[CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

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Messagepar Jagen Eripsa » Jeu 19 Jan 2017 - 0:43   Sujet: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

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Sommaire


Chapitre 1 - Chapitre 2 - Chapitre 3 - Chapitre 4 - Chapitre 5 - Chapitre 6 - Chapitre 7 - Chapitre 8 - Chapitre 9 - Chapitre 10 - Chapitre 11 - Chapitre 12 - Chapitre 13 - Chapitre 14 - Chapitre 15 - Chapitre 16


* *
*


Alors, que se cache-t-il derrière cette magnifique couverture réalisée par Uttini ?

Tout simplement la dernière version (Et j'espère vraiment que ce sera la "dernière" pour de bon cette fois !) de mon premier récit, L'Avènement de l'Amiral.

Pour ceux qui n'ont pas suivi toute l'histoire - vu que ça commence à dater, je pense qu'il y en a quelques-uns -, quelques petites explications. Ce récit est issu du premier "roman" que j'ai réalisé, au mois de juin 2011 (Au lieu de réviser mon bac). C'était alors un roman de débutant, une dizaine de chapitres, une intrigue assez décousue, bref, pas de la super qualité mais c'était rapide à écrire. La preuve, deux autres tomes ont suivi.

Le problème, c'est que je me suis rendu compte ensuite que ça ne méritait pas vraiment une publication sur le site. Et avouez que ça aurait quand même été le comble que je me fasse recaler par le Jury... Bref, pour donner le bon exemple, j'ai commencé à bosser une version mieux rédigée, mieux scénarisée. Elle comportait malgré tout quelques défauts, et, surtout, je n'avais plus vraiment envie de m'y consacrer, suite à l'apparition de mon autre fan-fiction, La Fédération Impériale. Deux histoires assez similaires dans le style d'écriture, c'était une de trop. Mais j'ai quand même achevé la réécriture du premier tome, dans la douleur.

Après - c'est là que ça devient marrant -, en relisant pour le soumettre au Jury, j'ai compris que ce texte manquait un peu d'âme, de caractérisation. Mon personnage principal était sans doute un peu trop transparent. Moins réussi que Carth Poldrei ou Celric Tavill, par exemple. Ce qui me chagrinait, vu que L'Avènement de l'Amiral, c'est quand même l'histoire de mon pseudo. C'est en y repensant, encore et encore, que je me suis décidé à réécrire une fois encore cette histoire... En passant à la première personne.

Un style que je n'avais encore jamais expérimenté, mais qui m'intriguait. Alors, ni une, ni deux, j'ai nettoyé mon clavier, fais craquer mes doigts et je m'y suis attaqué, une fois de plus !

Vous retrouverez donc le premier chapitre d'ici quelques heures, en espérant qu'il vous plaise ! :jap:
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Messagepar Mitth'raw Nuruodo » Jeu 19 Jan 2017 - 0:50   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

T'es pire que George Lucas :paf:
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Messagepar Jagen Eripsa » Jeu 19 Jan 2017 - 0:51   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Mais non, mais non ! Lui, il a fait l'Édition Classic, l'Édition Spéciale, l'Édition DVD, l'Édition Blu-ray et l'Édition 3D. Moi je n'en suis qu'à la troisième version... :paf:
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Messagepar Super-Bern » Jeu 19 Jan 2017 - 5:00   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Cool la couverture! :shock: J'aime beaucoup le style d'Uttini. Il devrait y avoir une version de chaque couverture de SWU faite par lui. :whistle:
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Messagepar L2-D2 » Jeu 19 Jan 2017 - 8:20   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Mais il est fou ! :x

Splendide couverture, effectivement, avec pour l'occasion un beau changement d'avatar ! J'ai beau avoir déjà lu les premiers Chapitres de ta nouvelle mouture, je serai au rendez-vous pour découvrir enfin l'intégralité de ce tome 1 ! :oui:
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Messagepar Zèd-3 Èt » Jeu 19 Jan 2017 - 9:27   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

La classe ! Jolie couverture, même si je crois que préférais l'ancienne version de Jagen (je parle du personnage, pas de toi).

Je suivrai avec attention, en tout cas.
Quand un ouvrier a travaillé dix-huit heures, quand un peuple a travaillé dix-huit siècles et qu'ils ont, l'un et l'autre, reçu leur paiement, allez donc essayer d'arracher à cet ouvrier son salaire et à ce peuple sa République !
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Messagepar Jagen Eripsa » Jeu 19 Jan 2017 - 10:23   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Merci à tous ! :jap:

Zèd-3 Èt a écrit:La classe ! Jolie couverture, même si je crois que préférais l'ancienne version de Jagen (je parle du personnage, pas de toi).


Il diffère un peu de ma version, c'est vrai, mais je me devais de rendre hommage au travail d'Uttini. :cute:

Allez, j'attaque !

Sommaire >> Chapitre suivant >>

Chapitre 1
 
Académie d’Anaxes – An 954 ARR.
 
En cinq ans d’études dans l’antique complexe de la Citadelle, je n’avais que rarement vu une telle effervescence dans les couloirs. Les écoles militaires n’étaient pas réputées pour leur côté bon vivant : on y obéit aux ordres, un point c’est tout. La journée avance au rythme du pas militaire – ici le pas anaxsi, une sorte de marche rapide que les cadets finissaient par utiliser aussi naturellement qu’ils respiraient.
Mais c’était la fête, alors fi des coutumes et des habitudes ! Pendant que j’avançais en slalomant entre mes camarades de classe en pleine euphorie et les élèves des années suivantes qui nous enviaient, j’entendis quelques commentaires portant sur le dernier match de gravball des Chauve-Faucons de Coruscant, mêlés aux traditionnels potins de bas-étage et à quelques conversations plus sérieuses sur l’avenir des nouveaux officiers.
Quelques amis s’interrompirent en me voyant passer et me saluèrent. Je ne m’attardai pas. La promotion Forn Dodonna était peut-être touchée par un esprit festif des plus entraînants, mais son major – votre serviteur – n’était pas concerné par cet engouement… Enfin, je ne l’étais plus depuis approximativement une heure, soit le moment où la convocation du directeur de l’Académie – le Commandeur Suprême – était arrivée sur mon comlink.
Je savais que ce n’était pas une question de résultats. Et c’était d’autant plus troublant. La cérémonie de remise des diplômes avait lieu dans cent-deux minutes – Oui, j’aime être précis – et je me devais d’y assister. Le soir même, je serais un officier de la République…
Mais il y avait cette question d’affectation, attribuée en même temps que le diplôme. Elle avait lieu en fonction des résultats. Oui, ce devait être la raison de ma convocation…
— On te dérange, Eripsa ?
J’interrompis ma course en entendant cette voix aigre que je détestais entre toutes, et je me maudis de ne pas avoir fait mon détour habituel. Nous étions au cinquantième étage de l’aile Ouest – l’endroit préféré de Kendal Ozzel et de sa bande.
Je détestais Ozzel depuis notre première rencontre, et c’était bien réciproque. Issu d’une des familles les plus importantes de Carida, il usait sans vergogne de son statut et de ses ressources pour imposer le respect. À titre personnel, il disposait déjà d’un grand nombre d’actions dans des entreprises manufacturières éparpillées dans tout le Noyau. Un vrai richard, en somme.
Bon, c’est un peu hypocrite de ma part de dire ça, puisque la fortune des Ozzel n’arrive pas à la cheville de celle des Eripsa. Le résultat de dix mille ans d’investissements sur Corellia et toutes ses colonies... Mais c’était une part de mon héritage qui m’indifférait, bien plus que les gens ne le croyaient. Se revendiquer corellien ? Pas de problème ! Manger du pain de viande ultra épicé et boire du brandy pour donner l’illusion d’un dur de Coronet ? Pourquoi pas ! Profiter oisivement des crédits gagnés par mes ancêtres ?
Très peu pour moi. J’avais trop d’ambition pour me contenter de ça.
Et de colère.
D’ailleurs, en parlant de ça…
— Ta présence même sur ce monde me dérange, Kendal, lui répondis-je avec un air blasé. Tu n’as rien d’autre à faire que d’importuner tes supérieurs ?
— Les affectations ne sont pas encore distribuées, répliqua mon vieil ennemi. Il pourrait bien y avoir quelques surprises au coucher du soleil… Enfin, pas pour moi. Mon père a déjeuné avec l’amiral Willspawn avant-hier.
— Comme s’il décidait de quelque chose ici.
— On verra. Il aura bien besoin d’un successeur.
— C’est beau de rêver, conclus-je avant de m’éloigner.
Malgré tout le cynisme que lui autorisaient ses ressources, ce pauvre Ozzel gardait une part de candeur un peu pitoyable…
Moi, j’étais idéaliste et je ne m’en cachais pas. Je croyais à une République Galactique sage et juste, généreuse avec ceux qui en avaient besoin, sévère avec ceux qui ne respectaient pas ses lois… Un modèle idéal, à mes yeux. Mais la réalité était très éloignée de cette image d’Aldérande.
Et ce côté fleur bleue ne m’empêchait pas d’avoir une face plus sombre, marquée à jamais par le traumatisme de Tatooine…
J’arrivais enfin devant le bureau du Commandeur Suprême. C’était le titre donné au commandant des Forces Armées de la République, une branche du Département Judiciaire au même titre que le Bureau des Douanes ou l’Ordre Jedi.
En fait, depuis les Réformes de Ruusan sous le mandat de Tarsus Valorum, la République n’avait plus d’armée à proprement parler. Rien d’officiel. Dans l’idéal du Chancelier de l’époque, les Jedi apporteraient la paix, la liberté et la sécurité à la Galaxie… Pour toujours.
Voilà pour la théorie. Dans la pratique, la destruction de la Confrérie des Ténèbres n’avait pas signé la fin des tensions. Les pirates, qui s’étaient tenus tranquilles pendant les guerres successives, reprirent du poil de la bête et leur nouvel essor accompagna celui des mercenaires, vétérans en quête d’un emploi bien payé qui furent recrutés par toutes les planètes ayant des comptes à régler avec leurs voisines.
Il fallut donc se résoudre à la reconstitution d’une flotte capable d’intervenir dans toute la Galaxie en soutien des Jedi dépassés en nombre et en armement. On réinstaura donc un Commandeur Suprême que l’on dota d’une force d’intervention relativement performante, bien qu’éclectique, à la seule condition qu’il n’intervienne que contre les groupes de pirates. Les membres de la République, même les plus belliqueux, ne pouvaient pas être la cible de cette nouvelle force dédiée à la défense et non à la conquête.
Et, pour plus de sécurité – le Sénat se méfiait vraiment des militaires – on avait refusé la constitution de tout corps destiné au déploiement terrestre. Si besoin, le recours à des paramilitaires pourrait avoir lieu, mais seulement sur autorisation du Sénat.
Voilà dans quelle situation se trouvaient les « Forces Armées de la République » depuis mille ans ; dépouillées de toute autonomie et privées d’unités au sol. Et c’est leur chef que je devais à présent rencontrer.
Je frappai une fois sur le panneau, qui s’ouvrit presque immédiatement. J’étais bel et bien attendu…
L’amiral Aiden Corona était assis dans son fauteuil et regardait quelque chose sur son datapad. Il avait un visage bienveillant encadré par une courte chevelure argentée témoignant de son âge – une cinquantaine d’années. Depuis deux ans, il était Commandeur Suprême, consécration ultime pour un ancien directeur de l’Académie d’Anaxes.
Me voyant approcher, il leva les yeux et un sourire se forma sur ses lèvres.
— Ah, Jagen. Bienvenue.
— Merci, amiral, répondis-je en suivant le protocole.
Il leva les yeux au ciel pour signifier son désaccord, mais j’étais décidé à ne pas transgresser l’étiquette.
Aiden était corellien, tout comme moi. C’est lors de ses études à Coronet qu’il avait fait connaissance de mon père, venu s’installer au cœur de notre culture pour son cursus secondaire. Plus tard, alors que mon géniteur reprenait les affaires familiales – puis se lançait dans la politique, à cause de circonstances regrettables… –, Aiden intégrait l’Académie d’Anaxes, la plus prestigieuse de toutes.
Entendons-nous bien : ce n’est pas une façon de valoriser mon propre parcours. Chaque officier de la Marine Républicaine a deux foyers : son monde d’origine et Anaxes. Depuis l’ère légendaire de l’Empire d’Azure, la Citadelle accueillait l’élite en devenir de la gens militum, et de nombreuses familles appartenant à cette tradition s’étaient installées dans les Collines, la vaste région s’étendant autour de la Citadelle. Dans la flotte, Anaxes était synonyme d’intelligence tactique, de calme à toute épreuve et de bienséance. Le contraire des brutes formées sur Carida, par exemple. La preuve ? Même de foutus Caridiens comme les Ozzel envoyaient leurs rejetons ici pour les former à peu près convenablement.
Autant tenter de faire danser un ballet à un Hutt.
Mais revenons à Aiden… Il fit par la suite la connaissance d’un jeune assistant sénatorial nommé Kalpana, avec qui il lia une solide amitié. Lequel, après être devenu le représentant d’Aargau sur Coruscant, avait été élu deux ans plus tôt Chancelier Suprême. À la même époque, Aiden était devenu le Commandeur. Autant pour les promesses de lutte contre le népotisme…
En dépit de cette accession controversée, j’aimais bien Aiden. Depuis mon inscription à l’Académie, cinq ans plus tôt, il était comme un second père pour moi. Une maigre compensation pour la rupture avec le premier… Enfin. Avoir comme mentor le directeur de l’Académie avait déjà quelques avantages. Alors, un Commandeur Suprême…
— Repos, m’ordonna-t-il avec un soupir. Nous allons parler sans décor, veux-tu ?
— Entendu, répondis-je malgré mes réticences. Votre message semblait urgent. Que se passe-t-il ?
— Tu as bien quelques hypothèses, non ?
— Une petite idée, comme ça, en passant. Ça concerne les affectations ?
— Gagné.
Il se redressa et prit un air grave que je jugeai mauvais augure.
— Comme tu le sais, l’Académie distribue les affectations lors de la cérémonie des diplômes. Mais elles sont décidées avant par le Directoire, composé des professeurs… Et d’un de mes représentants. Cette année, j’ai décidé de venir moi-même y assister.
— Je ne veux pas de traitement particulier, murmurai-je, mal à l’aise.
— Tu es major de ta promotion, Jagen. Et, comme tu le sais, nous allons avoir beaucoup de postes à pouvoir prochainement, grâce à la flotte Katana.
J’étouffai un petit rire. Difficile d’oublier ça ! Depuis que je le connaissais, Aiden était obsédé par ce projet d’une flotte d’intervention ultra-moderne. Grâce au soutien de Kalpana, il avait obtenu quatre ans plus tôt des fonds conséquents qui avaient permis la construction de deux cents cuirassés lourds par Rendili StarDrive ; ils étaient à présent en voie d’achèvement. Leur technologie de systèmes asservis permettait de réduire l’énorme contingent de seize mille hommes des modèles d’origine à deux mille deux cents équipiers seulement. La Flotte Katana était un projet étonnement ambitieux dans l’histoire militaire de la République, mais sa double vocation militaire et diplomatique le permettait ; les vaisseaux devaient servir de terrain neutre pour les négociations intersystèmes.
L’idée de quelques milliers de batteries à portée de tir calme facilement les esprits…
— Vous m’avez obtenu un poste sur un cuirassé ? demandai-je, le cœur battant.
C’était tellement mieux qu’une affectation dans un astroport de garnison…
— Pas tout à fait. Tous les officiers cherchent à obtenir un commandement au sein de ma flotte. Et plusieurs vaisseaux vont donc se trouver prochainement sans capitaine. Le tien sera le Forte Tête.
Les mots s’enchaînaient, mais j’avais du mal à leur apposer un sens. Plusieurs vaisseaux sans capitaine… Le tien…
— Attendez. Je vais être capitaine ?
— Dès ce soir, confirma Aiden.
J’en eus le souffle coupé. Les cadets nommés capitaines à leur première affectation se comptaient sur les doigts d’une main… Depuis la création de la République.
— Je… Je ne sais pas quoi dire… dis-je d’un ton hébété.
— Un simple « Merci » suffirait.
— Merci, Aiden. Merci du fond du cœur.
J’étais toujours sous le choc. On m’offrait une chance en or de faire mes preuves, et j’étais bien décidé à la saisir !
Puis un détail me revint à l’esprit.
— Le Forte Tête ? Ce n’est pas ce croiseur Hammerhead NG-2 qui a été mis à quai à cause des tensions entre l’équipage et le capitaine ?
— Il est au bord de la mutinerie, en effet. Mais je suis sûr que tu t’en tireras bien. Le seul souci, c’est que ton officier référent sera l’amiral Willspawn.
Je me renfrognai. Trevor Willspawn était un aldéranien et le principal opposant à Aiden au sein des Forces Armées. Alors que ce dernier faisait partie des loyalistes, proches de la Faction du Noyau, Willspawn critiquait l’intervention du Sénat dans les affaires militaires et réclamait des pouvoirs étendus pour nos forces. À cela s’ajoutait un comportement qui n’était pas des plus exemplaires…
— Je ferai avec, promis-je laconiquement avec un soupir.
Traiter avec le protecteur de Kendal Ozzel… Fichtre. Ce n’est pas ce que j’attendais comme première affectation…
— C’est un imbécile, reprit mon mentor avec mépris – les deux hommes se détestaient cordialement. Mais tu devrais pouvoir faire ton travail convenablement.
— C’est tout ce que je demande.
— Je le sais. Ce sera tout, capitaine Eripsa.
Ravalant ma fierté en entendant ce titre, je répondis d’une voix claire.
— À vos ordres, amiral.
 
*  * 
  Je déteste les soirées.
De mon point de vue, il y a deux façons de profiter de ces rassemblements. Première solution : y faire des rencontres… Stimulantes. Hélas pour moi, la promotion Dodonna était majoritairement composée d’hommes, et je n’éprouvais aucune attirance charnelle envers eux… Quant aux rares demoiselles, elles étaient pour la plupart casées, et je les considérais comme des amies plutôt que comme des « proies ». De toute façon, ma vie était tellement compliquée que me lier à quelqu’un ne pouvait m’apporter que des ennuis.
Deuxième solution : se « bourrer la gueule », pour employer le terme consacré. Manger peu, boire beaucoup et vomir plus encore. Sans parler du mal de crâne du lendemain matin.
Bref, les soirées n’étaient pas faites pour moi. Je n’avais assisté à aucune d’elles depuis mon entrée à l’Académie, et je m’éclipsai donc du bal de promotion avec la discrétion d’un defel pour rejoindre la chambre que je partageais avec mes deux colocataires.
L’Académie imposait aux élèves une certaine promiscuité censée figurer celle que nous connaîtrions plus tard sur les vaisseaux de la Flotte. Dans certains cas, cette cohabitation se passait mal : pas pour moi. Depuis le premier jour, Jaim Helaw, Ait Convarion et moi étions les meilleurs amis du monde.
Jaim était né sur Coruscant, mais je l’appréciais quand même. Avec ses cours cheveux bruns bouclés et son léger embonpoint, c’était le timide de la bande. Il était très logique, parfaitement organisé et connaissait le règlement sur le bout des doigts, mais il pouvait aussi se laisser aller à plus d’intrépidité par moments. J’avais le souvenir d’une partie de simulateur de tir assez incroyable où il avait dégommé une vingtaine d’assaillants dans une frénésie qui ne lui ressemblait guère.
Ait était le plus petit de nous trois, mais il avait suffisamment de ruse à revendre pour cinq. Issu d’une vieille famille anaxsi, il avait d’abord joué de sa connaissance du terrain pour se faire accepter. Puis il s’était rabattu sur l’humour… Si bien qu’à présent, l’envie de le clouer à la porte me prenait deux fois par jour. Quand je ne riais pas à m’en rompre les côtes, bien sûr. J’avais beaucoup appris de son approche peu orthodoxe des exercices stratégiques.
Ils avaient tous deux reçu une affectation sur Ord Biniir, un dépôt de la Flotte plutôt tranquille.
Quand ils rentrèrent du bal, à une heure avancée, je ne dormais toujours pas. Ils me trouvèrent allongé sur mon lit, dans une obscurité totale, à fixer le plafond.
— Tu aurais dû rester ! me lança Ait, qui semblait légèrement éméché.
— Il n’a pas l’air d’attaque, lui indiqua Jaim, toujours prévenant.
— T’inquiète, ça va, lui dis-je pour le rassurer.
— Ne t’inquiète pas, Jag, on te comprend. Ça fait beaucoup de responsabilités à encaisser…
— C’est surtout le fait d’être sous les ordres de Willspawn qui doit le tracasser, déduisit Convarion avec un léger rire…
Jaim et moi l’imitâmes, bien que cette situation n’ait rien d’amusant. Je ne voulais surtout pas qu’ils s’inquiètent pour moi, et je n’avais aucune envie de parler de ce qui me tourmentait à présent.
— Ce sera un défi à ta hauteur, pour une fois ! Tu comptes t’y prendre comment ?
— Je ne sais pas, admis-je sans peine. Chaque chose en son temps. Je dois d’abord prendre le commandement du Forte Tête… Ensuite, j’aviserai.
— Bah, pour la méthode, ça ne pourra pas être pire que Jaim tout à l’heure !
Mon pauvre ami prit un air courroucé.
— Ait !
— Ben quoi ? Fallait bien que j’intervienne tout à l’heure !  Tu allais étrangler cette pauvre twi’lek !
— Je ne faisais que… Enfin…
— Ouais, tu l’embrassais. D’ailleurs, au début, j’ai cru que c’est toi que je devais sauver. Le cadet Helaw, spécialiste es timidité de notre promo, embrassant une fille qu’il ne connaît que depuis quelques minutes ? Cas de force majeur, procédure de sécurité niveau cinq !
— C’était bien ? demandai-je moins par curiosité que pour détourner la conversation de mon sujet.
— Oui… répondit Jaim avec un air légèrement béat, avant de se ressaisir. Mais pour le reste, ça ne vous concerne pas. Et d’abord, c’est lieutenant Helaw, à présent.
— Alors, fais gaffe, parce qu’on a un capitaine dans la chambre.
— S’il y en a un à qui je dois coller un blâme, Ait, c’est toi…
— Chef oui chef ! dit-il en mimant un salut, avant de s’effondrer sur son lit.
Jaim se traîna jusqu’au sien, marmonna un « bonne nuit » à mon adresse et s’effondra à son tour, me laissant seul avec mes pensées.
C’était assez étrange de réaliser qu’il s’agissait de notre dernière nuit dans cette même chambre, après cinq ans de cohabitation. Très étrange même… Comme l’idée de quitter, dès demain, ce lieu que je considérais comme mon foyer.
Anaxes m’avait apporté une certaine stabilité dont je manquais cruellement. Bien que je me revendique corellien – de sang, de naissance et surtout de culture –, je n’ai passé que peu de temps au domaine familial de Tayrili. Quand j’étais enfant, mon père dirigeait la TibannaCorp, une des sociétés appartenant à notre famille, et nous vivions alors dans une tour de la Cité des Nuages, sur Bespin. Puis il était devenu sénateur, et nous avions déménagé sur Coruscant. Mais cela faisait cinq ans à présent que je n’avais pas remis les pieds sur ces deux mondes, depuis que je m’étais fâché avec lui… Parce qu’il refusait mon choix de carrière. Je n’avais revu que Maman – Palina Astrell, actuelle gérante de TibannaCorp et d’une douzaine d’autres boîtes – à Tayrili, pendant les permissions. Le reste du temps, je l’avais passé avec Jaim et Ait.
Il fut un temps où j’avais un autre ami avec qui je m’entendais mieux encore. Kenth Onasi était le fils d’un diplomate télosien ; il descendait en droite ligne du légendaire Carth Onasi, héros des Guerres Mandaloriennes et de la Guerre Civile des Jedi. Je fis sa rencontre à mon arrivée sur Coruscant, et bien vite nous devînmes inséparables. Après la fin de notre cursus secondaire, nous décidâmes d’entreprendre un voyage dans la Bordure, sur les traces de son ancêtre. Nous avions choisi de commencer par Dantooine, un coin bien sympathique qui nous avait faussement mis en confiance. Korriban étant inenvisageable comme destination, nous avions mis le cap sur Kashyyyk, l’impressionnant monde des Wookiees, puis sur l’océanique Manaan. Puis était venue Tatooine…
Le secteur Arkanis a toujours grouillé de bandits, et nous le savions bien. Mais nous ne pensions pas attirer l’attention avec notre navette d’occasion et nos tenues de voyage… Grave erreur. Un chutta de guide nous a entraînés dans la Mer de Dunes pour y être capturés et vendus en esclaves. Je me souviens parfaitement de l’odeur infecte de crasse et de choses pires encore de la cale du Blood Angel, ce vaisseau de l’enfer où nous étions détenus… Désespéré par le sort qui m’attendait, je songeais alors au suicide, mais ç’aurait été abandonner Kenth. Et laisser ces ordures esclavagistes gagner.
L’intervention de Thyrs, le frère aîné de mon ami, nous permit de fausser compagnie à nos ravisseurs. Sous-alimenté, assoiffé et croulant sous la fatigue, je n’ai que des souvenirs vagues de ce moment… Je sais qu’il y eut des échanges de tirs, mais c’est à peu près tout.
Puis il y avait eu la fuite… Et la mort de Thyrs. Ce souvenir me ramena à ma rage toujours brûlante, même cinq ans plus tard. C’était ce qui m’avait décidé à entrer dans la Marine, ce que mon père n’avait jamais compris, ou plutôt accepté.
Les parents de Thyrs ne m’en avaient pas voulu. Mais je me souvenais parfaitement de ce regard brûlant que Kenth m’avait lancé lors de la cérémonie funèbre dédiée à son frère. Un regard accusateur, chargé d’amertume et de dégoût.
Mon inconscience, ma témérité étaient responsables de ce désastre. À moi de me battre pour épargner un tel sort à d’autres.
Et pour obtenir la vengeance que j’entendais bien exercer sur le véritable coupable de la mort de Thyrs Onasi. 
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Messagepar Darkliser » Jeu 19 Jan 2017 - 11:39   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Salut Jagen,

Je regrette d'avouer que je n'ai jamais lu le moindre de tes écrits. J'espère faire changer cela en lisant ta première histoire réécrite.
Comme tu le sais, moi aussi je suis retourné à mon premier livre pour le réécrire :wink:. Je te souhaite donc bon courage :ange:
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Messagepar Jagen Eripsa » Jeu 19 Jan 2017 - 22:19   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Salut Darkliser !

Eh oui, on est tous les deux dans le même cas... Donc on va se serrer les coudes et fournir du bon boulot ! :cute:
Bon courage à toi aussi ! :jap:
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Messagepar L2-D2 » Lun 23 Jan 2017 - 8:24   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

J'ai déjà eu l'occasion de te dire tout le bien que je pensais du début de ce récit - dans sa précédente mouture, et dans l'actuelle, mais voilà enfin la chance de lire ce tome 1 en intégralité ! :oui:

Chapitre 1 lu !

La narration à la première personne est totalement maîtrisée et ce Chapitre a beau être riche en informations, elles sont toutes accessibles, et suffisamment "espacées" pour qu'on ne croule pas sous les références. Et la Force sait qu'il y en a : entre Ozzel, Onasi, la flotte Katana, le récit s'intègre parfaitement dans la grande Histoire de Star Wars. Comme d'habitude, maintenant, on sent que tu t'y connais, sans pour autant que cela fasse forcé. Chapeau !

Concernant Jagen, le personnage lui-même, il m'est encore difficile de me prononcer. A première vue, il semble brillant, intelligent, mûr... et se trimbaler dans le même temps un lourd passif émotionnel. Je ne dirai pas que le personnage manque d'originalité, ce n'est pas le cas, son background étant suffisamment bien développé, mais le profil semble "connu" des lecteurs. Reste à voir ce que tu vas en faire à terme, mais vu ton talent, je ne doute pas que ce sera intriguant ET bien fait ! :oui:

Comme je le disais, j'ai enfin l'occasion de lire ce récit en entier... et je compte bien m'y tenir cette fois ! :)
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Messagepar Jagen Eripsa » Lun 23 Jan 2017 - 9:45   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Merci pour la lecture et le comm' ! :jap:

Ravi de savoir que tu feras partie de mes lecteurs pour ce texte-là aussi ! ;)

L2-D2 a écrit:La narration à la première personne est totalement maîtrisée et ce Chapitre a beau être riche en informations, elles sont toutes accessibles, et suffisamment "espacées" pour qu'on ne croule pas sous les références. Et la Force sait qu'il y en a : entre Ozzel, Onasi, la flotte Katana, le récit s'intègre parfaitement dans la grande Histoire de Star Wars. Comme d'habitude, maintenant, on sent que tu t'y connais, sans pour autant que cela fasse forcé. Chapeau !

:jap:

J'adore glisser des références que les connaisseurs reconnaîtront... Tout en gardant un texte accessible à ceux qui ne connaissent pas l'UE Legends. :cute:

L2-D2 a écrit:Concernant Jagen, le personnage lui-même, il m'est encore difficile de me prononcer. A première vue, il semble brillant, intelligent, mûr... et se trimbaler dans le même temps un lourd passif émotionnel. Je ne dirai pas que le personnage manque d'originalité, ce n'est pas le cas, son background étant suffisamment bien développé, mais le profil semble "connu" des lecteurs. Reste à voir ce que tu vas en faire à terme, mais vu ton talent, je ne doute pas que ce sera intriguant ET bien fait !


Ben, effectivement, c'est un profil connu... À l'origine, c'est un "Mary-Sue", pour reprendre le vocabulaire des fan-fictions. :transpire:
Néanmoins, dans la précédente mouture, j'ai essayé de lui donner plus de relief... Et ça devrait être plus vrai encore dans cette nouvelle version. :jap:
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Messagepar mat-vador » Lun 23 Jan 2017 - 21:05   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Comment Jagen n'est que capitaine :shock: ? Pourquoi il n'est pas encore amiral, alors là je ne comprends pas :D ..

Je passe en un coup de vent juste pour te dire que j'ai apprécié ton premier chapitre. Heureux de revoir certains persos comme ce cher Kendall :diable: et d'autres issus de l'UE legends comme Onasi.

Bon courage!
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Messagepar Jagen Eripsa » Lun 23 Jan 2017 - 22:58   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Merci pour ce comm', j'espère que la suite te plaira tout autant. :jap:
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Messagepar Jagen Eripsa » Ven 27 Jan 2017 - 12:28   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

La suite !

<< Chapitre précédent << Sommaire >> Chapitre suivant >>

Chapitre 2

Quai Alpha-6, Ord Mantell, deux mois plus tard.
 
En arrivant sur le quai, je ne pus retenir une expression de jubilation. Enfin ! Il était devant moi, ce fameux croiseur !
La procédure pour en prendre le commandement avait été plus longue que je ne le croyais. Il m’avait fallu subir une audition, plusieurs examens médicaux et remplir un nombre incroyable de paperasses. Mais le moment était enfin arrivé, et je contemplais désormais mon premier vaisseau de commandement. Et quel vaisseau !
La proue caractéristique du Hammerhead était couverte de marquages rouges et blancs. Cette « tête » imposante reposait au-dessus d’une fosse assez large qui permettait d’accueillir au sol ces navires destinés aux voyages spatiaux. Sur les flancs qui s’élargissaient direction du bloc réacteur, quelques batteries laser étaient alignées pour venir appuyer – et protéger – les imposants turbolasers installés sur chaque flanc du pont. À l’arrière, un petit hangar pouvant accueillir une navette ou quelques chasseurs était visible.
Mais des signes du laisser-aller étaient bien là, à mon grand mécontentement. La rampe abaissée, en premier lieu. Ces types croyaient-ils que les contrôles épisodiques de la police militaire à l’extérieur de l’astroport assuraient une protection suffisante ? Ma tâche s’annonçait ardue. Leur négligence avait toutefois un avantage appréciable ; j’allais faire une approche discrète pour une entrée remarquée.
Fort heureusement, l’intérieur était parfaitement réglementaire, sans doute grâce aux droïdes d’entretien programmés par le constructeur. Le vaisseau semblait vide, mais je savais que son équipage était très réduit. Rendili StarDrive avait assemblé la classe Hammerhead NG-2 pour prouver l’efficacité de ses systèmes asservis, utilisés ensuite sur la flotte Katana. Moins puissants que jadis, ces navires de guerre étaient rapides, maniables et pouvaient donner du fil à retordre à la plupart des pirates. Je ne leur en demandai pas davantage.
C’est en arrivant sur le pont que je fis la connaissance de l’équipage. Si on pouvait utiliser ce terme pour un tel ramassis d’incapables… Ils étaient tous humains, ou presque. Quelques-uns visionnaient des vidéos sur leur terminal, tandis que les autres s’étaient regroupés au bout de la passerelle en forme de V caractéristique des Hammerheads, autour d’une table improvisée sur le pupitre du commandant, avec une bouteille de brandy de Champala bien en évidence. Aucun ne portait l’uniforme. Le seul non-humain était un givin, qui se leva en me voyant arriver.
— Capitaine sur le pont ! lança-t-il à ses camarades.
— Du calme, Galieet, ou nous allons encore devoir nous énerver.
Celui qui venait de parler était l’un des types attablés. Il avait la carrure d’un wookiee, sans la pilosité qui va avec, ce qui mettait davantage en valeur sa musculature visiblement entretenue. Et quand il se leva, je vis qu’il faisait bien ma taille, ce qui n’arrangeait rien… Enfin, pour moi. J’imagine qu’il devait rencontrer un certain succès auprès des demoiselles aimant le genre « fort et bête ».
— Alors, vous êtes le nouveau capitaine ? lâcha-t-il à mon adresse.
Les autres se levèrent et vinrent se placer derrière lui. Seul le givin – Galieet – resta à son poste. J’avais le sentiment d’être tombé dans un guet-apens. La situation était pire que ne le laissaient entendre les rapports ; d’emblée ils faisaient tous bloc contre moi.
Je devais agir très vite.
— Garde à vous, ordonnai-je sans trop d’espoir.
— Garde à vous aussi, me répliqua le colosse avec un air narquois. Ils nous ont donc envoyé un bleu… Comme c’est touchant.
— Vous refusez d’obéir à un ordre direct ?
— L’amiral Willspawn est notre commandant, jusqu’à nouvel ordre de sa part.
Évidemment. L’aldéranien faisait traîner les choses. Rien d’étonnant de sa part… Il voulait garder le contrôle de mon vaisseau le plus longtemps possible.
— Mes ordres de mission viennent directement du Commandeur Suprême, répliquai-je calmement.
— Et qu’est-ce qui nous le prouve ?
Je sortis le flimplast signé de la main d’Aiden. Il le prit et le contempla d’un air sceptique.
— Mouais…
Puis, avant que je puisse réagir, il le froissa pour en faire une boule qu’il balança à l’autre bout du pont.
— Voilà ce que j’en pense, me dit-il, provocateur.
Bon. Autant pour la diplomatie. Je devais trouver une solution… Je fis demi-tour.
— Vous avez vu, les gars ? On l’a maté ! fanfaronna la grosse brute.
— On verra si vous aurez autant de succès avec la police militaire, répliquai-je d’une voix aigre.
En y repensant, je me rends compte que cette remarque était une très mauvaise idée… Surtout face à un groupe de balèzes qui agissaient visiblement en totale impunité.
Au moment où j’allais franchir la porte du pont, je vis l’ombre d’un bras se contractant derrière moi – un bras terminé par un énorme point.
Ce furent mes réflexes qui me sauvèrent. Les gros biceps ? Très peu pour moi. La musculation n’était pas mon sport favori ; je préférais le pilotage. En tant que Corellien, je me devais de défendre une réputation d’expert de la manœuvre risquée et de la vitesse folle. Deux domaines requérant des sens affûtés… D’où mes réflexes.
Je m’écartai juste à temps pour sentir le point frôler mes côtes – et la grosse brute, entraînée dans son élan, s’écraser au sol.
L’instant d’après, il était à terre, dans une position peu flatteuse. Ses amis auraient sûrement ri sans ce regard de haine qu’il me décocha – et qui sembla les rappeler à leurs « devoirs ».
J’aurais sans doute pris mes jambes à mon cou si l’alarme de bord ne s’était pas déclenchée à ce moment-là.
— C’est encore ce foutu sullustéen ! maugréa l’un de mes agresseurs.
— Filons ! s’exclama un autre.
Ils s’enfuirent sans demander leur reste, à mon grand étonnement.
— Tout va bien ? demanda une voix dans mon dos.
Je me retournai. Le givin, Galieet, avait quitté son poste et se tenait là. Il avait un air soucieux – plus encore que celui qu’arborent les givins actuellement, et je peux vous assurer qu’il n’est pas franchement joyeux.
— Euh… Oui, répondis-je dans un grand moment d’éloquence. On doit courir ?
—  Ce ne sera pas nécessaire, m’assura-t-il avec confiance. Il n’y a aucun risque. C’est le mécanicien du bloc moteur gauche, Tiken Sovv, qui a déclenché l’alarme sur ma demande.
Il restait donc deux membres d’équipage à bord. Mais fiables, au moins.
— Excellente initiative. Faites-le venir sur le pont… Nous discuterons une fois que j’aurai réglé le problème de vos ex-coéquipiers.
Il esquissa un sourire.
— À vos ordres, Capitaine.
 
*  * 



  Ma première rencontre formelle avec l’équipage se fit dans la salle de réunion à l’arrière du pont.
En fait, une cabine aurait pu convenir pour nous accueillir… Tous les trois. Mais je tenais à faire les choses dans les règles, et à profiter pleinement de mon nouveau statut.
Mon esprit était encore chamboulé par cette prise de commandement difficile. J’étais persuadé que Willspawn était derrière tout ça. Comment allait-il réagir en apprenant que ses fidèles croupissaient désormais derrière le champ de force d’une cellule de la garnison ? Je sentais que l’amiral ne tarderait pas à me donner de ses nouvelles.
Dans l’immédiat, je devais surtout constituer un nouvel équipage, sur une planète qui était avant tout réputée pour ses cantinas et ses salles de jeu. Vaste programme…
Pendant que j’établissais le plan d’une campagne de recrutement, Galieet Hurieegh entra sur le pont en compagnie d’un nouveau venu pour le moins atypique. Si le Givin ressemblait à ses compatriotes de Yag’Dhul, Tiken Sovv n’était pas vraiment un Sullustéen typique. Il était plutôt bien bâti, sans embonpoint, et son visage trahissait une vie mouvementée. Il était couvert de cicatrices, il lui manquait une partie de l’oreille gauche et sa joue droite était couverte par un tatouage tribal.
Un vrai baroudeur.
— Mécanicien Tiken Sovv au rapport, capitaine, dit-il dans un basic acceptable.
— Repos, répondis-je avec assurance. Et merci. Votre intervention est venue à point nommé.
— Je n’ai fait que mon devoir, assura-t-il avec humilité.
— Vos camarades auraient dû suivre votre exemple. Et celui de monsieur Hurieegh. Nous nous retrouvons à présent avec un équipage réduit… À nous trois. Pourriez-vous me constituer une liste des postes à pourvoir ?
— Ce sera fait, assura Galieet.
— Parfait. Nous allons organiser une session de recrutement aussi vite que possible. Le règlement militaire m’autorise à compléter les postes manquants de mon équipage dans l’urgence, mais si Willspawn – pardon, l’amiral – l’apprend, il nous imposera une nouvelle équipe aussi brillante que la précédente. Tiken, j’aimerais que vous veniez avec moi, pour juger les aptitudes techniques de vos futurs collègues.
— Comme vous voudrez.
Il n’y avait pas pas de temps à perdre ; mais, pris d’une soudaine inspiration, j’ajoutai :
— Je souhaiterais aussi vous conférer à tous les deux le grade de lieutenant.
Vu leur visage, on aurait cru que je venais de leur demander de plonger dans un trou noir jonché sur une motojet.  
— Eh bien, vous n’êtes pas comme votre prédécesseur, remarqua Galieet. Capitaine, ce serait un honneur.
— Tout à fait, approuva Tiken.
— Que s’est-il passé ? demandai-je, intrigué. Je veux dire, avec l’ancien capitaine…
— Il ne faisait pas mystère de son opinion sur les non-humains, lâcha le sullustéen.
Ses bajoues rendaient ses expressions difficiles à interpréter, mais je croyais y distinguer un rictus.
— Je vous assure que je ne ferai jamais une chose pareille, dis-je solennellement. Galieet, vous serez également le capitaine en second.
Les deux échangèrent un regard et se mirent au garde-à-vous. Je savais que j’avais gagné leur loyauté.
Il n’allait pas être facile de faire accepter à l’amiral ces nominations, mais mon instinct me disait que ça en valait assurément la peine.
Et je suis toujours mon instinct…
 
*  * 

 

— …et, bien entendu, je souhaite une prime de risque annuelle.
Avec trois jours de congé par semaine, peut-être ? Je peinais à garder le contrôle de mes nerfs. Ce type prenait la Flotte de la République pour un sabacc gagnant ?
— Elle est déjà intégrée dans le contrat, répondis-je avec froideur.
Il eut une moue de mécontentement, ce qui ne fut pas pour me déplaire.
— Ce n’est pas assez, me dit-il avec culot.
— Et c’est tout ce que la Marine peut vous offrir. Suivant !
Il parut comprendre son erreur.
— Attendez ! Peut-être que finalement…
Me prenait-il pour un négociateur toydarien ? Ma décision était déjà arrêtée.
— Je détesterais vous imposer un travail trop peu rémunéré pour vous, déclarais-je avec une moue triste largement exagérée. Mais d’autres, qui n’ont pas vos compétences – ou vos exigences – s’en contenteront très bien.
Voyant que tout était perdu, il sortit d’un pas lourd. La porte ne se referma pas derrière lui, car un autre s’approchait. Je le regardai avec étonnement, car je n’avais jamais vu un type pareil. À part dans les holofilms.
Il portait une vieille armure en métal, marquée par la rouille et quelques traces de brûlures. Plusieurs plaques semblaient plus récentes ; elles avaient sans doute été remplacées. Sur son visage couleur d’ébène, il arborait une expression sévère.
Mais le plus impressionnant était sans doute le casque accroché à sa ceinture, avec sa visière en forme de T.
C’était la première fois que je voyais un Mandalorien. Bien sûr, j’ignorais s’il l’était vraiment ou s’il ne faisait que porter l’armure. Mais j’avais bien l’intention de le découvrir…
— Nom, prénom et planète d’origine, demandai-je en suivant la procédure.
— Jurgan, Thnod, répondit-il d’une voix grave et lente. Originaire de Mandalore.
Me voilà fixé.
— C’est noté. Le poste qui reste à pouvoir est celui d’artilleur de l’aile droite d’un croiseur Hammerhead NG2, le Forte Tête. Les horaires et le salaire sont indiqués sur ce formulaire – je lui tendis un datapad – en bas à droite. Avez-vous des questions ?
Une présentation rapide ; les vérifications viendraient plus tard. Pour l’heure, je devais absolument achever le recrutement.
J’étais plutôt satisfait de mes choix. Le remplaçant de Tiken – promu à la supervision des réacteurs – dans le bloc moteur gauche était un wookiee du nom de Chrwarrok, qui avait visiblement quelques ennuis avec des esclavagistes et les fuyait depuis la Bordure. Un humain de Brentaal, Ren Jorvis, assurait la maintenance du réacteur droit ; il venait de la base d’Ord Mantell, comme Tern Hoovys et Jos Geraan, deux canonniers extrêmement doués à qui je confiais les tourelles anti-chasseurs. Sovv avait également choisi un lieutenant, Kol’yan, un twi’lek lethan originaire de Nar Shaddaa à qui il manquait un lekku.
Sur le pont, Galieet occupait les postes de capitaine en second et de navigateur, aidé en cela par ses capacités innées pour les mathématiques. L’officier des communications était un bothan, Horsk Tre’far qui après avoir fait partie du réseau d’informateurs de Kothlis souhaitait revenir à un travail plus calme. Enfin, j’avais choisi un zabrak, Kento Gaarufan, qui se chargeait des tourelles lourdes de l’aile gauche.
Restait à voir si Jurgan ferait l’affaire.
— Laissez-moi lire, et je vous dirai ce qu’il en est ensuite.
J’acquiesçai et en profitais pour faire une recherche rapide dans les bases de données républicaines. Sans surprise, sa fiche d’identité était associée à plusieurs primes illégales, dont une de très forte valeur.
— Vous êtes un homme courtisé, monsieur Jurgan, lui dis-je avec une certaine ironie. Mais je suppose que la compagnie des chasseurs de primes ne vous intéresse pas vraiment.
Il me jeta un regard féroce qui faillit me faire reculer, puis revint sur le datapad.
— Je souhaite simplement un nouveau départ.
— Je m’en doute. Et c’est ce que je vous offre.
Il me regarda à nouveau. L’espace d’un instant, je fus indécis. Avais-je prononcé des paroles qui lui déplaisaient ?
Sans avertissement, il sortit un stylet et signa le contrat.
— Bienvenue au sein de la Flotte, lui dis-je en commençant à remballer mes affaires.
Les choses sérieuses allaient enfin commencer.
 
*  * 

 

— Poussez les moteurs à la vitesse maximale, et voyons de quoi ce vaisseau est capable.
Galieet obéit immédiatement à mon ordre. Basculant mon moniteur sur une vue héliocentrique, je pris note des chiffres qui s’alignaient. Ils étaient bons. Très bons même. Malgré mon chauvinisme de Corellien primaire, je devais reconnaître que l’ingénierie rendilienne s’y connaissait en navires de guerre.
Mais les meilleurs cargos ont toujours été ceux de la Corporation Technique Corellienne. Ça, je n’en démordrai pas !
— Capitaine, il y a une communication entrante en provenance d’Anaxes, me signala Tre’far. C’est l’amiral Corona.
— Merci, Horsk, lui répondis-je immédiatement. Je la prends dans la salle de réunion.
Il était sans doute déjà au courant des évènements de la veille. Nous venions de quitter Ord Mantell, sans trace de l’amiral Willspawn jusqu’à présent. Allais-je subir mes premières réprimandes ? Connaissant le tempérament d’Aiden, c’était peu probable.
Je pris place sur le siège qui m’était réservé. Il était facile à reconnaître ; les commandes de l’holoprojecteur étaient installées devant lui., J’appuyai sur un commutateur et vis immédiatement le visage de mon mentor apparaître.
— Bonjour, amiral, dis-je en souriant.
— Bonjour, Jagen¸ me dit-il d’aussi bonne humeur. La prise de commandement s’est bien passée ?
— Comme un charme, assurais-je en simulant l’innocence.
— Vraiment ? J’ai eu d’autres échos…
— Il y a eu quelques difficultés, mais tout est réglé à présent. Le Forte Tête est pleinement opérationnel.
Tous mes choix d’équipiers s’étaient révélés judicieux. La chance du débutant…
— C’est une excellente nouvelle, même si Trevor ne le prendra pas ainsi… Enfin… Que penses-tu de ton navire ?
— Il est efficace. Rendili StarDrive est une société sérieuse.
— Je suis bien d’accord. Ils viennent d’achever le Katana, et les dix derniers vaisseaux seront bientôt prêts.
Ainsi, Aiden avait enfin son vaisseau amiral, au moment même où je prenais possession du mien ! C’était assurément une bonne nouvelle.
— Kalpana a planifié une visite dans une semaine, et j’aimerais que le Forte Tête soit sur place. Ce serait une occasion pour l’examiner, et tu pourrais ainsi faire valoir ton efficacité…
— Une semaine, répétai-je, pensif.
Il me fallait obtenir des uniformes corrects pour tout le monde, et quelque chose de plus seyant pour mon usage personnel. Sans compter le voyage… Le délai allait être quelque peu serré.
— Entendu, nous y serons.
 
*  * 

 

Sept jours plus tard, je me trouvais sur le pont quand le Forte Tête quitta l’hyperespace et entra dans le système de Rendili. Comme les autres, j’eus le souffle coupé par le spectacle qui s’offrait à moi.
Nous étions revenus dans l’espace normal à hauteur de l’hémisphère de la planète, et, devant nous, la planète occupait l’ensemble de la verrière. Pourtant, ce n’était pas ce spectacle à la fois habituel et unique qui accaparait notre attention. C’était la vision des chantiers navals de Rendili StarDrive, et surtout des vaisseaux qui y étaient amarrés.
La Flotte Katana s’étendait à nos pieds.
Depuis le pont, je pouvais observer chacun des deux cents cuirassés Dreadnought améliorés. Je compris alors d’où elle tirait son surnom de « Force Sombre » ; les vaisseaux étaient peints en gris sombre, tels des ombres dans une mer d’encre. Les seules sources de lumière étaient les lampes des coursives du vaisseau ; mais leur nombre était fortement réduit du fait de la présence des systèmes automatisés.
Après un interlude de presque mille ans, la République retrouvait enfin une flotte digne de ce nom. J’en avais presque les larmes aux yeux, consumé que j’étais par l’envie que m’inspiraient ces croiseurs.
L’un d’eux se détacha du groupe pour se diriger vers nous. Sur la coque, à quelques mètres en-dessous du pont, était écrit son nom en lettres dorées.
Katana.
Le vaisseau-amiral d’Aiden lança une procédure d’approche et nous envoya ses codes d’amarrages. Pendant que le tube de transfert entre les deux navires était déployé, je vérifiais une dernière fois l’état du pont. Tout était en ordre ; mon équipage avait revêtu son nouvel uniforme, en tissu bleu sombre d’une coupe stricte avec des casquettes semblables à celles que je portais à l’Académie. Ma veste était de la même couleur, mais suivait un dessin légèrement plus élaboré ; quant à mon pantalon, il était d’un blanc sans tache qui contrastait avec mes bottes impeccablement cirées. Je renvoyais l’image que j’avais toujours voulu donner, celle d’un homme sérieux impliqué dans son travail. Même mon père serait obligé de me donner sa bénédiction après m’avoir vu comme ça.
Le sas s’ouvrit et je pus enfin traverser la coursive aux parois de verre.
C’était un spectacle formidable. Je me tenais là, dans ce fragile ensemble entre deux immenses vaisseaux, avec l’impression de voguer dans l’espace, d’être suspendu dans le vide. Avoir grandi sur Bespin puis Coruscant m’avait protégé de toute forme de vertige, mais je ressentais pourtant ma vulnérabilité dans toute sa cruelle vérité, associée à un attrait du vide d’une puissance phénoménale. Je découvrais sous un jour nouveau la majesté de l’infini… Et sa dangerosité.
En entrant dans le Katana, je ressentis une impression familière que j’avais déjà éprouvée enfant, en visitant le Sénat, ou en arpentant les plus vieux bâtiments de la Citadelle d’Anaxes : un sentiment de puissance, de force brute. Aiden avait un slogan de campagne en aurabesh : Republic is back. La République est de retour. Aujourd’hui, j’en comprenais vraiment le sens.
Cette atmosphère particulière régnait dans toutes les coursives du vaisseau. On s'y affairait de tous côtés : mécaniciens et droïdes qui passaient à toute vitesse, mais aussi plusieurs chariots de transport. Le vaisseau était bien plus peuplé que le Forte Tête, malgré leurs systèmes dirigés. Il était beaucoup plus massif, aussi, et deux fois plus long. La différence la plus flagrante reposait dans la puissance de feu, avec un rapport qui allait sans doute à un contre vingt. Mais il ne régnait pas dans le Katana  ce sentiment d’étouffement que j’avais senti en visitant un cuirassé d’ancienne génération, pendant mon cursus académique. La promiscuité y était vraiment dérangeante…
J’arrivais bien vite au bureau d’Aiden, et les gardes m’y firent immédiatement entrer. Je fus d’abord surpris par les couleurs autour du moi ; plutôt que le gris classique, c’étaient le bleu et le doré qui régnaient en maître. L’ensemble, légèrement clinquant – et tellement moins distingué que le bleu-argent des Eripsa ! – renvoyait une impression ostentatoire de luxe. C’était sans doute un prérequis du Sénat, pour les missions diplomatiques que devraient remplir les vaisseaux.
Si un de ces bureaucrates égocentriques me demandait de tapisser les cabines du Forte Tête de velours rouge, il risquait de le sentir passer…
Quatre hommes se trouvaient dans le bureau, autour d’une table basse. Aiden était là, bien sûr, avec un uniforme couvert de décorations ; il y avait aussi un gars de mon âge, avec l’uniforme de Rendili StarDrive, et deux autres revêtus de tuniques amples. Le plus jeune m’était inconnu ; il avait des traits plutôt fins et des yeux d’un bleu électrique. Quant à l’autre... Je ne l’avais jamais rencontré, mais je le connaissais de vue.
— Mes hommages, Excellence, dis-je en m’inclinant en direction du Chancelier Suprême, Kalpana.
— Vous êtes le capitaine Eripsa, devina-t-il.
— Effectivement, Monsieur.
— Vous ressemblez à votre père, ajouta-t-il avec un mince sourire.
Je le remerciai d’un signe de tête, bien que ses paroles n’aient rien d’agréable à mes oreilles.
— Amiral Corona, j’attends vos ordres, dis-je en me tournant vers Aiden.
— Permets-moi de te présenter le sénateur Valorum… dit-il en désignant l’homme aux yeux bleus.
Le nom ne m’était pas inconnu. Ainsi, c’était là le descendant du grand Chancelier des Réformes de Ruusan, représentant du secteur Lytton !
— C’est un honneur, dis-je en le saluant.
— Il est réciproque, m’assura-t-il avec gravité.
— …et voici le représentant des chantiers, Walex Blissex, le jeune prodige concepteur des croiseurs Hammerhead NG-2.
— Alors, je dois vous féliciter, lui dis-je avec un franc sourire. Votre navire fonctionne à merveille.
— Je suis content de savoir mes vaisseaux entre de bonnes mains, me répondit-il en me tendant une main ferme.
— Jagen, nous avons déjà visité le Katana, reprit Aiden en se levant. Mais j’aimerais offrir une démonstration grandeur réelle à nos invités. Comme mon cuirassé est encore en rodage, peut-être pourrions-nous organiser cela à bord du Forte Tête ? Monsieur Blissex aurait alors l’occasion de voir les résultats de ses travaux. 
— Ce serait un honneur, répondis-je aussitôt.
Intérieurement, je me félicitais du soin apporté aux uniformes. Voilà un autre investissement réussi !
 
 
*  * 

 

Rejoins par Galieet et Tiken, nous examinions l’infirmerie de bord derrière la salle de réunion, quand le sas s’ouvrit pour laisser apparaître une silhouette que je redoutais de voir.
— Messieurs, je suis à vous, annonça Trevor Willspawn.
Bien qu’il soit sensiblement du même âge qu’Aiden, soit une cinquantaine d’années, il en paraissait dix de moins. Mon mentor était rongé par les soucis, usé avant son temps, alors que Willspawn, avec ses cheveux d’un blond-roux éclatant et sa fine moustache, débordait de jeunesse, de dynamisme, d’énergie. Son regard était dur ; j’y cherchais les signes de l’addiction aux épices de Kessel que la rumeur lui prêtait, sans succès. Son uniforme, de la même coupe que celui d’Aiden, était mal ajusté.
Je ne l’avais jamais rencontré avant ce jour ; tout juste l’avais-je aperçu au détour d’un couloir, ou lors des conférences qui jalonnaient la vide des étudiants de l’Académie. Il n’accordait que peu d’importance aux établissements d’enseignement de la Flotte, si ce n’est pour parrainer quelques élèves comme ce « cher » Ozzel.
Je me mis au garde-à-vous.
— Excellence, Sénateur, bienvenue sur mon vaisseau, dit-il sans accorder le moindre regard aux autres personnes présentes.
— Amiral Willspawn, répondit poliment Kalpana en inclinant légèrement la tête.
— Vous êtes là aussi, Aiden ? dit l’Aldéranien – c’était le surnom que nous lui donnions à l’Académie, tant les militaires venus de ce monde étaient rares. Ce vaisseau n’est pourtant pas sous vos ordres, non ?
— Il faut bien que quelqu’un s’en occupe pendant que vous visitez les maisons closes et les bars, Trevor, répondit acerbement le vieil homme avec hargne.
— Messieurs, messieurs, calmez-vous ! intervint alors le chancelier. Ces échanges de coups bas ne seront bénéfiques pour personne, alors comportons-nous tous en personnes civilisées.
— Évidemment, Excellence, répondit Willspawn avant de se tourner vers moi.
Je décidai immédiatement de ne pas baisser le regard, pour ne pas lui laisser la moindre victoire contre moi.
— Quant à vous, capitaine Eripsa, déclara-t-il d’une voix doucereuse, on m’a averti de votre comportement scandaleux sur Ord Mantell. Vous prenez des décisions qui ne relèvent pas de votre compétence, vous outrepassez consciemment des ordres que j’ai clairement établis !
Je veillai une nouvelle fois à ne pas perdre mon sang-froid face au souvenir de ma confrontation avec l’ancien équipage.
— Le fait est que le sous-lieutenant Galter (la fameuse brute qui m’avait défiée) et ses suivants ont fait preuve d’un comportement de mutins, répliquai-je avec assurance. Comme mes prérogatives m’y autorisent, j’ai donc recruté un équipage plus compétent et assurément plus loyal. 
— Je vois, dit-il en jetant un regard aigre à Galieet et Tiken. Plus loyal envers vous… Je suppose qu’il s’agit des deux que vous avez promus.
— Effectivement.
— Promotion refusée, lâcha-t-il aussitôt. Vous êtes capitaine en poste depuis une semaine, et vous prenez déjà d’énormes libertés ! Malgré l’appui de certains – il jeta un regard courroucé à Aiden –, vous n’êtes toujours qu’un simple capitaine.
— Allons, Trevor, ne soyez pas si aigri, lança Kalpana en tentant une nouvelle fois de calmer le jeu. Puisque vous doutez des capacités de ce jeune homme et de son équipage, que diriez-vous d’assister avec nous à une petite démonstration ? Vous aurez sans doute une idée plus juste de ses compétences.
— Être le fils d’un sénateur n’en fait pas un bon capitaine, répondit-il sèchement.
— Nous en jugerons nous-même. Aiden, peut-être pourriez-vous déclencher la simulation avec quelques vaisseaux factices ?
— Commençons avec une frégate, répondit mon mentor avant de donner ses ordres.
Je pris une grande inspiration. « Démonstration »… Quel terme anodin pour un test aussi important pour mon avenir et celui de ce vaisseau.
Lorsqu’Aiden eut fini, il nous fit signe de se diriger vers le pont. J’ouvris la marche, tandis que Willspawn la fermait. Il semblait renfrogné, tandis que son adversaire et le chancelier semblaient plutôt satisfaits d’eux. Je compris alors qu’ils avaient espéré imposer à Willspawn cet exercice. Afin de démontrer mes capacités ? C’était placer de bien grands espoirs sur mes épaules de débutant.
Galieet, qui était parti sur le pont avant même qu’Aiden n’ait fait la demande d’exercice aux autorités des docks rendiliens, se trouvait à son poste quand nous entrâmes. Les autres membres d’équipage, qu’il avait probablement prévenus, étaient également installés derrière leurs terminaux. Tous se levèrent et se mirent au garde-à-vous en voyant entrer la délégation officielle.
— Repos, messieurs, dis-je d’une voix forte.
J’étais galvanisé par l’approche de mon premier test en conditions réelles. Je m’approchai de mon ordinateur personnel et m’assis dans le fauteuil du commandant, avant de presser le bouton activant le haut-parleur du vaisseau.
— Exercice en conditions réelles, type Alpha-9-7, commençai-je alors. Nous allons être attaqués par une frégate robotisée. Ce vaisseau est bien mieux armé que le nôtre, nous allons devoir donc faire preuve d’ingéniosité. Tous les membres d’équipage à leurs postes de combat, je répète, tous les membres d’équipage à leurs postes de combat. Tiken, je veux que les droïdes astromechs soient sur le pied de guerre. Tern, Jos, vous n’aurez pas d’ennemis directs, alors concentrez-vous sur les batteries adverses. Thnod, Kento, je veux que vous désactiviez ses boucliers. Galieet, il s’agira de mener le vaisseau à la limite de la zone de tir.
— C’est entendu, capitaine, répondit le Givin.
S’il continuait à se montrer aussi efficace… Je risquais de finir par l’embrasser.
Derrière nous, au fond du pont, Aiden, Finis, Willspawn, le chancelier Kalpana et l’ingénieur Blissex s’assirent et bouclèrent leurs ceintures.
— Galieet, dis-je en m’adressant de façon moins formelle à mon second, il faut absolument que tu nous trouves la zone limite de tir.
Dès la fin de cette première semaine, je le tutoyais déjà, tout comme je le faisais avec Tiken.
— Nous devons absolument encaisser le moins de dommages possibles. Comme l’a indiqué monsieur Blissex au cours de la visite, nos batteries ont une bien meilleure portée que celles de la plupart des autres vaisseaux.
— C’est peut-être du baratin d’ingénieur, tempéra le lieutenant.
— Non, répondis-je, catégorique. Fais ce que je te demande.
J’en étais vraiment convaincu. J’ai tendance à sentir quand les gens me mentent ou pas, et Blissex était honnête. S’il devait y avoir une mauvaise surprise, elle ne viendrait pas de lui.
À moins qu’il ne se soit trompé dans ses calculs…
— Entendu.
— Capitaine, intervint Horsk Tre’far, le vaisseau ennemi est une frégate de classe Praetorian. C’est un croiseur lent, peu maniable, mais résistant et doté d’une bonne puissance de feu. Il présente plusieurs signes de dommages à l’arrière, c’est sans doute pour cela qu’il est voué à la destruction.
— L’arrière, hein ? Eh bien, nous allons l’attaquer par là. Galieet, s’il est aussi peu manœuvrable, notre tactique peut être modifiée.
— Je vous écoute, capitaine.
Je souris à l’idée de ce que j’allais lui ordonner… Et en imaginant la réaction de mes passagers.
— Fonçons-lui dessus.
Le visage livide du givin devint en un instant plus blanc que la neige d’Aldérande, mais il ne tenta pas de discuter mes ordres ; au contraire, il mit un zèle particulier à les accomplir au plus vite.
Le Forte Tête accéléra progressivement jusqu’à atteindre une vitesse de croisière élevée. La frégate Praetorian, invisible jusque lors, grossit progressivement. Nous venions à peine d’entrer dans son rayon d’action lorsqu’elle ouvrit le feu.
— Galieet, nous allons passer sur son flanc droit. Par conséquent, concentrons toute la puissance des boucliers sur notre flanc gauche et sur le pont.
— Je suis d’accord, dit le givin.
Tout se passait à merveille. Peu de salves nous atteignirent pendant la phase d’approche. Leur précision augmenta progressivement, mais ce n’était pas assez pour endommager les boucliers du croiseur Hammerhead NG-2. Les batteries du Forte Tête, sous-alimentées, ne pouvaient pas répliquer, mais cela n’était pas prioritaire au cours de la manœuvre.
Enfin, les deux vaisseaux se trouvèrent côte-à-côte. Du pont, je pouvais enfin voir l’étendue des dégâts qu’Horsk avait détectés ; ils étaient proprement impressionnants. La coque était percée par endroits, rendant visibles les entrailles du vaisseau. Une partie du bloc moteur avait été proprement pulvérisée, sans doute par une surchauffe du réacteur. Mais les tourelles étaient opérationnelles, et elles nous canardaient à bout portant.
Cela ne dura que quelques secondes, mais le Forte Tête fut largement secoué par de violentes turbulences. Fort heureusement, je n’avais pas surestimé la capacité d’absorption énergétique des robustes boucliers de Rendili StarDrive.
Puis ce fut rapidement l’accalmie. Les batteries du Praetorian ne pouvaient plus nous cibler, puisque nous nous étions réfugiés derrière les moteurs du vaisseau.
Et le pilonnage recommença… Mais cette fois, nous tenions le canon.  Galieet fit pivoter le Forte Tête très rapidement, et put rediriger totalement la puissance des boucliers vers les batteries de canons. Je me levais et rejoignis la baie de transparacier pour coordonner l’offensive.  
— Tirez sur leurs réacteurs, ordonnai-je aux artilleurs. Nous devons l’immobiliser. Ensuite, nous pourrons le mettre hors de combat.
— Pas de désintégration ? demanda Thnod Jurgan via l’intercom.
— Pas de désintégration, confirmai-je presque à regret. Cette coque a sûrement du mal à voler, mais nous pourrions sans aucun doute en tirer encore quelques composants et surtout du blindage bon à recycler. Autant ne pas passer à côté.
Je jetai aussitôt un coup d’œil au comité assis au fond du pont. Visiblement, cette attention faisait vraiment plaisir aux sénateurs et à Aiden.
Les boucliers du vaisseau ennemi flanchaient rapidement, à présent. La coque sous pression chauffa aux endroits où les salves de lasers la frappaient, allant jusqu’à se déformer. Les tourelles défensives, bien qu’inutiles, furent promptement détruites par quelques tirs bien placés. En à peine plus d’une minute, la frégate était hors de combat, à la dérive dans l’espace.
— Félicitations, capitaine, me gratifia le chancelier Kalpana en se levant à la fin de l’exercice. Vous avez très largement prouvé vos compétences.
— Très largement ! s’offusqua Willspawn. Mais il ne s’agissait que d’une frégate droïde, et d’un exercice banal…
Bien malgré moi, je me devais de lui donner raison. C’était sans comparaison aucune avec la réalité du combat.
— Auquel vous avez participé autrefois, Trevor, l’interrompit l’homme d’État. Mon oncle Feragan était superviseur des opérations au Centre Naval de Metellos, et il nous a souvent raconté votre pitoyable performance face à une frégate de cet acabit.
— Il s’agissait d’un accident, répliqua l’amiral, vexé.
— Et vous avez fini amiral, conclut Kalpana. Alors, permettez-moi d’accorder toute ma confiance à ce jeune capitaine !
Et il s’en alla, sans un mot de plus, suivi par Finis Valorum et Aiden Corona, en grande discussion. Willspawn, dépité, les suivit, sans oublier de me lancer un regard assassin. Je fis comme si je n’avais rien vu.
— Je crois qu’il ne vous aime pas, me dit Galieet avec une pointe d’ironie.
— Peu importe, répondis-je d’un air blasé. J’ai le soutien d’Aiden.
Je sortis pour rejoindre le comité, conscient néanmoins que cette confrontation avec l’amiral Willspawn était la première… Mais sûrement pas la dernière. 

* *
*


Pour info, j'utilise des Hammerheads depuis la première ébauche de l'histoire (avant même que ce soit un roman) en 2009, alors interdiction de dire que j'ai copié Rebels et Rogue One. :o
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Messagepar Zèd-3 Èt » Ven 27 Jan 2017 - 14:49   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Tu as écrit "tout éait"... C'est quoi comme verbe ?

Bon, sinon, on voit bien que Jagen est un ancien Gary Stu (version masculine de Mary Sue), mais tu sembles gérer cela sans trop de problèmes, de manière à ce que ça ne gâche pas l'histoire. Beau rattrapage !

À part ça, j'attends la suite avec impatience !
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Messagepar Jagen Eripsa » Ven 27 Jan 2017 - 15:01   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Merci pour la lecture et le comm' ! :jap:

Zèd-3 Èt a écrit:Tu as écrit "tout éait"... C'est quoi comme verbe ?


Merci, c'est corrigé ! :jap:

Zèd-3 Èt a écrit:Bon, sinon, on voit bien que Jagen est un ancien Gary Stu (version masculine de Mary Sue), mais tu sembles gérer cela sans trop de problèmes, de manière à ce que ça ne gâche pas l'histoire. Beau rattrapage !


J'essaie, en tout cas. :cute:

Je suis moins "fier" de mon résultat que pour La Fédération Impériale, mais c'est ma première histoire, celle que j'ai eu le plus de facilité à créer... Alors j'ai envie de la rendre présentable et lisible !
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Messagepar L2-D2 » Lun 30 Jan 2017 - 14:44   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Chapitre 2 lu !

Un long Chapitre, mais riche en informations. Nouvel environnement, nouveaux personnages, références à l'UE Legends ou au monde réel (Republic is back !), tout est présent pour que le lecteur passe un bon moment devant ce texte. Certes, une nouvelle fois, Jagen est beau, fort, intelligent, malin, honnête, ambitieux, bref, il a tout pour lui, mais il réussit à devenir sympathique, notamment dans sa relation avec ses seconds non-humains. Et l'équipage du Forte Tête semble pour le moins hétéroclite, mais plusieurs personnalités semblent assez mystérieuses, avec des passés qui seront peut-être explorés dans la suite...

Bon, du coup, lorsque je regarde l'illustration d'Uttini qui ouvre le topic, on reconnaît Jagen, manifestement l'Amrial Willspawn, restent donc les deux jeunes filles... et le croiseur, qui n'est pas de classe Hammerhead ! :shock:
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Messagepar Jagen Eripsa » Lun 30 Jan 2017 - 18:22   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Merci pour la lecture et le comm' ! :jap:

L2-D2 a écrit:références à l'UE Legends ou au monde réel (Republic is back !)


Oui, j'aime bien ce genre de petites références... :cute:

L2-D2 a écrit:Certes, une nouvelle fois, Jagen est beau, fort, intelligent, malin, honnête, ambitieux, bref, il a tout pour lui, mais il réussit à devenir sympathique, notamment dans sa relation avec ses seconds non-humains.


Il n'est pas sans aspérités, mais on le découvrira au fil des chapitres... :D
Sans qu'il soit, bien sûr, aussi "torturé" que les personnages de la Fédération Impériale, au premier rang desquels Carth Poldrei. Ce qui se justifie, vu que les personnages de cette histoire n'ont pas encore connu la Guerre des Clones et les atrocités qui ont suivi. ;)
L2-D2 a écrit:Bon, du coup, lorsque je regarde l'illustration d'Uttini qui ouvre le topic, on reconnaît Jagen, manifestement l'Amrial Willspawn, restent donc les deux jeunes filles... et le croiseur, qui n'est pas de classe Hammerhead ! :shock:


Il faudra attendre encore quelques chapitres pour comprendre ! :D
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Messagepar mat-vador » Lun 30 Jan 2017 - 21:08   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Jagen, ton histoire est vraiment bien! Je suis heureux de voir la Flotte Katana à son apogée avant qu'il n'arrive hum le fameux accident décrit dans le cycle de Thrawn :sournois: .

Enfin presque à son apogée comme en témoigne les bisbilles entre le narrateur et Willspawn. tu as vraiment une bonne connaissance de L'UE Legends, j'en suis jaloux :diable: .
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Messagepar Jagen Eripsa » Lun 30 Jan 2017 - 22:22   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Merci beaucoup !
mat-vador a écrit:Je suis heureux de voir la Flotte Katana à son apogée avant qu'il n'arrive hum le fameux accident décrit dans le cycle de Thrawn :sournois: .


C'est quelque chose qui me tentait, moi aussi. :cute:
Et la première version de l'histoire avait été écrite près d'un an avant que je ne lise pour de bon ces trois livres géniaux !

mat-vador a écrit:tu as vraiment une bonne connaissance de L'UE Legends, j'en suis jaloux :diable: .

Dix ans de pratique intensive des encyclopédies, huit de lecture de livres et une bonne lecture de l'anglais (notamment parce que je vais souvent fouiner des détails sur le Wookiee)... Voilà tout ce qui était nécessaire ! :D
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Messagepar Spinful » Mar 31 Jan 2017 - 15:11   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Bonjour,

J'ai lu les deux chapitres et c'est vraiment intéressant. Je n'ai pas vu le temps passer, et ce n'est que lorsque j'ai remonté la page que je me suis rendu compte de tout ce que tu avais rédigé. J'aime bien ton style d'écriture, et tu arrives à raconter un récit à la première personne et ça rend super bien ! Je sais à quel point c'est compliqué, notamment pour les dialogues.

En tout cas, je vais m'inspirer de tes tournures de phrases (si tu le permet hein ?) pour ma propre Fan Fiction !
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Messagepar Jagen Eripsa » Mar 31 Jan 2017 - 15:43   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Merci pour la lecture et le comm' ! :jap:

Spinful a écrit:J'ai lu les deux chapitres et c'est vraiment intéressant. Je n'ai pas vu le temps passer, et ce n'est que lorsque j'ai remonté la page que je me suis rendu compte de tout ce que tu avais rédigé. J'aime bien ton style d'écriture, et tu arrives à raconter un récit à la première personne et ça rend super bien ! Je sais à quel point c'est compliqué, notamment pour les dialogues.


Personnellement, ce sont les dialogues qui me posent le moins de problèmes... Notamment parce que je les fais mûrir dans ma tête longtemps, très longtemps à l'avance. :cute:

Spinful a écrit:En tout cas, je vais m'inspirer de tes tournures de phrases (si tu le permet hein ?) pour ma propre Fan Fiction !


Pas de problème ! Et si tu as une question ou quoi que ce soit, je suis là pour ça. ;)
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Messagepar Spinful » Mar 31 Jan 2017 - 16:02   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Jagen Eripsa a écrit:Merci pour la lecture et le comm' ! :jap:

Spinful a écrit:J'ai lu les deux chapitres et c'est vraiment intéressant. Je n'ai pas vu le temps passer, et ce n'est que lorsque j'ai remonté la page que je me suis rendu compte de tout ce que tu avais rédigé. J'aime bien ton style d'écriture, et tu arrives à raconter un récit à la première personne et ça rend super bien ! Je sais à quel point c'est compliqué, notamment pour les dialogues.


Personnellement, ce sont les dialogues qui me posent le moins de problèmes... Notamment parce que je les fais mûrir dans ma tête longtemps, très longtemps à l'avance. :cute:


Moi ce sont les "dit-il", ou "dis-je" qui me posent soucis. D'une part, je trouve que ça ne sonne pas très bien et d'autre part je ne trouve pas "d'équivalent", ça fait souvent des répétitions et je me fais des nœuds au cerveau.

Toi par exemple, tu t'en sors très bien avec tes "ordonnai-je", "me répliqua t'il". Autant d'exemple que je vais pouvoir utiliser (pour peu que le contexte du dialogue s'y prête).
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Messagepar Jagen Eripsa » Mar 31 Jan 2017 - 16:26   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

N'hésite pas à chercher sur le net, il y a des sites très bien faits comme celui-ci : http://www.espacefrancais.com/les-verbes-de-parole/

(Je vais d'ailleurs l'ajouter de ce pas à ce message)
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Messagepar Zèd-3 Èt » Mar 31 Jan 2017 - 17:17   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Sinon, tu peux simplement aller sur un dictionnaire de synonymes et chercher ceux du verbe dire.
Quand un ouvrier a travaillé dix-huit heures, quand un peuple a travaillé dix-huit siècles et qu'ils ont, l'un et l'autre, reçu leur paiement, allez donc essayer d'arracher à cet ouvrier son salaire et à ce peuple sa République !
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Messagepar Jagen Eripsa » Dim 05 Fév 2017 - 13:17   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

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Chapitre 3

 
Coruscant, Cité Galactique, bâtiment du Sénat, trois mois plus tard.
 
Comme le protocole l’exigeait, Aiden Corona, en tant que Commandeur Suprême de la Flotte, disposait d’un bureau au sein même du Sénat. Cependant, comme la plupart de ses prédécesseurs, il ne l’utilisait que rarement, lors d’occasions spéciales.
Et aujourd’hui était une occasion très spéciale.
— Donc, si j’ai bien compris, nous passerons par le secteur 1138 avant de revenir sur le Sénat, résuma-t-il en contemplant le plan holographique devant lui.
— Et le Katana doit se diriger sur Monument Plaza, rappela Mas Amedda, un chagrien s’occupant des questions de protocole au Sénat. La zone sera évacuée et le chancelier pourra procéder à l’inauguration du vaisseau.
L’amiral se leva, l’air soucieux, et je le trouvais encore vieilli de dix ans. Je ne l’avais pas revu depuis cette fameuse visite sur Rendili, trois mois plus tôt. J’avais mes propres patrouilles à faire, et lui devait superviser les derniers préparatifs pour le vol inaugural de la Flotte Katana.
À ce qu’il disait. Je ne pouvais m’empêcher de penser que quelque chose d’autre le préoccupait. Quelque chose de beaucoup plus inquiétant.
— Et pour ce qui est de la destination ? Vous vous êtes enfin décidés ? demanda-t-il en se tournant vers la baie de transparacier au fond de la pièce pour observer la vue plongeante sur le trafic de Coruscant.
— Le Sénat doit débattre là-dessus, dit le sénateur Teem, l’autre politicien qui participait à la réunion. La séance est prévue dans dix minutes, d’ailleurs. Si vous le voulez bien, nous allons prendre congé pour y assister.
Le président du Conseil de Sécurité et le chagrien sortirent ensemble sans un mot de plus pour nous autres militaires. Typique du mépris des huiles du Sénat pour ceux qui faisaient le sale boulot… Aiden attendit que la porte se referme pour reprendre la parole.
— Ces vermines veulent ma tête, déclara-t-il brusquement. Teem a offert une villa à Trevor sur sa planète. Et comme par hasard, c’est lui qui va inaugurer la flotte Katana, en compagnie du chancelier.
— Kalpana est toujours notre allié ? demandai-je, peu au fait des querelles politiciennes.
— Bien entendu, mais il est pressé de tous les côtés… La République a eu besoin de sponsors, d’investisseurs privés… Et ils veulent leur part du gâteau, comme tu t’en doutes…
— Je suis sûr que tout va bien se passer.
— J’aimerais avoir ton optimisme, Jagen, répondit mon mentor avec un rire sans joie. En attendant, j’aimerais que nous assistions à cette fameuse séance.
Il hésita avant d’ajouter :
— Ton père est là. Nous pourrions peut-être le rejoindre ?
Je lâchai un soupir blasé.
— Je croyais avoir été invité pour une fête, par pour une bagarre.
— C’est triste de voir un père et son fils déchirés comme ça, me dit-il sans surjouer ses émotions.
Je me mordis la lèvre en guise de pénitence. Aiden et sa femme Alvira n’avaient jamais pu concevoir d’enfants, et j’étais le fils de son meilleur ami. Il devait reporter une partie de ses sentiments sur moi… Et j’en étais bien conscient, d’habitude.
— Je plaisantais, dis-je pour me rattraper. Allons-y.
Il me conduisit hors de ce bureau installé dans l’aile administrative ; autour de nous, il y avait une certaine excitation permise par l’approche de la fête tant attendue. Le lancement d’une nouvelle flotte ne survenait pas tous les jours !
L’atmosphère devint cependant plus respirable lorsque nous entrâmes dans le couloir circulaire légèrement ascendant qui permettait d’accéder à toutes les plateformes sénatoriales de la Rotonde.
— Tiens, Teem parlait d’investisseurs, dit soudainement Aiden, et en voilà un…
Un muun de haute taille, au teint cadavérique et portant un appareil respiratoire qui lui déformait le bas du visage s’approchait de nous, en compagnie d’un homme bien plus jeune aux cheveux châtains.
— Amiral Corona, je vous cherchais, dit-il d’une voix très grave.
Il tendit sa main à mon mentor, qui la serra avec méfiance. Son ami humain fit de même avec moi, puis je saluai l’épouvantail en restant sur mes gardes.
— Magister Damask, c’est un honneur, répondit Aiden sans se laisser déstabiliser. Voilà bien longtemps que nous ne vous avions pas vu sur Coruscant. Que puis-je pour vous ?
— Vous connaissez peut-être le sénateur Palpatine, du secteur Chommell ? demanda-t-il en désignant son accompagnant.
Aiden acquiesça, et je l’imitai par politesse. En vérité, ni le nom ni l’apparence de ce type, qui avait peut-être quinze ans de plus que moi, ne me disaient quoi que ce soit – comme ceux de la plupart des sénateurs.
— C’est un honneur de faire votre connaissance, répondis-je néanmoins à l’intention des deux importuns.
Enfin, importuns… Ils m’offraient une occasion de retarder les retrouvailles avec mon cher paternel.
— Capitaine Jagen Eripsa, du Forte Tête, à votre service.
Une brusque nausée m’envahit soudainement, et je passai immédiatement en revue mon petit-déjeuner et les repas de la veille pour comprendre ce qui avait pu provoquer un tel accès. Je fis de mon mieux pour n’en laisser rien paraître, mais je remarquai malgré tout l’œil inquisiteur que Damask posa sur moi à cet instant.
Comme s’il avait senti ce que j’éprouvais.
Naturellement, c’était impossible. Mon imagination me jouait des tours.
— Je suis ravi de voir que la nouvelle génération arrive pour prendre le relais, dit enfin le muun. Que ce soit au Sénat – il fit un geste en direction de Palpatine – ou dans l’armée.
Il posa à nouveau un regard insistant sur moi, et je frissonnai. Ce type me flanquait littéralement la chair de poule. Les méchants des holos horrifiques qu’affectionnait tant Ait étaient plus avenants que lui…
— Mais parlons de ce qui nous intéresse, reprit-il. Je ne suis pas sorti de ma résidence depuis des années… Que voulez-vous, l’âge et les blessures ont fait que je n’ai plus autant de vigueur qu’au temps béni de mon centième anniversaire… Mais comme vous le savez, Amiral, je n’ai pas abandonné les affaires. Mon consortium a été l’un des principaux investisseurs sur le dossier Katana, et je ne pouvais pas manquer l’inauguration de la Flotte. En plus de cela, j’avais à vous parler. J’aimerais que vous me rendiez un service.
— Je vous écoute, répondit mon mentor avec politesse.
— J’ai de bonnes raisons de penser que la planète Vjun recèle d’importants gisements de minerai. Cependant, peu de temps après que mes équipes m’aient remis leur dernier rapport, j’ai appris que la situation sanitaire s’était dégradée à grande vitesse à cause d’une épidémie virale. Je ne pourrai reprendre mes opérations que si des vivres et des traitements sont envoyés sur place. Votre flotte Katana pourrait s’en charger, et ce dès son vol inaugural. Le sénateur Palpatine, ici présent, a accepté de présenter une motion pour venir en aide à la population, et je souhaiterais qu’il obtienne votre soutien.
— J’aimerais pouvoir vous aider, mais c’est le Sénat qui décidera des affectations des vaisseaux, au moins pour ce premier vol. Le vote doit d’ailleurs commencer dans quelques instants.
— Je vois, dit poliment Damask. Dans ce cas, je vous souhaite une bonne journée.
Et il s’éloigna aux côtés du jeune sénateur.
— Je me demande… dit Aiden pour lui-même. Bah, inutile de perdre du temps là-dessus. Suis-moi, Jagen.
Nous reprîmes notre ascension, grâce aux turboélévateurs et aux rampes inclinées, jusqu’au niveau où se trouvait la plateforme sénatoriale du Corridor d’Ison. J’aurais pu la reconnaître entre mille, grâce à mes souvenirs de l’endroit acquis pendant les journées « Portes Ouvertes » où mon grand-père me conduisait. J’éprouvais une bouffée de nostalgie en passant le sas… Accompagnée d’une touche d’appréhension.
La salle des débats du Sénat était encore plus majestueuse que dans mon souvenir, avec ses centaines de plateformes accrochées à intervalles réguliers. C’était bien plus impressionnant encore que les coursives du Katana ; contrairement au cuirassé, ce n’était pas la puissance offensive que l’on ressentait ici, mais le pouvoir de décision. Des milliards de vies dépendaient des choix qui étaient effectués ici, et il régnait dans cette salle un écho qui rappelait étrangement l’importance qu’avaient ces lieux depuis vingt-cinq millénaires. 
L’architecture de la Rotonde en elle-même différait assez du reste du bâtiment. Les couloirs du Sénat étaient jalonnés de statues et d’autres décorations qui rappelaient le souvenir des grands hommes de jadis ; et les gardes du Sénat, dans leurs grandes toges bleues, renforçaient ce décor somptueux et magnifique. Dans la Rotonde, au contraire, le violet prédominant renforçait l’impression de solennité. Tout était fait pour que l’attention se concentre vers le centre du hall, vers la grande plateforme où trônait le Chancelier Suprême.
L’homme qui était assis au bout de la plateforme était grand, avec une bedaine naissante et une légère calvitie qui se voyait très peu avec ses cheveux gris. En nous entendant arriver, il tourna la tête, révélant un visage très légèrement ridé, mais surtout anxieux à l’approche des retrouvailles qui s’annonçaient.
Un sentiment que je comprenais parfaitement, puisque je l’éprouvais également.
— Bonjour, Jag, me dit Saron. Cela faisait longtemps.
— Bonjour, Papa.
Je m’approchai lentement de mon père, d’un pas peu assuré. La dernière fois que nous nous étions retrouvés face à face, c’était lors d’une dispute mémorable sur mes choix de carrière. Il voulait que je m’intéresse, comme lui, à la finance puis à la politique. C’était ainsi que j’envisageais jadis ma vie. Mais tout avait changé avec ce fameux voyage sur Tatooine.
J’avais décidé de devenir officier. Mais pas pour protéger les autres…
Pas seulement.
Je voulais me venger.
Le sabotage que nous avions effectué lors de notre fuite du vaisseau pirate n’était en rien à l’origine des explosions ayant coûté la vie à Thyrs. Ça, c’était bon pour le rapport officiel. Une solution évitant les ennuis.
Pendant que Kenth et Thyrs étaient à l’arrière de notre navette pour tenir en respect les pirates près à l’abordage, je m’étais dirigé vers le poste de commande pour comprendre pourquoi nous n’affrontions finalement qu’une petite part de l’équipage du Blood Angel. C’est là que j’avais découvert une vision d’espoir : un croiseur de la République qui mitraillait les esclavagistes. Je lui avais envoyé nos codes d’identification et un appel à l’aide.
Il ouvrit le feu sur nous.
Je n’avais jamais compris les motifs qui avaient autorisés un capitaine de la Flotte à agir ainsi. Tout ce que je savais, c’est que mon appel à l’aide n’avait pas été écouté, que notre navette avait été prise pour cible, et qu’une des salves de ce vaisseau républicain avaient déclenché l’explosion meurtrière.
Kenth ne m’avait jamais pardonné, et je ne lui avais jamais demandé de le faire. La capture était de ma faute. Le moins que je puisse faire avant de me présenter devant lui sans rougir de honte, c’était trouver le véritable coupable de la mort de son frère. Au mieux, l’officier responsable verrait sa carrière anéantie.
Au pire, il mourrait.
Avec cet objectif en tête, j’avais décidé de m’inscrire à l’Académie d’Anaxes, afin de découvrir plus facilement le responsable. Peu à peu, la passion du métier me prit… À présent, la vengeance n’était plus qu’un élément annexe de mes motivations. Toujours là, mais moins que la volonté d’un travail bien fait.
Bien entendu, je n’avais rien avoué à mon père. Comme il fallait s’y attendre, il avait très mal pris mon changement de voie. Voilà bientôt six ans que nous ne nous parlions plus.
Apparemment, le temps avait cicatrisé ses blessures plus rapidement que les miennes.
— Je suis ravi de voir que tu vas bien, me dit-il avec un sourire chaleureux. Et ta mère sera tout aussi ravie quand je le lui dirai.
— Elle est ici ?
— Non, elle est restée sur Bespin… L’atmosphère coruscantienne lui est trop insupportable. Mais j’oublie toute courtoisie ! Bonjour, Aiden !
— Bonjour, Saron, répondit l’amiral avec un sourire. Ce n’est rien, ne t’inquiète pas…
— Bah, je me doute que rien ne peut entacher ton moral aujourd’hui, n’est-ce-pas ?
— Tout à fait.
Je me tournai vers mon mentor. Le contraste avec l’homme usé de tout à l’heure était saisissant. En bon joueur de sabacc, il s’était composé un masque jovial qui pouvait même tromper son ami de trente ans… Et cela m’inquiéta d’autant plus. Que lui arrivait-il vraiment ?
— Les débats ont commencé ? reprit l’intéressé, sans prêter attention à l’examen visuel de sa personne auquel je me livrais.
— Pas encore, mais…
Il s’interrompit brusquement. Le volume des discussions autour d’eux était devenu si bas que les rares personnes qui parlaient encore à voix haute voyaient leurs propos résonner dans toute la Rotonde. Puis le chancelier Kalpana introduisit la séance.
— Sénateurs, sénatrices, élus de la République, la séance du jour portera sur…
Pendant que le chef de l’État parlait, je réfléchis aux conséquences de ce fameux jour sur ma carrière. L’inauguration de la Flotte Katana était un grand moment, certes, mais cela risquait de poser problème quant à mon avenir. Aiden serait de plus en plus absent, ce que Trevor Willspawn ne manquerait pas d’exploiter, évidemment. Le Forte Tête dépendant du bon vouloir de l’amiral, je risquais de faire face aux caprices de cet homme dangereux… Et de perdre la bataille contre lui. Mon équipage, bien que tout à fait compétent, pourrait être limogé. Je m’attristai d’avance de ce qui pourrait arriver à des hommes aussi valeureux. L’idée d’une carrière paramilitaire me vint à l’esprit, mais je savais qu’un tel choix briserait le cœur d’Aiden.
Et me vaudrait encore plus de mépris de la part de mon père, bien sûr.
— …destination de la Flotte Katana. Comme vous le savez, chères sénatrices, chers sénateurs, l’inauguration de notre Flotte commencera dans maintenant deux heures. Selon la tradition, le vol inaugural doit avoir lieu immédiatement après. Je souhaiterais entendre les propositions du Sénat avant toute décision.
— Excellence, dit un homme sur une plateforme à quelques mètres de nous, la traversée de la Voie Corellienne me paraît être une bonne idée. En effet, cette piste…
— C’est Pannor, le sénateur de Corellia, chuchota Saron. Il a envie de les voir, ces fameux vaisseaux… Il n’a pas apprécié que tu aies choisi Rendili StarDrive, Aiden !
— Leur offre était bien moins intéressante, surtout au niveau des charges techniques, répondit l’amiral à voix basse. D’un autre côté, bien que corellien, je ne suis pas vraiment en accord avec Pannor. Le Conseil des Cinq Mondes a beau le vénérer comme un demi-dieu, je trouve qu’il manque d’honnêteté dans ses choix. Il était respectable, autrefois. Mais depuis qu’il a évincé le vieux Sern Bel Iblis, il ne se sent plus.
— Le fils de Sern voulait faire de la politique, non ? Comment s’appelle-t-il, déjà…
— Garm, Saron, Garm. Mais ce n’est encore qu’un gamin. Plus jeune encore que notre Jagen. Cependant, je suis d’accord avec toi, il fera une bonne alternative, d’ici à quelques années. Com Fordox l’a déjà pris sous son aile.
— …notre glorieuse station Centerpoint, acheva le diplomate corellien.
— Merci, sénateur Pannor, votre proposition a retenu notre attention. D’autres idées ?
— S’il vous plaît, Excellence, dit un Gran au sommet de l’Assemblée.
— Nous vous écoutons, sénateur Froean.
— Le système de Vuulspar, sous ma juridiction, a fourni l’essentiel des métaux nécessaires à la construction des cuirassés, et ce à des prix défiant toute concurrence. Il serait juste que nous soyons récompensés pour notre effort.
— C’est une très bonne idée, sénateur. S’il n’y a personne d’autre qui… Oui, sénateur Palpatine ?
— Excellence, dit le jeune politicien, j’ai moi-même une proposition à faire à notre glorieux Sénat. J’ai appris récemment que la planète Vjun était balayée par de terribles épidémies et que les habitants avaient grandement besoin de vivres et de remèdes. Je pense que l’envoi sur Vjun de la Flotte Katana pour une telle mission serait un symbole fort à envoyer à la galaxie tout entière, un message de paix et d’espoir, qui grandirait un peu plus ce jour.
— Cette proposition est toute à votre honneur, sénateur Palpatine. Bien, le vote va maintenant avoir lieu, je vous rappelle que…
— Ce type ira loin, très loin, chuchota Saron. Aiden, tu as une préférence ?
— Le sénateur de Vuulspar, dit-il avec vigueur. Vjun peut aller se faire voir.
Je me tournai vers lui, surpris. L’agressivité ne faisait d’ordinaire pas partie de ses caractéristiques.
— Ces gens n’y sont pour rien, dis-je avec énergie. Ce n’est pas leur faute si ce Damask veut s’accaparer leurs ressources, ou si…
— Tu n’as pas toutes les données en main, Jagen, me répondit Aiden. Les sénateurs non plus. La plupart… La plupart ne regardent pas plus loin que le bout de leur nez, et se contentent de ce qu’ils lisent sur leurs tablettes, sans chercher à creuser les informations qu’ils reçoivent. Ce n’est pas mon cas. J’ai un excellent réseau d’agents qui collectent des tas de données dans toute la galaxie. Et je me suis intéressé au cas Vjun.
— J’ai entendu des rumeurs, intervint Saron, mais je ne pensais pas… Bon sang, ils ont vraiment créé ce truc-là eux-mêmes ?
— C’est pire que cela, répondit Aiden. Ils l’ont créé pour se défendre contre la République. Tu comprendras que je ne sois pas chaud pour aller là-haut.
Je restai bouche bée, stupéfait par ce que j’apprenais.
— Mais comment… pourquoi…
— Je me suis peut-être mal exprimé, reprit l’amiral. Ils l’ont créé pour se défendre contre une branche bien particulière de la République. L’Ordre Jedi.
— Les Jedi sont pourtant des gens de bien, non ?
— Tu as passé cinq ans à l’Académie, il me semble ? demanda acerbement Aiden.
— Oui, répondit Jagen, mais je ne vois pas le rapport.
— Visiblement, tu as oublié quelques leçons. Le problème à l’origine de tout cela est la réquisition des enfants. L’Ordre est en droit de prendre sous sa « protection » tous les utilisateurs de la Force. Généralement, ils n’appliquent ce droit qu’avec les plus jeunes, et se contentent souvent de familles pauvres, ou d’orphelins… Bref, ils essaient de leur donner une vie meilleure. Cependant, un amendement assez récent a remis en question beaucoup de choses. Il stipule que les enfants « à risque » peuvent être réquisitionnés sans l’aval de leurs parents.
— Qu’entendent-ils par « à risque » ?
— Ceux qui risquent de sombrer du Côté Obscur, répondit mon père en choisissant ses mots avec soin. Les potentiels Jedi Noirs. Oh, il n’y en a pas eu en masse depuis les Réformes de Ruusan, mais ceux qui basculent font à chaque fois pas mal de grabuge. Et il est avéré que sur certaines planètes, il y en a plus que sur d’autres. On appelle ça des bastions du Côté Obscur. Et Vjun en fait partie ; sa population est très sensible à la Force, et ils ont souvent soutenu les ennemis de la République par le passé. Bref, ça fait beaucoup de choses à la fois.
— Ils ont donc lâchés un virus mortel pour éviter de rejoindre l’Ordre Jedi ? résumai-je, horrifié.
— Exactement, dit sombrement Aiden. Et maintenant… Attendez, Kalpana…
— …et avec neuf cent quarante-six voix, le projet Vjun est approuvé à la majorité parlementaire.
Un tonnerre d’applaudissements retentit dans la salle. Le greffier bothan en profita pour prendre la parole.
— La séance est levée, dit-il d’une voix grave qui résonna malgré le brouhaha ambiant.
— Tonnerre ! Il a réussi ! s’emporta Aiden. Foutus politiciens, toujours prêts à se faire mousser auprès des industriels ! Je vais avoir l’air fin, moi, avec mes croiseurs, sur cette planète de fous…
 
*  * 



  Monument Plaza était un lieu symbolique pour bon nombre d’habitants de Coruscant, et pas seulement à cause de sa taille. On venait ici pour toucher la roche de l’Umate, l’un des plus hauts sommets des Monts Manarai (le seul en tout cas qui soit encore à ciel ouvert), ou pour se restaurer entre deux séances au Sénat, ou bien encore pour se rendre au Musée Galactique situé à proximité. Parfois même, les descendants d’anciens combattants se rendaient ici pour commémorer leurs ancêtres tombés sur le champ de bataille, notamment lors de la Grande Révolution Droïde qui avait fait de cet endroit un point de ralliement.
Mais aujourd’hui, si la place et ses environs étaient noirs de monde, c’était pour assister à l’inauguration de la Flotte Katana.
Chaque mètre carré de béton ou de duracier était occupé à des kilomètres à la ronde. À voir les innombrables espèces représentées, je ne pus m’empêcher de penser que toute la République était rassemblée en ce jour.
J’étais installé dans la tribune d’honneur, aux côtés de mon père, à la place qui aurait normalement dû échoir à son assistant parlementaire – s’il en avait eu un. Autour de nous, il y avait toutes ces personnes que les holomags désignent sous le nom de « Gratin » ; de nombreux officiers qui prendraient dans les prochaines heures leurs fonctions à bord des cuirassés, des hommes d’affaires qui avaient financé les vaisseaux ou fourni des matériaux et autres composants, des holoactrices célèbres, et le Sénat, bien sûr ; tous les sénateurs – ainsi que leurs assistants – avaient été invités, et seuls quelques-uns n’étaient pas venus, après s’être excusés. Le chancelier Kalpana, qui parlait à l’instant, trônait quelques rangs en-dessous de nous, sur une partie surélevée au centre de la tribune. Aiden se tenait à sa droite, avec les officiers les plus haut-gradés de la Flotte Katana. De l’autre côté, Trevor Willspawn et les membres du Conseil de Sécurité observaient en silence la foule qui entourait toute la place.
Aiden était visiblement nerveux. Il n’arrêtait pas de jeter des coups d’œil à gauche et à droite, comme s’il attendait un signe ou se préparait à une attaque. Il nous avait laissés, mon père et moi, discuter ensemble – « rattraper le temps perdu », selon l’expression consacrée – pendant qu’il retournait rapidement à son bureau. Je n’avais pas eu l’occasion de lui reparler depuis, et je voulais le faire au plus vite, car il m’inquiétait. Je savais pertinemment ce que cette flotte représentait pour lui, et il avait conscience de la gravité de la situation, de l’importance de ce moment capital.
Quant à Willspawn, il était malheureusement égal à lui-même, « irrattrapable », comme disait autrefois mon père en voyant des pirates interstellaires faire la une d’Holonet News Edition. Il m’avait aperçu quelques instants avant le début du discours de Kalpana, et s’était contenté de me jeter un de ses regards habituels chargés de mépris.
Le chancelier acheva son discours sous une nuée d’applaudissements, et les fanfares se mirent en marche.
Aiden m’avait confié que le Sénat avait recruté pour l’occasion les meilleurs orchestres de Clak’dor VII, d’Orto et de Corellia. Et il ne s’était pas trompé. Tout n’était que musique à cet instant, avec une farandole de sons harmonieux dominée par des instruments graves et métalliques. J’y distinguais des cors, qui dans le folklore corellien étaient associés à la guerre. C’était une marche militaire particulièrement entraînante.
À la fin du plus grand crescendo, un bruit assourdissant de moteurs commença à envahir la place. Des acclamations montèrent de tous les côtés.
Les croiseurs de la Flotte Katana, tels des nuages d’orage sous le soleil de Coruscant, avançaient vers la glorieuse Monument Plaza. Leurs coques noires ombrageaient la foule et éclipsaient la beauté de la place, et même l’attrait qu’avait le sommet de l’Umate pour la plupart des Coruscantiens. L’un des vaisseaux se détacha du groupe et descendit à grande vitesse. Il déploya son train d’atterrissage pour venir se poser sur une large zone dégagée, entre la tribune officielle et la montagne qui, devenue l’un des seuls vestiges de la nature coruscantienne, étendait sa fière pointe vers les cieux. Une fois de plus, je contemplais ce bijou de la technologie, ce joyau noir qu’était le Katana.
Le vaisseau éteignit ses réacteurs au moment où les services de sécurité de Coruscant commençaient à ouvrir les barrières qui enserraient la tribune officielle et celle plus petite des journalistes. Le chancelier Kalpana et l’amiral Corona descendirent les premiers, suivis par une myriade d’hommes et de femmes de toutes les espèces qui arrivaient de ces mêmes tribunes.
— Viens, Jagen, me dit Saron. Il vaudrait mieux ne pas se faire distancer.
J’acquiesçai sans répondre, pleinement captivé par ce fameux vaisseau. Et je n’étais visiblement pas le seul. Partout, des flashs d’holocapteurs s’activaient, et immortalisaient cet instant unique, si important dans l’histoire militaire de la République.
Enfin, elle retrouvait une flotte digne de ce nom.
Cet engouement était à rattacher aux tensions qui émergeaient au Sénat depuis quelques années. L’opposition traditionnelle entre les unionistes de la Faction du Noyau et les libéraux de la Faction de la Bordure était bouleversée par l’émergence d’une nouvelle ligne politique, celle des Militaristes, qui prônaient ouvertement la constitution d’une véritable armée au service du Sénat. On leur attribuait souvent, bien qu’à tort, le projet de la flotte Katana.
En descendant du gradin, mon père aperçut un homme de taille moyenne, aux cheveux noirs agrémentés de légères pointes de gris.
— Bonjour, Ranulph, dit Saron à son intention.
Je reconnus alors le sénateur Tarkin, le chef de file des Militaristes. Il avait un visage dur avec un regard tranchant comme du duracier, mais son expression du moment était davantage surprise qu’autre chose.
— Ah, bonjour, Saron. Je vois que vous êtes accompagné.
— Mon fils, Jagen.
— C’est un honneur, Sénateur, lui dis-je en tendant la main.
Il me salua avec un certain enthousiasme.
— Tout comme moi. Vous m’aviez caché que votre fils appartenait à la Flotte ! dit-il avec un signe de tête en direction du cuirassé derrière lui.
— Je suis commandant du Forte Tête, rectifiai-je avec une pointe de regret. Un Hammerhead NG-2.
 — Sous les ordres de Trevor, j’imagine ?
— Effectivement. Mais l’amiral Corona a été mon mentor.
— Je m’en serais douté, dit-il en se tournant vers mon père. Alors, heureux ?
— J’ai connu des journées pires, répondit laconiquement Saron. Mais aussi des meilleures. Vous connaissez mes doutes au sujet de cette flotte.
— Votre angélisme vous perdra…. soupira le sénateur d’Eriadu. Vous dites ça alors que non seulement votre meilleur ami, mais aussi la chair de votre chair porte l’uniforme !
Je retins un grincement de dents. J’étais parvenu à obtenir un statu quo fragile avec mon père, et je ne tenais pas à rouvrir les hostilités.
— Je suis un homme de convictions, répondit-il avec résignation. Passez une bonne journée.
À une centaine de mètres devant nous, le chancelier Kalpana et l’amiral Corona venaient d’atteindre la base de la passerelle d’embarquement. En hommage à une vieille coutume corellienne, un ruban avait été tendu entre les deux énormes vérins de la lourde rampe, symbolisant à la fois la nouveauté et la pureté du bâtiment. Les deux hommes étant arrivés à destination, l’orchestre du vaisseau, installé sur un monte-charge à moitié abaissé, se mit à jouer l’hymne de la République, interrompant toutes les conversations en cours.
L’air, très rythmé sans être pour autant moins mélodieux, me rappela les parades militaires qui défilaient dans la cour d’honneur de la Citadelle d’Anaxes. J’eus un pincement au cœur en repensant à ces bonnes années et à mes amis dispersés dans la Galaxie.
Le morceau s’acheva sous des tonnerres d’applaudissements, et le chancelier coupa le ruban symbolique, avant de monter à bord, accompagné de l’ingénieur Blissex.
Tandis que j’observais avec attention le défilé des invités accédant au cuirassé, je fus surpris de découvrir qu’Aiden ne s’était pas joint à Kalpana mais avait profité que l’attention des caméras soit portée ailleurs pour me rejoindre discrètement.
— Je peux te parler ? me demanda-t-il en me faisant sursauter.
— Bien sûr, répondis-je aussitôt.
— Je n’ai que peu de temps, alors je préfère aller droit au but : J’ai besoin que tu partes en reconnaissance dans le système Vjun. L’espace local devrait être dégagé, mais je préfère m’en assurer.
— Entendu.
— Une fois là-bas, nous pourrons discuter.
Il s’éloigna aussi vite qu’il était apparu, sans ajouter le moindre mot. Je l’observai avec inquiétude pendant quelques instants, puis décrochai son comlink et composait le code d’appel du Forte Tête.
— Lieutenant Hurieegh au rapport, monsieur.
— Galieet, ici Jagen. J’ai besoin que le vaisseau soit opérationnel dans les plus brefs délais. Nous avons du travail.
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Messagepar darkCedric » Dim 05 Fév 2017 - 13:54   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Hego Damask :love:

La flotte Katana :love:
Qu'est-ce que le visage de la lâcheté ? Un postérieur qui déserte le champ de bataille !
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Messagepar Zèd-3 Èt » Dim 05 Fév 2017 - 18:14   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Les Seigneurs Sith sont dans la place ! :love: Et que de caméos ! Bel Iblis, Tarkin... Et on a des détails sur la vengeance de Jagen ! Que demander de plus ? Ah si, je sais : que tu corriges ça « où mon grand-père m’y me conduisait ». Et puis la suite, bien sûr.
Quand un ouvrier a travaillé dix-huit heures, quand un peuple a travaillé dix-huit siècles et qu'ils ont, l'un et l'autre, reçu leur paiement, allez donc essayer d'arracher à cet ouvrier son salaire et à ce peuple sa République !
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Messagepar mat-vador » Dim 05 Fév 2017 - 21:00   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Décidément si les Sith sont à l'origine du fiasco de la Flotte Katana, ils n'ont pas raté leur coup :diable: ! C'est toujours aussi agréable à lire et l'intrigue est toujours aussi bien amenée.

Heureux de voir Ranulph Tarkin, le Tarkin qui clamse lors de la Bataille du Mont Avos dans la guerre Hyperspatiale de Stark si je ne me trompe pas :sournois: .
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Messagepar Jagen Eripsa » Dim 05 Fév 2017 - 22:10   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Merci pour vos lectures ! :cute:

Zèd-3 Èt a écrit: Ah si, je sais : que tu corriges ça « où mon grand-père m’y me conduisait ».


C'est fait, merci. :jap:

mat-vador a écrit:Heureux de voir Ranulph Tarkin, le Tarkin qui clamse lors de la Bataille du Mont Avos dans la guerre Hyperspatiale de Stark si je ne me trompe pas :sournois: .


J'ai modifié ton message pour éviter que tu spoiles la suite... :D

La suite arrivera dans la semaine, et je pense qu'elle vous intéressera tout autant ! :cute:
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Messagepar L2-D2 » Mer 08 Fév 2017 - 20:13   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Chapitre 3 lu !

Effectivement, comme l'ont dit mes camarades avant moi, que de caméos ! Le Sénateur Tarkin, Mas Amedda, une mention d'un certain Garm Bel Iblis et puis surtout, Hego Damask en personne qui vient faire un petit coucou ! :love:

Pour le reste, c'est toujours aussi bon. L'intrigue semble se lancer, le passé de Jagen est développé, tout comme l'est sa relation avec son père, et le vol inaugural de la flotte Katana s'annonce. D'ailleurs, virus sur Vjun, lieu de la première escale de la Flotte, alors même qu'on sait cette force d'attaque "condamnée" à devenir folle... y-aura-t-il un lien, ou pas ? Te connaissant, je ne saurais le dire !

Du coup, comme pour la Fédération Impériale : vivement la suite ! :oui:
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Messagepar Jagen Eripsa » Mer 08 Fév 2017 - 20:42   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Merci pour la lecture et le comm' ! :jap:

L2-D2 a écrit:D'ailleurs, virus sur Vjun, lieu de la première escale de la Flotte, alors même qu'on sait cette force d'attaque "condamnée" à devenir folle... y-aura-t-il un lien, ou pas ? Te connaissant, je ne saurais le dire !


As-tu lu Sombre rencontre ? Ce roman m'avait marqué quand j'étais au collège. :cute:
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Messagepar L2-D2 » Mer 08 Fév 2017 - 21:08   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Oui, je l'ai lu il y a quelques années... je me souviens d'une atmosphère "toxique", et surtout d'un face à face d'anthologie entre Yoda et Dooku! :love:
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Messagepar Jagen Eripsa » Mer 08 Fév 2017 - 21:12   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Eh bien voilà, j'ai voulu rendre le tout raccord. :cute:
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Messagepar Jagen Eripsa » Sam 25 Fév 2017 - 12:12   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Et c'est parti pour un nouveau chapitre ! :cute:

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Chapitre 4

 
Croiseur Hammerhead NG-2 Forte Tête, en transit dans l’hyperespace, quelques heures plus tard.
 
La sonnerie du réveil me tira d’un sommeil agité et peu reposant. J’écarquillai les yeux, et ma main tâtonnait dans le noir à la recherche de l’interrupteur de ma lampe de chevet. L’ayant trouvé, j’ouvris la lumière et me redressai.
Quelle nuit… Je ne me souvenais pas des détails, mais il y avait des cauchemars terrifiants, une impression d’étouffement – Je ne connais pas le vertige, mais la claustrophobie, si ! – et… Cette sensation horrible de flotter dans le vide sans combinaison, à la recherche d’une bouffée d’air définitivement inaccessible…
Je balayai tous ces mauvais souvenirs avant de quitter mon lit. Le contact avec le sol en métal froid acheva de me réveiller ; je me hâtai de saisir mes chaussons, une paire de frésiennes soyeuses et confortables… Une vapodouche rapide, et j’enfilai mon uniforme de service, impeccablement repassé par le droïde-blanchisseur. Après avoir ajusté mon képi, je quittai enfin ma cabine et rejoignis le pont, à quelques pas à peine de là.
Alors que j’entrai sur la passerelle de commandement, mon regard fut attiré par les lumières tourbillonnantes qui me faisaient face ; nous étions toujours plongés dans l’hyperespace, conformément au planning de vol d’après lequel j’avais programmé mon réveil. Galieet était assis dans son siège et explorait un rapport sur son datapad.
— Bien dormi ? demanda-t-il en me voyant arriver.
M’inspirant d’Aiden, j’avais instauré un protocole relâché pendant les patrouilles et autres vols sans invités. Nous n’étions qu’une petite dizaine à bord, un nombre ridiculement bas pour un vaisseau de cette taille… Mais triste reflet du budget qui nous était alloué. Le « décor » – le terme d’argot pour les grades – n’aurait pas apporté grand-chose.
— Très bien, merci, mentis-je pour éviter d’entrer dans les détails. Combien de temps avant de réintégrer l’espace normal ?
— Quelques minutes à peine.
— Parfait. Que lis-tu ?
— Les actualités. Apparemment, il y a eu un nouveau raid pirate dans le secteur Thyferra.
— Rien d’étonnant, répondis-je en haussant les bras. Le bacta est toujours très cher.
— C’est à deux pas de Yag’Dhul, ajouta-t-il sans lever les yeux.
— C’est vrai… Mais il n’y a rien qui soit vraiment alarmant.
Galieet ne répondit pas. Il était réellement attaché à sa planète natale, et il prenait très à cœur tout ce qui pouvait s’y passer.
— Je te promets que j’en parlerai à Aiden. S’il a du temps à me consacrer, bien entendu.
— Il en aura. Ce n’est pas pour rien qu’il vous a convoqué.
— Il m’a demandé de servir d’éclaireur…
— …Mais les vaisseaux de la Flotte Katana ont un meilleur hyperpropulseur que le nôtre.
Sa réponse me laissa pantois. Je ne doutais pas de ses compétences ; il était bien meilleur en astronavigation que je ne pourrais jamais l’être, même si je le voulais vraiment…
Mais toute cette histoire me laissait perplexe. La flotte Katana devait déjà avoir atteint Vjun. Nous n’étions partis qu’une heure avant son propre départ … Et elle nous avait probablement dépassés. Aiden devait s’en douter ; il était assez fier du perfectionnement technique de ses nouveaux navires.
Alors, à quoi jouait-il ?
— Nous arrivons dans quelques secondes, m’interpella Galieet.
Il avait à peine terminé sa phrase que l’alarme de proximité s’enclencha ; le vaisseau quitta la vitesse lumière pour entrer dans l’espace de Vjun.
La planète brune était imposante et occupait la moitié de la vitre, mais ce n’était pas cela le plus impressionnant. Non, ce qui concentrait l’attention de tous les membres de l’équipage présents sur le pont – y compris la mienne –, c’était la présence de ces deux cents cuirassés qui paradaient au large, en formation de combat.
La Flotte Katana était enfin sur le terrain, prête à défendre la République… Et à écraser ses ennemis.
Une fois cette mission d’inauguration finie, les vaisseaux de guerre pourraient accomplir leur mission première : détruire les pirates. Mais, pour l’heure, ils étaient immobiles, d’un calme presque inquiétant, tels des coquilles vides errant dans l’espace. Pendant un instant, je craignis qu’il ne soit arrivé quelque chose à l’équipage, mais cette peur cessa quelques secondes plus tard, quand l’opérateur holocom annonça que le Katana cherchait à nous contacter.
— Allez-y, Horsk, répondis-je, impatient. Lancez la transmission.
Le bothan acquiesça et enclencha plusieurs fois. La silhouette bleutée d’un zabrak en tenue d’officier de la République apparut au-dessus du terminal holographique du pont.
— Mes respects, Capitaine, déclara-t-il. Je suis le lieutenant Tur’vaktra, des Forces Armées de la République, au service exclusif de l’amiral Corona. Il m’a chargé de venir à votre rencontre, de façon à vous convoyer.
— Remerciez-le de ma part. Nous allons déployer le sas d’amarrage numéro deux.
Pour un simple embarquement, l’accostage dans le hangar aurait pris bien trop de temps.
— Je vous attends dans le hall.
— Bien compris, Capitaine.
Du coin de l’œil, j’aperçus une navette qui quittait la formation alliée pour venir à notre rencontre. Tout semblait avoir été préparé à l’avance…
— Galieet, déclarai-je après quelques secondes de réflexion, je te confie le commandement.
— Entendu. Dois-je rapprocher le vaisseau des cuirassés ?
— Inutile, nous ne ferions que gêner les manœuvres.
— Compris. Bonne chance, Capitaine.
— Merci, Lieutenant.
Je quittai le pont par la porte principale et rejoignis à grands pas le hall d’où partaient les sas d’amarrage. Je venais d’arriver lorsque je ressentis une petite secousse, probablement atténuée par les différents systèmes d’inertie du vaisseau ; la navette s’était amarrée. Le sas tribord, barré d’un énorme chiffre « 2 », s’ouvrit et laissa apparaître l’intérieur du transporteur ; le zabrak qui nous avait appelés quelques instants plus tôt en sortit et s’avança vers moi avant de se mettre au garde-à-vous.
— Capitaine Eripsa.
— Lieutenant Tur’vaktra, répondis-je en tentant de me montrer chaleureux malgré mon appréhension.
— L’amiral Corona vous attend. Il serait plus prudent de ne pas le faire patienter trop longtemps.
— Bien sûr. Passez devant, je vous suis.
Nous entrâmes dans la navette pour nous diriger immédiatement vers le poste de pilotage. Tur’vaktra s’installa aux commandes, tandis que je pris place sur un des sièges destinés aux passagers. Le vaisseau se détacha du Forte Tête et repartit vers la gigantesque flotte, qui semblait errer sans but autour de Vjun. Les cuirassés de la Force Sombre prirent rapidement de plus en plus de place sur la verrière, si bien que pendant l’approche finale il n’y eut rien d’autre de visible.
— C’est un nom twi’lek que vous portez, Lieutenant ? dis-je pour tenter de nouer une conversation.
— J’ai été adopté, me dit-il sans plus s’étendre.
Nous venions de traverser la première ligne de la flotte, et le Katana apparut alors, trônant au milieu de ses semblables.
— Je suppose que vous n’avez pas besoin de moi pour les manœuvres. À quel pont me débarquez-vous ?
— Au pont vingt-six, Capitaine. Vous ne serez qu’à une courte distance des quartiers de l’amiral Corona.
— Parfait !
Je rejoignis l’arrière ; une nouvelle secousse m’indiqua que nous étions amarrés.
— Merci pour le voyage ! lui lançai-je depuis le sas.
— À votre service, Capitaine. Je reste en attente.
Sortant de la navette aussi vite que possible, je me dirigeai très vite vers le saint des saints du cuirassé (et de la Flotte), le bureau d’Aiden, comme je l’avais fait lors de ma précédente visite. Mais cette fois-ci, je ne prêtais guère attention aux coursives presque vides et à leur esthétisme épuré plaisant à l’œil ; mon esprit tout entier se concentrait sur le mystère du comportement de mon cher mentor.
En arrivant dans ses quartiers, je m’étonnai de les trouver aussi froids. La pièce d’entrée, qui faisait également office de salle de réception et de bureau, était dans l’obscurité ; la seule lueur provenait de la verrière s’ouvrant sur l’espace, sur le mur opposé à celui par lequel je venais d’entrer ; et même cette unique lumière était atténuée, car la silhouette d’un haut fauteuil, dans lequel était assis l’occupant des lieux, trônait juste devant.
— Jagen. Tu es enfin là !
— Désolé, Aiden, répondis-je en s’avançant vers l’estrade où se trouvait Corona. J’ai fait aussi vite que j’ai pu.
— Je le sais.
Il ne dit rien de plus, et je m’installai dans un siège face à lui, sans briser ce silence gênant.
— Vous vouliez me voir, lui dis-je finalement.
— Oui… marmonna-t-il sans lever les yeux du document qu’il lisait depuis mon arrivée. Mais je ne sais pas par où commencer.
Il se tut une fois encore, m’obligeant à reprendre l’initiative.
— Que se passe-t-il, Aiden ? lui demandai-je alors, de plus en plus inquiet. Vous allez bien ?
Enfin il détourna le regard de son texte, et je vis dans ses yeux une lueur que je ne lui connaissais pas.
De la peur.
— Ouvre ça, dit-il en désignant du doigt une malle posée sur une table près du mur à ma droite.
Je me levai et approchai doucement du coffre : il était plutôt standard, apparemment neuf, mais il provoquait chez moi un sentiment de répulsion que je ne parvenais pas à comprendre.
 Aiden appuya sur une commande, et le couvercle bascula, révélant le contenu.
Je dus faire d’immenses efforts pour ne pas régurgiter mon dernier repas.
Trois têtes reposaient au fond de la boîte. Deux appartenaient à des humains et la troisième à un rodien… Et toutes semblaient avoir été coupées net, d’un seul coup. Il n’y avait rien de dégoulinant, pas de sang, rien d’autre – rien qui n’indiquait en fait qu’il s’agissait bien de morceaux de cadavres et pas de bouts de plastique.
Pourtant, ce qui se dégageait de ce spectacle abominable était digne des plus effrayants holofilms d’horreur.
— Par les Neuf Enfers Corelliens… Aiden… Que se passe-t-il ici ? Que font ces… ?
— J’ai reçu cette malle quelques heures avant mon départ, m’avoua l’amiral. Je l’ai scannée… Il n’y a rien d’autre que ce que tu as vu.
— C’est déjà bien assez, dis-je avec un frisson.
— Regarde encore.
— Non merci…
— J’insiste.
Je lui obéis, à contrecœur. 
— N’y a-t-il rien qui te choque ?
Le fait que trois têtes reposent au fond du coffre n’était pas suffisant, à ses yeux ? Je frissonnai, m’imaginant subir le même sort que ces pauvres malheureux, le cou entaillé par un fou, du sang jaillissant de ma carotide…
Une minute…
— Il n’y a pas de sang, compris-je finalement.
— Non. Les blessures ont été instantanément cautérisées.
— Cautérisées ? Mais…
L’implication de ce simple détail me glaça d’effroi.
— … Seuls les sabres lasers des Jedi peuvent faire une telle chose !
— En effet.
— Aiden, je ne parviens pas à croire que l’Ordre ait pu faire une chose pareille.
— Je sais. Alors, qui est-ce ?
Je fis travailler mon esprit à toute vitesse pour trouver une solution convenable. Il ne pouvait tout simplement pas s’agir des Jedi. Non, impossible. Ils étaient la Justice, la Paix, la Miséricorde… Les représentations de toutes ces allégories… Et si quelquefois il fallait couper des têtes pour y parvenir, jamais ils n’auraient mis en place une telle mise en scène.
Et il restait la question la plus incompréhensible de cette histoire : qu’est-ce qu’Aiden venait faire là-dedans ?
— Un Jedi Noir ? risquai-je doucement.
J’avais eu vent de rumeurs évoquant des troubles dans le secteur de Télos, la planète où la famille de Kenth habitait. Bien que je n’aie pas eu le moindre contact avec mon ancien ami depuis plus de cinq ans, je gardais un œil sur lui… Mais les informations étaient troubles et confuses.
— Bien essayé, admit Aiden. Mais la réalité est plus terrifiante encore. C’est une histoire complexe et dangereuse, Jagen… Je suis en danger de mort. Ce « présent » en est la preuve.
— Vous connaissiez ces personnes ?
— J’étais leur employeur.
Des soldats de la République ? Pourtant, un registre existait pour signaler toutes les disparitions… Trois soldats manquants auraient déclenché une alerte majeure, et j’en aurais sans doute été informé.
— Laisse-moi tout t’expliquer depuis le début… reprit-il.
— Je vous écoute.
— Tu connais déjà le fonctionnement du système corellien, n’est-ce pas ? L’instabilité politique constante. Alors que Coruscant ou Aldérande vivent sous le même système depuis l’aube de la République, nous Corelliens aimons le changement. Nous passons d’une république à une dictature, d’un diktat à la monarchie. Les citoyens s’en accommodent. Ces changements concernent surtout les grandes familles, les Maisons, qui constituent le cœur de notre société.
— Et la Maison Eripsa est l’une d’entre elles, complétai-je avec impatience.
— Tout comme les Corona. Notre famille a accédé à la fortune suite à la disgrâce de la Maison Karath, au lendemain de la Guerre Civile des Jedi. La trahison de Saul Karath a précipité leur chute.
— Oui… Il est devenu synonyme de trahison dans notre langue, n’est-ce pas ? Tout cela parce qu’il a rallié les Jedi Noirs de Malak.
— On peut dire ça comme ça. Après le bannissement des Karath, les Corona ont repris leurs possessions et leur fortune, puis mes ancêtres se sont établis à Coronet. C’était une période troublée ; l’Ordre Jedi faillit être oblitéré, et la République avec lui. Mais ils y survécurent…
— Et l’Empire attaqua quelques siècles plus tard. La guerre contre l’Empereur et ses Jedi Noirs fut terrible…
— Pas des Jedi Noirs, Jagen. Des Sith. C’était l’Empire Sith.
— Ce n’est pas ce que…
— Le nom a été effacé de la plupart des registres. Mais il a subsisté sous une certaine forme.
— Celle que je connais, j’imagine. Je croyais que c’était un juron. Ou du vieux corellien, c’est selon.
— Non, pas vraiment. Ça l’est depuis cette époque-là, mais à l’origine, cela désignait un peuple vivant dans la Bordure Extérieure, loin, très loin du Noyau et de Coruscant. Un peuple qui, après s’être battu contre nous lors de la Grande Guerre de l’Hyperespace, fut presque entièrement anéanti et se cacha pendant plus d’un millénaire pour prendre sa revanche ; je te laisse imaginer à quel point leur haine devait être féroce.
— Je n’aurais pas aimé non plus, admis-je en grinçant des dents.
— La réaction était peut-être disproportionnée… La Grande Guerre de l’Hyperespace était le premier conflit de grande envergure depuis les Croisades Pius Dea, et il a ouvert la voie à quatre mille ans d’instabilité. Mais revenons à nos banthas : c’est donc à l’époque de la Guerre Froide que la Maison Corona, qui avait œuvré depuis ses origines pour la sauvegarde de la République, se joignit à d’autres familles corelliennes pour se battre contre l’Empire. Le gouvernement de Coronet avait été renversé et la planète livrée à l’occupant… Sith, une fois encore. Alors les membres des Maisons restées loyales lancèrent Aurek Bleu.
— Aurek Bleu ?
— La Place de l’Alliance, Jagen. Le cœur de Coronet… Et son immense fontaine. C’était le point de ralliement du mouvement, et ça l’est resté pendant toute la durée du conflit. Aurek pour Alliance… Et le bleu est la couleur de l’espoir, dans la symbolique corellienne.
— D’accord.
— Parmi les fondateurs se trouvait un militaire de la République, un colonel qui avait perdu sa femme lors du sac de Coruscant. Peu de temps après la fondation d’Aurek Bleu, il devint commandant de la Cinquième Flotte, l’homme de confiance de la chancelière Saresh… L’amiral Heiran Eripsa.
Je déglutis avec un nouveau frisson le long du dos.
Heiran Eripsa n’était pas seulement mon ancêtre. C’était aussi mon modèle. Dans cette famille, il y avait eu de puissants hommes d’affaires, des écrivains reconnus, quelques acteurs et même un Chancelier Suprême. Mais dans mon esprit, aucun n’arrivait à la cheville d’Heiran. Le Sauveur d’Aldérande…
Un beau titre pour un sacrifice.
Je l’avais pris comme modèle, mais je ne souhaitais pas finir comme lui.
— Entendu. Que s’est-il passé ? Ils ont gagné ?
— La guerre fut longue et il y eut de nombreuses pertes, mais la République l’emporta finalement. Toutefois, Aurek Bleu ne disparut pas. L’organisation entra en veille, prête à se réactiver – ce qui se produisit au cours des Mille Ans d’Obscurité. Mais après Ruusan, il n’y avait plus beaucoup de soutiens parmi les grandes familles. Elles pensaient la guerre gagnée… Seuls les Corona gardèrent le flambeau.
— Même les Eripsa abandonnèrent ?
— Ta famille avait d’autres soucis à gérer, à ce moment-là, dit-il avec un soupir.  
— Et qu’en est-il aujourd’hui ? Aurek Bleu existe toujours ?
— Oui. Et je dois être le seul à disposer de toutes ses ressources.
— Vraiment…
— Quand Aurek Bleu a été fondée, les Maisons ont décidé d’en faire une entité indépendante et autofinancée en lui léguant des actifs dans de petites sociétés de l’époque… Des noms comme Corellian Engineering Corporation, Kuat Drive Yards, Biomed Galactica…
— Des petites sociétés, en effet, répondis-je avec un frisson dans le dos.
Un crédit investi à l’époque devait en valoir un milliard aujourd’hui.
— Comme tu vois. Mais ce n’est qu’un aspect de l’organisation : plus important que tout, elle dispose d’un réseau. Des fournisseurs, des intermédiaires… Des informateurs.
— Les hommes qui ont été tués…
— Ils en faisaient partie.
Un mystère de résolu ; ce n’étaient donc pas des agents de la République.
— Leur dernière mission a commencé voici cinq ans… Sur Tatooine.
La perche étant tendue, je ne pouvais que la saisir.
— Je me suis toujours demandé comment Thyrs avait pu nous retrouver si facilement, Kenth et moi… C’était vous ?
— Oui. J’ai toujours gardé un œil sur Tatooine. Cette planète paraît insignifiante, mais elle a une fâcheuse tendance à l’implication dans des évènements d’ordre galactique… L’un de mes agents était à Mos Espa et a eu vent de votre capture. Il s’est introduit dans le palais de Gardulla quand tu y as été amené. Il m’a alors contacté et j’ai tout de suite informé Thyrs, à qui je souhaitais proposer de devenir un agent d’Aurek Bleu. Mais plutôt que de recruter une compagnie de mercenaires comme je le lui avais conseillé, il est parti seul… Pour les conséquences que nous savons.
Comme toujours, un élan de culpabilité me saisit alors que je repensais au prix de mon insouciance.
— Mais en s’introduisant dans le palais, il a découvert un autre détail intéressant : la présence de Gardes du Soleil de Thyrsus. Tu vois de qui il s’agit ?
— Pas vraiment…
— C’est à se demande ce qu’on vous enseigne à l’Académie ! C’est une secte d’origine echani ; mais alors que leurs congénères vénèrent la nuit et les astres lunaires, eux se tournent vers le jour et les soleils.
— Une différence idéologique.
— Une différence fondamentale dans la culture echani, corrigea Aiden. Si les Echanis ont toujours été des guerriers exemplaires grâce à leurs arts du combat, les Gardes du Soleil de Thyrsus sont de redoutables machines à tuer. Une organisation à surveiller de très près. Au contact des guerriers mandaloriens, ils ont appris à créer des armures de combat évoluées, à l’opposé de leur culture originelle. De puissantes protections, un casque assez allongé, des armes lourdes qui détruisent autant qu’elles impressionnent.
— Oui, il y en avait chez Gardulla, confirmai-je alors.
Sa description m’avait rappelé ces étrangers très particuliers ; une stature humaine, enfermée dans une armure dorée, et des casques souples descendant jusque sur la poitrine, avec une visière en T très proche de celle des Mandaloriens.
— Mais ils n’appartenaient pas au personnel de la Hutt. Ils venaient pour affaires, me semble-t-il.
— Tatooine étant un système binaire, je comprendrais qu’il ait pu attirer les membres d’un culte solaire… Mais comme tu le dis, ils venaient pour affaires. Pourquoi ? Je n’en avais alors aucune idée. J’ai donc demandé à deux de mes agents d’élite, humains, d’infiltrer leurs rangs. Un contact rodien devait assurer la transmission des données. Au bout de quelques mois, ils sont parvenus à trouver la réponse à mes questions…
— Alors ? Que voulaient-ils ? 
— Récupérer des données dans le désert du Jundland. Plusieurs sociétés avaient autrefois leurs installations sur Tatooine. La Corporation Czerka était la plus puissante d’entre elles. Elle s’y est établie à plusieurs reprises, au cours de la Guerre Civile des Jedi, ou encore bien après, lors de la Grande Guerre. Les installations que les Gardes Solaires recherchaient dataient pour leur part de la Décennie d’Obscurité qui survint peu avant les Réformes de Ruusan. Le chef de la Confrérie de l’Ombre, le seigneur Kaan, avait recruté les scientifiques de la Czerka pour mener des expériences génétiques avancées sur des Jedi capturés. Il n’a jamais pu en connaître les résultats, bien sûr, puisqu’il fut tué avant.
— Qu’est-ce que des guerriers dans leur genre pouvaient avoir à faire de telles données ? Les exploiter contre les Jedi ?
Une autre idée me vint à l’esprit.
— À moins… repris-je en hésitant, à moins qu’ils n’aient un commanditaire que cela intéresse.
— La meilleure des deux hypothèses, si tu veux mon avis. Et celle qui s’est vérifiée par la suite. Lorsque j’ai appris cela, j’ai demandé à mes hommes de garder leur couverture. Infiltrer les Gardes est plutôt facile, si l’on sait bien se battre et débiter un tas d’âneries sur la beauté des astres solaires. Bref, ils y sont restés en faction pendant trois ans, glanant par la même occasion quelques renseignements sur les motivations des mercenaires.
— L’argent ?
— Leur religion. Elle avait sensiblement évolué par rapport aux origines, et ça ne figurait pas dans les rapports anthropologiques et culturels du Sénat. Les Gardes Solaires vénèrent ceux qu’ils nomment « Fils des Soleils ». Ils leur sont apparus il y a plusieurs décennies. Leurs noms étaient Tenebrous et Plagueis. Mais il y a eu des changements depuis, et ils les vénèrent à présent sous les noms de Plagueis et Sidious.
— Et ?
— Tu as fait un peu de linguistique ?
— Rapidement, en passant, dis-je en regrettant de ne pas y avoir consacré un peu plus d’attention. Mais les racines semblent évidentes : Ténèbres, Plaie, Insidieux… Bref, rien de très solaire.
— C’est du basic antique, et tu as bien compris le sens des mots.
Je tentais de faire le lien avec ce qu’il avait dit plus tôt.
— Vous pensez que ce sont des Shit… Euh, Sith ?
— Exactement.
Je voyais un gros défaut dans ce raisonnement, mais j’hésitais encore à lui en faire part.
— Les Jedi, dis-je après m’être décidé. Si ce sont les ennemis des Sith…
— Ils pensent les avoir éliminés lors de la bataille de Ruusan, m’expliqua-t-il avec gravité. Aux yeux de l’Ordre, la Confrérie de l’Ombre était l’ultime avatar de cette religion. Depuis, il n’y a plus eu que des rumeurs. Rien de plus concret, à leurs yeux, que ces racontars sur des vaisseaux vivants ou ces légendes sur les voyages temporels. Ils semblent pourtant croire qu’ils vont par deux… Et ils ont oublié avoir rencontré un dernier Seigneur Sith, dix ans après les Réformes. Il s’appelait Bane, et a été tué sur Ambria par un commando Jedi. Aucune mention d’un apprenti… Pourtant, je serais surpris qu’il n’y en ait pas eu un.
— Je vois.
Tout cela me semblait encore très bancal. Je décidai donc de ramener la conversation sur une piste plus concrète.
— Vos hommes ont été démasqués ?
— Il y a deux semaines. Ils ont tenté de me contacter pour faire leur rapport, mais ils ont visiblement été surpris en plein transfert.
Le silence tomba sur la pièce. Je m’efforçais de ne pas poser le regard sur les têtes, malgré l’attrait morbide qu’elles semblaient avoir.
— Aiden, repris-je pour rompre aussi bien le calme que le charme, vous êtes vraiment convaincu que les Sith ont survécu ? Qu’ils existent toujours ?
— Non seulement j’en suis convaincu, mais je me battrai pour que la République le soit également.
— Mais d’après votre récit, ce n’est pas leur genre de rester dans l’ombre. Ils préfèrent causer des dommages bien visibles.
— Ils ont toutefois échappé plusieurs fois à notre vigilance. Jagen, ne les sous-estime surtout pas. Leur pouvoir est immense et mortel.
— Je ne les sous-estime pas, Aiden. J’aurais plutôt tendance à penser que c’est vous qui les surestimez. La République est forte et profondément ancrée dans les esprits, à présent. Dix mille Jedi et bien plus de soldats se battent pour la faire survivre. Je vois mal deux hommes la faire tomber aussi facilement que vous semblez le penser…
— Tu ne comprends pas encore, répondit-il avec tristesse. Retiens bien cela, Jagen : un jour, le Noyau devra faire face à ses responsabilités. Nous vivons dans l’opulence quand des milliers de planètes sont abandonnées de tous et soumises au joug des corporations. Ce système finira forcément par s’effondrer. Et les Sith pourraient facilement en tirer profit pour détruire tout ce que nous avons bâti…
Son discours semblait sincère, aussi décidai-je de le rassurer.
— Aiden, je ne pense pas que la République encoure un quelconque danger ; mais si elle était réellement en péril, je vous jure sur l’honneur que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour la protéger ! Est-ce que cela vous convient ?
 À ce moment précis, le comlink de l’amiral bipa, concentrant instantanément toute l’attention sur lui.
— Ici Corona, j’écoute.
— Amiral, ici Contrôle Hangar. Les vaisseaux de l’ambassade de Vjun sont en approche. Dois-je autoriser leur accostage ?
— En quarantaine le temps qu’ils soient examinés.
— Bien compris, Amiral. Contrôle Hangar, terminé.
Aiden se tourna à nouveau vers moi.
— Tu ferais mieux de rejoindre ton vaisseau ; j’ai quelques détails à régler avec les ambassadeurs à propos des circuits de navettes. Nous reprendrons cette discussion plus tard.
Je me levai en même temps que lui. Il s’appuya sur son bureau et me regarda dans les yeux.
— Si tu te tiens à cette résolution, tout ira pour le mieux.
— Je ne suis pas homme à trahir ma parole.
— Je le sais.
— Bonne chance dans vos négociations, Aiden. Vous en aurez sûrement besoin.
— Merci, Jagen. Et… Ce n’est pas dans mes habitudes, mais… Que la Force soit avec toi.
— Et avec vous aussi, Aiden.
Après un dernier salut, je sortis des quartiers de l’amiral au pas, pour me retrouver dans des couloirs à peine plus peuplés que lors de mon arrivée.
Les paroles de mon mentor me tourmentaient davantage que je ne l’aurais cru possible. Il semblait vraiment convaincu de la dangerosité de ces Sith. Comment deux hommes pourraient-ils à eux seuls menacer le système tout entier ?
L’argent était bien évidemment une arme redoutable. Les financiers étaient capables du meilleur comme du pire, mais c’est dans le pire qu’ils s’avéraient souvent les meilleurs… Et je parlais en connaissance de cause ! Rares étaient les industriels dotés de la même modestie que mes parents.
Mais l’argent n’ouvrait pas toutes les portes. Il y avait aussi le pouvoir politique, indispensable pour qui veut imposer sa volonté.
Quant à l’armée… Celle de la République n’était pas au faîte de sa puissance, loin de là, mais un changement sans armes…
Et il restait encore les réseaux d’influence ; les Sith n’appartenaient peut-être à aucun de ces milieux, mais leurs partisans ? Qui sait ce dont seraient capables les gens à la recherche de la moindre parcelle de pouvoir à grappiller ?
— Capitaine ! Où allez-vous ? cria dans mon dos la voix de Tur’vaktra.
Je me retournai immédiatement. Plongé dans mes pensées, je venais de dépasser sans même le remarquer le sas où était amarré le vaisseau qui devait me ramener au Forte Tête.
— Dans votre navette, Lieutenant. Il semblerait que j’aie encore du mal à me repérer dans ces cuirassés.
— C’est tout à fait normal, Capitaine. Ils sont immenses.
— Et pourtant, il y a déjà eu bien plus grand… Préparez-vous au décollage.
— À vos ordres.
Nous entrâmes tous deux dans le vaisseau. Tur’vaktra alla prendre place dans le poste de pilotage tandis que je me sanglais à un siège à l’arrière, adossé à la paroi du réacteur. Les hublots sur le flanc gauche du vaisseau s’ouvraient sur l’immensité de l’espace, avec quelques étoiles occultées par les cuirassés qui entouraient le Katana. Les questions me revinrent vite à l’esprit.
Puis il y eut le bruit.
Avant que je n’aie pu associer ce son à un souvenir, le sas de la navette se referma. Comprenant ce dont il s’agissait, je me désanglai immédiatement pour me précipiter dans le cockpit, l’atteignant au moment où le vaisseau se détachait totalement de la structure du cuirassé.
— Demi-tour ! ordonnai-je immédiatement. Il faut retourner sur le Katana !
— Bien, Capitaine, répondit Tur’vaktra en entamant la manoeuvre. Que se passe-t-il ?
— Un tir de blaster. Et je ne pense pas qu’il s’agisse d’un entraînement.
— Monsieur, je contacte le Katana par radio le temps que nous fassions demi-tour.
— Allez-y.
L’index du zabrak avait à peine relâché le bouton des haut-parleurs qu’un déluge de paroles s’abattit sur nous.
— … Je répète, nous sommes attaqués !
— … Feu, je répète, il y a une tempête de feu dans le secteur FL-5 !
— … l’ennemi nous aborde par le pont 34…
— …cinq hommes à terre, je répète, cinq hommes à terre…
— Ce n’est pas normal ! s’exclama Tur’vaktra, à la fois stupéfait et horrifié, sa voix peinant à couvrir les cris. Que se passe-t-il ?
— Je… Je ne sais pas…
De l’extérieur, le Katana offrait un aspect tout à fait paisible, bien loin de ce qui se déroulait sur les canaux de communication. La navette, qui venait de finir sa rotation, se dirigeait à présent droit sur le cuirassé.
— Monsieur ! cria soudainement le lieutenant zabrak, sur le visage duquel perlaient désormais de grosses gouttes de sueur. Les croiseurs… On dirait qu’ils allument leurs hyperpropulseurs !
— Impossible, soufflai-je dans une futile tentative de déni total de la réalité.
Pourtant, l’écran scan de la navette affichait bien une poussée d’énergie sur l’ensemble des deux cents cuirassés de la Flotte.
— Il faut qu’on sorte de là ! cria le zabrak.
— Essayez de nous rapprocher de la planète, suggérai-je immédiatement sans lâcher des yeux les vaisseaux en mouvement.
Ma raison ne parvenait pas à comprendre ce qui se passait, mais mon sentait la catastrophe venir.
L’idée était bonne, sans aucun doute ; à peine venions-nous d’atteindre la barre de l’hyperespace que les vaisseaux disparurent, les uns après les autres. La zone était vide. Alors, malgré mes doutes, je dus me rendre à l’évidence.
La Flotte Katana, l’emblème militaire du renouveau de la République, venait de disparaître sous mes yeux.
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Messagepar mat-vador » Sam 25 Fév 2017 - 23:22   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Discussion très intéressante entre Jagen et l'amiral Corona! T'es vachement badass sur l'UE Legends, je vais finir par t'appeler Maître :sournois: :diable: !

J'ignorais l'implication politique sur Corellia de différentes Maisons, Cela a été une surprise :shock: !

Et enfinla Flotte Katana s'est barrée! Le capitaine Eripsa va-t-il tenter de la retrouver? :sournois:
place au seigneur des vapodouches, infâmes misérables!

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Messagepar Jagen Eripsa » Sam 25 Fév 2017 - 23:45   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Merci pour la lecture et le comm' !

mat-vador a écrit:J'ignorais l'implication politique sur Corellia de différentes Maisons, Cela a été une surprise :shock: !


Petit détail amusant, quand j'ai créé l'amiral Corona, je l'ai fait comme référence à une frégate de la période de la Nouvelle République. Plus tard, j'ai appris que c'était aussi le nom d'une bière, d'un studio de production, d'un tas de choses en fait... Jusqu'à une demeure de Coronet, "Corona House", qui apparaît dans la Trilogie Corellienne ! Et là pour le coup, c'était vraiment pas fait exprès. :D

Après, pour le système politique corellien, vu que c'est quand même vachement embrouillé dans les livres j'ai un peu bricolé. ;)
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Messagepar Zèd-3 Èt » Dim 26 Fév 2017 - 9:11   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Pfuit ! Je me demande... Est-ce que ça pourrait être un coup des Stark ? Ça me surprendrait, mais ça pourrait coller.

Les Gardes du Soleil affiliés aux Sith... Brrrr, ça fait froid dans le dos !
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Messagepar L2-D2 » Lun 27 Fév 2017 - 14:03   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Chapitre 4 lu !

Joli !!! :love:

Après un début en douceur (avec un lien possible avec la guerre de Stark de Republic avec la référence à Thyferra ?) vient le plat de résistance de ce Chapitre : une discussion de fond passionnante entre Jagen et l'Amiral Corona ! Et là, c'est un festival de références : KoTOR, TOR, la trilo Dark bane, Plagueis, Tenebrous, Sidious, n'en jette plus, c'est trop ! Et quand on croit que c’est fini, ça ne l'est pas : la fin nous permet de voir devant nos yeux un événement maintes fois mentionné dans l'UE Legends mais jamais dévoilé. Et que dire si ce n'et que, comme Jagen, on est interloqué par la rapidité des événements ! :shock:

Comment va-t-il réagir désormais ? Willspawn va-t-il prendre les commandes de la Flotte ? ça paraîtrait logique... en tout cas, vivement la suite ! :oui:
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Messagepar Jagen Eripsa » Lun 27 Fév 2017 - 15:38   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Merci pour vos retours ! :jap:

Zèd-3 Èt a écrit:Pfuit ! Je me demande... Est-ce que ça pourrait être un coup des Stark ? Ça me surprendrait, mais ça pourrait coller.


"Un coup des Stark" ? Quels Stark ? :transpire:

L2-D2 a écrit: la fin nous permet de voir devant nos yeux un événement maintes fois mentionné dans l'UE Legends mais jamais dévoilé.


Y a bien une nouvelle qui en parle, dans le recueil SWU #6... :ange: [/autopromotion]
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Messagepar Zèd-3 Èt » Lun 27 Fév 2017 - 15:42   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Mince, j'ai pas fait exprès de mettre au pluriel. Je parlais de Iaco Stark.
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Messagepar Jagen Eripsa » Lun 27 Fév 2017 - 15:47   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Ah, ah ! La réponse plus tard ? :sournois:
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Messagepar darkCedric » Lun 27 Fév 2017 - 17:59   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Jagen Eripsa a écrit:
Zèd-3 Èt a écrit:Pfuit ! Je me demande... Est-ce que ça pourrait être un coup des Stark ? Ça me surprendrait, mais ça pourrait coller.


"Un coup des Stark" ? Quels Stark ?


Bein John Snow :paf:
Qu'est-ce que le visage de la lâcheté ? Un postérieur qui déserte le champ de bataille !
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Messagepar Zèd-3 Èt » Lun 27 Fév 2017 - 18:11   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Ou Tony... Tout est possible...
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Messagepar Jagen Eripsa » Mar 14 Mar 2017 - 20:29   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Alors, qu'est-ce qui se prépare après la disparition de la flotte Katana... ? :sournois:

<< Chapitre précédent << Sommaire >> Chapitre suivant >>

Chapitre 5

Coruscant, Cité Galactique, Centre Médical Militaire Garza, Z.Q. (Zone de Quarantaine) A-5, sept jours AK (Après la disparition de la flotte Katana).
 
Le bruit caractéristique des pompes à air me tira de la torpeur contemplative dans laquelle j’étais tombé depuis maintenant plusieurs heures. Je détachai mes yeux de l’écran d’informations et me levai. Sur le lit d’à-côté, Galieet émergea à son tour. Les autres, pour leur part, étaient encore profondément assoupis.
Le sas stérile s’ouvrit, laissant entrer un médecin qui – mon cœur bondit à cette vue – n’était pas en combinaison. Je me précipitai sur lui.
— Docteur ! Sommes-nous libres ?
— J’ai ici le résultat de vos analyses, répondit le praticien, un duro dont la peau tirait sur le blanc. Vous êtes en parfaite santé.
Le soulagement que je ressentis sur l’instant laissa vite place à l’exaspération. Une semaine de perdue pour rien !
— C’est ce que je me tue à vous répéter depuis notre arrivée ! grommelai-je alors.
— Si vous aviez été un porteur sain, les conséquences auraient été terribles…
— C’est ça, c’est ça… Et mes hommes ? Allez-vous enfin nous relâcher ?
— Bien sûr. Par précaution, vos possessions personnelles ainsi que l’ensemble du vaisseau ont été traités, mais vous pouvez à présent les récupérer.
— Tant mieux.
— Par contre, le bureau du Chancelier souhaite vous débriefer.
Je fronçai les sourcils ; en fait, j’espérais plutôt l’inverse. J’aurais bien voulu être débriefé, moi. J’avais dit tout ce que je savais sur la disparition de la Flotte Katana… Ou presque. Je n’avais pas parlé de cette histoire de Sith. Les craintes d’Aiden avaient instillé en moi un doute persistant.
Il m’avait donc fallu éluder notre discussion. Je l’avais considérablement raccourcie ; elle était devenue un simple entretien entre un amiral et son subordonné, une transmission de consignes tout ce qu’il y a de plus banale.
— Je vais m’y rendre immédiatement. Vous pouvez appeler un taxi ?
— Inutile, Capitaine, dit une voix provenant de l’extérieur de la salle stérile.
Un homme de taille moyenne, aux cheveux bruns soigneusement coiffés et aux vêtements blancs richement décorés entra par le sas resté ouvert. Bien que je ne l’aie jamais rencontré, je le connaissais de vue.
— Sénateur Antilles, dis-je en lui tendant la main. C’est un plaisir de faire votre connaissance.
— Tout comme pour moi, répondit le représentant d’Aldérande en la lui serrant. Je tenais à voir comment vous alliez. Votre père m’a demandé de garder un œil sur vous.
— Vraiment ?
— Oui. Il a dû repartir pour Bespin pour une affaire urgente, mais il a été informé des bonnes nouvelles vous concernant. J’imagine que cela a dû le soulager… Les proches des militaires sont durement éprouvés en ce moment.
Mon regard glissa vers l’écran où défilaient toujours des bandeaux relatant incessamment les mêmes nouvelles – et aucune n’était bonne.
— Je comprends parfaitement. Y-a-t-il eu du nouveau ?
— J’ai un speeder prêt. Je préfèrerais que nous en discutions une fois au Sénat.
J’hésitai un instant. De telles précautions au sein de structures militaires étaient un signe de paranoïa… Ou indiquaient que le message du Chancelier était on ne peut plus grave.
— Très bien. Docteur, puis-je partir ?
— Aussi vite que vous le souhaitez, grommela le praticien, qui s’occupait à présent de Galieet.
Je lançai un coup d’œil à mon équipage, qui se réveillait petit à petit, puis sortis de la zone stérile – qui ne l’était plus vraiment, bien sûr – d’un pas assuré, suivant le sénateur Antilles.
Le délégué d’Aldérande ne prononça pas le moindre mot pendant le trajet. J’appréciais malgré tout sa présence, car il suffisait qu’il montre sa carte diplomatique pour ouvrir les portes, ce qui évitait les habituels contrôles successifs.
Une fois arrivés sur le parvis du centre médical, situé à l’extérieur du centre-ville de Coruscant – si tant est qu’on puisse en définir un dans cette cité planétaire, nous montâmes dans un speeder peint aux couleurs d’Aldérande. Les appareils blancs et bleus n’étaient pas courants, même ici, et le fait qu’il s’agisse d’un modèle luxueux n’aidait pas à passer inaperçu. Partout, sur le chemin du Sénat, les passagers des transports aériens de la planète tournaient la tête à leur passage.
Mais je ne m’en apercevais pas. Je ne voyais même pas ces gens ; mon esprit était tout entier occupé par l’imminence de ma confrontation avec le Chancelier. Il n’était jamais agréable d’être le porteur de mauvaises nouvelles, surtout lorsqu’on devait les annoncer à l’homme le plus puissant de la galaxie.
À l’approche du Sénat, les rôles s’inversèrent ; il m’était devenu impossible d’ignorer la foule rassemblée sur les vastes artères menant au bâtiment, et elle ne prêtait plus attention au speeder nettement plus commun dans le quartier. Des slogans appelant à la démission du Chancelier se faisaient entendre, malgré les champs d’occultation sonore du speeder.
— Vous êtes tendu, constata Antilles en haussant les sourcils. Ne vous inquiétez pas. Vous n’avez aucunement à vous en faire.
— C’est ce que j’aimerais penser… répondis-je, peu convaincu.
Après une phase de descente, l’airspeeder s’arrêta sur la grande piste circulaire qui faisait le tour du Sénat. Deux gardes d’apparat, dans leur armure bleue, s’approchèrent de nous. Une nouvelle fois, le sénateur présenta son badge, et les gardes les laissèrent passer.
— Efficace, commentai-je avec un sourire. On dirait presque un tour de passe-passe Jedi.
— Sauf que ces hommes m’ont laissé passer de leur plein gré, répliqua Bail.
Nous entrâmes dans le bâtiment législatif par une large porte en verre mat qui ouvrait sur le couloir principal supérieur. De là, l’immense baie vitrée tournée vers l’intérieur offrait une vue exceptionnelle sur la Rotonde du Sénat en contrebas. Je savais qu’à ce niveau se trouvait le bureau de réception du Chancelier, bien différent de celui où l’attendait sa plateforme dans les sous-sols de l’édifice.
Je compris alors que le speeder avait atterri sur l’aire privée du chef de la République, un privilège rare – mon père n’y avait jamais eu droit. Je révisai alors mon appréciation d’Antilles, qui était sans doute plus proche encore du Chancelier que je ne l’avais estimé de prime abord.
Après avoir longé la verrière sur quelques mètres, nous arrivâmes dans l’antichambre du Bureau Exécutif. Le garde en faction nous salua d’un signe de la tête, et déverrouilla l’accès au saint des saints de la République.
La pièce, peinte dans des nuances de bleu et de gris, dégageait une atmosphère étonnamment apaisante ; au fond, le mur opposé à la porte avait été remplacé par une vaste verrière s’ouvrant sur le panorama de Coruscant. Juste devant ce magnifique spectacle, un immense bureau était posé sur une élévation, avec trois fauteuils bas face à lui et un haut siège, semblable à un trône, derrière.
Le chancelier Kalpana y était assis. Il semblait plongé dans une grande conversation avec le sénateur Valorum, assis dans un des fauteuils bas. Nous voyant entrer, ils se levèrent et vinrent à notre rencontre.
— Capitaine Eripsa, me salua le Chancelier après avoir serré la main d’Antilles. C’est un plaisir de vous revoir en pleine forme.
— Je vous remercie, Excellence, répondis-je en m’inclinant légèrement.
— Saron doit être ravi de savoir que vous allez parfaitement bien, ajouta Valorum en me saluant également.
— Sans doute ! J’espérais le revoir dès ma sortie du centre médical, mais il a été rappelé sur Bespin…
— Ce n’est pas sans rapport avec notre présente affaire, indiqua Kalpana en se rasseyant. Prenez place, tous les deux.
Tandis que je m’installais dans un des confortables fauteuils, l’esprit aux aguets après ces mystérieuses allusions, le Chancelier reprit la parole.
— Capitaine, j’ai à présent la quasi-certitude que nous ne retrouverons pas la flotte Katana. Elle s’est véritablement évaporée.
Mon cœur se serra en entendant ces mots. J’avais toujours du mal à accepter l’idée de la disparition d’Aiden… Et j’espérais secrètement que les Renseignements de la République avaient quelques informations encore inconnues du grand public. Hélas, Kalpana venait d’anéantir mes espoirs.
— Je ne comprends pas ce qui a pu se passer, déclarai-je enfin. Tout était en ordre cinq minutes avant…
— …Avant la disparition, acheva le Chancelier en voyant que, pris par l’émotion, je cherchais mes mots. Je suis dans le même cas que vous, mais je ne peux pas me permettre de douter. En tant que dirigeant de la République, j’ai de nombreux devoirs, et l’un d’eux est de tout faire pour la protéger contre les menaces intérieures et extérieures. La disparition de la flotte Katana entame sérieusement les capacités d’intervention dont je dispose, à un moment des plus critiques.
Il rassembla quelques notes sur des feuilles de flimsiplast, y jeta un coup d’œil puis reprit :
— Nous n’avons pas seulement perdu des vaisseaux ou des hommes d’équipage. Nous avons perdu des officiers. La flotte Katana devait constituer le fer de lance de notre politique en matière de sécurité sidérale, aussi y avais-je affecté nos commandants les plus efficaces, nos vétérans les plus aguerris et quelques colonels en fin de parcours qui devaient assurer l’intérim jusqu’à l’émergence d’une nouvelle génération. Tous ces hommes ont disparu. Nous n’avons plus qu’un seul amiral – et vous savez de qui il s’agit.
— Trevor Willspawn, répondis-je d’un ton fatidique.
— Oui. Certains de ses lieutenants étaient aussi affectés à la nouvelle flotte, mais la plupart sont encore bien vivants – et toujours placés sous ses ordres. Je n’ai pas le choix…
— Excellence, Aiden est peut-être encore en vie, dis-je en rassemblant toute ma force de conviction, comme si j’avais le moyen d’altérer la réalité. Une semaine, c’est encore peu…
— Je comprends votre point de vue, Capitaine. J’aimerais le partager. Mais pour l’heure, nous devons admettre que le destin de la flotte Katana est un mystère… Qui ne sera peut-être jamais résolu. En temps normal, je prendrais le temps de la réflexion, mais les circonstances sont tout sauf normales. J’ai donc décidé de nommer l’amiral Willspawn à la tête des Forces Armées de la République, à compter d’aujourd’hui.
J’accusais le coup en silence. Aiden disparu et peut-être mort, Willspawn Commandeur Suprême… C’était trop d’un coup.
— C’est entendu, Excellence, dis-je finalement en inclinant la tête.
— Je préférerais évidemment une autre solution, poursuivit le Chancelier. L’amiral Willspawn et moi… Disons que nous avons de nombreux points de désaccord, notamment sur l’image que doit renvoyer un militaire et sur les pouvoirs qui lui échouent. Néanmoins, ma décision est arrêtée.
— Je ne la contesterai pas, dis-je avec un petit rire que reprirent Antilles et Valorum.
— J’espère bien, répondit Kalpana, lui aussi amusé. La situation est déjà suffisamment compliquée pour que nous n’ayons pas à affronter des dissensions dans les rangs de nos propres troupes. À présent, il est temps de vous briefer… Lumières, ajouta-t-il comme commande vocale.
La baie vitrée derrière lui s’obscurcit soudainement, plongeant la pièce dans des ténèbres presque totales. Un holoprojecteur s’alluma alors sur le bureau du Chancelier et projeta un symbole étrange de lignes entrelacées à l’aspect tribal, survolées par un poing rouge dressé vers le ciel. Il avait à mes yeux un air de déjà-vu.   
— Je vous présente la Brigade Stellaire de Korsterck.
— Le nom ne me dit rien, avouai-je immédiatement. Mais ce symbole m’est familier… Qu’est donc cette… « Brigade Stellaire » ?
— C’est une alliance, expliqua le Chancelier, l’air sombre. Une alliance criminelle. Des pirates, des esclavagistes, des contrebandiers… Du beau monde, en somme. D’après nos services de renseignement, son mode de fonctionnement est plutôt proche d’une confédération… De nombreux groupes qui continuent à fonctionner indépendamment mais peuvent mettre leurs ressources en commun quand ils en ressentent le besoin.
— Avons-nous une liste des membres ?
— Pas vraiment, répondit Antilles. Rien de fixe, en fait. Les effectifs de la Brigade sont très nombreux, et vont du capitaine « indépendant » au cartel criminel de premier ordre. Nous savons que les esclavagistes Zygerriens et les pirates du Poing de Vergesso comptent parmi les organisations les plus puissantes dans leurs rangs… En revanche – et grâce à la Force ! –, le Soleil Noir reste à l’écart. Peut-être à cause d’une rivalité… Par contre, les Hutts ont les mêmes ennuis que nous avec Korsterck. Il y a deux jours, un de leurs convois d’épice a été détruit dans le système de Da Soocha…
— Les Hutts… marmonnai-je, intrigué. Ce n’est pas tous les jours qu’on ose s’attaquer à leurs intérêts sur leur territoire. Même le Soleil Noir y regarde à deux fois.
— Ils se sont aussi attaqués à la Fédération du Commerce, la semaine passée. Au-dessus de Ryndellia.
— Je vois. Sait-on qui dirige la Brigade ?
— C’est un secret absolu, déclara Kalpana. La communication s’effectue par le biais de lignes ultra-sécurisées, au moyen de noms de code que nous ne sommes pas parvenus à percer. Néanmoins, nos analystes pensent tenir une piste, grâce à ce symbole de ralliement.
Il désigna le poing rouge et les lignes enlacées qui flottaient toujours au-dessus du bureau. Mon sentiment de mal-être se renforça.
— Avant de représenter la Brigade, ce symbole a servi d’étendard à un vaisseau pirate, le Blood Angel, sous les ordres de…
— Trenik Fehn, achevai-je d’une voix blanche.
Le nom qui m’avait échappé de la gorge m’arracha un frisson d’horreur. L’hypothèse qui m’effleurait en cet instant était trop douloureuse à envisager…
Mes paroles avaient interpellé mes interlocuteurs.
— Vous connaissez cet homme, Jagen ? demanda calmement Valorum.
— J’ai connu ce monstre, corrigeai-je en tentant de garder mon calme. Il est mort.
— Comment le savez-vous ? demanda le Chancelier.
Devant mon mutisme, il insista :
— Le Blood Angel a disparu sans laisser de traces, il y a de cela six ans…
— Il a été détruit. Dans le système Arkanis… J’étais à bord.
— Vous étiez à bord ? répéta Antilles, interloqué. Voilà qui change tout…
— Jagen, vous devez nous dire ce qui s’est passé, insista Kalpana. C’est d’une importance capitale.
Son regard déterminé croisa le mien, et je décidai alors de parler – de m’ouvrir comme je ne l’avais que rarement fait.
— C’était avant le début de mes études. J’avais un ami proche, Kenth Onasi, qui était passionné comme moi par de vieilles légendes… Nous avons alors décidé de partir à l’aventure dans la Bordure. Mais nous avons été capturés sur Tatooine… Livrés à Gardulla la Hutt… Et vendus à Fehn. Il nous a enchaînés. Comme des bêtes. C’était… C’est impossible de vous expliquer ce qui s’est passé, de vous décrire ce que nous avons vécu pendant ces heures noires…
L’émotion m’étreignit alors, et ils me laissèrent quelques instants de répit avant que Kalpana me fasse signe de reprendre.
— Le frère de Kenth, Thyrs, nous suivait… Après notre disparition, il s’est arrangé pour s’introduire à bord du Blood Angel. Il y a eu des tirs, mais nous étions sur le point de nous en tirer… Quand un vaisseau républicain a fait son apparition. Il a immédiatement ouvert le feu sur les pirates. Le Blood Angel a été transformé en une épave fumante à une vitesse défiant l’imagination… Grâce au sabotage que Thyrs avait effectué pour nous rejoindre. Mais immédiatement après, le vaisseau nous a ciblés. J’étais aux commandes, les Onasi contrôlaient l’artillerie… Et le croiseur a ouvert le feu. Malgré les appels de détresse, malgré les codes d’identification de l’ordinateur de bord. Nous avons été touchés sur le flanc gauche, et j’ai dû enclencher l’hyperpropulseur pour nous tirer de là. Mais Thyrs avait été touché, et, avant que nous puissions réintégrer l’espace normal, il était mort.
Je serrai le poing, la colère d’alors me revenant à l’esprit.
— C’est impossible, commenta Kalpana. Les Renseignements sont formels : le Blood Angel a disparu de nos registres. Aucun vaisseau de notre flotte n’a enregistré sa destruction…
— Alors, c’est qu’un capitaine s’est arrogé des droits qu’il n’avait pas pour monter cette opération, dis-je en reprenant contenance.
— C’est possible, en effet, admit Valorum en échangeant un regard avec Antilles.
— Quoi qu’il en soit, cette affaire complique un peu plus notre donne, résuma le Chancelier avec énervement. Mais votre mission reste la même, Jagen. Je veux que vous détruisiez la Brigade Stellaire.
— Entendu, répondis-je immédiatement.
Si Trenik Fehn et le Blood Angel avaient un quelconque lien avec cette histoire, je comptais bien le découvrir, et en tirer une petite satisfaction personnelle…
— Je ne demande qu’une seule chose.
— Je vous écoute.
— Le droit d’enquêter sur ce qui s’est vraiment passé ce jour-là. Et, si je retrouve le salaud qui commandait ce croiseur… De lui régler son compte. À ma manière.
Je m’attendais presque à ce que Kalpana refuse : bon sang, je lui demandais le droit de tuer un membre de l’État-Major, rien de moins ! Mais, à ma grande surprise, il me tendit la main. Je répondis au geste.
— Marché conclu, Colonel.
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Messagepar Zèd-3 Èt » Mar 14 Mar 2017 - 22:46   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Débriefé par le Chancelier en personne ! Chançard... Ça se voit que son père est célèbre ! Pistonné, va :D

Très bon chapitre, j'ai juste une petite question : j'ai jamais compris pourquoi Bail changeait de nom, tu peux m'expliquer ? Ou alors, c'est pas le même ?

Ah oui, et tu écris "si tenté", il me semble que c'est "si tant est".
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Messagepar mat-vador » Mar 14 Mar 2017 - 23:00   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Colonel Eripsa :sournois: ! Yeah, ca se fête :D !
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Messagepar Jagen Eripsa » Mer 15 Mar 2017 - 0:38   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Merci pour vos retours ! :jap:

Zèd-3 Èt a écrit:Très bon chapitre, j'ai juste une petite question : j'ai jamais compris pourquoi Bail changeait de nom, tu peux m'expliquer ? Ou alors, c'est pas le même ?


Ce n'est pas le même, même s'ils partagent leur prénom. :wink:
Bail Antilles est par contre apparenté à Breha Antilles, la reine d'Aldérande et épouse de Bail Organa. Ainsi qu'à Raymus Antilles, le capitaine du Sundered Heart puis du Tantive IV. ;)

Zèd-3 Èt a écrit:Ah oui, et tu écris "si tenté", il me semble que c'est "si tant est".


Effectivement ! Merci bien, je vais corriger ça. :jap:

mat-vador a écrit:Colonel Eripsa :sournois: ! Yeah, ca se fête :D !


Pas sûr qu'il soit de cet avis... Il a quand même perdu son mentor, et 200 000 hommes avec lui. :(

EDIT : 400 000 même. :transpire:
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Messagepar Zèd-3 Èt » Mer 15 Mar 2017 - 0:44   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Jagen Eripsa a écrit:Ce n'est pas le même, même s'ils partagent leur prénom. :wink:
Bail Antilles est par contre apparenté à Breha Antilles, la reine d'Aldérande et épouse de Bail Organa. Ainsi qu'à Raymus Antilles, le capitaine du Sundered Heart puis du Tantive IV. ;)

OK, merci bien !
Quand un ouvrier a travaillé dix-huit heures, quand un peuple a travaillé dix-huit siècles et qu'ils ont, l'un et l'autre, reçu leur paiement, allez donc essayer d'arracher à cet ouvrier son salaire et à ce peuple sa République !
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Messagepar L2-D2 » Mer 15 Mar 2017 - 9:11   Sujet: Re: [CdlMR] Tome 1 : L'Avènement de l'Amiral

Chapitre 5 lu !

Ah ah ! Une promotion, donc, forcément étant donné le nombre de gradés à remplacer, mais aussi et surtout un nouvel objectif en vue, lié au passé du Colonel Eripsa... alors forcément, on se demande où tout cela va mener notre héros et son équipage ! Fehn est-il mort, ou bien a-t-il survécu ? Et si Jagen le retrouve, en apprendra-t-il plus sur la mort du frère de son ami ? Y-aurait-il un lien entre ce Fehn et, au hasard, l'Amiral Willspawn ? :sournois:

Les dialogues sont, comme d'habitude, percutants. On sent vraiment toute ta maîtrise dans ce registre ! :oui:

Curieux de voir la suite, comme d'habitude !
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