Kenowan a écrit :DRIII a écrit :Là, il y a un souci de chronologie. Luke s'est exilé bien avant que le PO ne devienne une réelle menace. C'est dit d'ailleurs dans l'opening crawl de TFA :
Luke Skywalker has vanished.
In his absence, the sinister
FIRST ORDER has risen
from the ashes of the Empire
Donc, dire que Luke choisit de laisser crever sa soeur est un très gros raccourci.
Luke connait Snoke
somehow, et a vu de telles horreurs dans le futur de Ben qu'il a pensé à l'abattre. Je vois pas ce que ça change.
Ça change qu'il ne laisse pas crever sa soeur. Qu'il pense qu'il est un boulet inutile, voire nocif.
Tu joues sur les mots. Tout le monde croit Luke parti pour retrouver le premier Temple Jedi : il y a un semblant de quête, de volonté de revenir aux origines - à une sagesse perdue.
Non, Han dans TFA dit que Luke s'est barré après le basculement de Kylo Ren parce qu'il se sentait coupable. Et que ceux qui le connaissent pensent qu'il pourrait avoir rejoint le premier Temple Jedi.
Rien ne dit d'ailleurs que Luke n'y allait pas à la base pour se ressourcer. Mais il s'y est perdu et enfermé.
Ce serait plus pertinent s'il croyait avoir perdu la Force, s’illusionnait pour fuir sa culpabilité, plutôt que d'avoir vraiment abandonné - d'autant plus après avoir vu de telles horreurs dans le futur de Ben qu'il aurait tenté de l'abattre.
Luke ne peut pas avoir perdu la Force puisqu'il est génétiquement sensible à la Force. C'est d'ailleurs pour la même raison que sa soeur y est sensible elle aussi. S'il l'a perdue, c'est que c'est forcément dans sa tête. La Force, ça ne se perd pas, ça ne se vole pas (enfin si, dans TROS, mais c'est pas non plus super clair). Donc pas besoin d'aller chercher le premier Temple Jedi pour la retrouver. Ce serait une quête inutile.
En ce qui concerne l'escapade de Finn & Rose, y a une différence entre naïf et crétin, allègrement franchie en ce qui me concerne - sans parler des incohérences "artifices de mise en scène abracadabrantesques de RJ qui rompent ma suspension d'incrédulité"...
Finn et Rose ne sont pas crétins justement. Ils sont naïfs et maladroits. Et c'est ce que j'apprécie dans leur traitement. Johnson montre cette maladresse mais ne tourne jamais ses personnages en ridicule.
Et le problème est du même ordre dans l'arc de Poe : pointer les présupposés sexistes et les envies d'actions puériles auxquelles nous ont habitué le cinéma (d'action) hollywoodien, ça marche vachement mieux quand on se prend pas les pieds dedans.
Pour le coup, je ne faisais pas référence aux présupposés sexistes qui ne sont pas l'élément central du propos. Et pour le coup, Holdo n'a pas le look habituel d'un officier, donc c'est un élément "objectif" de surprise, qui peut créer un décalage, tant pour Poe que pour le spectateur.
Là encore, Johnson ne fait pas de Poe un sale type sexiste, imbu de lui-même et bourré de préjugés. Il nous montre juste un homme d'action frustré de ne pas pouvoir agir. Parce qu'un pilote de X-Wing qui n'a plus de X-Wing ne sert à rien dans la configuration qui est celle de la Résistance après l'attaque de Kylo Ren. Et c'est là que sa frustration rejoint notre frustration de spectateur qui veut voir l'homme d'action agir. Il n'y a d'ailleurs rien de puéril là-dedans. Le cinéma est un spectacle et on va au cinéma pour du spectacle.
Je trouve juste intéressant que Johnson questionne les situations collectives et indivuelles, prennent nos attentes à contre-pied, pour mettre ses personnages à nu en quelque sorte, exposer leur essence, leurs motivations, leur vraie nature et ce qu'elle implique humainement. Ses personnages - en quelque sorte - ont les défauts de leurs qualités et inversement. Au final, j'ai éprouvé de l'empathie pour Poe, Rose, Finn, Rey, Luke et même Kylo Ren. Parce que j'y ai vu des êtres humains, faillibles, avec leurs qualités et leurs défauts.
Ce que je trouve intéressant, c'est que Johnson puise dans les archétypes, les déconstruit pour essayer de proposer une autre approche - plus humaine - de la figure héroïque. On n'est pas dans l'exercice de style gratuit, "arty" et prétentieux. Johnson s'en sert pour épaissir, humaniser ses personnages, leur donner de la substance. Il sort du schéma super-héroïque qui est devenu une sorte de norme indépassable de la fiction grand public qui conduit, à mon sens, à un appauvrissement de l'imaginaire collectif et de nos modes de représentation.
En descendant de leur piédestal, les héros de TLJ deviennent nos semblables. Le Poe de TLJ m'intéresse beaucoup plus, personnellement, que celui de TFA ou TROS, restreint à sa coolitude et ses punchlines de super-pilote. Et dans un sens, pour moi, Johnson revient ainsi à la base, à ce que j'ai toujours adoré dans Stars Wars : ses héros à échelle humaine, avec leurs failles, leurs doutes, leurs imperfections, leurs défauts.
Ce que j'ai toujours trouvé sympathique et touchant dans ANH, c'est cette équipe improbable formée d'un jeune péquenaud naïf, d'un vieux sorcier sur le retour, d'un contrebandier interlope flanqué d'un géant poilu et gauche, volant à bord d'une sorte de casserole géante pour venir à la rescousse d'une princesse pestouille détenue par des Nazis de l'espace. Chacun pouvait se reconnaître dans cette bande.
La castration par Leia puis Holdo comme leçon dont sort grandi Poe ne marche pas parce que les circonstances sur lesquelles reposent l'échec de Poe sont on ne peut plus artificielles (les pires vaisseaux de l'histoire de la S-F) ; contredites par la suite du film (les Résistants auraient eu l'air fin si le PO les avaient suivi avec un Dreadnought intact) ; impliquent autant sinon davantage la responsabilité de Leia (pourquoi ne peut-elle ordonner aux autres vaisseaux de ne pas soutenir Poe, lui forçant la main ?)
Ah mais l'attitude de Leïa envers Poe est tout à fait critiquable. Et le film nous permet d'éprouver le sentiment d'injustice de Poe et la violence de ce qu'il subit. Encore une fois, TLJ est un film qui traite de l'échec sous ses différentes formes, sans nécessairement verser dans un moralisme excessif.
Le film nous montre que ses protagonistes sont animés par des motivations légitimes mais dont les conséquences peuvent être facheuses. Sur le Dreadnought, Poe a raison, mais le bilan est lourd. Et la fin ne justifie pas les moyens. Dans un sens, quand Luke s'inquiète du CO qui entoure son neveu et allume son sabre parce qu'il perçoit qu'il va être une véritable plaie pour la galaxie, il y a une part de raison, de légitimité dans son geste mais ce qu'il s'apprête à faire est tout à fait condamnable moralement, et l'histoire tournera finalement à la prophétie autoréalisatrice.
TLJ confronte sans cesse les motivations légitimes de ses protagonistes aux conséquences, à la morale et à la raison. Une motivation légitime n'est pas nécessairement moralement acceptable, ni raisonnable, et elle peut avoir des conséquences aussi lourdes qu'imprévues.
On a déjà parlé à plusieurs reprises des soucis qui suivent avec Holdo et son plan, dont on a de bonnes raisons de croire qu'il n'aurait de toute façon pas dû aboutir si le PO avait un tant soit peu d'esprit. Et c'est encore passer à côté du non-sens de Holdo et les capitaines précédents coulant avec le vaisseau "for reasons", mais ne pensant jamais à tenter une manœuvre kamikaze avant la vice-amirale
Une action comme celle-ci ne peut être qu'une action d'ultime recours. Aucune guerre n'a été gagnée grâce à des actions kamikazes et des suicides de masse. TLJ n'est pas là pour faire l'apologie du suicide et relativiser l'importance d'une vie humaine. C'est d'ailleurs en celà qu'il est intéressant que Finn soit "empêché" dans sa volonté de sacrifice sur Crait.
Enfin la bataille de Crait dont nous avons déjà discuté. Tout ça est criant d'artificialité, le récit de RJ doit se contorsionner pour coller au propos, et c'est ce qui empêche, au fond, sa réception - en-dehors des cercles sincèrement hostiles audit message. C'est pour ça que je parlais de gêne en sus d'un ennui face au film : j'étais profondément gêné pour lui, honteux d'être fan de SW, devant la maladresse, pour être mesuré, de son film.
Je t'avouerai avoir éprouvé beaucoup plus de gêne devant ce gloubiboulga confus et creux que nous ont livré Abrams et Terrio pour conclure cette postlogie. Ou devant le premier épisode du "Mandalorian" où, pour la première fois de ma vie de "fan" de Star Wars, je me suis demandé ce que je foutais à regarder un tel truc aussi dénué d'intérêt et de substance.
"Les goûts et les couleurs", comme on dit....