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Chapitre II :
Keldabe, Mandalore
Ruv apparut à l'entrée de la masure, attirant l'attention de Stell - le troisième pilote - qui passait par là.
« Alors doc, comment va le gosse ? T'en as tiré quelque chose ? demanda Stell.
-Il gardera des séquelles, c'est évident. Un aussi profond traumatisme à cet âge sans y être préparé.... Et vous, en savez-vous plus sur la raison de sa présence ici ?
-On a découvert pas mal d'informations avec les données récupérées lors de l'accrochage. Il faut dire que ces programmes de craquage que nous a offert
Mand'alor* sont pratiques. Je me suis toujours demandé où il les avait trouvés.
-On ne le saura peut-être jamais, fit Ruv, mystérieux. Et quelles sont les nouvelles ? Il me semble qu'on devait être payés pour aller chercher ces Chiss, non ?
-En réalité, la capsule contenait des codes d'accès à un compte spécial sur Muunilinst, mais la somme est beaucoup moins importante que celle proposée par le père du petit.
-Donc, c'était bien son père... marmonna le doc, pensif. Et que va-t-on faire du jeune Chiss, nous ? Il a une famille je suppose.
-C'est là le fond du problème. Notre généreux client était en train de fuir les siens. Il avait d'après ses dires, été victime d'une machination et contraint de quitter l'espace Chiss, on n'en sait pas plus. Naturellement, pour ne pas être un paria chez les siens, le gosse devait l'accompagner. Le reste de sa famille est en disgrâce, il vaudrait mieux éviter de ramener ce gosse. Surtout si on veut se faire payer.
-Shess'caro'csapla, c'est le nom qu'il m'a donné, corrigea Ruv, sans même y penser. Et donc, comment on est payés si le client est mort ?
-Ils ont des noms étranges, tout de même, plaisanta Stell. Sinon, il se trouve que le père de l'enfant, je ne me rappelle plus de son nom, a laissé des indications le concernant. Il serait la clé, ou quelque chose dans ce goût-là, ajouta-t-il.
La porte de la masure s'ouvrit de nouveau mais cette fois-ci, à la grande surprise de Ruv, c'était son jeune patient qui l'ouvrait. Il était incroyable, ce petit. Seulement quelques minutes plus tôt, il était prostré au sol à cause de ses blessures physiques et émotionnelles.
-Tiens, un revenant, sortit Stell.
-Très drôle, vraiment très spirituel, grinça Scaroc.
-Je vois qu'il a le sens de l'humour, on va peut-être en tirer quelque chose, s'esclaffa le médecin, ahuri par l'état soudain du Chiss. Mais dis-moi, que t'est-il arrivé pour que tu sois si sûr de toi, tout à coup ?
-Je ne vais pas me cacher comme un lâche. Je suis un Chiss, pas un de ces bandits de la Bordure Extérieure. Et je dois savoir... je dois savoir ce qu'il m'est arrivé. Où est mon père ? Vous l'avez soigné, également ?
-Écoute, commença le pilote, ce n'est pas vraiment le moment. Tu dois prendre ton temps, tu as été très secoué.
-Laisse-le donc, Ruv, si il veut savoir, il saura, s'interposa alors son ami, à la grande surprise du médecin. Je pense sincèrement qu'il vaut mieux lui annoncer tout d'un coup que de le faire morceau par morceau. Ce sera dur, mais il en a besoin. Suis bien mes propos, jeune être bleu, ajouta-il en se tournant vers le Chiss. Je ne le dirais qu'une fois. Tu sauras le strict nécessaire à la compréhension des événements. Commençons par le début : tu voulais savoir ce qu'il était arrivé à ton père... »
La réunion des Mandaloriens s'était finie depuis peu, et Deves se trouvait encore dans la salle, à réfléchir aux derniers événements. Yas et Marev, ainsi que les deux autres Mandaloriens qui avaient présenté l'holo-enregistrement, étaient déjà repartis. L'idée même d'une telle réunion était toujours étrange pour lui. Les
Mando'ade*, bien qu’indéfectiblement liés, parcouraient toujours la galaxie en solitaire, guidés par l'appel du combat et des récompenses.
Mais depuis que
Mand'alor* avait replacé
Manda'yaim* sur le devant de la scène économique, beaucoup de choses avaient changé. Et bien avant même. Lors de la guerre contre les
Vongese*, ils avaient combattu en groupes pour libérer différents mondes de l'invasion des êtres extragalactiques, sans compter le combat sur leur planète. Bien qu'en ce cas particulier, ce fut une exception.
Depuis, de petits groupes de chasseurs Mandos parcouraient la galaxie, acceptant des contrats en tout genre, tout en exhibant la puissance de leur dernière invention militaire, les
Bes'uliik, qui dépassaient de loin les performances des vieux Basilisk de l'âge d'or de Mandalore. Désormais, ils étaient certes de nouveau une puissance importante dans la galaxie, mais ils étaient loin de leur puissance de combat titanesque des anciens temps. Il avait bien étudié son histoire. Il savait bien que le retour de MandalMotors sur le devant de la scène galactique était le début d'une longue période prospère pour eux, mais il ne pouvait s’empêcher d'éprouver un sentiment étrange. Comme si leur liberté allait leur être enlevée.
Mand'alor* qui ne pouvait plus revenir sur sa planète étant le pire de leurs soucis. À cause du virus lâché par des Impériaux qui n'auraient mérité que de se voir lacérés par son
beskad*, si ils ne l'avaient pas déjà été.
Les plus éminents « scientifiques » de la planète s'attelaient à la tâche de débarrasser l’atmosphère de cette monstruosité. Une arme chimique, qui dégoûtait plus que tout les Mandaloriens tenus par l'honneur et la loyauté, lâchée sur leur propre planète. La galaxie devenait de plus en plus sauvage, pervertie par la trahison et le mensonge.
Et voilà qu'un Chiss exilé et pris en chasse demandait soudain leur aide, les plongeant dans un complot politique d'une ampleur encore inconnue, avec une récompense dérisoire à la clé, et un orphelin à protéger.
Il ignorait encore comment allait finir toute cette histoire mais il ne désirait pas y être mêlé. Et ce malgré son appartenance à l'équipe de récupération. Son instinct lui dictait de s'écarter de cette vague qui approchait, cette vague qui promettait de balayer la galaxie, qui ébranlerait les fondations même de ce qui cimentait cette ère. Ceux qui n'y seraient pas préparés n'y survivraient pas. Même les
Mando'ade* ne réchapperaient pas de ce déluge. Une nouvelle époque approchait, où seuls les plus forts survivraient...
Des cris à l'extérieur le firent sortir de ses pensées.
Shab*. Il ne s'était pas rendu compte du temps qu'il avait passé à réfléchir, seul dans cette salle suréquipée en matériel de pointe, pour gérer les « opérations » mandaloriennes à l'extérieur.
Sortant sous la chaleur torride du soleil de l'après-midi, il se dirigea vers le groupement de bâtisses qui constituaient le village situé en bordure de Keldabe.
Les cris qu'il avait entendus provenaient d'un groupe de jeunes qui s’entraînaient. Il continua plus loin parmi les masures et, à sa grande surprise, il trouva le jeune naufragé à la peau azurée. Il semblait étrangement en forme, malgré ce qu'il lui était arrivé. Il discutait avec Stell et Ruv. Le garçon avait les yeux brillants d'un éclat presque éteint, totalement à l'opposé de ce qu'ils étaient la première fois qu'il l'avait vu chez Ruv. Il écoutait ce que lui disaient les adultes.
Ce manque de vivacité dans son regard accentuait l'air grave qui peignait ses traits, le sérieux inhérent à son espèce. Il ne se souvenait pas avoir déjà vu un Chiss pleurer. Celui-ci, à l'évidence, respectait cette règle. Sa cicatrice ressortait tellement plus dans cet état d'apathie. Il était vêtu d'un simple pantalon, fourni à l'évidence par le jeune Jef Detta, qui surveillait la scène du coin de l’œil, tout en continuant à travailler son maniement du
beskad* avec son frère. À l'évidence, le Chiss avait un don inné pour être bien perçu auprès des Mandos. C'était un
aruetiise*, un étranger, et il n'avait rien à faire ici, normalement. Et pourtant, il semblait accepté. C'était une chose très rare, peut-être unique. Le jeune Detta distrait par le Chiss ne sentit pas le mouvement de son frère qui profita de ce manque d'attention de la part de son adversaire pour se fendre d'un coup vif. Il fit basculer Jef qui se retrouva avec une lame de
beskad* sous la gorge. Il sourit et laissa son comparse l'aider à se relever. Deves ne manqua pas de remarquer que ce petit détail avait attiré l'attention du Chiss malgré la propension de ce dernier à écouter les propos du médecin et du pilote.
Vêtu aussi simplement, les nombreuses blessures sur son corps étaient visibles de tous, et exposées aux éléments. Deves faisait cependant suffisamment confiance à Ruv pour ne pas s'inquiéter des conséquences possibles.
La discussion du trio se poursuivit tard dans la nuit, mais il semblait que le petit se détendait, devenait plus réceptif, moins méfiant. Même si l'heure devait y être pour quelque chose.
Alors que les chasseurs laissaient le rescapé aller se reposer, ils virent Deves les rejoindre. Il s'était tenu à l'écart le reste de la journée, préférant aider les jeunes Mandos dans leur entraînement, laissant le trio converser tranquillement.
« Eh bien, on dirait que vous n'avez pas beaucoup bougé d'ici tous les deux ! S'exclama-t-il.
-Il le fallait bien, Stell a décidé de parler franchement au gosse et après, la discussion est partie un peu dans tous les sens, répondit Ruv. Il a l'air très intéressé par nos coutumes et nous, en général.
-Tu m'en diras tant. Tu as satisfait sa curiosité, c'est bien. Et lui, t'a t-il parlé de chez lui ?
-C'est fou ce que tu manques de tact, Deves, on ne va pas l'accabler de questions après ce qu'il a subi. Il faut aller dans son sens. Et je crois bien que Stell l'a compris Il s'est montré très patient et attentionné avec Scaroc.
-Ça suffit, Ruv, tu me l'as déjà sortie celle-ci, rétorqua l'intéressé, je sais où tu veux en venir, mais on n'en est pas encore là.
Il se leva et partit vers sa masure à l'opposé de celle de Ruv, d'un pas rapide et assuré.
-De quoi tu parles ? Et qui est Scaroc ? Le Chiss ?
-Exact. C'est un diminutif, il en avait assez de voir Stell écorcher son nom, plaisanta Ruv. Et, pour ce qui est de ce râleur, je pense qu'il serait très heureux, même si il refuse de l'avouer, de prendre le garçon sous son aile. Il l'apprécie beaucoup, j'ai l'impression. Et, suite à la mort de sa femme il y a quelques années, lorsque nous avons repoussé les
Vongese*, il n'a pas su trouver de quoi soulager sa peine. Et tu sais bien qu'elle est morte avant de lui donner cet enfant qu'elle attendait. Ça lui ferait le plus grand bien. Et une figure paternelle qui lui montrerait la voie aiderait ce jeune Chiss à avancer.
-Tu fais dans la psychologie, maintenant ? Au fait, on sait quel âge a le petit ? demanda Deves.
-Il a quinze ans. Tu te rends compte qu’à cet âge, nos enfants sont déjà assez forts pour tenir tête à un nexu. Il lui faudra de l’entraînement si il reste avec nous.
-J'ai des doutes, Ruv. J'ai un mauvais pressentiment sur toute cette affaire. L'arrivée de Scaroc a mis en branle des événements qui nous dépassent totalement.
-Et toi tu commences à te prendre pour un de ces
Jetiise. Je suis sûr que c'est depuis le passage de la gamine Solo.
-Et puis quoi encore ! Je laisse à ces Forceux les prédictions hasardeuses. Je suis un homme d'action moi !»
Seul sur son lit de camp, Scaroc donnait libre cours à ses pensées. Il ne parviendrait pas à dormir, pas après ce que lui avaient appris les deux Mandaloriens. Son père était mort. Il avait fini par accepter cet état de fait. Scaroc l'avait suivi lors de sa fuite de l'empire Chiss, mais il n'aurait jamais pensé que cela finirait ainsi. Ce n'était pas la manière d'agir de son espèce. Pourtant, les ennemis de sa famille avaient obtenu ce qu'ils désiraient. Ils avaient fait couler les Csapla, une des familles régnantes, signe avant-coureur d'un grand changement politique dans les Régions Inconnues. Mais ça ne leur avait pas suffi. Ils avaient envoyé des assassins à leurs trousses, il en était persuadé.
Il connaissait les noms des trois chasseurs qui l'avaient sauvé, Ryv Fheyla, Deves Kernan, Stell Reevdan. Pourtant, sans savoir pourquoi, il n'était pas totalement rassuré.
Peut-être que les Mandaloriens avaient récupéré plus d'informations qu’ils ne l’avaient dit. Ils avaient progressivement fait pencher la conversation vers une note plus douce, moins amère. Ils en étaient venus à parler de Mandalore, de vaisseaux, de planètes. Mais il était initié aux pratiques politiques et à la manipulation du langage. Il n'en voulait pas à ses sauveurs d'avoir voulu minimiser l'impact de l'affreuse nouvelle, encore que seul le médecin agissait dans ce but. Mais au fond de lui, il ne pouvait s'empêcher de se sentir rabaissé par rapport aux autres. Il avait bien vu les adolescents Mandaloriens qui s’entraînaient, et même les plus jeunes. Ils le prenaient pour un faible, mais il avait survécu, et il devait y avoir une raison à cela. Après tout, il avait choisi son sort en défiant les siens. Son père avait été trahi, il en était mort. Peut-être avait-il été épargné pour changer les choses, mettre fin à la folie qui s'était emparée de son peuple. La simple éviction de sa Famille était signe de changement, quelqu'un voulait la fin des Csapla. Il se vengerait, il trouverait les vrais coupables et les ferait payer. Mais il ne pourrait atteindre ce but seul. Il n'était plus qu'un paria chez lui, et le reste de la galaxie n'était guère accueillant. Il ne désirait pas s'intégrer à la civilisation et à l'organisation politique de la galaxie hors de l'espace Chiss. Il devait devenir fort. Il trouverait un moyen. Il ne pouvait échouer.
Mais qu'allait-il lui arriver sur Mandalore ? Les combattants féroces de cette planète sauvage le laisseraient-ils en paix, ou bien chercheraient-ils à l'aider ? Il n'était pas facile de faire confiance après avoir été trahi. Pourtant, il semblait que ces Mandaloriens étaient francs et honnêtes. C'était étrange pour des mercenaires, mais de toute évidence, sur leur planète, ils étaient bien moins malveillants.
C'est l'esprit empli de ces pensées et de ces questions que Scaroc, tombant de fatigue après cette journée pourtant peu active, s'écroula sur son oreiller et s'endormit.
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Lexique : *
Mand'alor : Le Mandalore, le chef, actuellement, Boba Fett

Manda'yaim : Mandalore, la planète
Beskad : sabre mandalorien en beskar (fer mandalorien)
Mando'ade : fils de mandalore, un Mandalorien quoi^^
Vongese : Yuuzhan Vong
Shab : juron mando
Aruetiise : étranger (le plus souvent) , traître