[WIP] Perdu, retrouvé

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Sierra
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[WIP] Perdu, retrouvé

Message par Sierra »

De retour avec une nouvelle traduction, d'un format un peu différent puisque la fic complète fait vingt-six chapitres. Je n'en ai encore traduit que quatorze, mais j'y travaille, lentement et sûrement, et je pense également que la poster ici m'aidera à me motiver.

Il s'agit cette fois d'une traduction de Lost and Found, de mosylu. C'était mon coup de cœur d'il y a trois ans ; j'ai dévoré tous les chapitres à mesure qu'ils sortaient, et dès qu'elle l'a terminée je lui ai demandé la permission de la traduire. Aujourd'hui encore je me régale de travailler dessus dès que j'ai un peu de temps à y consacrer ^^

Le pitch ?
"L'Empereur est mort, et l’Empire n’est plus. À l’aube de la Nouvelle République, Cassian Andor essaie de se bâtir une vie en tant que civil, sans l’unique personne avec qui il aurait voulu la partager.
Puis un jour, il reçoit un appel et apprend que quand Jyn Erso a été capturée six ans plus tôt, il a perdu bien plus qu’il ne l'avait pensé."

C'est donc du Jyn/Cassian (sans surprise), le cast de Rogue One est vivant (là encore sans surprise...), ça se passe quelques années après la fin de la trilogie originale et le background de Cassian est conforme à la saison 1 d'Andor, pas à la 2. Ah, et il y a un chouïa d'écriture inclusive ça et là, parce que les persos secondaires ne sont pas tous concernés par les pronoms il ou elle. Mais ça reste très occasionnel, et ça ne devrait pas gêner votre lecture.

J'éditerai probablement ce post au fur à mesure avec les liens vers les différents chapitres pour plus de clarté. Sur ce, bonne lecture !

Chapitre 1
Chapitre 2
Dernière modification par Sierra le mer. 20 mai 2026 - 20:21, modifié 1 fois.
The droid in Andor is called b2emo? I hear you brother, I be 2 emo about Cassian Andor sometimes too
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Sierra
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Re: [WIP] Perdu, retrouvé

Message par Sierra »

Chapitre 1
Lune d’Handil – 7 ap. BY


Un courant d’air froid siffla à travers les bureaux de l’Administration Portuaire quand la porte s’ouvrit. L’assistante administrative, Javrum Bethdo, frissonna. « Est-ce qu’il fait encore plus froid dehors aujourd’hui ?

— Il fait frais », dit l’assistant du responsable à sa manière tranquille en entrant dans la pièce. C’était un humain, qui avait l’air d’avoir une trentaine d’années. « Mais le printemps arrive. On peut le sentir dans l’air. »

Ça avait tout l’air d’un froid glacial pour Jav, mais elle acquiesça. « Oui Msieur. Tout va bien ? »

Il était sorti environ dix minutes plus tôt, sans rien lui dire, en marchant à pas rapides, le visage fermé et avec son droïde personnel sur les talons.

« Très bien. Et vous n’avez pas besoin de m’appeler monsieur. Je suis un civil. »

Cassian Andor était pratiquement la modestie incarnée. Un peu plus grand et un peu plus mince que la moyenne, mais tout juste, il avait une voix calme avec un léger accent et un visage neutre qui ne trahissait que rarement la moindre émotion. C’était presque irréel, à quel point il était neutre. Mais pour une raison ou une autre, Jav avait toujours l’impression qu’elle devrait l’appeler monsieur.

Son ami Gorag, qui vendait du caf près des portes principales, aimait à se pâmer en pensant au chagrin caché dans les yeux de l’assistant, sûrement dû à une perte déchirante durant la guerre. Mais il regardait des holodramas comme d’autres respirent, aussi Jav n’y prêtait pas vraiment crédit.

« D’accord, dit-elle. Où est Kay ? »

La seule chose qui démarquait vraiment Cassian Andor était son droïde personnel, un ancien modèle Impérial de plus de deux mètres de haut. Bien sûr, depuis la chute de l’Empire, on pouvait mettre la main sur leur matériel et leur équipement pour un demi-crédit et une tasse de caf. On ne pouvait pas lui reprocher d’avoir fait une bonne affaire, supposait-elle.

« Il s’assure seulement que nos – ah – amis en baie d’amarrage B-64 repartent en toute sécurité. »

Jav jeta un œil à ses écrans, en fronçant les sourcils. « Ils ne viennent pas d’atterrir ?

— Ils se sont rappelé un engagement antérieur. » Il défit les attaches de sa veste bleue et la retira, avant de la suspendre avec toutes les autres vestes près de la porte.

« D’accord », dit Jav d’un air de doute.

Une rumeur courait dans le spatioport, comme quoi il avait été un espion et un assassin pendant la guerre. Jav y croyait à peu près autant qu’à la théorie de Gorag sur ses amours perdues.

Enfin.

Pas tout à fait.

Il était vrai que la Lune d’Handil, encore peu de temps auparavant, était un véritable trou à rats blindé de contrebandiers et de pirates, tout aussi corrompu que le reste du gouvernement du système Handil. Vous payez deux fois pour entrer dans Handil et trois fois pour atterrir sur la Lune, voilà ce qu’il se disait.

Mais depuis la chute de l’Empire, Handil s’était amélioré, et depuis que Cassian Andor avait pris le poste d’assistant du responsable portuaire sur la Lune et avait embauché un tas d’anciens de l’Alliance, tout d’un coup, les pirates semblaient éviter le système comme la peste. Jav estimait encore que c’était un miracle que ses papas l’aient laissée postuler pour le job quand il s’était libéré. Il s’agissait surtout de remplir des formulaires, s’assurer que le caf était chaud et tout juste fait pour les équipes de la tour, et répondre aux comms, le tout pour un salaire ridicule. Mais elle avait l’occasion de parler avec des gens qui allaient partout dans la galaxie.

La porte s’ouvrit une seconde fois et une mécanicienne entra à grands pas. « Salut, Javy.

— Bonjour, Shadean. »

Shadean ne s’arrêta pas pour discuter. « Hé, patron », lança-t-elle à Cassian.

« Hmm ? » Il s’était assis devant un écran libre et passait en revue les manifestes qui avaient été soumis dans la matinée.

« Tu connais le vaisseau privé qui a atterri en A-42 ? »

Là, il leva la tête. « Celui qui est arrivé ce matin avec un demi-moteur ? Tu en as déjà fini avec la maintenance ?

— Pas commencé. Ils disent qu’ils peuvent pas payer pour, et qu’ils la feront eux-mêmes. Mais ils ont besoin de pièces et de matos. Une hyperdrive, déjà, et le panneau enviro m’a l’air plutôt mal fichu. »

Il se renfrogna. « Ils viennent du système Alturia, n’est-ce pas.

— Ouaip. »

Cassian et Shadean échangèrent un regard, de ce genre frustrant que Jav ne comprenait toujours pas au bout de trois mois à ce poste. Elle glissa une main sur les contrôles et chercha Alturia sur son écran. Un système de la Bordure Extérieure, dit la banque de données. Une dizaine de lunes et de planètes habitables. Lieu de féroces combats durant le dernier mois, alors que les forces de la Nouvelle République œuvraient à libérer le système des vestiges Impériaux qui le contrôlaient encore.

« Quelle est ton impression, Shad ? » demanda Cassian.

« Pas des Impés, dit-elle promptement. Juste du monde qui cherche à se faire la malle.

— Vers où ?

— Y en a un qui a parlé de famille sur Zistat.

— Ça fait loin, sans hyperdrive ni crédits pour la réparer.

— Plutôt, ouais. »

Un autre regard impénétrable.

Cassian poussa un petit mmm. « Il me semble qu’on a quelques pièces en stock qui n’ont pas été notées sur l’inventaire.

— Ouais, il me semble aussi. Peut-être suffisamment pour remettre une hyperdrive et un panneau enviro en état de marche ?

— Je pense que oui. Tu te sens de prendre une longue pause déjeuner ?

— Oh, tu sais que j’adore ça. » Shad effectua un salut avec son hydroclé.

Cassian faillit sourire. « Souhaite-leur un bon voyage.

— C’est comme si c’était fait. » Shadean repartit à grandes enjambées. « À plus, Javy.

— Salut, Shad. »

Cassian sembla se rappeler sa présence. « Jav, je veux que tu effaces la requête de maintenance pour la Baie A-42.

— Mais ils ne sont toujours pas en état de voler.

— Ils vont faire les réparations eux-mêmes. Tu n’as pas entendu Shad ? »

Jav ouvrit la bouche, et la referma. Elle était presque sûre que la conversation impliquait que Shad allait faire les réparations, peut-être même gratuitement, en dehors des heures de travail. Mais Cassian était le patron. « D’accord. Ah… » Elle fit défiler les données sur son écran. « Ah. Trouvé. J’efface, Msieur.

— Ne…

— Désolée. » Elle se rappela quelque chose. « Oh ! Vous avez eu un comm pendant que vous étiez sorti, d’ailleurs.

— Oh ? » Il était en train de taper un message privé, le front creusé entre ses sourcils.

« Un lieutenant, je pense. Hum. Une frégate médicale. » Mince. Pourquoi est-ce qu’elle ne l’avait pas noté ?

« Il a laissé un message ?

— Il a dit que c’était privé, et qu’il rappellerait. » L’un de ses écrans se ralluma, et elle y jeta un regard. « Oh, c’est encore lui.

— Envoie-le dans mon bureau, s’il te plaît.

— Oui, Msieur.

— Ne… » Il soupira. « Envoie-moi juste Kay quand il reviendra. »

Cassian ferma la porte derrière lui et répondit au bourdonnement insistant. « Andor. »

La personne à l’écran portait un uniforme militaire de la Nouvelle République, son rang indiqué par les points sur son torse. « Capitaine Cassian Andor ? demanda-t-il.

— Pas de Capitaine, Lieutenant. Je suis un civil à présent. » Il paria en lui-même — quelqu’un de l’ancien temps, qui voudrait demander une faveur ? Ou une requête pour son témoignage, en vue du procès d’un criminel de guerre Impérial ?

En dessous de la ligne de vision de la caméra, il sortit son datapad et commença à faire défiler les différents formulaires et messages accumulés dans sa boîte de réception durant la matinée. De quoi qu’il s’agisse, il pouvait toujours suivre les discussions avec l’armée de la Nouvelle République avec seulement la moitié de son cerveau.

« Bien sûr, Monsieur Andor. Je suis le Lieutenant Valkinian, à bord de la frégate médicale Amidala’s Hope.

— Oui ? De quoi s’agit-il ?

— Vous êtes listé comme contact d'urgence du Sergent Jyn Erso. »

Il y avait une très ancienne, très célèbre expérience de pensée concernant un chat de Lothal enfermé dans une boîte. Dans la même boîte se trouvent un petit morceau d’un matériau radioactif et une capsule d’un gaz mortel, relié à un compteur de radioactivité de telle façon que si l’un des atomes du corps radioactif se désintègre, le compteur brise la capsule et empoisonne le chat. Cependant, les chances de désintégration atomique sont telles qu’il est impossible de prédire avec certitude si le chat est vivant ou mort au bout d’une heure.

Kay avait trouvé tout cela extrêmement ennuyeux. « Alors ouvrez la boîte !

— Tu ne peux pas ouvrir la boîte », avait expliqué Jyn avec un large sourire à l’adresse de Cassian de l’autre côté de la table du réfectoire. « Ce n’est pas la question.

— Alors utilisez une boîte que vous pouvez ouvrir. Vraiment, suis-je le seul à penser à ces choses-là ?

— Il ne s’agit pas de savoir si le chat est mort ou non », lui avait dit Cassian. « Il s’agit de l’incertitude, de la part de l’observateur. Le chat a autant de chances d’être vivant que d’être mort, donc pour autant que l’observateur est concerné, on peut dire qu’il est la fois vivant et mort.

— Vivre est un état binaire », avait annoncé Kay. « Vous êtes vivants ou vous ne l’êtes pas. Dans tous les cas, si vous laissez le chat de Lothal suffisamment longtemps dans la boîte, les chances qu’il soit empoisonné surpassent rapidement celles qu’il ne le soit pas, donc de toute évidence la solution est de laisser le chat dans la boîte plus longtemps qu’une heure, et alors vous pourrez être sûrs.

— Je suis d’accord avec Kay, c’est une très mauvaise expérience », avait dit Bodhi.

La dernière fois qu’il avait vu Jyn, elle venait juste de quitter leur lit et d’enfiler son uniforme, avant de partir en mission avec les Éclaireurs. Il l’avait fait revenir pour un dernier baiser, et elle était venue de bon cœur jusque dans ses bras. Ils étaient tous les deux rougissants, et vulnérables, avec la nouveauté de ce qu’ils partageaient, sa tendresse et son bonheur fragile.

Juste avant que la porte ne se referme sur elle, elle s’était retournée vers lui avec un large sourire.


« Monsieur Andor ? Vous êtes avec moi ? » Le lieutenant fronça les sourcils devant son écran et marmonna « Ces foutus feignasses de techs, ils ont dit… »

Cassian se racla la gorge. « Je… oui. Oui.

— D’accord, je vérifiai juste ma connexion. »

Jyn Erso était à jamais figée dans sa mémoire en cet instant avant que la porte ne se ferme entre eux, les yeux brillants d’une promesse de lui revenir. Mais elle n’était pas revenue.

Pendant près de six ans, Jyn avait été considérée comme disparue au combat, et comme le chat de Lothal dans la boîte, plus longtemps son statut restait le même, plus il y avait de chances qu’elle soit morte.

Il essayait de se le dire, tous les jours. Et tous les jours, une petite voix au fond de lui soufflait mais ce n’est pas certain.

« Alors, dit-il, sa voix se brisant sous l’effort. Vous l’avez trouvée. »

Sous ses doigts, une requête pour du gaz tibanna clignotait, complètement oubliée.

« Elle était dans un camp de travail Impérial sur Alturia VII que les forces de la Nouvelle République ont libéré il y a trois jours. Les autres prisonniers et elle ont été amenés sur le Amidala’s Hope pour y être traités. Je vous prie de m’excuser pour le temps que j’ai mis à vous contacter. Identifier et confirmer les identités de tout le monde a été…

— Elle est vivante ? l’interrompit Cassian.

— Oui, dit le lieutenant. Je ne l’avais pas dit, Monsieur ? Elle a quelques blessures. Mais avec des soins et une thérapie, elle peut espérer récupérer une bonne qualité de vie. »

Il voulait s’asseoir, mais ses genoux étaient comme grippés. Il voulait se laisser tomber sur le sol, mais toutes ses autres articulations étaient figées de la même façon. « Elle est vivante, dit-il encore.

— Oui, Monsieur. »

Son cœur tambourinait dans ses oreilles. Il était encore figé sur place.

La porte du bureau s’ouvrit et Kay entra. « Eh bien, ce n’était pas amusant du tout, se plaignit-il. Je n’ai même pas pu… »

La voix de son vieil ami le fit revenir à lui. « Kay, lança-t-il. J’ai besoin de la route la plus rapide pour… » Il jeta un œil à l’écran. « Où êtes-vous ?

— Nous sommes en hyperespace, Monsieur, répondit le lieutenant. En route pour le système Crullik.

— Il y a un transport qui part pour Crullik II dans une heure et trente-sept minutes depuis Handil Prime, dit Kay. Heure d’arrivée estimée, dans soixante-trois heures. Deux correspondances. Pourquoi allons-nous là-bas ? »

Cassian secoua la tête. « C’est trop lent. Trouve un transport privé. Quelqu’un dans ce système doit bien aller dans cette direction.

— Soixante-trois heures est entièrement suffisant pour aller à Crullik, entre tous les…

— C’est Jyn, aboya-t-il. Elle est vivante. »

Kay se tut immédiatement et se connecta à son port de données favori.

« Nous devrions arriver d’ici huit heures, dit le lieutenant. La plupart des prisonniers du camp étaient des civils, donc ils vont aller dans un centre de traitement de réfugiés sur Crullik III. Mais le Sergent Erso remplit les conditions pour être transférée à l’hôpital militaire de Crullik IV. Votre dossier dit que vous vivez sur la Lune d’Handil ?

— Oui. Je vous retrouverai là-bas. Quel est votre code de contact ?

— Monsieur, même avec un transport privé, il y a des chances qu’ils aient été transférés à l’hôpital avant que vous arriviez. Je donnerai votre nom à l’équipe et leur dirai que vous êtes attendu.

— D’accord, d’accord, oui. Merci. Je… Merci. » Il tendit la main vers le bouton pour mettre fin à l’appel.

« Monsieur ! » s’exclama le lieutenant avant qu’il puisse appuyer dessus.

« Oui ?

— Il y a autre chose qu’il vous faut savoir. »

Kay leva la tête et dit, « Qu’est-ce qu’il a voulu dire par "ils" ? »

Crullik IV – deux jours plus tard


La porte faisait un léger déclic avant de s’ouvrir, et le garçon avait appris à le guetter, depuis un jour et demi qu’on l’avait emmené dans ce nouvel endroit. Il roula sur le côté dans le lit doux et moelleux, remonta les lourdes couvertures presque jusqu’à ses oreilles, et ferma les yeux.

Qui était-ce cette fois ? Une infirmière ? Un docteur ? L’autre personne qui n’arrêtait pas de lui parler et attendait qu’il réponde ?

Ne parle pas aux gardes, disait Maman.

Mais les deux personnes qui entrèrent n’essayèrent pas de lui parler, ni même de le réveiller.

« Eh bien », dit une voix de femme. Un des docteurs, pensa-t-il. « C’est lui.

— Vous êtes sûrs qu’il a cinq ans ? Il a l’air… petit. » Une voix d’homme, basse et rauque, avec un accent étrange.

« Il souffre de malnutrition, comme tout le monde dans ce camp de travail. Une nutrition adéquate devrait lui permettre de rattraper un peu sa croissance, même s’il y a des chances qu’il reste petit toute sa vie. Mais oui, pour répondre à votre question. Nous avons vérifié. Il a environ cinq ans. »

Il avait cinq ans, et il n’aimait pas qu’ils parlent de lui comme ça. Il n’était pas plus petit que n’importe quel autre enfant du camp.

Mais ils n’étaient plus au camp. Les soldats en uniformes bleus avaient menotté tous les gardes et avaient dit à tous les autres que tout allait bien, maintenant, ils étaient libres, ils allaient rentrer à la maison dans le grand vaisseau.

Est-ce que c’était ça, la maison ? Sans sa maman ?

Mais non, Maman était juste à l’étage. Trop loin, mais au moins il savait où elle était.

« Et sa mère ? » dit le nouvel homme.

« Encore inconsciente. Elle a subi des blessures pendant la libération du camp… »

Cache-toi avec les autres, avait murmuré Maman, en pressant un baiser sur ses cheveux. Prends-soin d’eux. Ne regarde pas.

Il avait sagement hoché la tête, mais il avait quand même regardé par la fenêtre quand elle était partie pour la voir se battre contre les gardes, à grands coups de pioche, en grondant. Puis l’un d’eux l’avait frappée, et elle était tombée, et il était retourné en courant avec les autres enfants, en leur disant de se taire et en se mordant la lèvre pour ne pas pleurer.

Mais sur le vaisseau qui les avait emmenés loin du camp, elle avait ouvert les yeux et lui avait souri et lui avait touché le visage quand il s’était blotti contre elle. Et inconsciente ne voulait pas dire morte. Il le savait.

« — et elle souffre également de malnutrition, plus sévèrement que lui. Elle lui donnait probablement une part de ses rations.

— Mais elle va survivre ?

— Oh, oui. Nous n’avons aucun doute à ce sujet.

— Et… Vous êtes sûrs. Pour le garçon.

— Le test ADN l’a confirmé. Félicitations, je suppose ?

— Je ne savais pas. Nous avons seulement… nous n’avons eu que très peu de temps, avant…

— Vous savez ce qu’on dit, il suffit d’une fois », dit le docteur en riant.

L’homme ne rit pas, et le rire du docteur s’éteignit dans le silence. Elle se racla la gorge. « Notre thérapeute a essayé de lui parler, mais il n’a pas offert de réponse. Son ouïe est bonne. Il répond aux stimuli. Les tests cognitifs préliminaires ne montrent aucun retard. Il… n’a juste pas parlé. Nous ne sommes pas sûrs qu’il le puisse.

— Peut-être qu’il choisit de se taire.

— Peut-être. Il sait très bien faire comprendre ses opinions, remarquez. Quand nous avons essayé de le séparer de sa mère à leur arrivée, il a mordu trois infirmiers et a donné des coups de pied à deux autres avant qu’on puisse lui donner un tranquillisant. »

Une bouffée d’air, comme un rire, et un méli-mélo de mots sans signification.

« Elirodeysoumadray.

— Pardon ?

— Non, rien. »

Il se renfrogna dans son oreiller (doux et épais et très très très blanc, comme s’il n’avait jamais été sale). Il voulait savoir ce que l’homme avait dit de lui.

« Je me rends compte que c’est un choc, dit le docteur. Si vous souhaitez parler à un thérapeute, je suis sûre que ce sera pris en charge par…

— Pourrais-je m’asseoir ici un moment ? dit l’homme. Avec lui.

— Bien sûr. Le bouton d’appel est juste là si vous avez besoin de quoi que ce soit. »

Il entendit une nouvelle fois le whoush de la porte, mais il n’ouvrit pas les yeux. Il semblait que l’homme allait rester.

S’il était resté, l’homme savait être très silencieux. Encore plus silencieux que lui, et il gagnait toutes les parties d’Embuscade ces derniers temps parce que Maman lui avait appris à être silencieux et discret.

Il commençait à penser qu’il s’était trompé et que l’homme était parti avec le docteur quand un très léger froissement de vêtements annonça sa présence.

Il hoqueta, et puis il se força à respirer comme s’il dormait, comme s’il n’était qu’un petit garçon inoffensif endormi et que l’homme n’avait pas à s’inquiéter de ce qu’il avait pu entendre.

« Je sais que tu ne dors pas », dit l’homme.

Il ne put s’en empêcher. Il ouvrit les yeux d’un seul coup et regarda l’homme assis dans la chaise près de son lit.

Il avait un visage mince et sérieux, presque renfrogné, comme s’il était triste ou fâché. Ses sourcils sombres étaient froncés, comme si le garçon était une énigme qu’il essayait de résoudre. Il avait des yeux très très sombres avec des cernes en dessous et des petites rides aux coins. Il avait aussi des rides aux coins des lèvres, presque cachées par sa moustache.

« Bonjour », dit l’homme.

Il ne répondit pas.

« Comment tu te sens ? »

Il avait faim, mais il ne pensait pas que ce soit déjà l’heure du repas. Il était propre et au chaud, ce qui était bien. Il voulait sa maman.

Il ne dit rien de tout ça.

« Est-ce que tu sais où tu es ? »

Chambre 2-B7-2.

Aile pédiatrique.

Le Centre Médical Breha Organa.

Okal City, Crullik IV.

La Nouvelle République.

N’importe lequel de ces endroits. Tous semblaient être vrais.

C’était beaucoup de mots déroutants, pour lui, mais il les avait mémorisés, parce qu’on ne savait jamais, disait Maman. Quand il lui racontait des choses qu’il avait entendu les gardes dire, elle était toujours très fière de lui, alors il écoutait toujours très fort quand les gens parlaient autour de lui.

Il resta de marbre.

« Est-ce que tu sais qui je suis ? » dit l’homme.

Non. Ça, il ne le savait pas. Mais ça n’avait pas d’importance. Ici, il était entouré d’adultes qu’il ne connaissait pas. Un de plus, un de moins…

« Je suis ton père », dit l’homme. Il hésita, et puis sa voix s’adoucit. « Est-ce que ta mama t’a jamais parlé de moi ? »

On ne parlait pas aux gardes. C’est ce que Maman disait. Et n’importe quel homme inconnu était probablement un garde, ou le chef d’un garde, ou quelqu’un d’autre qui ne serait rien de bon.

Il n’avait jamais eu de père et il n’en voulait pas.

Galen Cassian Andor se retourna dans son lit trop doux, trop propre, tourna le dos à l’homme qui avait dit être son père, et referma les yeux.
Dernière modification par Sierra le mer. 20 mai 2026 - 20:16, modifié 1 fois.
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Re: [WIP] Perdu, retrouvé

Message par sam sanglebuc »

Une histoire puissante dure et belle ! (Je précise que je suis cette fic sur un autre canal et que j'en suis au chapitre 13)
Et traduite avec brio !
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Rey: "Toi non plus"
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Re: [WIP] Perdu, retrouvé

Message par Sierra »

Merci Sam ^^ Je me rends bien compte qu'on est peut-être assez loin des standards de la fanfiction SW pour pas mal de monde (pas de Jedi ou de Sith - période après guerre - pas de batailles ou de combats - et beaucoup, beaucoup de paperasse XD) mais ça reste pour moi un des meilleurs textes sur lesquels j'ai travaillé (et continue de travailler)
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Re: [WIP] Perdu, retrouvé

Message par Sierra »

Et hop ! Une update :cute:

Chapitre 2


Alturia VII – Six mois plus tôt

Le med-droïde du camp était cassé et n’avait pas été remplacé, alors Maman était allée aider. Elle avait dit qu’elle viendrait le chercher le lendemain matin, mais Galen l’avait entendu dire à Dibem qu’elle passerait quand ce serait terminé, alors il était resté éveillé. À peu près. Il avait peut-être dormi un petit peu.

Mais quand on frappa à la porte et qu’on se mit à parler à voix basse, il repoussa ses couvertures et s’assit, prêt à partir. Maman croisa son regard par-dessus l’épaule de Dibem et ne finit pas sa phrase. Après un moment, elle secoua la tête. « D’accord. Allez viens. »

Il bouscula Dibem en passant et passa les bras autour de la taille de sa maman. Elle lui ébouriffa les cheveux. « Il a été sage ?

— Assez, dit Dibem. Anshee et lui ont passé la moitié de la nuit à chuchoter au lieu de dormir. »

Anshee avait été inquiète pour sa mère et pour le bébé. Galen n’avait pas su qu’il y avait de quoi être inquiet avant qu’elle en parle. Maman est là-bas, lui avait-il dit. Maman ne laissera rien leur arriver.

« La petite en avait probablement besoin, dit Maman. Pas de problème pour la garder un jour ou deux ? Belia a besoin de se remettre sur pied.

— Accouchement difficile ?

— Pas aussi difficile que certains. Tous les doigts et les orteils sont là. Elle l’a appelé Tolee. »

Dibem secoua la tête. « Si elle n’avait pas… »

Maman lui lança un regard dur. « Belia a fait ce qu’elle devait faire. Je ne lui reproche rien. »

Galen bailla. Maintenant qu’il ne faisait plus autant d’efforts pour rester éveillé, il dormait presque debout, et les discussions ennuyeuses des adultes n’aidaient pas.

« Ouais, moi aussi », dit Maman en le prenant dans ses bras. « Merci », dit-elle à Dibem.

La maison de Dibem était au bout d’une longue rangée de maisons, et celle de Maman et lui était à l’autre bout. Ils passèrent devant les baraques grises et basses des prisonniers, certaines éclairées de l’intérieur, la plupart éteintes. Derrière eux s’élevaient les murs d’un gris sourd, menaçants, et le fil barbelé qui courait sur le sommet brillait sous la lumière des étoiles.

Si vous envoyiez votre balle contre l’une des murailles par accident, elle brûlait et s’effritait en morceaux noirs et secs, et il fallait trouver un moyen d’avoir une autre balle. Ça pouvait prendre une éternité, alors ils évitaient de jouer près des murailles.

Pendant la journée, sa maman et les autres adultes qui n’étaient pas des gardes montaient dans des transports et allaient travailler dans les mines, pour déterrer des choses que l’Empire voulait. Galen avait dit une fois qu’il voulait être grand pour pouvoir venir aider et sa maman avait dit non, non, jamais, tu n’iras jamais travailler dans ces mines, tu m’entends, non. Elle ne pleurait pas, la plupart du temps, mais elle avait pleuré en disant ça. Mais elle avait été en colère, aussi.

Peut-être que c’était à cause d’Hagon, le fils de Dibem, qui avait eu dix ans et les gardes avaient dit qu’il était assez grand pour commencer à aller dans les mines avec les adultes. Et puis il y avait eu un accident.

Mort, c’est quand on part et qu’on ne revient pas.

Les adultes mouraient beaucoup. Pas sa maman. Mais d’autres adultes. Et Hagon, qui avait fait une balle pour que les plus petits puissent taper dedans et qui portait toujours Galen sur son dos s’il le lui demandait. Il manquait à Galen, parfois.

Galen n’avait jamais redit à Maman qu’il voulait aller travailler avec elle, même s’il le pensait parfois.

Il était très tard. Galen se dit que, peut-être, il n’était jamais resté éveillé aussi tard avant.

L’air était froid mais sa maman était chaude. Il posa la joue sur son épaule et leva les yeux vers le ciel empli d’étoiles. Maman disait que le camp n’était pas leur vraie maison et que leur vraie maison était quelque part ailleurs, mais elle n’avait jamais dit où. Il savait que toutes ces étoiles avaient des planètes avec des gens dessus, comme celle où ils étaient, mais il n’avait jamais été sur aucune d’entre elles. Il n’était jamais allé au-delà des grandes murailles du camp.

Maman avait dit qu’il y avait une guerre là dehors. Que la Rébellion se battait contre l’Empire pour le faire disparaître.

Il avait demandé qu’est-ce que c’est une guerre.

Elle avait dit beaucoup de bagarres.

Il imagina toutes les étoiles en train de se crier dessus. Il espérait qu’elles auraient fini le jour où il pourrait quitter le camp et rentrer à la maison. Maman disait que oui. Un jour.

« Qu’est-ce que vous faites dehors aussi tard ? »

C’était le plus méchant des gardes. Tous les enfants du camp connaissaient sa voix.

Galen pressa son visage contre l’épaule de sa maman, et fit semblant de dormir aussi fort qu’il pouvait. Ne parle pas aux gardes, c’était la règle de Maman, et il la suivait volontiers. Les gardes avaient tous des yeux méchants et s’ils vous remarquaient et que vous n’étiez pas assez rapide, vous preniez une gifle ou un coup de pied.

Maman leur parlait toujours, elle, comme cette fois. « Je donnais un coup de main. Vous n’avez pas entendu le bébé pleurer ?

— Oh, ça. » Il fit un bruit de cochon. « Tous ces pleurs et ces hurlements, après s’être dandinée dans tout le camp comme une truie pendant des mois. Qu’est-ce qu’elle y a gagné ? On a une autre bouche à nourrir.

— Dites-moi, le directeur sait qui lui a fait ce bébé ? Il vire toujours ceux qui fraternisent, pas vrai ? »

Galen jeta un regard vers le garde entre ses cils ; il regardait sa maman avec un air méchant. Il n’avait pas besoin de lever la tête pour savoir que Maman aussi le regardait avec un air méchant.

Parfois il pensait que même les gardes, avec leurs bâtons étourdisseurs et leurs armures, avaient un peu peur de Maman.

Le garde détourna les yeux en premier, en se raclant la gorge. « Retourne dans tes quartiers. Tu travailles dans, oh - » Il regarda son chrono avec tout un tas de manières. « Environ quatre heures.

— Je suis de l’après-midi cette semaine. »

Il ricana. « Plus maintenant, non. » Il se détourna et partit en rigolant.

Maman dit un mot qui avait valu à Galen un regard noir quand il l’avait répété chez Dibem.

« Maman », dit-il doucement, et elle secoua la tête, son menton venant effleurer sa tempe.

« Pas ici. »

Une fois à l’intérieur de la petite boîte grise de leurs quartiers, une fois la lumière allumée et la porte fermée, il dit, « Maman.

— Mmm ? » Elle remettait de l’ordre dans les couvertures sur sa couchette.

« Maman, c’est ce garde qui a mis le bébé dans le ventre de Belia. Anshee me l’a dit. »

Elle secoua la tête. « Je sais, mon cœur, Nous le savons tous.

— Pourquoi tu ne lui as pas demandé ça alors ? Pourquoi tu ne lui as pas dit qu’il était le père du bébé ?

— Parce qu’il n’est pas son père.

— Mais… »

Elle s’accroupit devant lui, en le regardant droit dans les yeux. « Écoute. Ce n’est pas parce que quelqu’un plante une graine qu’il devient père. Ce garde est juste un autre garde. Il n’aura rien à voir avec Tolee, alors il n’est rien. Certainement pas un père. »

Il réfléchit. Certains des autres enfants avaient des pères. Pas lui. Ni Anshee. Il avait cru que le bébé en avait un mais Maman disait que non.

Plus il y réfléchissait, plus c’était logique. Parce que tous les pères aimaient leurs bébés et il ne pensait pas que ce garde pourrait jamais faire des câlins au bébé de Belia ou lui donner à manger ou sourire quand il gazouillerait ou rien d’autre de ce que faisaient les pères.

« D’accord. Je peux dormir avec toi ?

— Je me lève tôt. Première équipe. » Elle grimaça.

Il ouvrit de grands yeux et laissa trembler sa lèvre. « Mais il fait froid. »

Elle leva les yeux au ciel, mais c’était pour de faux. Il savait toujours quand elle ne le pensait pas vraiment. « Allez zou », dit-elle, et il se glissa dans la couchette de Maman, qui était plus grande et plus confortable. Elle ajouta ses couvertures à lui par-dessus, éteignit la lumière, puis rampa à côté de lui. Il pressa ses orteils froids contre ses jambes et elle glapit.

« Kriff, tes pieds sont gelés. »

Il gloussa.

Elle passa un bras par-dessus lui et l’attira contre elle. « Dors, petit gobelin. » Elle commença à lui caresser les cheveux comme elle l’avait toujours fait, depuis qu’il était bébé.

Il ferma les yeux parce qu’il voulait vraiment dormir, mais cette histoire de pères continuait de lui trotter dans la tête. « Maman, souffla-t-il dans l’obscurité.

— Mmm. »

Est-ce que mon père est un garde, pensa-t-il, mais il ne savait pas comment poser la question. Maman n’en avait jamais parlé avant.

« Quoi, Galen ?

— Qui a planté ma graine, Maman ? »

Sa main s’arrêta un moment, avant de recommencer à lisser ses cheveux. « Quelqu’un que je connaissais. Avant.

— Quand tu étais à la maison ?

— Oui.

— Est-ce que c’était un garde ?

— Non. Il – non.

— Pourquoi il n’est pas ici ? »

Elle soupira.

« Parce qu’il n’a pas été capturé en même temps que nous.

— Pourquoi il n’est pas venu nous trouver ? »

Nouveau soupir. « C’est une grande galaxie, mon cœur. Et elle est en guerre. Il ne sait pas où nous sommes. Je ne sais même pas s’il est encore en vie. »

S’il était en vie et qu’il savait où on est et qu’il venait nous trouver, il serait un père ou il serait comme le garde ?

Mais le temps qu’il rassemble assez de courage pour le lui demander, elle s’était endormie. Alors il cala sa tête contre son épaule et ferma les yeux, lui aussi.

Crullik IV – Maintenant

Après dix minutes passées à fixer le dos de son fils, Cassian se leva et se faufila hors de la chambre. Il était presque sûr que Galen ne dormait toujours pas, mais il ne voulait pas le réveiller si jamais il avait tort.

Son fils.

Ça ne lui paraissait pas plus réel aujourd’hui qu’un jour et demi plus tôt, sur la Lune d’Handil, quand le lieutenant lui avait annoncé que Jyn avait un enfant. Sa première pensée avait été où est-ce qu’elle en a trouvé un, comme si elle avait accidentellement volé un bébé plutôt qu’un portefeuille en faisant les poches de quelqu’un.

Puis il avait pensé, Galen, évidemment.

Puis Kay avait fait remarquer, « Si l’enfant a cinq ans, il y a soixante-quinze pour cent de chance que tu en sois le père. »

Alors il avait pensé, oh.

Kay avait ajouté, « Bien sûr, une date de naissance plus précise ou un test ADN permettraient plus de certitude. »

Il avait donné sa permission pour que l’échantillon d’ADN de son dossier serve à un test et s’était déconnecté, encore en train d’essayer d’assimiler le fait qu’il avait un enfant.

Un garçon.

Un garçon avec un menton pointu et volontaire et des cheveux sombres mal coupés qui cascadaient dans ses yeux brun clair et une bouche fine pincée avec suspicion.

Un garçon qui avait existé pendant cinq ans sans qu’il le sache.

Son… fils.

Le médecin leva la tête de son bureau au centre de la minuscule aile pédiatrique. « Monsieur Andor, dit-elle en se levant. Comment était-il ? Il vous a parlé ?

— Non », dit Cassian.

Elle hocha la tête. « Je ne pensais pas qu’il le ferait, mais bon.

— J’aimerais voir le Sergent Erso maintenant, si c’est possible. »

Elle vérifia quelque chose sur son ordinateur. « Elle sort tout juste d’un traitement au bacta. On dirait que ses blessures guérissent suffisamment bien pour qu’ils aient baissé la dose de sédatifs.

— Elle est réveillée ?

— Bientôt, si elle ne l’est pas déjà. Mais je dois vous prévenir, elle planera complètement. Et certaines personnes deviennent très agressives pendant la descente. »

Il faillit sourire. « Croyez-moi, dans son cas ce ne sera pas à cause des médicaments. Je veux quand même la voir.

— D’accord. Je leur fais savoir que vous êtes en route. »

Jyn luttait pour reprendre conscience, comme un chat de Lothal se débat pour sortir d’une boîte. Des voix l’entouraient, bavardaient dans ses oreilles, et l’arrière-goût de lait caillé typique après une immersion en bacta inondait sa bouche.

« Sergent Erso, vous devez vous calmer.

— Allez vous faire foutre », bredouilla-t-elle. Il y avait des fils autour d’elle, sur elle, qui l’emmêlaient, la retenaient. « Qui êtes-vous ? Où suis-je ?

— Vous êtes au Centre Médical Breha Organa. »

Elle cracha et rua contre les mains qui la maintenaient couchée. « Connards d’Impériaux.

— Nous ne sommes pas des Impériaux ! Nous sommes avec la Nouvelle République. »

Bon, ils avaient changé leur nom. Et alors ? C’étaient toujours des connards. Même si le lit était moelleux et les couvertures étaient chaudes et elle sentait que tous les endroits où elle avait été blessée commençaient à guérir. Ça voulait juste dire qu’ils l’avaient remise sur pied avant de la renvoyer derrière la muraille.

Et ils avaient pris son enfant. Il était là, tout chaud, blotti contre elle, et maintenant il n’y était plus. « Où est mon fils ? feula-t-elle. Où l’avez-vous emmené ? Est-il seulement vivant ?

— Votre fils va bien, Sergent Erso ! Il est entre de bonnes mains.

— Où ? Qui ?

Jyn. »

La voix la stoppa net. Elle ne l’avait pas entendue depuis six ans. Elle n’avait pas vu ces yeux sombres et ce visage étroit ailleurs que dans ses rêves. « Cassian », dit-elle.

Il se pencha sur elle, lui dissimulant l’équipement médical et le personnel soignant et les lampes blanches aveuglantes. Elle aurait pensé que c’était un autre rêve, mais il y avait des stries grises dans ses cheveux et sa barbe qui ne s’y trouvaient pas auparavant.

Elle leva une main pour toucher son visage. Essaya, en tout cas. Quelque chose tira sur le dos de sa main avec un éclair de douleur. L’un des fils auxquels elle était raccordée. « Ils t’ont capturé, toi aussi ?

— Non, dit-il. Tu n’es plus prisonnière. C’est fini. »

Elle le fixa intensément. Pourquoi était-il ici ? Comme c’était commode. Est-ce que c’était seulement lui, ou est-ce qu’on lui avait donné un genre de drogue qui produisait des hallucinations réconfortantes ?

Mais on l’avait appelée Sergent, et personne ne l’avait plus appelée ainsi depuis six ans.

« Qu’est-ce que j’ai dit, sur la plage ? » dit-elle.

Un coin de la bouche de Cassian se releva, l’espace d’un instant. « Tu n’as rien dit. J’ai dit, “ton père serait fier de toi”. »

Elle n’avait jamais parlé de la plage sur Scarif, avant leur échappée à la dernière seconde. À personne. Elle ne pensait pas qu’il l’aurait fait non plus. Elle se laissa retomber dans son lit moelleux, amidonné, et propre, en absorbant tous les traits de son visage. « Qu’est-ce que tu veux dire, c’est fini ? C’est quoi, cette Nouvelle République ? Et la guerre ? »

Il jeta un regard à l’un des médecins, qui dit, « Non, elle n’est pas au courant. Elle est restée inconsciente la plupart du temps depuis que les militaires ont libéré le camp.

— Au courant de quoi ? demanda-t-elle.

— Jyn, dit Cassian. L’Empire n’existe plus.

— Mais l’Empire me retenait prisonnière. » Cet insigne, en roue dentée, avait été partout dans le camp, flottant sur des bannières et peint sur les bâtiments et même sur les tenues qu’on leur fournissait. Un rouage, faisant de son mieux pour les réduire tous en poussière.

« Il y a des résistances, reconnut-il. Mais l’Empereur est mort depuis quatre ans, et ce qui restait de l’Empire s’est rendu il y a deux ans.

— On… a gagné ?

— C’est la Nouvelle République, maintenant », dit-il. Il fit signe à un infirmier d’approcher. « Montrez-lui votre insigne. »

L’infirmier tendit le bras et Jyn fixa le patch sur son épaule. Le phœnix – mais pas exactement. Bleu au lieu d’être rouge, sur un fond noir, dans un cercle d’étoiles. Elle leva la tête. « Comment est-ce arrivé ?

— C’est une longue histoire, dit Cassian. Mais tu auras le temps de l’entendre plus tard. Tu dois te reposer, ou tu vas annuler les bienfaits du bacta. »

Maintenant qu’elle avait cessé de lutter, l’épuisement regagnait le terrain sur son cerveau, comme une brume épaisse. Mais elle le repoussa encore une fois. « Cassian, il faut que je te dise – quand j’ai été capturée, je n’étais pas au courant, mais j’étais –

— Enceinte, dit-il. Je sais.

— Tu sais, pour Galen ?

— Je l’ai rencontré. »

Les larmes lui voilèrent la vue. Ça avait été un de ses rêves, un rêve qu’elle s’autorisait rarement mais qu’elle chérissait tendrement, voir son fils rencontrer son père. Et elle l’avait manqué.

Elle cilla pour chasser les larmes et lui prit la main. Elle se referma sur la sienne, solide et calleuse et chaude après des années dans le froid. « Je veux le voir. »

Il leva les yeux, probablement vers un des infirmiers, et sembla recevoir une réponse négative. « Tu ne peux pas, pas tout de suite. Mais il va bien. Il va bien. »

Elle voulait lui dire tellement de choses. Elle voulait en entendre tellement. Kay, Bodhi, Chirrut, Baze — comment allaient-ils ? Étaient-ils en vie ? Que faisaient-ils ? Elle voulait se blottir contre Cassian et le sentir l’envelopper de son étreinte…

Mais c’est le brouillard d’un sommeil narcotique qui vint l’envelopper. « Qui s’occupe de lui ? »

L’infirmier qui lui avait montré son insigne dit, « Sergent Erso, vous devriez vous concentrer sur votre repos et votre guérison. »

Elle avait tourné la tête pour lui expliquer sur quelle partie de son visage elle allait concentrer ses poings s’il ne lui donnait pas une putain de réponse quand la main de Cassian se resserra sur la sienne. « Il est dans une chambre à l’étage en-dessous. Il est nourri, propre, et il n’est pas blessé. Et je vais prendre soin de lui. »

Toute velléité de combat éteinte d’un coup, le sommeil prit le dessus. « Promets-moi », dit-elle, les mots se bousculant hors de sa bouche.

Il tendit la main pour lui caresser les cheveux, les repousser de ses yeux en train de se refermer. « Je te le promets. »
The droid in Andor is called b2emo? I hear you brother, I be 2 emo about Cassian Andor sometimes too
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