Le film est construit en 3 temps :
Le 1er est une assez longue intro avec Indy rajeuni numériquement, durant laquelle il cherche à échapper aux Allemands et à récupérer le fameux cadran d’Archimède, capable selon son acolyte de détecter pas moins que des failles temporelles. Niveau
deepfake, je trouve ça suffisamment convaincant voire parfois très bluffant au niveau des expressions, même si certains moments peuvent faire tiquer. Séquence haletante et bien fichue, elle contient pour moi le seul plan qui visuellement ne marche pas dans le film (un plan éloigné d’Indy courant sur le toit du train, un détail). On découvre également l’opposant nazi principal, lui aussi en quête du cadran.
2e temps, le cœur du film, lui-même subdivisé en plusieurs parties : Indy dans sa vie de vieux prof bientôt retraité et vivant seul dans son appart à New-York, ça fonctionne carrément bien. Idem en ce qui concerne la rencontre avec sa nièce, les deux acteurs jouent bien et leurs rôles sont bien écrits. Le début du cœur du film est vraiment bien fichu et fluide, entre les agents à la poursuite du duo et les nazis qui commencent à outrepasser les règles et à abattre des innocents, c’est hyper solide. La poursuite durant la parade à cheval/moto/métro est super, l'imagerie de l'époque est superbement bien rendue.
Le film ralentit ou plutôt se répète un peu ensuite : on bouge beaucoup avec des déductions un peu bancale pour aller d’un lieu à un autre, et on a re de la course poursuite en voiture/Tuk-Tuk, une exploration sous-marine un peu rapide mais prenante… Tout cela se construit dans un jeu du chat et de la souris, où le petit groupe de nazis arrive une fois que les héros ont mis la main sur un indice.
Mais c’est aussi dans ce milieu de film que les personnages se révèlent et que le fim tire son épingle du jeu, que ce soit Indy sur sa vie qui prend un tour tragique (son fils mort à la guerre, Marion avec qui il a coupé les ponts) ou Helena qui montrent des qualités humaines alors qu’elle n’était jusqu’alors qu’intéressée que par l’appât du gain et l’adrénaline de l’aventure.
Le seul qui n’arrive pas à tirer son épingle du jeu à mon sens est le jeune side-kick dont j’ai oublié le nom (c’est pour dire ), qui ne joue pas mal ou quoi mais dont l’écriture du perso est un miroir un peu terne de Demi-Lune dans la relation qu’il entretient avec Helena.
Sur l’intrigue en elle-même, cet opus souffre de McGuffinite aiguë : le cadran est découpé en deux parties, et il faut encore trouver un disque qui permet d’y accéder, lui-même caché dans un coffret en cire dont les inscriptions sont déchiffrables dans un ancien dialecte…

Bref certaines choses marchent bien, mais on pouvait vraiment épurer cet aspect sans perdre d’intérêt pour l’objet de la quête (pour moi la demi-heure en trop est là).
Côté méchant, ça marche plutôt bien, les deux gros bras sont bien dans leurs rôles et tuent à tout va, et Mads Mikkelsen offre une très convaincante interprétation d’un nazi froid et avide de pouvoir.
Après avoir fait le tour de la Méditerranée ou presque, le film touche à sa fin avec une montée finale qui va forcément diviser. Pour moi, je le dis tout de suite, j’ai totalement accroché et ai vécu ça comme une apothéose de la saga. Mais revenons en arrière justement pour comprendre le rapport d’Indy au surnaturel.
Dans
Les aventuriers, le spectateur voyait le pouvoir de l’Arche, tandis qu’Indy devait fermer les yeux. Dans le
Temple Maudit, Indy est témoins de la magie (maléfique comme bénéfique). Dans
La dernière croisade, l’histoire s’invitait carrément dans le présent avec le chevalier des croisades encore vivant, sans parler du Graal et de son pouvoir divin. Et dans
Le Royaume du Crâne de Cristal, Indy a sous ses yeux la preuve de l’existence d’une civilisation extraterrestre.
Que propose ce 5e opus ? D’envoyer réellement Indiana Jones au cœur de l’Histoire.
Les personnages activent en effet le cadran, qui indique l’ouverture d’une faille temporelle dans le ciel, que tous empruntent (Indy capturé à bord d’un avion aux mains des nazis). Dans la plus pure des traditions filmiques, ici Indy est spectateur avec nous, et c’est franchement merveilleux : à la sortie de la faille, les nazis sont persuadés d’être revenus en 1939, malgré les avertissements d’Indy qui a compris que le calcul du cadrant était faussé. Puis, en se rapprochant de la baie, l’avion survole une époque qui n’est effectivement pas la sienne, celle de la Grèce antique en 215 avant J.-C. lors du siège de Syracuse.
Cette apogée filmique est vraiment énorme, visuellement et émotionnellement parlant. Voir un bombardier allemand effrayer les navires de la flotte romaine et ceux-ci réussirent à la harponner est fou, tandis qu’Indy touche véritablement l’histoire de ses doigts (le voir tomber dans la contemplation de l’énorme pointe de lance qui s’est fiché dans la carlingue alors qu’autour c’est le chaos de la bataille résonne fortement avec le caractère d’Henry Jones premier du nom). L'interprétation de Ford dans ce moment est très belle et donne une profondeur émotionnelle au film touchante.
La fin et le retour au présent bouclent comme il faut et le film et la saga, elle n’est pour moi ni redondante ni inutile, bien au contraire. La tendresse du passage avec Marion fait sens avec leur scène de séduction reprise des Aventuriers, du vrai romantisme.
S’agissant de la réalisation, Mangold propose des scènes haletantes et de beaux plans, mais c’est vrai que parfois on a envie de lui dire de ralentir au niveau de l’action frénétique. C’est aussi dû au montage et à l’époque, où l’on sent presque une peur de s’appesantir trop longtemps sur un même plan…
Deux éléments qui je trouve manquent à cet Indiana Jones : l’humour et la frayeur.
Le premier est quasiment absent mais s’efface au profit d’une partition beaucoup plus mélancolique de la part d’Harrison Ford. J’avais peur de voir l’acteur bougon et pince-sans-rire transparaître dans le personnage, mais sa prestation est parfaite, bien meilleure je trouve que dans le 4.
Le deuxième, la frayeur, est vraiment rajouté pour dire que. A part des murènes dans la plongée sous marine et des insectes dans une partie de la grotte finale, c’est accessoire et d'aucune utilité pour l'intrigue (là où par exemple les insectes du
Temple Maudit jouaient sur la peur de Willy et sa capacité à sauver les personnages).
Voilà, pour moi je mets ce 5 vraiment au-dessus du 4, que j’avais pourtant apprécié malgré ses défauts. J’avais peur d’un truc qui surfe sur la nostalgie out-universe en mode clins d’œil au spectateur, et heureusement ce n’est pas le cas. On a le retour de Sallah par exemple mais on n’en fait pas des tonnes, idem pour le retour in extremis de Marion, dont le scénario a eu l’intelligence de ne pas la faire revenir cette fois-ci dans l’aventure car ce n’était tout simplement pas le propos. Et je ne me suis pas ennuyé une seconde, même dans le ventre mou du film.
Anecdote enfin, on devait être même pas 10 dans la salle Dolby (avec sièges réglables, assez confort comme truc), et j’avais autour de moi deux femmes dans leur soixantaine. Elles ont beaucoup rit aux répliques d’Indiana Jones, et le discours sur l’âge et la considération des jeunes générations qui dépassent le héros faisait mouche chez elles (et chez moi aussi

).
Indy 5 n’est pas le meilleur de la saga, ne révolutionne pas le genre, n'est pas non plus un film de boomer, mais bel et bien la suite et fin pleine d'émotion d’une saga qui peut, preuve en est, toucher de 7 à 77 ans, au moins.
