Jolp : Xyghen

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Fan_Wars
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Jolp : Xyghen

Message par Fan_Wars »

Jolp : Xyghen

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Avant-propos


Ravi de vous proposer ce nouveau récit, mais cette fois, nous changeons radicalement de point de vue.

Si vous pensiez que Jazuku n’était peuplée que de pilotes intrépides et de rebelles idéalistes, vous oubliez ceux qui, dans l’ombre, huilent les rouages de la tyrannie. Dans ce volume, on délaisse le cockpit pour les bureaux d’ébène synthétique de Werdaran. On ne parle plus de survie immédiate, mais de la gestion glaciale du pouvoir, là où un simple trait de plume peut condamner plus d'hommes qu'une salve de canons lasers.

Werdaran est un décor que j'ai voulu étouffant : sa pluie de venin, son brouillard industriel et ses intrigues de palais. C’est le bastion de Xyghen, un homme de pouvoir qui navigue entre les basses manœuvres et les trahisons sans jamais égratigner sa tunique de soie.

Je vous préviens : l'ambiance est lourde, saturée d'ozone et d'amertume.

Bonne lecture, et rappelez-vous : dans les générateurs de Ploftogal, la liqueur de Raïth n'a plus aucune saveur. Seule reste l'odeur du métal chauffé à blanc.

Prologue


La pluie de Ploftogal n'était pas de l'eau, c'était un venin tiède. Elle tombait en rideaux gris sur les dômes de Werdaran, rongeant lentement le duracier des infrastructures et laissant sur les vitres une pellicule d'oxydation jaunâtre.

Derrière la baie vitrée de son bureau, au sommet de la tour administrative, Xyghen observait le ballet des cheminées industrielles. Pour n'importe qui d'autre, ce paysage était un enfer de suie ; pour lui, c'était une symphonie. Chaque panache de fumée noire qui s'élevait vers le ciel bas représentait des milliers de Pegats de profit pour l'empire de Sharkal.

Xyghen lissa sa tunique de soie sombre. Il n'avait jamais porté de cuirasse, ni tenu de fusil blaster durant les purges. Son arme à lui était posée sur son bureau : un stylet de signature en os de rancor et un terminal de données cryptées. Il était le cerveau civil de cette zone, celui qui transformait la terreur imposée par Sharkal en une bureaucratie huilée et rentable.

— Le rendement de la mine 4 a augmenté de 12%, Siuw, commença Xyghen sans se retourner. La peur du Maître est un bien meilleur carburant que l'oxygène.

Un cliquetis de bottes ferrées résonna sur le sol de marbre poli. Siuw Gatsher, le lieutenant de Sharkal, s'avança dans la lumière tamisée de la pièce. Son uniforme était impeccable, son port rigide, mais son regard s'adoucit légèrement en arrivant à la hauteur de Xyghen.

— Tu as toujours eu le don de rendre la tyrannie... élégante, Xyghen, répondit Gatsher avec un sourire en coin, presque amical.

Xyghen se tourna enfin et s'approcha d'un guéridon en ébène synthétique. Il saisit une carafe de cristal contenant un liquide ambré et épais : de la liqueur de Raïth, un nectar rare importé à grands frais des mondes du Noyau. Il remplit deux verres, en tendit un à Gatsher et leva le sien.

— À la stabilité, Siuw. À l'ordre que Sharkal nous a confié. Sur cette planète de ferraille et de boue, nous sommes les seuls à ne pas nous salir les mains.

Les deux hommes trinquèrent. Le liquide brûlant glissa dans la gorge de Xyghen, lui procurant une sensation de puissance absolue. À cet instant, il se sentait invincible. Il était le protégé du Seigneur du Crime, l'ami du lieutenant le plus redouté de Jazuku, et le maître d'une cité qui ne dormait jamais.

L'amitié qui les liait n'était pas née sur un champ de bataille, mais dans les alcôves feutrées des palais de Sharkal. Ils étaient les deux faces d'une même pièce : Gatsher était la lame, Xyghen était le fourreau. Ensemble, ils formaient l'armature de ce monde.

— Tout va bien se passer, ajouta Xyghen en fixant les yeux de son compagnon. Tant que Sharkal respire, Jazuku est à nous.

À l'extérieur, un éclair déchira les nuages acides, illuminant brièvement les structures massives de Werdaran. Xyghen ne savait pas encore qu'à quelques lieues de là, dans un hangar miteux de Blefderk, un petit contrebandier venait de commettre une erreur qui allait, par un effet domino implacable, transformer son bureau d'ébène en un bûcher de métal hurlant.

Chapitre 1


Le vacarme des presses hydrauliques de la Fonderie 7 s'était tu, remplacé par un silence lourd et électrique. Sur la place centrale de la zone industrielle de Werdaran, des centaines de mineurs et d'ouvriers s'étaient rassemblés, leurs visages marqués par la suie et la rancœur. Au centre, un meneur haranguait la foule, brandissant une clé à choc comme une arme.

Xyghen observait la scène depuis le balcon sécurisé, protégé par un champ de force transparent. À ses côtés, son chef de la sécurité, un colosse nerveux, pressait déjà la crosse de son fusil.

— Monsieur, l'ordre de dispersion par le gaz est prêt, murmura le garde. — Rangez cette horreur, répondit Xyghen d'un ton monocorde. Le sang tache les trottoirs et ralentit la production. La peur est un outil de précision, pas une masse d'armes.

Xyghen descendit seul, sans escorte apparente, sa silhouette frêle contrastant avec la carrure des ouvriers. La foule s'écarta, intimidée par cette audace glaciale. Il s'arrêta devant le meneur, un homme nommé Bralor, dont les mains tremblaient de rage.

— Nous voulons une double ration d'oxygène et le paiement des arriérés, cracha Bralor. Sharkal s'engraisse, et nous, nous mourons dans les puits !

Xyghen sourit. Un sourire presque paternel.

— Bralor... Je connais votre dossier. Votre fille aînée vient d'intégrer l'académie administrative de la cité, n'est-ce pas ? Une bourse généreuse, offerte par mon bureau. Ce serait dommage qu'une... erreur de conduite de son père n'annule son avenir. Quant à vos hommes, rappelez-leur que la milice de Sharkal ne cherche pas des coupables, elle cherche des exemples.

Il fit un pas vers l'ouvrier, baissant la voix pour lui seul.

— Reprenez le travail dans dix minutes, et je doublerai la prime de risque pour ce mois-ci. Continuez, et je ferai de votre famille un souvenir. À vous de choisir, Bralor : être un martyr inutile ou un père prévoyant.

Cinq minutes plus tard, les presses de la Fonderie 7 hurlaient de nouveau. Xyghen remonta vers son bureau, ajustant ses manchettes. La diplomatie n'était pour lui qu'une forme de chirurgie sans anesthésie.

Une fois seul, le bourdonnement d'une communication prioritaire fit vibrer son terminal. C’était un canal de haut niveau, crypté par les protocoles personnels de Siuw Gatsher. L'hologramme vacillant du lieutenant apparut, son visage plus sombre qu'à l'accoutumée.

— Xyghen. Le Maître est furieux. Un rat de hangar, un petit contrebandier nommé Jolp, a commis l'irréparable. Il a embarqué la malle personnelle de Sharkal au secteur de Blefderk. Un demi-million de Pegats en Beskar pur.

Xyghen laissa échapper un rire bref, presque incrédule.

— Un contrebandier ? Seul ? Il doit avoir une envie de suicide particulièrement créative pour s'attaquer à Sharkal.

— Ne sous-estime pas le désespoir, répondit Gatsher. Je pars immédiatement pour coordonner la traque. Sharkal veut sa tête sur un plateau de chrome.

— Va, mon ami, dit Xyghen en s'asseyant dans son fauteuil d'ébène. Je vais mobiliser les réseaux de surveillance de Werdaran. Mais franchement, Siuw... s'inquiéter pour un moucheron pareil ? Dans deux cycles, ce "Jolp" ne sera qu'une tache sur le sol d'un hangar.

Xyghen coupa la communication, s'offrant un dernier regard sur sa cité docile. Il ignorait que ce "moucheron" était l'étincelle qui allait transformer l'empire de son maître en un brasier galactique, et que sa propre élégance ne lui serait d'aucun secours face aux cendres qui allaient pleuvoir.

Chapitre 2


Werdaran ne dormait jamais, mais sous la traque de Sharkal, la cité semblait avoir pris une respiration saccadée. Les écrans géants qui surplombaient les carrefours industriels ne diffusaient plus les quotas de production, mais le portrait robot d'un homme et la silhouette d'un vieux chasseur ARC-170.

Dans le sanctuaire de son bureau, Xyghen n'était plus un administrateur, mais un centre de tri. Ses doigts survolaient les consoles holographiques avec une vélocité de pianiste.

— Je t'envoie les fréquences de transpondeur des satellites météo, Siuw, dit-il dans son micro-cravate. J'ai également déverrouillé les protocoles de priorité pour tes escadrilles. Si ce "Jolp" tente de quitter l'atmosphère, il sera illuminé comme un soleil de midi.

Sur l'écran principal, le visage de Siuw Gatsher apparut. Il était déjà dans son cockpit, le casque de vol sous le bras.

— Bien reçu, Xyghen. Mes informateurs disent qu'il a été aperçu près des secteurs périphériques. Il est malin, il utilise les conduits d'aération des usines pour masquer sa signature thermique.

— C'est un rat de hangar, Siuw. Il connaît les tuyaux, mais je connais la carte, rétorqua Xyghen avec un rictus d'autosuffisance. Je viens de compiler une liste de soixante-douze mercenaires indépendants actuellement en contrat à Werdaran. Ils ont tous reçu l'ordre : la prime est doublée s'il est capturé vivant, triplée s'il meurt dans d'atroces souffrances.

Gatsher hocha la tête, une lueur de respect dans les yeux.

— Tu es l'architecte de cette planète, mon ami. Sans tes codes, cette chasse serait une partie de cache-cache dans le noir.

— Et toi, tu en es le bras armé. Va, fais ce que tu sais faire de mieux. Nettoie cette insulte au nom de Sharkal.

Une complicité presque fraternelle flottait dans l'air saturé d'ozone. Pour Xyghen, aider Gatsher était plus qu'un devoir envers Sharkal ; c'était une démonstration de leur symbiose. Gatsher représentait la force qui protégeait les privilèges de Xyghen, et Xyghen était l'intelligence qui rendait la force de Gatsher infaillible.

— Les radars indiquent qu'il pique vers le Nord, reprit Xyghen. Il pense sans doute que le basalte et les cavernes de quartz le protégeront.

— Les cavernes ne protègent que les morts, trancha Gatsher. Je décolle.

Xyghen se leva et s'approcha de la baie vitrée. Il vit, loin dans le ciel zébré par la foudre de Ploftogal, la lueur bleue des moteurs ioniques du vaisseau de Gatsher qui s'arrachait du sol.

— Bonne chasse, Siuw, murmura-t-il pour lui-même. À ton retour, la liqueur de Raïth sera sur la table. On boira à la santé de ce pauvre diable qui a cru, l'espace d'un instant, qu'il pouvait voler un empire.

Xyghen retourna à son bureau, l'esprit tranquille. Dans sa logique de politicien corrompu, le monde était une équation simple, et Jolp n'était qu'une variable destinée à être annulée.

Chapitre 3


Le silence du bureau de Xyghen était désormais haché par le cliquetis incessant des rapports d'échec. Sur ses holocrans, la trajectoire de l'ARC-170 ne s'était pas éteinte dans une explosion libératrice. Au contraire, elle dessinait une ligne de défi à travers les secteurs les plus dangereux de Jazuku.

— Comment est-ce possible ? gronda Xyghen, ses yeux injectés de sang fixant les rapports de la milice de Radaran. Trois escadrilles au tapis. Un droïde de sécurité neutralisé. Et Gatsher qui s'enfonce dans les canyons comme s'il chassait un fantôme.

Xyghen sentait pour la première fois un frisson qu'il n'avait plus ressenti depuis des années : celui de l'incertitude. La milice de Werdaran, autrefois si disciplinée, commençait à montrer des signes de nervosité. Les rumeurs circulaient dans les coursives de la tour : Sharkal perdait la main. Un simple contrebandier humiliait l'homme qui possédait la planète.

Soudain, son terminal clignota. Ce n'était pas Gatsher. C'était une fréquence privée, non répertoriée, émanant des secteurs miniers du Sud.

L'hologramme d'un émissaire apparut. L'homme ne déclina pas son identité, mais le sceau sur son gantelet était explicite.

— Administrateur Xyghen, commença la voix masquée. On murmure que le trône de Sharkal tremble sous le poids d'une petite malle volée.

— Ce sont des calomnies de bas étage, répliqua Xyghen, retrouvant instantanément son masque de marbre. Le contrebandier sera exécuté avant le prochain cycle.

— Vraiment ? Pourtant, nos informateurs disent que vos mercenaires commencent à se demander si la prime vaut la peine de mourir pour un maître qui ne sait plus protéger ses propres coffres. Si Sharkal ne peut pas écraser un rat, peut-être est-il temps pour Jazuku de changer de berger.

La communication se coupa, laissant Xyghen dans une obscurité pesante. Ce n'était pas encore une rébellion ouverte — les lieutenants craignaient toujours Sharkal — mais c'était une invitation au parjure. Les piliers de l'empire commençaient à se fissurer de l'intérieur.

Xyghen se versa un verre de liqueur de Raïth, mais cette fois, ses mains n'étaient pas aussi stables qu'à l'accoutumée. Le nectar lui sembla amer. Il regarda par la fenêtre : en bas, dans les rues de Werdaran, l'agitation n'était plus celle du travail, mais celle de l'attente. Les ouvriers ralentissaient la cadence. Les gardes se parlaient à voix basse.

Le chaos que Jolp semait n'était pas seulement physique ; c'était un poison métaphorique qui rongeait les fondations de l'empire. Si l'invulnérabilité de Sharkal était une illusion, alors tout l'édifice de Xyghen n'était qu'un château de cartes.

— Siuw... qu'est-ce que tu fabriques ? chuchota-t-il vers le vide. Attrape-le. Tue-le. Peu importe la méthode. Si cet homme survit un jour de plus, c'est nous tous qui finirons dans la fosse.

Xyghen retourna à ses consoles, mais pour la première fois, il ne cherchait plus seulement des solutions pour son maître. Ses doigts exploraient discrètement des protocoles de secours et des comptes cachés. L'ombre de Sharkal était toujours là, mais elle semblait s'étirer, s'amincir, comme celle d'un soleil sur le point de s'éteindre.

Chapitre 4


Le cristal du moniteur sur le bureau de Xyghen vira brusquement au rouge écarlate, une couleur qu’il n’avait jamais vue en dix ans de service. Un signal strident, continu, insupportable, déchira le silence feutré de la pièce. C’était l’alerte de niveau Oméga : la signature biométrique de Sharkal venait de s'interrompre.

Xyghen resta figé, le verre de Raïth à mi-chemin des lèvres. Le liquide trembla violemment avant de se renverser sur sa tunique de soie.

— Non... balbutia-t-il, la voix étranglée. Ce n’est pas possible. Pas lui. Pas maintenant.

Il se jeta sur ses consoles. Les rapports de transmission du Quartier Général de Sharkal arrivaient en lambeaux, saturés de panique. Les caméras montraient une débandade totale. Les mercenaires s'enfuyaient, les droïdes de protocole tournaient en boucle et, au centre du sanctuaire, l'impensable était confirmé. Sharkal était mort, abattu par le "rat" dans un duel que personne n'avait vu venir.

L'effet fut instantané. À l'extérieur, le bourdonnement permanent des usines de Werdaran changea de ton. Les sirènes de la milice se mirent à hurler, mais ce n'était plus pour donner un ordre : c'était le cri d'agonie d'un système qui s'effondre. Xyghen vit, depuis son balcon, les premiers pillages éclater. L'autorité de Sharkal était le seul ciment de Jazuku ; sans elle, la planète redevenait une jungle de métal.

Soudain, une fenêtre de communication prioritaire s'ouvrit de force. Le visage de Siuw Gatsher apparut en hologramme. Il portait sa fine tunique grise d'officier supérieur, celle qu'il arborait lors de leurs dîners, mais elle était déboutonnée, tachée de sueur et de poussière. Ses cheveux étaient en désordre, son regard trahissant un choc immense.

— Xyghen ! articula Gatsher, sa voix luttant contre le vacarme des alarmes en arrière-plan. Le Maître... le Maître est tombé. Jolp l'a tué. Tout s'écroule, ici.

Xyghen sentit son cœur se serrer pour son ami. Gatsher n'était pas un guerrier de terrain, c'était un stratège de haut vol, un lieutenant de l'ombre, le bras droit de Sharkal. Le voir ainsi, dévasté, était plus terrifiant que la nouvelle du décès elle-même.

— Siuw, je suis là, répondit Xyghen avec une ferveur sincère. Que se passe-t-il avec les autres ?

— C'est l'hallali, Xyghen. Certains lieutenants de Sharkal... ils n'ont même pas attendu que le corps soit froid. Ils ont coupé toutes les fréquences de commandement. Ils retirent leurs troupes vers leurs bastions respectifs. Ils font sécession ! Ils se réclament tous de l'héritage de Sharkal pour mieux se déchirer Jazuku !

— Des charognards... cracha Xyghen. Et nous ?

— Nous restons fidèles à l'idée de Sharkal. Xyghen, je t'en supplie, tiens Werdaran. C'est l’un de nos derniers verrous sur Ploftogal. Je regroupe les loyalistes, ceux qui refusent de suivre ces traîtres. On va fonder notre propre Directoire pour protéger ce que le Maître a bâti. Promets-moi que tu ne lâcheras pas !

Xyghen redressa les épaules, une lueur de détermination dans les yeux. À cet instant, sa loyauté envers Gatsher était son seul point d'ancrage dans la tempête.

— Werdaran tiendra, Siuw. Je verrouille les coffres de Beskar et je mobilise la milice locale. On ne laissera pas les autres toucher à la cité. On reste ensemble, comme on l'a toujours fait.

Il coupa la communication. À travers la vitre, Jazuku brûlait. Les trois blocs commençaient à se dessiner dans la fumée : le Directoire de Fer, le Directoire de Sang et le Directoire Siuw Gatsher. L'empire de Sharkal était mort, mais Xyghen croyait encore qu'il pouvait sauver les meubles avec son ami. Il ignorait que dans ce nouveau monde, la loyauté était une cible peinte sur le dos.

Chapitre 5


L’obscurité qui recouvrait Werdaran n’était plus seulement celle des nuages acides ; c’était l’ombre d’un monde qui se dépeçait lui-même. Depuis sa tour, Xyghen n’observait plus une symphonie de profit, mais un diagnostic de fin de vie. Le cadastre de Jazuku, autrefois unifié sous la poigne de Sharkal, se fragmentait sur ses holocrans en trois zones de tensions vives, trois taches de couleurs rivales qui grignotaient la carte comme une infection.

— Regardez-les, murmura Xyghen à l’adresse de son bureau vide. Ils ne se battent pas pour une idée. Ils se battent pour les restes d'un cadavre.

Sur sa table de travail, le terminal affichait les flux de données des trois puissances émergentes :

· Le Directoire de Fer : Les technocrates et les chefs de guerre industriels, menés par le lieutenant Drip Kaleb. Ils avaient verrouillé les fonderies lourdes et les complexes de production de masse. Leur logique était celle de l'attrition.

· Le Directoire de Sang : Mené par le lieutenant Kaldej Fakz. Il s'était replié vers le Sud, s'assurant le contrôle des mines de quartz et de ressources primaires. Pour lui, la loyauté se mesurait au nombre de têtes coupées.

· Le Directoire Siuw Gatsher : Les loyalistes. Ceux qui, par romantisme ou par peur du vide, tentaient de maintenir l'illusion du système de Sharkal.

Xyghen fit glisser ses doigts sur les graphiques de ressources. Gatsher l’appelait toutes les heures. Sa voix, autrefois si assurée, s'était muée en un plaidoyer constant pour la « légitimité » et « l’honneur du Maître ».

— L'honneur... soupira Xyghen en reposant son verre de liqueur de Raïth, désormais tiède. L’honneur ne remplit pas les stocks d’oxygène de la cité.

L’administrateur commença à compiler ses propres probabilités. En tant que cerveau civil, il voyait ce que Gatsher, aveuglé par son deuil et sa fidélité, refusait de voir : les loyalistes étaient encerclés. Ils possédaient les symboles, mais les deux autres possédaient les crocs. Gatsher était un stratège de cour, un homme de dossiers et de traditions impériales. Dans ce nouveau monde où les règles avaient brûlé avec Sharkal, cette élégance était une sentence de mort.

Le regard de Xyghen s'attarda sur le territoire du Directoire de Sang. Fakz n'était pas un homme avec qui l'on dînait, c'était un prédateur. Mais Fakz progressait. Il ne s'encombrait pas de bureaucratie ; il conquérait.

Un message de Gatsher s'afficha sur son écran : « Xyghen, j’ai besoin que tu détournes la production de la Fonderie 7 vers nos hangars de défense.
C’est une question de survie pour l'héritage de Sharkal. »

Xyghen ne répondit pas. Il fixa la commande, le stylet en os de rancor tournant entre ses doigts. Répondre à Gatsher, c'était lier son destin à un homme qui pleurait un fantôme. C’était choisir de mourir avec panache dans une tour assiégée.

— Tu es trop sentimental, Siuw, murmura-t-il froidement. Tu crois que nous sommes l'armature du monde. Mais nous n'étions que les vêtements de Sharkal. Et les vêtements, ça se change.

Pour la première fois, Xyghen n'ouvrit pas le dossier de Gatsher. Il ouvrit un canal de communication discret, crypté, pointant vers les fréquences du Sud. Il ne cherchait plus à protéger Werdaran pour son ami. Il cherchait à vendre la cité au plus offrant avant que les murs ne s'écroulent.

Le grand partage ne faisait que commencer, et Xyghen avait déjà décidé qu'il ne ferait pas partie des perdants magnifiques.

Chapitre 6


La pluie de Ploftogal tambourinait contre les vitres renforcées de la tour, un martèlement sourd qui semblait scander le glas de l’ancien monde.

Dans la pénombre de son bureau, Xyghen n'avait pas allumé les luminophores. Seul l'éclat bleuté de son terminal éclairait son visage, creusant des ombres sur ses traits autrefois si lisses.

Le canal de communication crypté qu'il avait ouvert vers le Sud finit par s'activer. Ce n'était pas un émissaire cette fois. L'hologramme qui s'éleva au-dessus du bureau était massif, imposant, dégageant une brutalité que la lumière vacillante ne parvenait pas à masquer. Kaldej Fakz, le seigneur du Directoire de Sang, observait l'administrateur avec un amusement féroce.

— Xyghen... grogna Fakz. Sa voix ressemblait au bruit de deux plaques de basalte que l’on broie. Je ne pensais pas que le chien de poche de
Gatsher aurait le cran de me contacter pendant que son maître prépare son baroud d'honneur.

— Je ne suis le chien de personne, Kaldej, répondit Xyghen, sa voix restant stable malgré la pression. Je suis un homme de chiffres et de logistique. Et les chiffres disent que Gatsher se bat pour un cadavre, tandis que vous, vous bâtissez un empire.

Fakz laissa échapper un rire rauque qui fit vibrer les enceintes du terminal.

— Un empire, oui. Mais un empire a besoin de comptables. Je n'aime pas les politiciens, Xyghen. Ils parlent trop et saignent peu. Cependant, Jazuku est vaste, et je n'ai pas l'intention de passer mes cycles à remplir des formulaires de réquisition.

Fakz fit un pas en avant dans l'hologramme, son visage balafré devenant plus net.

— Tergotal est ma prochaine cible. Le continent de cristal. Ses mines de quartz sont la clé de la puissance technologique de cette planète. Je vais prendre Vith-Orel, la capitale. Mais j'ai besoin d'un administrateur qui sait comment transformer une mine en une machine de guerre sans déclencher une révolte tous les trois jours.

Xyghen sentit son cœur s'accélérer. Vith-Orel. La cité de lumière, là où le quartz reflétait les étoiles. C’était le rêve de tout bureaucrate : diriger le joyau de la planète, loin de la suie et de l'acide de Ploftogal.

— Qu'est-ce que vous proposez ? demanda Xyghen, ses doigts se crispant sur son stylet en os de rancor.

— Le marché est simple. Tu me livres Werdaran. Tu sabotes les lignes de ravitaillement de Gatsher, tu me donnes les codes des fonderies, et tu assures une transition pacifique vers le Directoire de Sang. En échange, je te nomme Gouverneur de Vith-Orel. Tu quitteras cette décharge de Ploftogal pour le luxe des plateaux de cristal. Tu seras mon bras droit civil sur Tergotal.

Le silence retomba sur la pièce. À cet instant, Xyghen visualisait déjà sa nouvelle vie. Plus de pluie grise, plus d'odeur d'ozone brûlé. Vith-Orel était la récompense ultime pour un homme qui avait passé sa vie à polir l'ombre de Sharkal.

"Gatsher m'offre une place dans l'histoire des perdants. Fakz m'offre une capitale dans le monde des vainqueurs."

Xyghen leva son regard vers l'hologramme du seigneur de guerre.

— Gatsher croit que la loyauté est un bouclier, dit-il froidement. Il va découvrir que c'est un linceul. J'accepte, Fakz. Vith-Orel sera le nouveau théâtre de mon administration. Werdaran est à vous. Je commence le transfert des protocoles immédiatement.

— Sage décision, administrateur, conclut Fakz avant de couper la communication. Ne me déçois pas. Je n'aime pas recycler les traîtres qui échouent.

Xyghen resta seul dans le noir. Sur son écran, le dossier de Gatsher clignotait toujours, une demande d'aide désespérée. D'un geste sec, Xyghen l'effaça. La trahison était consommée. Il ne restait plus qu'à emballer ses bagages et à regarder son ami couler, tout en gardant les mains propres.

Chapitre 7


Le matin qui suivit l’accord avec le Sud, Werdaran ne s’éveilla pas au son des sifflets de vapeur, mais à celui d’une proclamation glaciale. Xyghen ne se cachait plus. Il s’était emparé du canal de diffusion d’urgence de la cité, celui-là même que Sharkal utilisait pour les décrets de mort.

L'hologramme de l'administrateur, géant et spectral, flottait au-dessus de la place des Fonderies. Xyghen y apparaissait impeccable, l’air presque désolé, une main posée sur un dossier électronique.

— Citoyens de Werdaran, commença sa voix, amplifiée par les haut-parleurs de la ville. Le temps des fantômes est révolu. Siuw Gatsher s’accroche à un passé qui nous mène à la ruine. Pour sauver notre industrie, pour protéger vos familles, j’ai pris la décision de placer Werdaran sous la protection du Directoire de Sang. Kaldej Fakz est le seul héritier capable de stabiliser Jazuku. À partir de cet instant, tout acte de loyauté envers l’ancien régime sera considéré comme un crime de haute trahison.

Dans la tour administrative, la "stabilisation" commença immédiatement. Xyghen ne quitta pas son bureau d'ébène. Il se contentait de faire glisser des fiches sur son écran. Un geste vers la gauche : arrestation. Un geste vers la droite : exécution.

Les officiers de la milice qui avaient partagé la table de Gatsher furent tirés de leurs lits par les commandos de Fakz, déjà infiltrés dans la place avec la complicité de Xyghen. On les traîna dans la cour de la tour. Xyghen observa la scène depuis son balcon, un verre de liqueur de Raïth à la main. Il vit le capitaine Varl, un homme qui l’avait protégé pendant des années, lever les yeux vers lui avec une expression d'incrédulité pure avant qu'une décharge de blaster ne l'étende sur le pavé.

— Le sang tache les trottoirs, finit par admettre Xyghen, les lèvres serrées. Mais c’est le prix d’un nouveau départ.

Il se rassit à son bureau. Le terminal clignota. Un signal prioritaire. L’identifiant de Siuw Gatsher.

Xyghen hésita. Son doigt resta suspendu au-dessus de la touche de réception. Il imaginait Gatsher, sur le front contre le Directoire de Fer, recevant la notification du sabotage de ses propres usines par son ami le plus proche. Le politicien finit par rejeter l'appel. Puis un autre. Puis un troisième.

Finalement, il bloqua définitivement la fréquence de Gatsher.

Un silence de mort s'installa dans la pièce. Ce n'était pas le silence paisible du luxe, mais un vide oppressant, électrique. Xyghen attendait une insulte, un cri de rage, une promesse de vengeance hurlée à travers les ondes. Mais il n’y eut rien.

Le silence radio de Gatsher était total. Cette absence de réaction, ce vide laissé par celui qui avait été sa "lame" pendant des décennies, était plus terrifiant que n’importe quelle menace de mort. Xyghen sentit, pour la première fois, que son bureau d'ébène n'était plus un trône, mais un isoloir de condamné.

— Il ne dira rien, murmura Xyghen en fixant l'écran noir. Il ne parle plus. Il agit.

À l'extérieur, les premiers transporteurs lourds marqués du sceau du Sang commençaient à se poser sur les plateformes de Werdaran. Xyghen avait vendu son ami et sa cité. Il ne restait plus qu'à attendre que Fakz tienne sa promesse : le ciel de cristal de Vith-Orel. Mais dans la pénombre de son bureau, Xyghen ne voyait que les yeux du capitaine Varl se fixant sur lui avant de s'éteindre.

Chapitre 8


Le bureau d’ébène, autrefois symbole de la puissance de Xyghen, ressemblait désormais à une salle de tri pour charognard. Des coffrets de transport scellés, frappés du sceau de la trésorerie de Werdaran, s'empilaient contre les murs. Xyghen n'administrait plus la cité ; il la vidait.

— Transférez ces lingots de Beskar sur la navette personnelle, ordonna-t-il à un droïde de logistique. Et assurez-vous que les puces de crédit certifiées soient encodées sur mon compte privé de Tergotal.

Xyghen ne voulait pas arriver à Vith-Orel comme un simple fonctionnaire. Il voulait y arriver comme un prince. Il pillait les réserves que Sharkal avait accumulées pendant des années, détournant les fonds que Gatsher comptait utiliser pour la défense du secteur. Chaque crédit volé était un clou de plus dans le cercueil des loyalistes, mais Xyghen s'en moquait. Pour lui, Werdaran n'était plus qu'une peau morte dont il s'extirpait.

C’est alors que l’hologramme de Kaldej Fakz surgit, sans préavis. Le seigneur du Sang n’avait pas l’air d’humeur aux félicitations.

— Xyghen ! Les rapports de la Fonderie 7 sont minables. Pourquoi la production de blindage a-t-elle chuté de 20% ?

— Seigneur Fakz... commença Xyghen en lissant sa tunique. La transition administrative crée des frictions. La milice locale est... réticente.

— Alors brise-les ! rugit Fakz. Je me fiche de tes excuses de bureaucrate. J'ai perdu deux croiseurs contre le Directoire de Fer ce matin. J'ai besoin de troupes, et j'ai besoin de métal. Envoie-moi deux mille ouvriers de Werdaran pour renforcer mes bataillons de première ligne.

— Deux mille ? Mais ce sont des techniciens qualifiés, pas des soldats ! Si je les envoie au front, la production de la cité s'arrêtera net !

Fakz s'approcha de l'objectif, son visage déformé par une grimace de mépris.

— Tu ne m'as pas bien compris, "Gouverneur". Tu n'es pas mon conseiller, tu es mon intendant. Werdaran est une mine de chair et d'acier, et je compte l'épuiser jusqu'à l'os. Fais ce que je t'ordonne, ou ton transfert vers Vith-Orel se fera dans une boîte à sédiments.

La communication se coupa. Xyghen resta immobile, le souffle court. La réalité le frappait enfin : il n'avait pas rejoint un nouveau maître, il s'était vendu à un boucher. Pour Fakz, Xyghen n'était qu'un vassal pressuré, une éponge que l'on presse avant de la jeter.

La paranoïa commença à s'insinuer sous sa peau comme le venin de la pluie acide. À chaque bruit dans le couloir, il sursautait, imaginant soit un assassin de Fakz venu le remplacer, soit l'ombre de Gatsher revenant réclamer justice. Il dormait avec un petit blaster de poing dissimulé sous son oreiller de soie, et chaque verre de liqueur de Raïth lui laissait un arrière-goût de poison.

— Encore un cycle, murmura-t-il en observant les navettes de transport qui embarquaient ses richesses. Encore un cycle, et je serai loin de cet enfer. Je serai à Vith-Orel. Là-bas, Fakz aura besoin de mon calme. Là-bas, je serai en sécurité.

Mais en regardant par la baie vitrée, il vit que les nuages de Ploftogal étaient plus sombres que d'habitude. Ce n'était pas de l'orage. C'était de la fumée de guerre, et elle se rapprochait.

Chapitre 9


L’attente était devenue une torture plus raffinée que n'importe quel interrogatoire. Dans les couloirs de la tour de Werdaran, le silence s’était épaissi. Les gardes du Directoire de Sang, autrefois si arrogants, évitaient désormais le regard de Xyghen. Ils savaient ce que l’administrateur refusait encore d'admettre : sur Jazuku, on ne trahit pas un homme comme Siuw Gatsher sans en payer le prix fort.

Xyghen était assis à son bureau, les yeux rivés sur les senseurs orbitaux. Il attendait toujours l’ordre de transfert pour Vith-Orel. Mais l'espace au-dessus de Ploftogal était étrangement vide, comme si la planète retenait son souffle.

Soudain, une vibration sourde fit tinter les verres de liqueur de Raïth. Ce n'était pas le grondement d'une presse hydraulique. C'était une onde de choc atmosphérique.

— Monsieur ! s’écria son aide de camp en défonçant la porte. Les radars... ils sont là !

— Fakz ? demanda Xyghen, un espoir désespéré dans la voix. Est-ce l'escorte pour Tergotal ?

L'aide de camp secoua la tête, le visage livide. Xyghen se leva et s'approcha de la baie vitrée. À travers les rideaux de pluie acide, des ombres massives commençaient à déchirer les nuages. Ce n'étaient pas les croiseurs anguleux et brutaux du Sang. C'étaient les silhouettes effilées, élégantes et mortelles des frégates de la Garde Loyale.

Les navires de Gatsher.

Le ciel de Werdaran se couvrit d'acier. Gatsher avait détourné une partie de sa flotte du front principal contre le Directoire de Fer. Il n'était pas venu pour les usines, ni pour le Beskar. Il était venu pour solder une dette personnelle.

Sur son terminal, une icône clignota. Un canal ouvert, sans image. Juste un signal audio. Xyghen trembla en activant le récepteur.

— J’ai appris pour le capitaine Varl, Xyghen, dit la voix de Siuw Gatsher. Elle était calme, dénuée de toute émotion, ce qui la rendait mille fois plus terrifiante. J’ai appris pour les ouvriers envoyés au massacre. Et j’ai appris pour Vith-Orel.

— Siuw... écoute-moi... bégaya Xyghen. Jazuku a changé ! J'ai fait ce qu'il fallait pour que la cité survive !

— Tu as fait ce qu'il fallait pour que tu survives, coupa Gatsher. Tu as vendu notre amitié pour un mirage de cristal. Mais les cristaux se brisent, Xyghen.

En bas, sur les plateformes d'amarrage, ce fut la débandade. Les mercenaires du Directoire de Sang, voyant la puissance de feu qui les surplombait, ne cherchèrent même pas à simuler une résistance. Ils s'engouffrèrent dans les navettes de fuite, abandonnant le "bureaucrate" à son sort. Ils n'étaient pas payés pour mourir sous les canons d'un homme qui n'avait plus rien à perdre.

Xyghen regarda son bureau d'ébène, ses coffres de richesses volées, ses dossiers de pouvoir. Tout cela n'était plus que du bois et du métal inutile.

L'ombre des croiseurs de Gatsher recouvrait désormais toute la tour, plongeant son bureau dans une obscurité funéraire.

— Tu ne me tueras pas, Siuw, murmura Xyghen, autant pour se convaincre que pour défier le ciel. Nous étions l'armature du monde. Tu as besoin de moi pour diriger.

La seule réponse fut le hurlement des sirènes d'invasion. Gatsher ne répondit pas. Il n'y avait plus rien à dire. La lame revenait chercher son fourreau, et elle comptait le transpercer.

Chapitre 10


Werdaran ne hurlait plus, elle agonisait. Les tirs de barrages orbitaux des frégates de la Garde Loyale avaient méthodiquement pulvérisé les tourelles de défense que Xyghen avait lui-même fait installer. Les verrières de la cité, autrefois fières et étincelantes sous la pluie, volaient en éclats, retombant sur les secteurs industriels comme une neige de cristal mortelle.

À l’intérieur de la tour administrative, le chaos était total. Le Directoire de Sang n'avait laissé derrière lui que des cadavres et des fusibles grillés.

Xyghen, seul dans son bureau d’ébène, entendait le vacarme de l'assaut remonter les étages. Ce n'était plus le bruit lointain de la production, mais le fracas des portes blindées que l'on déchire et le sifflement des grenades thermiques.

— Préparez la navette de secours ! hurla Xyghen dans son terminal de bureau.

— Connexion impossible, répondit la voix robotique, monotone. Le hangar 1-A a été neutralisé par une frappe chirurgicale.

Xyghen s'effondra dans son fauteuil. Sa tunique de soie était froissée, son stylet en os de rancor traînait au sol, inutile. Il regarda ses coffres de Beskar. Des millions de Pegats. De quoi acheter une lune entière. Et pourtant, il n'avait jamais été aussi pauvre.

Soudain, la porte double du bureau — celle-là même qui s'ouvrait autrefois avec une élégance feutrée — explosa sous une charge de démolition.

La poussière de duracier envahit la pièce. Des soldats d'élite en uniformes gris, les fusils blasters au poing, s'engouffrèrent dans le bureau, sécurisant chaque angle avec une discipline glaciale. Xyghen ne bougea pas. Il fixa le nuage de débris qui stagnait dans l'air.

Une silhouette s'avança.

Siuw Gatsher entra dans la pièce. Il n’avait plus rien d’un lieutenant raffiné. Sa fine tunique grise était lacérée, couverte de la poussière ocre des fonderies et des cendres de la ville qu’il venait de reconquérir. Un filet de sang séché barrait sa tempe, et ses mains, autrefois si soignées, étaient noircies par l'ozone des tirs de blaster.

Il s'arrêta au milieu de la pièce, exactement là où il se tenait lorsqu'ils trinquaient à la stabilité de Sharkal.

— Siuw... commença Xyghen, sa voix n'étant plus qu'un sifflement de terreur. Je... j'ai gardé ton bureau intact. Les registres sont à jour. Je peux t'aider à stabiliser le secteur. Tu as besoin de moi, tu le sais...

Gatsher ne répondit pas immédiatement. Il balaya la pièce du regard, s'arrêtant sur la carafe de liqueur de Raïth, miraculeusement épargnée sur le guéridon. Il s'approcha, versa un verre avec une lenteur calculée, et l'observa à la lumière des incendies qui ravageaient la ville à l'extérieur.

— Tu te souviens de ce que tu m'as dit, Xyghen ? demanda enfin Gatsher. Sa voix était basse, caverneuse, dépourvue de toute trace de l'amitié passée. « Nous sommes les seuls à ne pas nous salir les mains. »

Gatsher but une gorgée, puis recracha le liquide avec dégoût sur le tapis de luxe.

— Tu t'es sali, Xyghen. Tu as laissé le sang de nos frères couler sur ce marbre pour une promesse de cristal.

— C'était de la survie ! Fakz allait nous écraser !

— Fakz est un boucher, Xyghen. Mais toi... toi, tu étais mon ami.

Gatsher fit un signe de tête à ses gardes. Deux soldats se saisirent de Xyghen, l'arrachant à son fauteuil d'ébène avec une brutalité qui lui fit lâcher un cri. Gatsher s'approcha du bureau, posa sa main sur le bois précieux, puis le griffa profondément avec son gantelet de combat.

— Werdaran est de nouveau à moi, murmura le Lieutenant en fixant le politicien déchu. Mais pour toi, l'administration est terminée.

Gatsher tourna le dos à son ancien allié, observant par la fenêtre la pluie de Ploftogal qui recommençait à tomber, lavant les cendres sur les vitres brisées. Derrière lui, Xyghen fut traîné hors de la pièce, ses supplications se perdant dans le vrombissement des moteurs de guerre qui saturaient l'air.

Épilogue


Les niveaux inférieurs de Werdaran ne connaissaient ni le luxe du bureau d'ébène, ni même la lueur blafarde du soleil de Ploftogal. C’était le ventre de la cité, un labyrinthe de tuyauteries mugissantes, de vapeur pressurisée et de métal chauffé à blanc. Ici, le vrombissement des générateurs thermiques était si puissant qu'il faisait vibrer les dents dans les mâchoires.

Xyghen, les mains liées par des serflex énergétiques qui lui brûlaient la chair, fut traîné sur la passerelle grillagée. Ses bottes de cuir fin, conçues pour les tapis de Tergotal, glissaient sur la graisse industrielle.

— Siuw ! On peut encore négocier ! hurla Xyghen, sa voix se perdant dans le sifflement d'une valve d'échappement. Les mines de Vith-Orel... je connais les codes de transfert ! Je peux te donner Tergotal sans verser une goutte de sang !

Siuw Gatsher s'arrêta au bord du gouffre thermique. La chaleur ascendante déformait l'air, créant un mirage de flammes orangées. Il observa son ancien ami, celui avec qui il avait partagé les secrets de Sharkal pendant des décennies. Le visage de Xyghen était désormais une masque de terreur pure, déshonoré par la sueur et les larmes.

— Tu parles encore de Vith-Orel, Xyghen ? demanda Gatsher d'une voix que même le fracas des turbines ne pouvait étouffer. Tu parles de cristaux alors que tu es dans la boue.

Gatsher s'approcha, saisissant Xyghen par le col de sa tunique de soie déchirée.

— Tu as envoyé le capitaine Varl dans ces mêmes générateurs parce qu'il remettait en cause tes quotas. Tu as fait de cette mort ta signature administrative. Il est juste que l'administrateur finisse par signer son propre arrêt de travail.

— Non... Siuw, pitié ! Pas ça ! On est des frères !

Gatsher marqua un temps d'arrêt. Ses yeux, autrefois pleins d'une estime fraternelle, ne reflétaient plus que le brasier en contrebas.

« Les frères ne se vendent pas pour des châteaux de verre, Xyghen. Les frères ne livrent pas les clés de la maison au premier boucher venu. »

D'un geste sec, Gatsher fit signe à ses soldats. Xyghen fut plaqué contre la grille de décharge du générateur principal. Le métal, déjà brûlant, commença à fumer au contact de ses vêtements.

— Adieu, Xyghen, murmura Gatsher.

Le lieutenant fit demi-tour. Il ne resta pas pour voir la séquence s'activer. Il ne resta pas pour entendre les hurlements de Xyghen, qui furent de toute façon rapidement couverts par le rugissement cyclopéen de la décharge thermique.

Alors que Gatsher remontait vers les niveaux supérieurs, il ne regarda pas une seule fois en arrière. À l'extérieur, la pluie acide de Ploftogal continuait de tomber, imperturbable, lavant le sang sur les trottoirs de Werdaran. L'empire de Sharkal était mort, et dans ses derniers soubresauts, il venait de dévorer ses propres fils, laissant Jazuku aux mains des monstres et des hommes qui leur ressemblaient trop.
Auteur de fictions dans l'univers Jolp.
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