que je doive créer un nouveau mouvement d'une symphonie classique existante. A quoi ça rimerait de dire : "le formation symphonique et l'écriture musicale classique ne sont pas une vertu en soi. Il n'y a donc aucune nécessite de respecter ce style et le caractère de l'œuvre originale. En tout cas c'est mon ressenti mais je respecte les ressentis différents."
Star Wars, c'est du cinéma grand public qui aborde, de façon pop et divertissante, des problématiques universelles. Ce qui autorise quand même beaucoup de choses.
Si j'estime que le style initial est désuet ou que je suis plus intelligent que le compositeur original, je crée ma propre symphonie.
Mais on peut aussi attendre des réalisateurs des nouveaux Star Wars qu'ils soient autre chose que des moines copistes.
Il faut contextualiser le propos : il ne s'agit pas de faire l'apologie des archétypes et des contes/récits initiatiques en considérant que toutes les œuvres de la terre doivent suivre ce cadre...
Le cœur du débat n'était pas sur nos goûts ou sur notre jugement personnel du concept de l'archétype mais sur la cohérence.
Il n'a pas été question pour moi de définir ceux qui ont aimé le film comme des idiots, mais de montrer que TLJ ne respecte pas l'œuvre originale. Et je n'ai pas fait cette démonstration à coup de ressentis mais en montrant qu'une œuvre n'est pas quelque chose qui plane dans le vide ; elle a un style, un genre, une structure, des codes et des limitations.
Ne pas aimer ces codes et ces limitations est une chose; soutenir qu'ils n'existent pas ou qu'il est normal/bon de les briser ou encore qu'on ne pouvait pas faire autrement, en est une autre.
Je vais me répéter encore une fois : Lucas a créé avec Star Wars une oeuvre cohérente qui se suffit à elle-même. Dans l'absolu, il n'y a pas besoin d'une suite ou d'autres films. Tout a été dit, la morale établie. De nouveaux films n'ont d'intérêt que s'ils ont des choses à dire, que s'ils racontent quelque chose d'intéressant, de pertinent. C'est le cas, je pense de TLJ.
Si c'est pour faire dans l'exégèse ou la copie en répétant en boucle les mêmes schémas, ça n'a que très peu d'intérêt. Je ne parle pas seulement de l'histoire en elle-même mais aussi du sens de cette histoire ou de ces nouvelles histoires.
Prenons deux exemples extrêmes : imaginons que TLJ contienne des scènes pornographiques ou des scènes d'horreur atroces (impliquant en plus Luke). Il y aura toujours du monde pour dire que ça change et pour sortir le fameux : "moi j'ai aimé !". Mais la question n'est pas de savoir si ça a plu, si une majorité de personnes ont aimé, si le film a fait 5 milliards, ou si le porno et l'horreur sont des styles intéressants. Le premier point qui importe lorsqu'on veut juger la pertinence d'une suite est : la cohérence artistique. Aimer, être satisfait, n'a pas la vertu magique de rendre cohérent. Je peux aimer voir Luke coucher avec les gardiennes du temple, je peux aimer le voir éventrer un ennemi et manger son cœur, je peux préférer ces séquences à tout ce qui a été fait avant, ça ne rend pas pour autant le comportement de Luke cohérent avec l'œuvre originale. Fin du comparatif extrême.
Là encore, ton comparatif "extrême" fait l'économie du sens. Voir Luke s'accoupler avec une gardienne en mode gonzo apporterait quoi en terme de sens ? Rien. On serait sur un truc totalement gratuit.
La nouvelle trilogie n'est pas centrée sur Luke, elle met en scène de nouveaux héros. On ne renverse pas l'archétype d'un héros qui a déjà eu un parcours complet, en quelques minutes et avec 3 pauvres flashback (et encore moins un héros aussi mythique que Luke fucking Skywalker)...et on évite d'attribuer une impulsion immorale à un héros victorieux d'un conte/récit initiatique enthousiaste.
Pour moi, la longue ellipse temporelle entre ROTJ et TLJ autorise à reconsidérer le regard qu'on porte sur le héros en question. Le temps altère. Dans une fiction, un personnage doit servir l'histoire, contribuer à lui donner un sens. Tout dépend donc de l'histoire qu'on souhaite raconter. On voit très bien que la démarche, le parti pris, des nouveaux Star Wars ne consistent pas seulement à prolonger le mythe ad nauseam mais aussi à le questionner, voire à le reconsidérer. Ce que fait par exemple Rogue One avec la Rébellion qui commandite des assassinats et comprend des franges extrémistes terroristes.
Love It ! a écrit :donc tu dis bien que le respect des archétypes aurait conduit à un récit ennuyeux et banale...(à moins que tu considères que "ne rien avoir à raconter" signifie pouvoir proposer un récit passionnant et original...)
Tu commences par : "pas du tout", pour ensuite confirmer ce que je pointe du doigt...
Le respect des archétypes dans l'OT donne une trilogie extrêmement divertissante et intéressante. Donc, non. Pas du tout. Respecter des archétypes n'est pas synonyme systématiquement d'ennui. Maintenant, j'attends à titre personnel que les nouveaux Star Wars me racontent autre chose que ce que l'OT m'a déjà raconté. J'ai les deux trilogies de Lucas en DVD, je peux les regarder en boucle si ça me chante. Si les nouveaux films doivent m'intéresser, c'est parce qu'ils auront une histoire intéressante à me raconter. Pas parce qu'ils prolongeront ou récréeront en boucle de ce que j'ai déjà vu et apprécié et ce qu'on a déjà pu me raconter.
Comment arrives-tu à cette conclusion ? En quoi le respect de l'archétype des héros de l'OT limiterait celui des nouveaux personnages ? Quand on parle du respect des archétypes, on parle uniquement des héros de la trilogie originale, pas de faire un copier/coller de leurs archétypes sur les nouveaux héros.
Je ne t'ai peut-être pas compris alors. Vu ce que tu écris sur Rey, j'ai cru comprendre que tu regrettes qu'elle n'ait pas le même arc narratif que Luke dans l'OT, qu'elle ne suive pas le parcours initiatique archétypal du héros campbellien.
Comment conclure qu'il n'y aurait rien à raconter alors que Luke est présent 30 minutes (à la louche) dans les deux premiers films réunis ? Allons plus loin et imaginons qu'il apparaisse 10min en Force ghost dans l'episode 9 (ce qui est énorme déjà). Sa présence dans cette postlogie se résumerait à 40 min sur environ 7 heures de film.
J'aimerais donc comprendre en quoi un personnage aussi mineur (au niveau de son temps de présence à l'écran, pas au niveau de ce qu'il représente) devrait forcement être désenchanté et voir son archétype renversé pour permettre de raconter une nouvelle histoire intéressante.
Parce que le propos n'est pas le même. Moi ce qui m'intéresse dans le personnage de Luke dans TLJ, c'est qu'il ait pu échouer et se perdre malgré ce qu'il a accompli dans l'OT. L'idée que rien n'est jamais acquis définitivement. Un Luke qui n'aurait été qu'un nouvel Obi-Wan ou un nouveau Yoda m'aurait moins emballé. Je ne parle pas seulement de "surprise" narrative, mais de ce que le film dit.
Ce raisonnement, cette soi disant nécessité de désenchantement, ne tient pas la route...
A partir du moment où la fin de ROTJ marque une apothéose, le triomphe total du bien sur le mal, la suite ne peut être qu'un désenchantement puisqu'elle revient à minorer l'ampleur du triomphe final de l'OT. Ce triomphe n'était qu'un trompe-l'oeil.
surtout avec une Mary-Sue en héroïne
(Mary-Sue est un nom péjoratif donné à un personnage de fiction trop parfait).
Pour moi, l'histoire de Rey et la signification de ce personnage sont encore incomplets dans cette postlo... elle n'est pas Luke, elle ne correspond pas à son archétype. Elle ne se confronte pas au merveilleux, elle est la merveille qui (ré)enchante et (ré)illumine. On verra dans le IX quel sens Abrams donne à tout ça.
Donc les tirades : "cette trilogie est plus dark, plus profonde, en rupture avec le passé...elle nous parle de nous mêmes, de nos failles..." mais où ça ? hormis le flashback de Luke et ses 10 minutes de dialogue sur sa perte de foi ? dans les messages politiques bidons qu'on entend déjà absolument partout ? (les riches sont des ordures ? super crédible de la part de Disney/Lucasfilm...) quel intérêt de mettre dans un Star Wars ce qu'on avale déjà sans cesse par la TV et les réseaux sociaux ?
Je me garderais bien de qualifier la postlogie de plus profonde que l'OT ou même la prélo qui, bien que maladroitement mise en scène, aborde des thèmes et des problématiques intéressantes.
Est-ce que TLJ dit que les riches sont des salauds ? Je crois que c'est une lecture un peu trop littérale. La scène de Canto Bight s'incrit elle aussi dans cette relecture du mythe, elle montre l'envers de la dialectique classique de la lutte éternelle entre le bien et le mal, rappelant qu'il y a toujours entre les deux des gens qui profitent matériellement du chaos. Et ce n'est nécessairement un cliché. Des marchands d'armes qui fournissent deux camps opposés, on a vu ça dans la guerre Iran-Irak par exemple. Lucas dans la prélogie avait choisi de dépeindre "les forces de l'argent" (Fédération du Commerce, Clan bancaire...) comme une force belligérante. Là, pour le coup, on était dans l'allégorie.
Cette postlogie n'est pas une rupture qui propose quelque chose de nouveau, c'est juste une destruction des héros du passé pour continuer sur du vide. Destruction et désenchantement qui ne durent que quelques minutes : juste le temps de montrer que Han a quitté Leia et que Luke a abandonné tout le monde après une impulsion de meurtre.
Oui, TFA, RO et TLJ ont en commun de présenter et questionner l'envers du mythe.
Le respect ou le non-respect de l'archétype de Luke a donc une influence mineure sur l'originalité de l'histoire elle-même.
Un Luke en père noël n'aurait rien changé au parcours des héros et n'aurait pas non plus empêché son sacrifice final
Comme pour la pornographie, un Luke en Père Noël n'aurait rien apporté à l'histoire. Ou alors faut qu'on m'explique en quoi.
Luke aurait très bien pu être désabusé, malheureux, découragé, après avoir été trahi par Kylo Ren, sans avoir eu cette impulsion de meurtre indigne. Ce renoncement n'aurait pas été en accord avec son archétype mais au moins il n'y aurait pas eu cette impulsion immorale et le reniement de sa foi. La venue de Rey et le sabre laser de son père lui auraient insufflé un nouvel espoir.
La différence, c'est qu'il n'en aurait pas éprouvé le même sentiment de culpabilité. Et c'est ce sentiment de culpabilité qui explique sa radicalité dans TLJ. Dans ROTS, Obi-Wan constate et admet son échec avec Anakin. Mais il n'en éprouve aucune culpabilité.
Là, c'est le rapport de Luke à sa propre culpabilité que je trouve intéressant.
C'est pourquoi j'ai dit que la destruction de Luke était totalement gratuite, car cette impulsion de meurtre et le reniement de sa foi n'apportent rien au reste du film et de la postlogie.
Elle confronte juste le héros parfait et accompli à l'échec et à sa propre culpabilité.
Cette destruction n'a aucune incidence sur le reste de l'histoire (elle a simplement pour but de permettre une masturbation intellectuelle*) : Ben commençait déjà à être perverti par Snoke, donc il pouvait trahir Luke sans cette impulsion de meurtre, et le refus de Luke d'entrainer Rey n'a aucune incidence sur sa progression. Luke n'a aucun impact majeur sur le parcours de Rey
Dans TLJ, c'est Rey qui a un impact sur celui de Luke. TLJ effectue un renversement. Rey n'est pas Luke, Luke n'est ni Obi-Wan, ni Yoda.
Elle aurait tout aussi bien pu aller directement retrouver Kylo Ren après quelques connections télépathiques.
Non, car la rencontre avec Luke va nourrir une certaine forme de compassion à l'égard de Kylo qu'elle considère comme un monstre absolu à son arrivée sur Ahch-To, comme celui qui a trahi Luke. C'est cette compassion qui va la conduire à le retrouver. Mais elle va comprendre que le basculement de Kylo n'est pas seulement le "pêché des pères". Kylo a délibérément choisi son camp.
*Masturbation intellectuelle :
(Péjoratif) Raisonnement ou processus de pensée dont l’autosatisfaction semble prendre le pas sur une quelconque intention de déboucher sur quelque chose de concret ou de constructif. Exemple : "c'est un jedi qui a formé Darth Vader " - "dire que si les jedi s'éteignaient, la lumière s'éteindrait n'est qu'arrogance" - "les jedi ont été considérés comme des dieux" etc.
Je crois que le fait que Luke a décaroché sur Ahch-To est assez clairement montré et appuyé, non ?
Est-ce que ça valait la peine de mettre un "coup de poignard dans le dos des fans" pour quelque chose qui a une influence aussi mineure sur l'histoire ? ("Coup de poignard dans le dos" est une image. Si quelqu'un dans votre entourage ou vous-même avez été victime d'un coup de poignard, sachez que j'en suis sincèrement désolé et que cette image n'avait en aucun cas pour but de vous offenser ou de minimiser votre mésaventure).
Même avec un Luke ultra lisse, sans aucune surprise, le plus chiant qu'on puisse imaginer, qui répèterait en boucle : "que la force soit avec toi""que la force soit avec toi""que la force soit avec toi""que la force soit avec toi""que la force soit avec toi""que la force soit avec toi"
"que la force soit avec toi""que la force soit avec toi""que la force soit avec toi""que la force soit avec toi""que la force soit avec toi"...
il y aurait tout de même eu une grande place pour raconter une histoire intéressante.
Oui, celle déjà racontée dans l'OT qui était intéressante mais qui n'a pas besoin d'une redite.
Corréler, amalgamer le traitement de Luke (le renversement de son archétype) avec l'originalité et l'intérêt de l'histoire est un argument fallacieux comme le prouve cette simple opération mathématique : TLJ - Luke = 2 heures de film.
C'est un argument curieux. Est-ce que l'importance de l'Empereur ou de Yoda dans l'OT tiennent à leur temps d'apparition à l'écran ?
Le temps accordé à Luke dans TLJ suffit à comprendre ce qu'est devenu personnage.
Cette position aurait pu être défendue si Rey, rejetée par Luke (et fragilisée par la mort de Han), cherchant toujours une réponse, un guide et une figure paternelle, avait été séduite par Snoke et Kylo Ren.
Mais c'est déjà l'histoire de la prélogie, ça.
Ceci n'atténuerait en rien le piétinement de l'archétype de Luke mais lui donnerait au moins un impact conséquent et donc un sens dans l'histoire globale : Rian Johnson aurait alors été au bout de l'idée au lieu de l'assumer à moitié en se cachant derrière sa soupe sur le renoncement au passé et le fait de n'en garder que ce qui serait soi disant valable (comme si le parcours de Luke était compatible avec cette idée, comme si il était devenu un jedi en se basant sur des textes et des pratiques rigides le conduisant à devenir lui même l'incarnation d'un dogme... La vérité est qu'il n'y a absolument rien à jeter du passé dont Luke a hérité car il représente dans l'œuvre originale une spiritualité authentique dépouillée de toute forme rigide et de fausses idées, incarnant par conséquent le bon, le vrai et le juste et dont on peut voir la manifestions concrète au travers des trois Force ghost radieux : c'est donc la Force elle-même qui valide l'authenticité de la spiritualité des jedi. Il est illogique qu'un agent et témoin de cette validation puisse prétendre que la philosophie jedi est dans l'erreur ou enfermée dans un dogme étroit...That Makes No Fucking Sense
Sauf si tu considères que Luke cherche une excuse, une justification à son échec. Ce n'est pas lui le coupable : ce sont les anciens, trop rigides et orgueilleux, et les jeunes, trop pervertis (reproche qu'il fait aussi à Rey).
Tu raisonnes encore avec des extrêmes.
La fin positive du Retour du Jedi n'empêche pas une suite, mais elle empêche une suite qui viendrait entacher, diminuer, alterer les liens profonds entre les héros : leur loyauté et leur amour réciproque.
Parce que tu considères que l'amour et la loyauté sont des constantes établies qu'aucune nouvelle épreuve au cours d'une vie ne saurait remettre en cause et briser. On peut aussi avoir une vision différente des choses.
En quoi cet élément de base, de bon sens même, empêcherait de raconter une suite ? qu'est-ce que l'abandon de Han et de Luke apporte à l'histoire hormis une fausse profondeur : "ouais c'est trop fort...c'est comme dans la vraie vie...."
Dans un conte enthousiaste qui dépeint des héros qui ont un amour et une fidélité réciproque intense, on ne saute pas d'un : 'Ils vécurent heureux..." à un : 'Ils divorcèrent..."
Parce que le conte enthousiaste n'a pas vocation à se prolonger au-delà du "ils vécurent heureux". C'est la conclusion, la fin de l'histoire, la morale est établie. Il n'y a aucune raison de jouer les prolongations.
C'est une restriction très simple à comprendre et qui n'empêche absolument pas de raconter une nouvelle histoire.
Tu réduis systématiquement le respect de l'œuvre originale et de ses archétypes à une impossibilité de créer des nouvelles intrigues et des nouveaux problèmes car c'est la seule façon de justifier le traitement de Rian Johnson. Tu amalgames sans cesse le respect des archétypes avec un copier/coller de l'intrigue. Les archétypes sont une chose, les péripéties des héros une autre.
Quelles péripéties méritent d'être racontées une fois que les héros ont triomphé de toutes les épreuves ? A quoi bon placer ces héros face à de nouvelles épreuves si ces nouvelles épreuves ne peuvent rien bouleverser ni remettre en question ? A quoi bon raconter de nouvelles histoires s'il y a si peu d'enjeu ?
Lorsque j'ai mis en avant que le Retour du jedi se terminait par : "il vécurent heureux..." c'était en rapport au ton général, pour rappeler qu'il s'agit d'un conte enthousiaste et innocent et non pas pour fermer la porte à d'autres problèmes.
ANH se termine d'ailleurs de cette façon : "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants..."
Est-ce que cette fin heureuse de conte signifie qu'on ne peut rien raconter derrière en respectant les archétypes ?
Il y a une différence fondamentale entre la fin de ANH et celle de ROTJ : le mal n'a pas disparu. Vader s'est enfuit mais n'a pas été tué. L'Empire a perdu son arme de destruction massive mais l'Empereur est toujours là. Donc la boucle n'est pas bouclée dans ANH, contrairement à ROTJ. Ce film appelait nécessairement une suite. Le récit était inachevé.
Love It ! a écrit :
Le plus important n'est pas : ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants mais : ils furent fidèles entre eux et à leurs idéaux et ils combattirent de toutes leurs forces
Alors que ces deux épisodes de la postlogie nous disent au sujet des héros de l'OT : ils ne furent pas totalement fidèles entre eux et à leurs idéaux et ils ne combattirent pas tous de toutes leurs forces...
(les deux chevaliers ayant noblement abandonné la princesse qu'ils avaient sauvé)
Mais ils ont finalement combattu jusqu'à leur dernier souffle.
Ce n'est pas une question de nécessité, c'est un fait : le parcours de Luke a été écrit pour être idéalisé, pour montrer un modèle de vertu : la beauté du courage, de la fidélité et de la compassion.
Et il a été écrit pour se boucler dans ROTJ. Si Lucas n'a finalement pas jugé intéressant de faire une postlogie, ce n'est pas pour rien. Autant il a tenu à réaliser lui-même la prélogie parce qu'il estimait qu'il y avait des choses à y dire en racontant la déchéance d'Anakin, de l'Ordre Jedi et de la République, autant il ne s'est jamais vraiment attelé à la postlogie. Il a juste lancé de pistes pour Arndt avant la vente à Disney.
On ne va tout de même pas changer le sens de ce conte/récit initiatique pour légitimer le traitement de Rian Johnson ? nan ? si ? comment idéaliser le Luke de l'OT si celui de la postlogie le trahit ?
la loyauté et la fidélité n'ont de sens que par leur constance : on ne peut pas être à moitié fidèle. En abandonnant Leia, Han et Luke ont fait preuve d'infidélité par leur manque de constance et cette infidélité vient entacher l'œuvre originale : on ne peut plus regarder leurs étreintes de la même façon car on sait alors que ce n'est pas solide.
C'est la même chose avec les albums de mariage.
C'est un des pires traitements qui pouvait être fait à ces héros. La fidélité n'existe pas ? ce n'est pas réaliste ? on s'en cogne ! un conte enthousiaste n'a pas pour objet d'exposer la médiocrité qui nous entoure déjà.
Mais la postlo ne joue plus vraiment dans le registre du conte enthousiaste, ni dans celui du simple récit initiatique. Il faut en faire son deuil.
Tu chamboules, enfin tu veux chambouler la base et le sens de ce qui a été établi mais on ne saute tout simplement pas d'un héros de conte/récit initiatique enthousiaste à un personnage dépressif de roman réaliste.
C'est le parti pris de cette postlo et même de Rogue One. Libre à chacun ensuite d'apprécier ou de ne pas apprécier.
Luke est un héros enthousiaste, bon et pur. Vouloir intégrer dans son personnage un réalisme déprimant et une immoralité potentielle est tout simplement hors propos
C'est pourtant le propos assumé depuis le départ, dès TFA. C'est même son point de départ.
Il n'y a aucune nécessité et aucun intérêt à détruire un héros en 15 minutes pour le ramener quasiment au point départ à la fin du film....Si ce n'est une masturbation intellectuelle sur la faillibilité d'un ennui qui n'a d'égal que son manque de crédibilité.
C'est très subjectif. Entre le début et la fin de TLJ, Luke rompt l'isolement et accepte de nouveau à "habiter le monde", au sens hégélien du terme.
Tout comme toi, et comme beaucoup d'autres, je suis tombé amoureux de l'univers Star Wars et de ses héros avant même d'avoir la capacité de pouvoir faire le moindre rapprochement avec notre réalité et avant même de savoir ce qu'était le totalitarisme et la seconde guerre mondiale. Je n'ai jamais eu besoin de savoir en quoi consistait le régime nazi pour comprendre que l'empire représentait les méchants. On pourrait montrer la trilogie originale à des personnes vivant au moyen âge ou dans un futur très lointain qui aurait perdu toute trace de notre époque, et tout le monde comprendrait le sens de l'histoire et aurait de l’empathie pour ses héros (un petit effort de projection DRIII, inutile de me dire que ces personnes ne parlant pas notre langue, ne pourraient pas comprendre les films).
Nous avons donc ici la preuve que l'empathie n'a rien à voir avec les références à notre époque ou à nos vies.
D'ailleurs Tolkien n'aimait pas les allégories (Sauron = Hitler - l'anneau = bombe atomique) qui finalement ne faisaient que limiter son œuvre et son caractère intemporel. Le conte/récit initiatique, le récit légendaire nous parlent bien sûr de nous-mêmes mais en venant toucher en nous des éléments qui transcendent notre époque, des éléments qui sont au delà du paradigme dans lequel nous vivons. Dans deux milles ans, le Seigneur des Anneaux véhiculera toujours les mêmes enseignements, la même sagesse universelle.
Quand dans les Contemplations, Hugo interpelle le lecteur en lui disant "Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous", il indique que l'universel prend source dans chaque expérience humaine. On ne peut pas opposer comme ça schématiquement ce qui relèverait du conjoncturel et de l'universel. Les pièces de Shakespeare sont on ne peut plus britanniques, elles évoquent pour beaucoup des événements politiques strictement britanniques, dans le contexte conflictuel de l'Angleterre elizabéthaine et pourtant elles continuent à être jouées partout dans le monde, dans toutes les langues. Les pièces de Shakespeare expriment à la fois les tourments d'une époque, d'une Nation mais aussi ceux - invariables - de toute l'humanité.
On peut d'ailleurs constater dans TLJ les dégâts de cette volonté de faire référence à notre réalité par des messages politiques et une moraline made in Twitter (j'ai déjà fait le : made in Facebook).
Projeter notre réalité de cette façon dans une galaxie lointaine fait tout simplement tâche. De nombreuses personnes ont été violemment éjectées de l'univers Star Wars à cause (entre autres) de ces messages politiques.
Que des idéologies cherchent à s'emparer de telle ou telle oeuvre (pour se l'approprier ou au contraire la rejeter) n'est pas nouveau. Il suffit de voir toutes les conneries écrites sur le "Dunkerque" de Nolan sur lequel beaucoup de fantasmes sont projetés : les féministes y voient un film machiste (car on n'y voit pas de femme...), les ayatollahs de la diversité un film raciste (car il n'y a que des blancs...), méprisant à l'égard des Français (le film prend le parti pris du regard britannique), pro-Brexit (réduisant l'Opération Dynamo a une simple allégorie). Ce qui est raconté à l'écran devient pour le coup secondaire. Les réseaux sociaux donnent aujourd'hui plus d'ampleur à tout ça, mais ce n'est vraiment pas nouveau. Dès la sortie de ANH, certains avaient fait un parallèle entre la famille Lars et des colons israéliens et entre les hommes des sables et les Palestiens... alors bon...
Une bonne partie des fans espèrent retrouver la magie, l'innocence de l'œuvre originale
Mais est-ce que ce n'est pas un peu vain ? Est-ce que finalement le problème vient vraiment du film en lui-même ou de vos attentes qui ne sont pas comblées ? C'est un peu la quête du Graal et de la jeunesse éternelle là... on peut aussi attendre de Star Wars autre chose qu'un doudou consolatoire.
1_Le respect de l'archétype et du cadre imposé par l'œuvre originale :
Restriction numéro 1 :
Luke ne peut pas faire preuve d'infidélité envers ses amis/famille. C'est ici l'élément central, le moteur le plus puissant de ce personnage.
Il ne peut pas abandonner les siens de son plein gré, en pleine conscience.
En lisant : "Luke a disparu" au début de TFA, tout le monde pensait, consciemment ou pas, que Luke avait inévitablement un problème qui l'empêchait d'être présent, contre sa volonté. J'imagine mal quelqu'un connaissant l'OT se dire à ce moment là : "Luke doit certainement avoir abandonné tout le monde et vivre une vie paisible de lâche"...pourquoi ? parce que l'archétype de Luke est profondément ancré dans l'inconscient des fans qui savent très bien ce qu'il pourrait ou ne pourrait pas faire. Et c'est pour surprendre, pour choquer même, que Rian Johnson a renversé son archétype, faisant de la surprise une finalité en soi au lieu de comprendre qu'elle ne devait être qu'un moyen pour servir l'histoire et pour captiver le spectateur.
Dans TFA, Han explique déjà que Luke s'est barré de son propre chef après le basculement d'un de ses apprentis. Johnson a développé un récit cohérent avec TFA. Qu'est-ce qui pouvait justifier que Luke décide de s'isoler et de rester loin de tout alors que le mal menace de nouveau ? Ce n'est pas Johnson qui renverse l'archétype de Luke. Il est déjà renversé - en creux - dans TFA. Luke s'est barré et il faut que quelqu'un tente de le ramener.
L'idée d'un Luke retranché et isolé était déjà le point de départ des scripts commandités par Lucas avant la vente à DIsney, ce que montrent d'ailleurs les concept arts. Le désenchantement de Luke est le point de départ de ce récit. Il y avait même une volonté de s'inspirer de Colonel Kurtz, joué par Marlon Brandon, dans "Apocalypse Now". C'est dire la volonté de briser l'archétype du jeune héros idéal et accompli...
Restriction numéro 2 :
Luke ne peut pas chuter par une épreuve qu'il a déjà vaincu car ça dévaloriserait et contredirait le sens de sa quête initiatique et de sa victoire précédente. Dans Game Of Thrones peut-être, pas dans un conte/récit initiatique enthousiaste.
Luke ne peut pas avoir une impulsion immorale. Comme déjà expliqué longuement, une des différences entre son impulsion de meurtre et sa rage contre Vader et que cette dernière n'est pas immorale. Luke incarne une très haute moralité, il ne peut donc en aucun cas avoir une impulsion immorale.
Donc s'il ne peut enfreindre la morale, il ne peut éprouver de culpabilité.
Restriction numéro 3 :
Par cette quête initiatique Luke a subi une transformation intérieure majeure qui a fait de lui un être ayant un niveau de sagesse et de maîtrise de ses émotions conséquent (pas infini mais considérable). Luke ne peut donc pas être brisé* par nos problématiques ordinaires (dépression, chagrin amour...) : c'est un chevalier jedi. Il peut être affecté, triste, découragé mais de façon très temporaire : la dynamique de son archétype reprenant inévitablement le dessus (c'est une des différences entre un héros et un homme ordinaire).
*brisé : anéantissement brutal de sa force morale
Donc Luke ne peut être que l'éternel jeune homme de ROTJ ou la réplique d'Obi-Wan et de Yoda.
2_Les interactions
Luke va être en interaction avec ses amis/famille, ses ennemis et si on le souhaite être confronté à un ennemi intérieur.
II peut donc être présenté comme vulnérable sur ces trois plans :
Interaction avec l'ennemi :
Luke peut être moins puissant qu'un ennemi (et perdre) sans que ça altère sa fidélité, son amour, sa maîtrise de lui-même.
Il pourrait vouloir sauver un ennemi et échouer.
Donc refaire ce qu'il a déjà tenté avec Vader mais en échouant cette fois.
Interaction avec les amis/disciples :
Luke peut-être faillible dans son rôle de maître sans que ça altère sa fidélité, son amour et sa maîtrise de lui-même : des lacunes dans son enseignement, une mauvaise appréciation sur un disciple, un excès d'exigence.
Comme Obi-Wan et Yoda.
Luke peut également échouer à sauver ses amis : mauvaise décision, mauvaise appréciation, ennemi trop puissant, sans que ça altère sa fidélité, son amour et sa maîtrise de lui-même.
Comme Obi-Wan et Yoda.
Les ennemis intérieurs
Le doute
Le thème du refus de former une nouvelle génération de jedi est bon, sans qu'il n'y ait besoin d'un reniement et d'un abandon de tous. On peut voir un Luke dans une phase de doute par rapport à ses propres capacités à enseigner et qui retrouverait cette confiance en formant Rey.
Mais qu'est-ce qui le ferait renoncer à son renoncement d'enseigner du coup ? S'il refuse d'enseigner, il ne peut pas retrouver confiance en enseignant à Rey. Il manque une étape.
Tiraillé par une tentation
Luke étant un jedi, il lui faut un ennemi intérieur à sa taille :
Et si on voulait dépeindre un Luke torturé psychologiquement il lui fallait un ennemi intérieur à sa taille : le côté obscur.
Pas une vulgaire dépression ou un raisonnement bancal ("c'est un Jedi qui a formé Darth Vader...") mais une émotion qui puisse s'ancrer dans le côté obscur prenant alors, de part son emprise et sa force d'attraction extrêmement puissante, une toute autre dimension pour le jedi : la tentation. Mais il fallait également une nouvelle épreuve, un nouveau type de tentation qui naîtrait donc d'une nouvelle expérience : pas la peur de perdre, pas la menace de la perte, mais la perte elle-même justement, la perte d'êtres chers qui étaient sous sa protection.
En effet, et c'est l'évidence même, Luke aurait dû être torturé et tenté par un désir de vengeance
Donc à curieusement, un désir de vengance n'est pas une "immoralité" pour toi ? Tu contestes le fait que Luke ait pu avoir pendant quelques secondes une impulsion fatale le poussant à tuer son neveu, mais par contre il peut sans problème passer des années à combattre un sentiment de vengeance...
S'il y a bien un sentiment auquel le personnage de Luke est totalement étranger, c'est pourtant bien la vengeance. A aucun moment, dans l'OT, il n'est motivé par une volonté de se venger. Alors qu'il aurait ses raisons (parents adoptifs tués, père tué par Darth Vader selon le récit d'Obi-Wan). Au moins, là-dessus TLJ est plus cohérent avec le personnage de l'OT que ton "évidence même". Le Luke de TLJ n'est motivé à aucun moment par la vengeance. Il n'a pas cherché à se venger de Snoke, ni de Ben. Ca fait d'ailleurs partie des belles choses du film. Luke apparaît comme une figure pacifiste, rejetant la guerre et son cycle infernal, jusque dans ses contradictions et ses impasses.
Par ailleurs, un Jedi ne se venge pas. C'est pour celà que Lucas a d'ailleurs rebaptisé l'épisode VI "Le retour du Jedi" et non "La revanche du Jedi". La revanche, c'est pour les Sith.