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Interview de Thierry Mornet, responsable comics chez Delcourt
 
Si vous évoquez les mots « Star Wars » et « bande dessinée », il y a de fortes chances pour que le fan francophone vous réponde « Delcourt ». En effet, depuis 1999, la célèbre maison d’édition s’est attachée à nous proposer des albums de qualité, regroupant les parutions américaines Star Wars pour notre plus grand plaisir.

Thierry Mornet
Thierry Mornet, responsable comics chez Delcourt
©Photo de Sibylline Desmazières, retouches de François Lecocq


Chez SWU, on s’est demandé ce qui se cachait derrière l'édition de ces albums : comment les histoires publiées aux États-Unis arrivent quelques mois plus tard entre nos mains dans la langue de Molière ? Nous nous sommes alors tournés vers le responsable comics chez Delcourt, Thierry Mornet, pour lui poser la question. C’est avec une vraie gentillesse et passion qu’il a accepté de nous accorder une interview pour nous parler de son métier, sur Star Wars en particulier. Thierry Mornet est pour ainsi dire au cœur du processus, à la fois coordinateur et moteur de la publication des albums et magazines en France. C’est avec lui que nous vous proposons ce voyage, de Dark Horse à Delcourt.


Interview réalisée par Booster Terrik et xximus, avec le concours de Tawak et mirabilia



Star Wars Universe : Comment fonctionne le lien entre Delcourt et Dark Horse concernant Star Wars ?

Thierry Mornet : Commençons par le processus d'acquisition des droits. Nous parlons de Star Wars et non de comics en général, la distinction est importante. Pour Star Wars, la démarche est spéciale puisqu’il s’agit d’un processus tripartite : d'abord, nous faisons l'acquisition des droits et de la licence Star Wars auprès de Lucasfilm, notre interlocuteur principal. Nous négocions avec eux, par l'intermédiaire de leur agent, même si nous avons développé des relations et des contacts en direct chez Lucasfilm. Je communique très fréquemment avec Steve Sansweet et d’autres personnes qui sont un peu les « gardiens du temple » chez Lucasfilm et qui y travaillent depuis 30 ans. Ces personnes valident l'ensemble de nos rédactionnels à l'intérieur du magazine Star Wars (Sue Rostoni par exemple). La négociation purement commerciale s'opère ensuite avec l'agent français de Star Wars, pour l'ensemble de la licence (que ça soit la licence publishing ou pour faire des chaussettes Clone Wars, pour faire développer des jeux Star Wars...).

SWU : Tout passe ainsi par la même personne ?

T.M. : Exactement. C’est toujours l'agent qui s’occupe de la négociation, seuls les processus de validation dépendent de Lucasfilm directement. L’accord tripartite implique Lucasfilm, les Éditions Delcourt – en tant que licencié de Lucasfilm - et enfin Dark Horse Comics. Nous achetons auprès de DH le matériel, c’est-à-dire les pages de bande dessinée. DH est d'ores et déjà licencié auprès de Lucasfilm : ils ont acheté une licence globale qui leur permet aujourd'hui d'être les seuls à produire des pages de bande dessinée Star Wars aux USA.

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Voilà comment se déroule le processus et ça se passe super bien avec tout le monde (rires) ! Ils sont visiblement ravis de poursuivre l'aventure déjà depuis une dizaine d'années avec Delcourt et depuis près de 7 ans avec moi. Voilà pour ce qui est de la partie purement négociation. Ensuite, nous présentons un programme de publication, à l'agent et à Lucasfilm, qui l'acceptent généralement sans aucun problème.

SWU : C’est donc Delcourt, toi en particulier, qui donne l’impulsion initiale sur ce programme ?

T.M. : Oui. Nous définissons exactement ce qui apparaîtra dans les albums et dans chaque magazine et ces choix font l'objet d'un accord tacite. Ensuite, nous avançons et commandons le matériel. Une fois que cet accord est obtenu et que le programme éditorial est établi, je collabore avec de nombreux intervenants, des traducteurs, des lettreurs, des personnes qui s’occupent de la mise en page… Mon travail consiste entre autres à relire et adapter les traductions : je retouche ce contenu de façon à ce qu'il n'y ait pas de voix dissonantes. Si l’on travaille avec deux ou trois traducteurs différents, il faut s’assurer de disposer de la même charte sur des terminologies bien précises. C'est le travail de l’éditeur. Cela consiste aussi à commander le matériel à temps, à avoir les bons fichiers au bon format, à « driver » les lettreurs et les personnes qui font la mise en page, pour qu'au final soient publiés des albums et des magazines qui tiennent la route, respectivement distribués en librairie et dans le réseau presse. C'est simple (rires) ! Dans les faits, c’est beaucoup d'énergie (rires)...

SWU : Dans ton travail, quelle part occupent les activités liées à Star Wars ?

T.M. : Cela représente à ce jour environ 20% de mon travail et de mon temps.

SWU : Et est-ce majoritaire proportionnellement aux autres activités ?

T.M. : Oui bien sûr ! En nombre de pages tout simplement. Le travail se décline également en temps passé, entre les magazines Star Wars la Saga en BD et Star Wars The Clone Wars, le Star Wars Comics Collector (réalisé pour le compte d’Atlas) et les albums que nous publions (un à deux par mois aujourd'hui), et à cela s’ajoute toute la communication. En effet, le temps passé à en parler est un aspect plaisant (rires), mais qui fait partie aussi de mon travail. Cela veut également dire transmettre de nombreux visuels (les couvertures par exemple) aux personnes qui en ont besoin, les prévenir des programmes de publication… Je suis en lien avec de nombreux blogs, je me déplace sur des conventions de bande dessinée comme sur Génération Star Wars par exemple.

SWU : Pour revenir un petit peu en arrière : comment Delcourt est devenu l'éditeur Star Wars ? Puisqu'avant c'était Dark Horse France, certains contenus étaient également traités par Panini...

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T.M. : A l’origine, c’est Dark Horse France - une émanation de Cryo Interactive - qui publiait un certain nombre de séries sorties aux États-Unis par Dark Horse, comme Hellboy, Martha Washington et Star Wars. Cette structure est tombée en déliquescence et les droits se sont retrouvés libres. D’autres éditeurs comme Soleil étaient intéressés à l'époque mais Guy Delcourt, qui est un fan invétéré de Star Wars et de comics en général, a souhaité reprendre la licence. Il faut savoir qu'il a collaboré à l'Ecran Fantastique et à Pilote Charlie chez Dargaud avant même de créer sa propre structure. Il avait une activité de journaliste et c'est à lui que l’on doit une des premières interviews d'Harrison Ford publiée en France, aussi bien pour son travail sur Star Wars que sur Indiana Jones. Lorsque la licence s'est avérée disponible, alors qu'à l'époque personne n'en voulait en bande dessinée, lui s'est dit « je tiens à le faire ».

Guy Delcourt
Guy Delcourt ©Delcourt


Avant même mon arrivée, un certain nombre d'albums étaient donc déjà présents chez Delcourt. Mon travail a alors consisté à amplifier le phénomène, en m'appuyant sur le succès de l'épisode III notamment. J'ai eu la chance d'arriver un an environ avant sa sortie, cela a été un catalyseur sur l'ensemble du catalogue. Entre le moment où je suis arrivé et celui où nous avons senti qu'il y avait une grosse impulsion à prendre dans le sillage du succès de l’Episode III, j'ai passé mon temps à dépoussiérer un peu le catalogue Comics chez Delcourt : c’est passé par Hellboy par exemple. Nous avons effectué de nombreux changements, remaquetté un certain nombre de séries Star Wars qui avaient été initiées avant mon arrivée (comme le « Côté Obscur » ou le cycle « Jedi »). Après avoir dépoussiéré, j'ai amené des choses nouvelles. Guy a compris que les projets étaient entre de bonnes mains, il m'a laissé jouer dans son bac à sable (rires), qui est devenu un peu le mien aussi… Et maintenant, je pense qu’il est ravi ! Nous avons dépassé le cap des cent vingt albums Star Wars, ce qui est énorme. Je crois qu'il n’y a pas l'équivalent d'une série qui connaît autant de titres aujourd'hui en bande dessinée franco-belge ; Blueberry et Spirou sont loin derrière… Et et je ne parle pas des magazines Star Wars qui continuent aussi à paraître, et à bien se comporter.

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Un aperçu du catalogue Star Wars de Delcourt


SWU : Qu’en est-il de la répartition des histoires entre les albums et le magazine Star Wars la Saga en BD ? Est-ce que tu as une liberté totale dans la décision de publier dans l’un ou l’autre des supports ?

T.M. : Oui, complètement. J'ai la chance aujourd'hui que de nombreuses séries en album soient des séries « à suivre », qui avaient déjà été initiées avant mon arrivée, l'exemple type étant « Le Côté Obscur ». Par ailleurs, il y a encore une quantité effectivement importante de matériel inédit en France, le « backlog » (« l’arrière du catalogue » littéralement, c'est-à-dire les anciennes séries). Il s’agit de récits qui n’ont pas encore été publiés, ou pas encore explorés de la bonne manière, et j'ai l'embarras du choix, ce qui est toujours nettement mieux que d'avoir l'embarras tout court (rires). Cela signifie que je peux « faire mon marché » pour choisir de publier tel type de récit en album, tel autre dans le magazine. Il y a des choses qui s'imposent d'elles-mêmes : le démarrage d'une nouvelle série comme « Invasion », qui est une vraie nouveauté Star Wars, abordant une période temporelle qui n’a pas du tout été explorée pour l'instant en comics, avec des auteurs de renom comme Colin Wilson, sera ainsi publiée en albums.

SWU : Invasion figure désormais dans la chronologie des albums Star Wars publiés pas Delcourt. L’idée de mettre une frise chronologique au début de chaque album vient de toi ?

T.M. : (Rires) oui je suis « monsieur timeline », c'est même devenu une « joke » en interne. C’est un outil de cohérence, qui nous aide à nous y retrouver éditorialement, également apprécié du lecteur qui aime avoir ce type de repère : j'ai ainsi fait une timeline pour Fathom, pour Hellboy,... Il était intéressant pour ce dernier de rendre cohérent son univers et celui de BPRD (la série dérivée de Hellboy) : cela donne une vraie chronologie qui s'inscrit depuis la nuit des temps jusqu'aux années 50 pendant la guerre au moment où Hellboy arrive sur Terre, et ainsi de suite ; l'histoire de Star Wars suit le même modèle, nous avons la vraie préhistoire de Star Wars jusqu'au futur, qui est aujourd'hui Legacy. Il y a maintenant de nombreuses périodes intermédiaires, comme Invasion. Le pendant de tout ceci est un certain nombre de récits courts, publiés en leur temps dans Dark Horse Presents, DHP, dans les Star Wars Tales. Même s’il s’agit d’histoires « Infinities » (aventures hors continuité, voire des épisodes mettant en scène des réalités alternatives), tout cela représente du contenu que nous pouvons utiliser dans les pages du magazine par exemple.

SWU : la licence Star Wars a-t-elle un coût plus élevée en comparaison d’autres licences sur lesquelles travaille Delcourt ?

T.M. : Oui, bien sûr. Les enjeux sont autres, nous ne travaillons pas de la même manière que sur une série isolée. Nous sommes sur des logiques de planning de publication annuelle : l’achat de la licence vaut pour plusieurs années, ce sont des master agreements. Nous achetons les droits d'exploitation non pas pour un album, mais pour l'ensemble du matériel Star Wars, pour une durée déterminée.

SWU : Ce contrat se renouvelle à quelle fréquence ?

T.M. : Nous le renouvelons en moyenne tous les 3 ans.

SWU : Et cela se produit de quelle manière ? Un peu au feeling aussi ?

T.M. : C’est presque tacite, cela repose en un sens sur le principe qui est que « tant que nous gagnons, nous continuons à jouer » (rires). Mais il y a surtout une relation de confiance qui s’est établie aujourd’hui entre Lucasfilm et ses licenciés. C'est particulièrement vrai avec Delcourt dont le travail leur donne satisfaction. En parallèle, une grande partie de mon job consiste à satisfaire les fans. Si c’est le cas, l'information remontera et les gens de Lucasfilm finiront par le savoir, par le biais de personnes comme Steeve Sansweet qui est très à l'écoute, par Internet et ses forums… Je ne prétends pas par ailleurs que tout ce que nous faisons est parfait : c'est toujours perfectible, et je reste sur mes gardes. En revanche, je pense que nous arrivons à de bons résultats, peut-être plus encore que ce qui a pu être fait auparavant ou dans d’autres pays, ce dont nous tirons une vraie fierté. Nous recevons de nombreux courriers de lecteurs sur le forum comics de Delcourt, auxquels je prends plaisir à répondre quasi quotidiennement. La majorité des commentaires sont dithyrambiques, nous en sommes ravis.

SWU : Pour revenir aux libertés dans les choix éditoriaux, prenons le cas de Vector. Il s’agissait de design bien étudiés, avec 12 comics sur 4 séries en cours. Comment la décision a-t-elle été prise d’en faire 3 albums ?

T.M. : Vector est un bon exemple. Ce crossover a été publié chez Dark Horse en 12 fascicules, répartis sur 4 séries : Kotor d'un côté, Dark Times et Rebellion ensuite, et enfin Legacy. J’ai de mon côté voulu créer une vraie trilogie (une structure narrative qui fait écho dans l’esprit des fans de Star Wars). J'ai insisté pour que notre rythme de publication soit important : nous avons publié les 3 albums en l’espace de 6 mois, à deux mois d'intervalle chacun. C’était important pour le lectorat français de les faire coïncider avec la sortie des albums des séries en cours correspondantes : nous avons par exemple sorti deux albums de Kotor à deux/trois mois d'intervalle avant l’arrivée de Vector 1. Cela me semblait important en termes de cohérence et de continuité pour le lecteur qui veut par exemple suivre la série Kotor.

Vector 1 Vector 2 Vector 3
Les trois albums regroupant l'intégralité du crossover Vector publiés chez Delcourt


Nous avons discuté avec Randy Stradley qui envisageait la publication en album en deux TPB ; nous avons pu décider de nôtre côté d’en faire trois, en regroupant d'un côté le lointain passé avec Kotor pour le premier album, puis la période qui était "Rise of the Empire" avec Dark Times et Rebellion pour le deuxième album, et enfin le futur avec Legacy pour le troisième. Je me retrouve alors avec l'embarras du choix, puisque j'ai trois albums à réaliser et 12 couvertures à disposition. J’ai choisi Travis Charest pour le 1, Jan Duursema pour le 3 et Doug Wheatley pour le 2, qui même s’il dessine lentement, est un artiste au talent évident.

SWU : Est-ce que tu as la possibilité de faire des artworks originaux pour des couvertures françaises ? De faire produire tes propres couvertures, que ce soit par un artiste américain comme Doug Wheatley ou un artiste français ?

T.M. : Ce pourrait être le cas, mais c'est un processus un peu long et lourd. Et il faut être honnête, les personnes chez Dark Horse comme Randy Stradley font très bien leur travail. Pour se faire plaisir nous pourrions très bien éditer une couverture, c'est le genre de projet auquel nous pensons de toute évidence. Il n’y a qu’à voir le cas de Benjamin Carré pour qui dessiner du Star Wars est un rêve d'artiste, qu’il a enfin pu réaliser.

kotor Carre
Artwork de Benjamin Carré pour une couverture de Kotor


SWU : Pour rester encore un peu dans les aspects techniques, comment fonctionnent les réimpressions ?

T.M. : Nous avons aujourd’hui près de 130 albums, toujours disponibles. Nous avons en effet une politique systématique de réimpression : bien qu’il ne s’agisse pas de rééditions, nous réimprimons en rectifiant deux ou trois petites erreurs, corrigeons les éventuelles fautes et coquilles, et actualisons les publicités. Un titre en rupture le restera deux à trois semaines maximum, le temps technique de la réimpression.

SWU : Et vous avez donc des outils de suivi ?

T.M. : Nous avons 9 personnes au marketing, entièrement dédiées à la vente pure et à la promotion de nos titres. Elles sont en relation avec notre diffuseur, et ont un œil quasi quotidien sur le montant des stocks, ce qui permet de lancer le planning de réimpression systématique. Cela peut ainsi concerner des séries qui datent de plusieurs années comme le cycle de Thrawn, qui reste pourtant toujours disponible. Cela me semble vraiment important, en termes de respect pour le lecteur, qu'il n’y ait pas de « trou », pour qu’il ou elle soit capable de poursuivre la lecture d’une série qu’il ou elle a débutée.

SWU : Quelle série fonctionne le mieux au regard des ventes ?

T.M. : Legacy aujourd'hui, suivie d'assez près par Kotor. Ce sont cependant des constats sur les mises en place récentes. Si l’on se penche sur les cumuls de ventes, les meilleures restent les adaptations des films. La raison est qu’ils restent des points d'entrée pour les nouveaux lecteurs. Nous avons également de très bons résultats sur l’ensemble des titres Clone Wars et The Clone Wars Aventures en particulier.

xximus : Oui, j'en ai acheté aussi...
Booster : Tu en as acheté ?
xximus : Oui malgré moi (rires).
Booster : Je ne suis pas du tout fan (rires).

T.M. : C’est amusant d'entendre ce débat autour de The Clone Wars, qui s’apparente aux polémiques qu'il y a pu avoir au moment de la prélogie. Les gens l’ont aujourd’hui plus ou moins intégrée, même si l’on peut ne pas aimer les choix artistiques qui ont été faits. De même pour The Clone Wars, le fond est plutôt sympa, et un des intérêts de cette série est aussi d'amener de plus jeunes fans.

SWU : Pour parler encore des aspects techniques : au sujet de la qualité du papier, des couvertures, est-ce que tu as parfois des arbitrages à faire au niveau du coût ? Est-ce que Lucasfilm intervient sur ces choix en fonction du prix ?

T.M. : Non. De manière générale, je suis de plus en plus en contact avec les auteurs eux-mêmes, à qui je me fais un point d’honneur d’envoyer les albums, qu’il s’agisse de John Ostrander, Jan Duursema, Doug Wheatley, Omar Francia, Colin Wilson, ou même de coloristes travaillant sur The Clone Wars. C'est la moindre des choses, et tous nous félicitent sur la qualité de production qui est la nôtre par rapport aux originaux. Nous avons la chance d'avoir de très bons designers chez Delcourt, et je suis ravi qu'ils soient capables de donner à nos albums une charte graphique particulière : celle de Legacy n’a par exemple rien à voir avec la version US, cela lui donne une identité visuelle immédiate. Même la personne responsable des droits chez Dark Horse, avec qui je travaille pour l'approvisionnement du matériel et à qui j'envoie systématiquement les magazines, les montre autour d’elle comme un exemple à suivre.

SWU : Revenons pour finir sur la communication. Tu disais concrètement que tu avais des commentaires sur le forum Delcourt, que tu y répondais régulièrement, mais quels sont les autres niveaux de communication autour de Star Wars ?

T.M. : La communication se fait à plusieurs niveaux. En amont, avec les fournisseurs de droits à Lucasfilm, comme Sue Rostoni, Carol Roeder, ou encore Steeve Sansweet jusqu’à son prochain départ en avril. Ce sont des gens avec qui je collabore de manière très régulière. Chez Dark Horse, cela se fait à la fois avec Randy Stradley quand j'ai besoin d'une information purement éditoriale, mais aussi avec les gens de la gestion des droits quand j'ai besoin de matériel, ou d'autres types d'informations. Ensuite une fois que notre livre est finalisé et mis en vente, je communique directement avec le lecteur final, le fan : cela se fait donc sur le forum Delcourt, où il y a beaucoup de questions sur Star Wars auxquelles je réponds.

SWU : Cela te prend on l’imagine un certain temps…

T.M. : Oui, mais j'accepte volontiers de prendre ce temps. Le jour où je serai déconnecté de ce que disent les lecteurs, je ferai mal mon travail. J'ai besoin d'être en relation avec les gens, de discuter avec eux, de les rencontrer sur les festivals et qu'ils viennent me donner leur opinion sur nos albums. Ça ne veut pas dire que la parole de cinq personnes entendues va faire valeur de loi, mais il faut être là pour écouter. J’avais récemment relancé une sorte de débat sur la modalité de publication pour Shadows of The Empire Evolution ; nous envisagions initialement de le publier dans les pages du magazine, ce qui nous paraissait plus cohérent. Les opinions exprimées sur le sujet allaient majoritairement du côté de l’album. Et finalement, c’est ce que nous allons faire :-)

SotE evolution


SWU : c’est vrai que, de ce qui ressort sur nos forums, beaucoup penchaient pour voir ce contenu publié en album.

T.M. : C’est une logique qui est la leur, et c’est très bien qu’ils puissent l’exprimer. Cela ne veut pas dire que je vais suivre à chaque fois, mais c'est important. Je reste à l’écoute et ne suis pas là pour faire « ce qui me plaît » impérativement, mais pour faire d’une certaine manière ce que les gens veulent voir : mon but est que cela fonctionne, au moins dans 51% des cas, et tant mieux si nous satisfaisons une majorité encore plus grande. La communication, c'est parler avec vous, c'est parler et échanger de plus en plus avec les auteurs comme Omar Francia, Jan Duursema, John Ostrander, ou encore Randy Stradley, également scénariste sur Star Wars.

Ce sont tous ces interlocuteurs, qui, à un moment donné, vont avoir besoin d'informations qui tournent autour du travail que je fais. Ce sont des gens qui s’intéressent à notre travail, donc le moins que je puisse faire est de leur répondre, pour leur relayer l'information.

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Cela signe la fin de cette rencontre, merci encore à Thierry Mornet pour sa disponibilité, sa passion communicative, et, on le redit, pour son travail sur Star Wars !

Interview mise en ligne sur SWU le 7 février 2011
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