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Lucas et Philippe Druillet

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Messagepar MRHA » Dim 08 Fév 2004 - 17:28   Sujet: Lucas et Philippe Druillet

George Lucas a préfacé l'album "Les Univers de Druillet" du grand Druillet donc.
Voici cette préface (de Lucas donc):

Certaines personnes qualifient Star Wars de bande dessinée, et je ne m'en formalise pas. Tout comme le pop art, la bande dessinée a une tradition. Une tradition qui nous renvoie aux cavernes, et nous propulse -à mon avis- dans les étranges labyrinthes d'oeuvres aussi indéniablement intéressantes que celle de Druillet. Car le fait est que la bande dessinée n'est pas un support comique à part entière. Elle peut, aux yeux de ses "adeptes", toucher parfois au plus sérieux. Si la bande dessinée telle que l'imaginent des gens comme Druillet apparaît encore moins comique aujourd'hui, c'est parce que la naïveté des jeunes, l'innocence de leurs rêves vont s'amenuisant. Il y a eu une rapide croissance cosmique. Il n'est donc pas surprenant que les enfants se tournent aujourd'hui vers des interprètes de leurs fictions, psychologiquement plus complexes, vers quelqu'un comme Druillet, qui ouvre la voie à toutes sortes de visions étranges. La vérité est qu'à une époque où nous supportons mal l'illusion quotidienne, nous en savons encore peu sur ce qui existe au-delà, dans d'autres environnements. Pourtant, nous attendons des sondes qu'elles nous révèlent l'existence d'une forme de vie sur Mars, tandis que de Vénus nous parviennent des images qui passionnent les scientifiques. Mais pour un monde en attente, avide d'espoir, cela ne procure qu'un embarras éclairé d'une brève expectative, ce qui ne soulage guère l'impatience de nos rêves. Car tout le reste n'est que chimères, tout le reste n'est que rêves, et ces rêves appartiennent en propre à chacun d'entre nous ; ils lui collent à la peau, aussi solidement que sa personnalité secrète. Certains rêveurs vont plus loin, voilà tout, et leurs fantasmes les entraînent aux confins de l'imaginaire. Philippe Druillet est de ceux-là. Ses rêves ont été publiés sous forme de recueils, Délirius, Yragael, Urm le fou... à travers lesquels leur est rendu un culte singulier. Ses légendes barbares n'ont pas fini de me fasciner, et je le considère comme un superbe illustrateur, doué d'une puissante vision créatrice. Devant l'âpre symbolique qui traduit l'horreur et la violence de ses univers infernaux, on pense souvent à Blake, de même que saute aux yeux l'inspiration gothique de ses architectures émaciées. J'aime ses misérables, consumés du désir démoniaque de posséder le pouvoir absolu, et plus encore ses héros, héritiers des sagas nordiques. On me dira que c'est de la folie pure, et d'une certaine manière on aura raison. Mais si le monde qui nous entoure est sain d'esprit, alors je me sens solidaire de Druillet, sur qui tôt ou tard s'abattra le courroux divin. Comme sur tous les authentiques créateurs.
D'un autre côte Druillet a déjà eut l'occasion de rendre hommage à George, notament par cette peinture qui lui est dédié (j'ai pas reussi à trouver une numérisation de la planche complète malheuresement, donc voici une partie du haut de la planche, en dessous nous avons des Storms qui sont alignés de part et d'autre d'un escalier menant au casque de Vader si je me souviens bien. On voit la premiere rangée de Storms ici. Si je trouve la peinture complete, je la metterai):

Image

(à noter que Lucas est un fan absolu de Moebius, un copain de Druillet, Lucas a eut l'occasion de bosser avec Moebius sur Willow. Moebius, Druillet, Dionnet et Farkas sont responsables de la création de la maison des Humanoïdes Associés et du fameux Metal Hurlant en 1975, L'influence de Metal s'est sans doute fait ressentir dans Star Wars)

[ 12. février 2004, 09:55: Message édité par : MRHA ]
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Messagepar Omael » Mer 18 Fév 2004 - 18:38   Sujet: Re: Lucas et Philippe Druillet

J'ignorais comptlètement que Lucas avait préfacé une oeuvre de Druillet. C'est très interessant, surtout que la préface en question décrit à la fois d'une belle façon la beauté de l'univers de Druillet mais également les intérêts principaux de Lucas dans l'art et le "pop art" comme il dit : les références mythologiques, la création purement visuelle, la contemplation...

Et il est indéniable que Druillet via Metal Hurlant a influencé le cinema fantastique et de SF des années 70-80, et il a initié de nombreux nouveaux "courant" dans la musique et dans l'art en général comme le rock-punk, le cyber-punk... C'est aussi dans la révue culte que Margerin, Bilal, Jodorowski et Mézières ( :( ils sont déjà entrain de retirer ses fabuleuses arches du chemins des étoiles à Lille) font leurs premiers pas.

Il a participé, à la manière de Lucas avec ses SW, à une vague de contre-culture, un maelström de toutes les formes culturelles et artistiques destiné à devenir un art populaire, qui a engendré tout comme SW à l'époque (et encore aujourd'hui) l'hostilité de réactionnaires, de défenseur de la Culture et de l'Exception Culturelle, au nom d'un respect d'une certaine intelligence dans l'art qui ne devait en aucun cas s'acoquinner à l'emergence de la recherche de "Fun" chez les classes populaires. Quelqu'un dira, pour la défense de la Culture Pop en général et de Métal Hurlant en particulier, que "la raison, c'est l'intelligence en exercice. l'imagination, c'est l'intelligence en érection."

Le visuel de Druillet a eu un impact évident sur Blade Runner et l'ambiance particulière qui imprégne sa fameuse mégapole par exemple, notamment avec l'énorme Delirius, l'album de druillet paru en 1977 et narrant les aventures de Lone Sloane. Avec ses cieux chargés de pourpre et de rouge, ses batiments sombres, poussièreux à l'architecture gothique, décadente et éxubérante, sa population poisseuse, sauvage et hétéroclyte, ses planches sont une source évidente d'inspiration pour le Los Angeles 2019 de Blade Runner. Ridley Scott, qui avait déjà fait appel à Moebius pour Alien, montrant par là son admiration pour Metal Hurlant, donne à son film une touche profondément "Druillet". Le scénariste du film, Hampton Fancher, finalement crédité au générique en temps que producteur (le scénario ayant été remanié) déclare à ce sujet : "Au début, le film comportait peu de personnages, qui n'évoluaient que dans 2 ou 3 pièces, ce n'était pas du tout extravaguant. Quand Ridley a lu le scénario, il l'a vraiment apprécié, et a demandé à me rencontrer à Los Angeles. Et il m'a posé une question très interessante : "Qu'y a-t-il de l'autre côté de la fenêtre de tes pièces ?". j'ai répondu que je ne savais pas puisque je ne m'étais interessé qu'à des intérieurs : intérieurs de personnages, de pièces, plein d poussière... comme dans la nouvelle. Il m'a alors donné une bande dessinée : Métal hurlant, avec des dessin de Moebius, Druillet... j'ai été soufflé ! j'ai commencé à écrire comme un fou, avec de la pluie, puis de la neige [...]".

Druillet et ses copains Humanoïdes ont de la même manière influencé Cameron, Verheoven, et Lucas, bien sûr. Et en relisant Délirius j'ai noté quelques éléments dans lesquels Lucas et son équipe artistique ont obligatoirement dû puiser pour la trilogie : les planches de la forêt marécageuse de l'île du Gouverneur, très organique avec ses oiseaux-chauve-souris évoque immanquablement les marais de Dagobha. De même que le palais du Gouverneur dont l'architecture ressemble de façon évidente au palais de Jabba, jusqu'au gouverneur lui-même et sa cour, on retrouve tout ! Un gouverneur opulent et grassouillet comme Jabba, le "meneur de jeu" qui rappelle les première version de Bib Fortuna et son chapeau haut-de-forme, et la cour sordide et pittoresque qui se complait dans l'ostentation décadente, avec ses danseuse sexy, ses sacrifices certainement à l'origine des Twi'lek, gamoréens et compagnie. Les membres de la Rédemption Rouge ressemble à s'y méprendre à la garde rouge de l'empereur...

Il y a surement d'autres éléments. Il est aussi interessant de remarquer que Druillet a signé également quelques illustrations pour des romans de Leigh Brackett.

[ 18. février 2004, 22:24: Message édité par : Omael ]
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