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V-Le Duel
 
Dans toutes les guerres, il y a des moments cruciaux : ces moments qui peuvent faire basculer l’issue d’une bataille, et l’avenir même d’une planète. En général, un soldat expérimenté perçoit lorsqu’il aborde un moment charnière. Il sait qu’il ne doit donc pas échouer, qu’il doit faire pencher la balance en sa faveur. Mais il arrive des moments où le destin s’en mêle, et ce qui aurait pu arrêter un conflit destructeur ne fait que le prolonger.
Ce jour là, lors de l’assaut des forces Républicaines sur la centrale électrique du quartier industriel, j’aurais pu tuer Endrik Sel. Dans mes pensées, je l’avais même déjà fait. Au moment où j’appuyais sur la gâchette, je savais que j’avais gagné cet affrontement, que rien ne pouvait venir m’enlever la victoire. Sauf le destin, où le hasard, ou peut importe comment on l’appelle. Mais ce jour là, quelque chose où quelqu’un décida que mon combat contre Endrik Sel ne devait pas s’arrêter là et que c’est un véritable duel que je devrai mener contre lui. Un duel qui me marquerait à jamais.

***

Mon tir fusa à une vitesse phénoménale vers la tête du sniper Nolvanien, traversant l’espace qui nous séparait en quelques millisecondes. Mais ce que je n’avais pas anticipé, ce que je n’avais même pas vu venir, c’est que l’ingénieur du génie électrique, tellement pressé de fuir cette centrale prise d’assaut, passerait juste à cet instant là devant Endrik. Et ce qui devait arriver se produisit : mon tir perfora la tête de l’ingénieur, faisant gicler un mince filet de sang.
Alors que le corps du civil s’écroulait mollement sur le sol, les yeux figés pour l’éternité dans une expression de terreur, je vis aussitôt Endrik lever les yeux vers moi. Et je compris qu’il venait de repérer ma position. Sans plus attendre, je visais de nouveau mais je n’eus pas le temps de tirer, car Sel, plus prompt que moi, venait de se jeter sur le sol et d’effectuer une roulade pour s’éloigner de ma ligne de mire. Je tentais alors tant bien que mal de le traquer avec mon viseur, mais il slalomait à présent habilement dans la centrale et se dirigeait à toute allure vers la sortie.

***

Pendant une fraction de seconde, je ne compris pas ce qui se déroulait sous mes yeux. L’ingénieur que j’étais censé protéger coûte que coûte venait de s’écrouler alors qu’il passait devant moi pour se ruer vers la sortie de la centrale. Aussitôt, mes réflexes de soldats et de sniper reprirent le dessus. Je levais les yeux vers les fenêtres brisées et distinguais un petit point blanc et un fin trait noir : une tête casquée et un fusil de sniper !
Subissant une violente poussée d’adrénaline, je me jetais sur le sol pour me dégager de l’axe de tir du tireur républicain. Puis dans le même mouvement, je me relevais et commençais à zigzaguer dans la centrale tout en me précipitant vers la sortie. Tandis que les derniers membres du commando, dont Tomek, maintenaient un feu nourri sur les clones, je tirai violemment la porte métallique et me retrouvais dehors, l’air froid me saisissant aussitôt. J’hurlai alors à mes hommes :
- "Allez, allez, on dégage de là !"
Tout en canardant les clones, les Nolvaniens reculèrent et sortirent les uns après les autres. Mais l’un d’eux, le dernier, ne fut pas assez rapide et fut transpercé de part en part par plusieurs salves. Alors que son corps fumant s’écroulait sur le sol, je jetai un œil vers le chemin que nous devions emprunter pour fuir le quartier industriel. Et une chose terrible me frappa dans la seconde : nous allions nous retrouver en plein dans l’axe de tir du sniper républicain.

***

A peine les Nolvaniens étaient-ils sortis de la centrale qu’ils se mirent à courir à découvert, se précipitant vers l’immeuble le plus proche. Je les visais alors avec précaution mais vis tout à coup Endrik adopter une posture de tir invraisemblable. Tout en sprintant, il maintenait son fusil vers l’arrière à l’aide de sa main gauche et tentais de m’atteindre. Ce qu’il réussit presque. Une multitude de salves vinrent s’écraser à proximité de moi, me forçant à me plaquer contre le sol. Des débris de pierre, arrachés au toit de l’immeuble sur lequel je me trouvais, volèrent en éclat et certains me retombèrent dessus, rebondissant sur mon armure.
Sans me laisser impressionner, je me remettais aussitôt en position de tir, visais et tirais. Un soldat Nolvanien fut touché en plein foie et s’affala sur le sol boueux avant d’avoir pu parcourir dix mètres. Je vis Endrik être tenté de faire demi tour pour porter secours à son camarade, mais voyant que les clones se ruaient à présent hors de la centrale, il comprit qu’il n’aurait jamais assez de temps. Mais ce qu’il fit alors me laissa stupéfait. Il s’immobilisa brusquement, hurla un « couvrez-moi !» à ses soldats encore en vie, se saisit de son fusil à lunette et eut l’audace de me prendre pour cible. L’ayant moi-même dans ma ligne de mire, je crus ma dernière heure arrivée. Dans un réflexe de survie, je me penchais légèrement à l’ultime seconde et le tir d’Endrik vint frôler mon armure au niveau de mon épaule droite, m’arrachant un cri de stupeur. Je roulai sur moi-même avant de me relever mais en prenant soin de rester courbé. Je me précipitais alors vers les escaliers pour redescendre du toit.

Il était temps de changer de stratégie.

***

Vu du ciel, la retraite des survivants Nolvaniens semblait hasardeuse et dangereuse. Mais en fait, Endrik criait régulièrement des ordres afin qu’il y ait en permanence un soldat qui soit immobilisé pour tirer et donc couvrir la fuite de ses camarades. Cette tactique était risquée mais elle permettait pour l’instant de maintenir les clones à distance. Toutefois, ceux-ci étaient nombreux et semblaient déterminés à traquer les derniers membres du commando pour les éliminer jusqu'au dernier.

Endrik tourna à l’angle d’une ruelle, fonça sur une cinquantaine de mètres avant de se retourner brusquement et de faire feu. Le clone qui le pourchassait n’eut pas le temps de comprendre ce qu’il lui arrivait, il bascula en arrière, lâchant son blaster qui voltigea au loin. Endrik reprit sa course folle, alors qu’au même moment, Epsilon déboulait à une allure insensée de l’immeuble se situant à quelques dizaines de mètres à peine.

Je sais que je ne pourrai résister bien longtemps à l’armada républicaine qui s’est élancée à notre poursuite. Le quartier industriel s’est transformé en un véritable territoire de chasse, où nous sommes les proies. Je déteste cette sensation, mais que puis-je faire d’autre, nous ne sommes pas assez nombreux pour résister. Et ce sniper qui semble vouloir à tout prix m’abattre… Je ne peux l’affronter sans m’être minutieusement préparé avant. Négliger son adversaire, c’est courir à la mort.

Je sprintai toujours, longeant d’immenses hangars désaffectés dont l’ombre menaçante planait au-dessus de moi. Le sol était glissant, la neige s’étant de surcroît transformé en une boue visqueuse. A mes côtés, se trouvait un soldat Nolvanien qui venait de déboucher d’une rue attenante. Je lui demandais aussitôt où était Tomek, il me faisait signe qu’il ne savait pas. Bien que je me refuse à l’avouer, j’étais particulièrement inquiet pour le jeune homme. De plus, savoir que je ne pouvais le protéger à cet instant suffisait à me faire douter. Or, il ne faut jamais douter au combat. Ce genre de distraction est synonyme d’erreur fatale…

Nous débouchâmes dans une nouvelle ruelle, et je m’immobilisai aussitôt. Face à nous, à une quarantaine de mètres, deux clones portant des lances missiles venaient d’apparaître. Sans hésiter, ils ouvrirent le feu et les roquettes se précipitèrent vers nous dans un sifflement aigu.
- A terre !
Nous nous baissâmes à l’ultime seconde et les missiles passèrent au-dessus de nous avant de finir leur course dans une bâtisse qui se trouvait derrière nous. Il y eut une violente explosion, suivi d’un tremblement terrible. Puis un mur entier s’effondra dans un fracas insupportable, avant de propager un épais nuage de poussière. Ne perdant pas une seconde, je roulais sur le sol pour me mettre en position de tir et faisait feu deux fois. Les deux clones s’effondrèrent dans la seconde qui suivit, leurs casques ayant maintenant deux trous au niveau du front.
J’aidais mon soldat à se relever et repris ma course en avant, priant pour que nous arrivions en vie à notre camp de base. Je savais que plus nous nous enfoncerions dans la capitale, moins les clones n’oseraient nous suivre. Et tout à coup, mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Surgissant de derrière un hangar, turbines hurlantes, une canonnière de la République ralentit sa course et se mit en vol stationnaire tout près de nous. Alors que des masses d’air étaient déplacées, nous forçant à plisser les yeux, les portes latérales du vaisseau s’ouvrirent et des tireurs apparurent. J’eus à peine le temps de déglutir avant de me mettre en action.

***

Je sautais littéralement la dernière volée de marche de l’escalier de l’immeuble dans lequel je me trouvais jusque là et déboulais dehors, manquant de glisser au passage sur la neige fondue. J’analysais rapidement les données de la bataille qui défilaient sur l’écran tactique de mon casque et me précipitais aussitôt vers la droite, me ruant à la poursuite d’Endrik.
Sachant pertinemment que les autres clones étaient en train de repousser et de traquer les derniers survivants Nolvaniens, je sprintais sans prendre trop de précaution. Tenant mon long fusil à deux mains, je tentais de maintenir mon rythme cardiaque à un niveau acceptable. Je bondissais par-dessus les tas de gravats qui encombraient les routes et ralentissais à peine au carrefour avant de prendre une autre rue. Je ne m’arrêtais pas devant les cadavres de mes frères, jurant seulement que les Nolvaniens paieraient pour ça ! Je me surpris malgré tout à espérer que Getro ne se fasse pas tué. Après tout, il faisait parti de cette opération et j’avais besoin d’un ami comme lui. Il m’aidait à tenir bon dans cette foutue guerre.

Je traversais une intersection et découvrais sur ma droite à une centaine de mètre devant moi un Nolvanien qui s’enfuyait. Je m’arrêtai brusquement, visai et tirai. Ma cible s’écroula mollement sur le sol, poussant un faible gémissement avant d’être happé par la mort. Je reprenais ma course, priant pour que la victime soit Endrik Sel. Mais je déchantais vite. Bien que j’eu du mal à l’avouer, j’avais des doutes sur ma capacité à vaincre le sniper Nolvanien en duel. Car il fallait reconnaître que ce gars là était franchement doué.
En relevant la tête, je vis alors qu’une canonnière de la République était en vol stationnaire à deux pâtés d’immeuble de ma position. Je modifiais alors aussitôt la trajectoire de ma course pour aller voir ce qu’il se tramait là bas. Je m’étais engagé à tuer Endrik Sel et jusqu’à aujourd’hui, je pouvais me vanter d’avoir toujours tenu mes promesses.

***

Le soldat qui était resté à mes côtés n’eut même pas le temps de faire le moindre mouvement. Il fut pris pour cible par trois tireurs et fut transpercé d’impacts. Il cracha une gerbe de sang avant de tomber sur les genoux et de basculer sur le côté. Pendant ce temps là, je me déplaçai en pas chassé afin de sortir de l’axe de tir des clones. Saisissant mon arme, je tirai en une fraction de seconde. Le laser perfora la vitre du cockpit et tua sur le coup le copilote qui s’affala dans son siège. Le pilote réagit aussitôt en modifiant sa position. Il se mit en perpendiculaire à la rue, permettant ainsi à ses soldats de me prendre pour cible. Mais je fus plus rapide qu’eux car je visais malgré tout le pilote en espérant qu’il ne se remette pas en mouvement au dernier moment. Mon tir traversa une nouvelle fois la verrière du cockpit, frôla le cou du copilote mort et transperça le casque du pilote. Celui-ci s’effondra aussitôt sur ses commandes, emmenant la canonnière dans un violent plongeon.

Alors que les autres clones allaient faire feu, ils furent déstabilisés par la chute de leur vaisseau et furent envoyés balader, heurtant lourdement les parois de la canonnière. Celle-ci termina sa chute dans la devanture d’un immeuble, la perforant littéralement. Une prodigieuse explosion s’en suivit qui engloutit tout l’appareil, le consumant instantanément. Et alors que je me protégeais les yeux de la vive lueur, des débris de métaux surchauffés furent catapultés en tout sens et retombèrent lourdement sur le sol.

Prenant le temps de recouvrer mon souffle et de calmer les battements affolés de mon cœur, je décidais alors de revenir sur mes pas. Il n’était pas question que je laisse Tomek dans cet enfer…J’avais décidé de le retrouver et personne ne m’en empêcherait.

***

Je vis avec stupeur la canonnière de la république perdre brutalement de l’altitude, puis elle disparut totalement de mon champ de vision. C’est alors qu’une puissante boule de feu se propagea dans le ciel et qu’un fracas insupportable envahit le système auditif amélioré de mon casque. Tentant encore d’accélérer la cadence, je tournais à l’angle de la rue qui m’amènerait sur les lieux du crash.

***

Relevant la tête, je m’immobilisais brutalement et sentis mon cœur faire un raté. Face à moi, à l’autre bout de l’avenue, un soldat clone venait d’apparaître. Et alors qu’il se pétrifiait également sur place, je sus que c’était lui : le sniper qui me pourchassait depuis le début de l’attaque…

***

Je n’en croyais pas mes yeux. Il était là, face à moi, à cinquante mètres à peine. Il n’osait pas bouger et gardait son fusil le long de son corps. Je m’aperçus alors que le mien était également dans cette position. Je compris tout de suite que j’étais dans une situation inextricable, je ne pouvais lever mon arme sous peine de déclencher l’attaque de mon adversaire. Et un doute terrible m’envahit : et s’il était plus rapide que moi, que se passerait-il ? La seule chose que je pus alors faire, fut de déglutir bruyamment.

***

Le sniper de la République ne bronchait pas et ne semblait pas décider à attaquer. Mais moi, le pouvais-je ? Quelles étaient mes chances de survie face à un clone expérimenté, né pour tuer et qui avait certainement reçu le meilleur entraînement qu’il soit. Il y avait fort à parier qu’il soit plus prompt que moi. Et cette possibilité me terrifia.

Je me trouvais dans une rue dégagée, sans aucune cachette accessible et la seule échappatoire possible m’imposait de tourner le dos à mon adversaire, ce que je ne pouvais me permettre. Il allait falloir trouver un autre moyen de s’en sortir et surtout espérer qu’un soldat Nolvanien vienne à passer par là et me délivre de cette situation. Mais si c’était un clone qui venait à se présenter, je n’aurai pas d’autre choix que de passer à l’attaque, quelles qu’en soient les conséquences.
Et je me décidais alors à faire quelque chose d’improbable… Je commençais à parler à l’homme qui voulait visiblement me tuer par tous les moyens :
- "Pourquoi cherchez-vous à tout prix à me descendre ?"
Ma voix résonna étrangement, semblant comme rebondir entre les parois des hangars avoisinants. Le clone ne mit que peu de temps à me répondre :
- "Parce que vous êtes quelqu’un de dangereux Endrik Sel. Et on ne peut laisser les dangers subsister."
- "Vous connaissez mon nom… Vous avez donc un avantage sur moi !"
- "Je me nomme Epsilon et je suis sniper. J’ai reçu l’ordre prioritaire de vous tuer."
- "Je ne savais pas que j’inquiétais à ce point l’Etat-major de la République. Pourquoi vos maudits Jedi ne viennent-ils pas me chercher eux-mêmes ?"
- "Mais je suis plus efficace et redoutable qu’un Jedi…"
- "Un clone qui a le sens de l’humour, intéressant !", raillai-je
- "Je ne plaisantais pas."
Le silence s’imposa pendant quelques secondes, me permettant d’entendre au loin les bruits de l’affrontement qui opposaient Républicains et Nolvaniens. Je repris le premier la parole alors que mon cœur continuait de battre la chamade :
- "Vous êtes un lâche Epsilon, vous ne vouliez même pas me laisser l’occasion de me défendre. Est-ce la tout l’honneur dont est capable de faire preuve votre… République ?"
- "La guerre n’est que lâcheté Endrik… Je n’ai pas de remords à avoir, dans tout duel, un seul peut survivre, je préfère que cela soit moi, et qu’importe ce que cela impose."
- "Tu n’aurais jamais du t’attaquer à moi, tu ne sais pas ce qu’il t’attend", assénai-je en le tutoyant soudainement.
- "Peut-être, mais je sais que tu dois être mis hors d’état de nuire, quoi qu’il en coûte. Il semblerait que tu sois devenu un symbole pour les tiens ? Alors sache que je me ferais un plaisir d’abattre ce symbole. Je vais te tuer Endrik et j’anéantirai en même temps l’espoir des Nolvaniens. Sans leur héros, ils perdront cette guerre."
- "Je devrai me sentir flatté de l’importance que tu m’accordes. Je ne suis qu’un pion dans toute cette guerre et je refuse d’être un symbole. Le vrai héros pour nous, c’est le général Zelekyn, il nous mènera à la victoire et vous chassera de cette planète. Il l’a juré, il fera de Nolvana un cauchemar pour vous. La République ne pourra que trembler à l’évocation de ce nom."
Epsilon pencha légèrement la tête de côté et s’il n’avait pas eu de casque, Endrik aurait juré qu’il l’aurait vu sourire. Le clone s’exclama :
- "Tu sembles mettre sur un piédestal ton général. Peut-être le verras-tu différemment quand je t’aurai révélé certains de ses petits secrets."
Je fronçais alors les sourcils et resserrais l’emprise sur mon fusil.
- "Tu n’arriveras pas à me faire douter. Tes mensonges ne m’atteindront pas."
- "Ah oui ? Pourtant, ce que je vais te dire est la seule et unique vérité, et elle concerne tes parents !"
- "Je t’interdis de prononcer un mot de plus."
A ma grande surprise, Epsilon fit plusieurs pas en avant, avant de s’immobiliser de nouveau. Préparait-il quelque chose, avait-il un plan que j’ignorais ? Comment savoir si en cet instant précis, d’autres clones n’étaient pas en train de resserrer leur étau autour de moi ? Epsilon leva alors sa main gauche, la droite tenant toujours son fusil. Puis il fit en désignant les bâtiments autour de lui :
- "Tout ceci, ces destructions, ces morts, ces atrocités, tes parents ne les souhaitaient pas."
Bien que je me refusais à prêter attention aux propos de mon ennemi, je ne pus m’empêcher de laisser poindre ma curiosité :
- "Pourquoi dis tu ça ?"
- "Tes parents, Endrik, craignaient que Nolvana ne devienne une dictature, qu’elle sombre sous la coupe d’un régime militaire autoritaire qui plongerait la planète dans le chaos et la destruction. Tes parents avaient vu juste, car c’est précisément ce qu’il se passe actuellement. Ta planète est sous le contrôle de Kellias Zelekyn."
- "C’est faux, il y a un gouvernement…", répondis je en contractant tous mes muscles.
- "Ne te leurre pas Endrik, tu sais comme moi que le gouvernement n’est qu’un pantin désarticulé entre les mains de Zelekyn. Lui seul prend les décisions, lui seul a décidé de lancer Nolvana dans une guerre sans merci contre la République. Il est le responsable de tout ceci ! Tes parents étaient dans le vrai lorsqu’ils affirmaient que Zelekyn conduirait votre planète à sa perte. Regarde autour de toi ! Mais regarde ! Des ruines ! Bientôt, vous ne défendrez plus que des ruines et des cendres."
- "C’est de votre faute ! C’est vous qui nous avez attaqué !", hurlai-je en m’avançant
- "A cause des actes de ton général ! Il a provoqué toute cette guerre. Tes parents avaient perçu le danger que représentait cet homme et ont voulu l’arrêter. Ils ont crée un mouvement indépendantiste clandestin qui avait pour but de renverser la junte militaire qui se mettait peu à peu en place."
- "Tu mens…"
- "Zelekyn a vu le danger venir et a lancé toute l’armée régulière dans une traque systématique des Indépendantistes. Il ne pouvait supporter qu’on remette en cause son autorité. Il qualifiait tes parents de terroristes, de meurtriers ! Il a agité le spectre du chaos pour forcer la population à dénoncer les Indépendantistes."
- "Tu mens…", répétais-je en serrant les dents.
- "Tes parents ont été victime de cette délation ! Zelekyn en personne les a traqués cette nuit-là, et il les a abattus ! Tu m’entends Endrik, ton général, celui que tu crois être un héros, a froidement tué ta famille !"
- "Tu mens !", m’époumonai-je quitte à ameuter d’autres clones
- "Il a ensuite maquillé ce crime en une pseudo prise d’otage. Des documents ont été retrouvés à ce sujet. En matant le mouvement indépendantiste, Zelekyn s’est assuré la main mise sur l’armée et est devenu un soutien indispensable du pouvoir en place. Cet homme peut à présent faire et défaire des gouvernements. Mais la nuit où il a assassiné tes parents, Zelekyn n’a pas pu se résigner à commettre un troisième meurtre ! Après tout, à quoi bon tuer un tout jeune enfant quand on peut le convertir à sa cause ? Comble de la malfaisance, il a recueilli le fils de ses anciens ennemis afin d’en faire un de ses fidèles soldats. Et oui, Endrik, tu sers un homme sanguinaire, qui a tout d’un dictateur."
- "Je ne crois pas à ton histoire…"
- "Allons, Endrik, au fond de toi, tu sais que c’est la vérité ! Mais maintenant que tu l’as affrontée, tu peux changer les choses, cesse d’être le pion de Zelekyn ! Cesse de servir un assassin !"
- "Jamais je ne laisserai la République s’emparer de mon monde ! En cela, le combat de Kellias est juste !"
Je commençais alors à remonter lentement mon fusil et achevais ma phrase :
- "Et le mien aussi."
Epsilon fit un pas en arrière avant de lancer :
- "Ne fais pas ça… Tu ne sais pas si tu seras plus rapide que moi !"
- "Je suis prêt à prendre le risque."
- "Non, tu ne l’es pas… Tu ne l’es pas parce que tu veux savoir si ce que je t’ai dit est la vérité ! Et pour cela, tu dois parler avec Zelekyn !"
Un silence pesant s’imposa alors. Je retenais mon souffle et réfléchissais à toute allure, essayant de retrouver mes esprits face à ces révélations. Ce maudit clone avait-il dit la vérité ? Comment cela pouvait-il être possible ? Zelekyn m’avait-il menti pendant toutes ces années ? Je devais savoir, il fallait que j’en ai le cœur net.
- "Alors, quel est ton choix Nolvanien ?", cria Epsilon
Avant que je ne réponde, je commençais à reculer, me dirigeant lentement mais sûrement vers l’intersection la plus proche, celle qui me permettrait de sortir de la ligne de mire d’Epsilon. Celle qui me permettrait de fuir…
- "Écoute-moi bien Epsilon… Quoi que tu fasses maintenant, je n’aurai de cesse de te traquer, à chaque combat, à chaque escarmouche, je serai là et je t’attendrai. Je t’attendrai pour te tuer. A partir de maintenant, j’ai un compte à régler avec toi. Tu veux me tuer, très bien, je veux à présent également me débarrasser de toi. Alors clone, qui de nous deux l’emportera ? Qui de nous deux sera le meilleur sniper ?"
- "J’admire ton courage mais tu perdras ce duel."
J’étais presque arrivé à l’intersection quand je m’exclamais :
- "Tu m’as donné une nouvelle motivation pour survivre à tout ceci Epsilon. Jamais je n’abandonnerai, tu périras avant moi, j’en fais le serment."
Et je disparus à l’angle de la rue avant de m’enfuir à grandes enjambées, l’esprit encore bouleversé par les accusations d’Epsilon.

***

Je regardais Endrik disparaître et restais pétrifié encore quelques secondes. Je calmais les battements affolés de mon cœur et stoppais les tremblements qui s’étaient emparés de mon genou droit. Puis, parvenant enfin à me remettre en mouvement, je m’élançais à la poursuite du sniper Nolvanien :
- "A présent, Endrik, c’est entre toi et moi."
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