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1. Escale meurtrière à Koros Major
 

Fenn Vri’Trem surveillait l’entrée de la grotte avec sa paire de jumelles à vision nocturne pour déterminer l’instant propice de l’attaque. En tant que leader, ce rôle lui incombait. Le Vengeur Un, Selim Solucé, couvrait le flanc droit et deux guerriers Krath des sept mondes de Téta le gauche. L’équipe formidable avait déjà constaté leur professionnalisme élevé au rang d’art, cette réputation n’était en rien abusive. L’escadron Vengeur et les Korosiens se mixaient à la limite d’une forêt de résineux, cachés dans des buissons épineux, repoussant sans succès le froid humide du milieu de la nuit.

Les Massassi effectuaient des relèves régulières. Le dernier groupe s’installait déjà dans une mortelle routine nocturne. Ils s’étaient dégourdi les jambes autour de leurs postes de garde et retournaient doucement à la torpeur d’une nouvelle nuit écourtée.

Le Maître Blâm Tio, commandant de l’escadron, les avaient briefés dans le secret du temple Jedi de Cinnagar, un bâtiment simple aux pièces étriquées décorées sans fioritures, le strict nécessaire pour un petit détachement de conseillers. Principale source de carbonite de la république, les sept mondes de Téta vivaient dans le confort de la technologie malgré leur position excentrée de la bordure extérieure. Ces mondes représentaient une cible potentiellement alléchante pour les Sith dont les exactions discrètes sur le territoire de la République augmentaient sans provoquer de heurts notables. Les visions du chevalier Jedi Jodan-Urr se cristallisaient aux abords de ce camp Sith caché dans les montagnes. L’équipe formidable devait y récupérer l’un des conseillers Jedi porté disparu et certainement prisonnier en ce lieu pendant que l’impératrice, épaulées par de rares Jedi convaincus de la menace Sith, préparait une bataille majeure.

Fenn fit signe à Selim qui modula le trille d’un oiseau de nuit. Les poignards des guerriers Krath coulissèrent en dehors de leurs fourreaux et les sécurités des lance-fléchettes s’effacèrent. À la deuxième stridulation, le métal déchira l’air en sifflant. Le bruit mat de la chair transpercée répondit, en sourdine ; les gargouillis inefficaces à déclencher l’alerte complétèrent la sérénade funèbre. Vengeurs et Krath se glissèrent dans les ombres nocturnes, les uns armés de blaster, les autres de lames aiguisées. Ils contournèrent les mares de sang bleuté pour achever les survivants lardés de couteaux et de carreaux.

En file indienne, ils s’aventurèrent en silence dans les boyaux de pierre plus ou moins façonnés par l’homme, un véritable habitat troglodyte. L’architecture du dédale de galeries incrustée dans sa mémoire photographique, Blâm menait la danse avec son ailier dans ses bottes. D’un signe de la main, il désignait des salles de garde où s’engouffraient des groupes constitués d’une paire de Vengeur et de quatre guerriers des mondes de Téta.

Vikky Kirioch et l’infatigable Trek Leeron s’introduisirent dans une chambre de garde. Les Massassi ronflaient comme des sonneurs. Gracieux, le Twi’lek se faufila entre deux couches et Vikky se posta en face de lui. Les guerriers se répartirent la pièce. Les corps anguleux représentaient des cibles faciles et bien que les Massassi soient terrifiants, l’effet de surprise ne laissait aucune chance aux troupes d’invasion massées là.

Les sabres s’élevèrent, les poignards se tendirent. À la lumière des lasers croisés, les lames brillèrent du sang des victimes presque innocentes. Gorges tranchées, torses transpercés, membres fumants, les plus chanceux eurent juste le temps de se retourner ou d’ouvrir un œil, les Massassi ne se mesurèrent jamais aux Krath. Malgré un entraînement sans faille, Vikky devina que la gêne d’un tel massacre fissurait le flegme de son coéquipier ; pour sa part, elle avait commis de pires exactions dans sa jeunesse. Le silence revint alors que le bain de sang refroidissait, des bruits de lutte parvenaient de pièces éloignées.

En plein accord avec la Force, San remontait une piste de noirceur. La peur n’existait plus, seule la Force comptait. Le chevalier dirigeait le groupe le plus nombreux : les deux autres Jedi de l’équipe, les ailiers de chacun, et autant de guerriers Krath. La présence d’un ou plusieurs Sith troublait la Force comme le fanal d’obscurité d’une nuit sans étoile. Quelqu’un souffrait aussi ; un voile de peine étouffait ses perceptions. San leva une main et le rythme de la course s’apaisa. Ils touchaient au but : une grande salle de pierre au plus profond du dédale de corridors grossiers au centre de l’architecture troglodyte. Ils s’arrêtèrent à un coude.

Trois Massassi gardaient une porte métallique bardée de renforts. Les guerriers Krath jouèrent une nouvelle fois du couteau, mais, contraints de lancer en terrain découvert les ennemis furent alertés. Vifs comme l’éclair, ils dévièrent les projectiles. L’un se planta dans une cuisse, les autres retombèrent au sol après avoir généré quelques estafilades bleutés sur la peau rosâtre distendue par les muscles. Les gardes se jetèrent sur les agresseurs en grognant. Les blasters des ailiers chantèrent et les rayons laser se perdirent dans la roche. Sans peur des lasers et des lames tendues pour stopper leur course, les Massassi se jetèrent dans la mêlée. Les poings et les pieds s’abattirent sur les républicains comme une muraille de chair.

Les Jedi allumèrent les sabres crépitant et moulinèrent. Trop tard, deux guerriers Krath gisaient dans leur sang, les membres brisés ainsi que l’équipier Twi’lek de San projeté contre une saillie rocheuse, le crâne pulvérisé. À coup de sabre, les Jedi taillèrent en pièce les Massassi.

Sans perdre de temps, ou se livrer à la peine, le chevalier Pelo se précipita vers la porte. Verrouillée ; l’alerte avait été donnée pendant l’affrontement bref mais sanglant. Il enfonça la pointe de son sabre dans l’acier et commença à se forer un passage.

– Aidez-moi ! intima-t-il à ses compagnons équipés à l’identique.

La discrétion n’était plus de mise, San privilégiait la vitesse. Une alerte tonitruante résonna soudain de l’écho des profondeurs de Koros Major. San espéra que l’opération menée tambour battant avait neutralisé les chambres de garde avec efficacité, si non, toute retraite serait impossible et l’équipe formidable accomplirait ici sa dernière mission alors que le conflit n’avait pas officiellement débuté.

Le panneau d’acier aux bords rougeoyants s’écrasa dans une pièce à l’entrée dépouillée. Des lasers les accueillirent, détournés par les moulinets des sabres. Ils répliquèrent avec intensité et investirent la place. Une robe noire se retourna dans le fond et un visage cornu tatoué de vert et de gris en émergea. Une onde de Force les balaya, San érigea un bouclier et maintint la position, les autres se couchèrent comme une forêt balayée par la tornade.

Des instruments de torture installés sur le sol entouraient leur hôte : chevalet, brasero et métal chauffé à blanc, bâtons électriques, couteaux, pinces, seringues et sérums colorés, ainsi qu’un célèbre casque de souffrances.

Immobilisé par des liens invisibles, le chevalier pendait, nu et ensanglanté, à quelques centimètres du sol. Privé artificiellement du soutien de la Force, sa part d’obscurité intérieure se taillait le meilleur morceau. Défiguré par une grimace, la haine irradiait des traits contractés par la douleur. San perçut au plus profond de lui les ténèbres semées aux quatre coins de la pièce ; ils arrivaient trop tard.

Le seigneur Sith souriait d’anticipation en dégainant sa lame, une lueur rose l’environna. Ces glaives imprégnés de force conjuguaient le poids d’une épée avec la précision diabolique d’un sabre laser. Bien que sévèrement préparé à une telle confrontation, le chevalier Pelo redouta ce premier duel. Le Sith moulina avant de prendre sa garde.

– Enfin un adversaire à ma taille ! s’exclama le seigneur de Korriban. Reconnais en moi le seigneur Jeust Enougth, Jedi. Si tu meurs en bon combattant, j’abrégerai tes souffrances avant de me dégourdir les doigts avec tes suivants.

San baissa la main gauche et remonta la droite pour que la pointe de son sabre à hauteur du front s’oriente vers l’ennemi. Genoux fléchis, il initia un déplacement rotatif avec l’adversaire en son centre.

– À qui ai-je affaire ? questionna le Sith.

– Chevalier San Pelo, Jedi ! Je jure ici que jamais vous ne torturerez mes compagnons. Je sauverai également celui pour lequel nous sommes venus, vos sous-fifres ne couvriront plus vos méfaits, la mort les a rappelés en plein sommeil.

Ils se tournaient autour et la longue spirale les rapprochait à chaque pas de la première passe d’arme dont l’issue déciderait du vainqueur.

– Je n’ai nul besoin d’animaux indisciplinés pour sortir d’ici. Pour ce qui est de mon prisonnier, je suis au regret de vous annoncer qu’il n’y a rien de récupérable en lui. Il a livré ses secrets et je m’amusais à retarder sa mort dans la souffrance que méritent les traîtres de son espèce.


Réalisant trop tard qu’il commettait une erreur, San se propulsa en avant. L’épée imprégnée se darda et il la détourna d’un revers. Les coups s’enchaînèrent en un maelstrom bleu d’eau et rosâtre guidé par la Force. La mobilité du Jedi avantagé par la légèreté de son arme ne l’empêchait pas d’avoir les bras ankylosés. Il rompit d’une ruade vers l’arrière. La pointe acérée fendit ses vêtements à hauteur des pectoraux et électrisa tout son buste. Il poussa une onde de Force en chutant sur le dos, sa tête porta durement sur la pierre. Trente-six chandelles troublèrent sa vision et il évita au dernier moment le chevalet projeté sur lui dans l’intention de l’écraser.

Jeust s’élança lorsqu’un sabre laser grésilla. Le coup de grâce s’arrêta, intercepté par le laser vert de Vengeur Huit. Le Sith gronda et décapita d’un revers le Togruta, tranchant net les quatre lekku blancs qui tremblotèrent quelques minutes sur le sol. Une gerbe de sang inonda San. Poisseux de la mort de son camarade, il se redressa et frappa la cuisse de l’adversaire. Jeust s’envola mais le pied retomba au bout du tibia cautérisé. Le Sith utilisa la Force comme une béquille pour se maintenir debout. L’amputation ne semblait pas le choquer.

Variant les techniques de combat, San attaqua à deux mains basses en tailles latérales irrégulières. Le seigneur Enougth reculait en clopinant mais ne lâchait rien et contre-attaquait à la moindre ouverture. Le chevalier prévoyait les coups en avance et ne doutait pas de ses qualités ; enfant, il avait été abandonné pour ces talents. La lame brillante approchait de la peau tatouée jusqu’à ajouter des ombres noircies dans les encorbellements dessinés sous l’épiderme. Le Sith grimaçait à la recherche d’un moyen de se soustraire aux attaques douloureuses. Bientôt, la chair grésilla. Il se débattit avec désespoir, laissant s’exprimer toute sa fureur. Les forces s’équilibrèrent mais la Force penchait du côté du Jedi et les blessures se multiplièrent.

Les défenses de Jeust s’effondrèrent comme s’il se rendait à l’évidence et abandonnait toute idée de victoire. Lancé, San trancha un bras au milieu de l’humérus, découpa au niveau du genou avant de plonger son sabre dans le ventre de l’adversaire. Il le repoussa d’une pichenette de Force. Le corps glissa sur la pierre. Le souffle rauque, le Sith souffrait le martyre. San ne s’émut pas, la formation Jedi les prémunissait contre les dangers des émotions. Le chevalier s’approcha sur ses gardes.

– Vous mourrez lentement, fit San. Je n’abrégerai pas vos souffrances pour que vous puissiez comprendre ce qui a été infligé par vos soins.

– C’est de bonne guerre, siffla Jeust.

Les Vengeurs avaient décroché le torturé et lui administraient soins et drogues. Fenn Vi-Trem arriva sur ces entrefaites, essoufflé. Il comprit aussitôt la teneur de la situation et ordonna :

– Nous ramenons le Conseiller Jedi avec nous ! Il faut prévenir Cinnagar que nous sommes arrivés trop tard et que l’attaque Sith est imminente. Nous les avertirons par radio. On dégage ! San ?

– Oui ?

– Qu’est-ce que tu en fais de ce Sith ?

– Je le tiens en respect. Le seigneur Sith Jeust Enougth n’a plus d’estomac et ses viscères sont réduites à un paquet de viande brûlée. Il décédera de ses blessures d’ici une vingtaine de minutes.

– Ok, comme tu veux, mais tu sors maintenant.

Le Chevalier Pelo recula jusqu’à la porte et salua avec respect le Sith limité à une forme amputé et gémissante. Jeust eut un sourire ironique étouffé par une toux sanglante. Le sabre laser s’éteignit.

– San ? San ! appela une voix féminine dans le couloir.

Dans un ballet de cape, Pelo se retourna dans le corridor de pierre. Il courut à la suite de l’équipe et des guerriers Krath survivants.

– Tu n’as rien ?

Vikky loucha sur le torse déchiré du Jedi. San attrapa la main de la jeune femme au passage :

– Cours ! Les Sith vont donner l’assaut à Koros Major d’ici peu.

Aidé de la Force, San guida Kirioch dans le dédale de corridors. Quelques cadavres de Massassi témoignaient des affrontements, San reconnut peu de Vengeurs parmi les morts et se félicita que l’opération ait été un succès sur ce plan-là. À l’extérieur, ils rejoignirent les motos-suspenseurs et s’envolèrent pour Cinnagar moteurs hurlants bloqués dans les tours.

*******


Ils approchaient enfin de Cinnagar. Les combats débutaient et les défenses de l’impératrice Téta illuminaient le firmament alors que les vaisseaux de guerre Sith pleuvaient littéralement du ciel. L’état du conseiller Jedi torturé inquiétait Fenn Vri’Trem qui doutait de réussir à le ramener jusqu’au vaisseau de commandement. L’essentiel consistait à récupérer les chasseurs et à rejoindre en orbite le détachement républicain ; la mission avait été remplie malgré ce demi-succès.


L’équipe formidable se rendit aux hangars d’Aarrba en ligne droite alors que les guerriers Krath rejoignaient les défenseurs de Téta. Un bombardement intensif pilonnait la zone portuaire pour préparer le débarquement massif des Massassi. Vri’Trem, le corps inanimé du conseiller Jedi dans les bras, s’avança vers la zone où leurs chasseurs étaient stationnés.
Vikky se renfrogna lorsqu’une limace ignoble se traîna en pleine lumière.

– Nous voilà dans l’obligation de vous quitter précipitamment, votre honneur ! salua le leader.


Le chevalier Pelo se positionna à la hauteur de Fenn pour poser une main sur le front du conseiller.

– Je vous en prie, articula le Hutt d’une voix grave. J’ai veillé sur vos vaisseaux d’une qualité remarquable.
– Un grand merci pour vos services.


Fenn jeta un coup d’œil interrogatif à San qui répondit négativement de la tête.

– Nous ferons notre possible, termina-t-il.

– Dépêchez-vous ! décréta Aarrba. Les Massassi envahissent la zone.


Ils montèrent dans les chasseurs et s’envolèrent en trombe pour soutenir l’effort antiaérien de défenseurs de Téta. Après ce qu’ils en avaient vu, ils avaient toute confiance dans les capacités des guerriers Krath pour combattre les envahisseurs sur le terrain. Un combat d’envergure se déroulait ici, d’autres auraient lieu et l’équipe formidable constituait l’ossature de la défense du joyau du noyau : Coruscant.

2. Vikky
 

La jeune fille fuyait. Sautant sur des toits, se glissant dans des ruelles sombres, traversant les rues à pleine vitesse, elle se démenait pour échapper à ses poursuivants. Agile, longiligne, musclée, l’esprit vif, la préadolescente enchaînait les mouvements fluides qui auraient fait pâlir de jalousie les gymnastes de la république galactique. Maîtrisant son souffle afin de faire durer son effort encore longtemps, son esprit calculait ses trajectoires pour que le gang adverse ne lui mette pas la main dessus.

La gamine accrut l’effort alors que son cerveau d’humaine saturait l’ensemble de l’organisme d’adrénaline et d’endorphine, luttant contre la douleur de ses muscles torturés. Elle avait depuis longtemps perdu de vu ses amis qui s’étaient éparpillés pour fuir plus efficacement. La jeune fille percevait les grognements de deux Besalisks hargneux qui perdaient lentement du terrain.

S’enhardissant à traverser une longue zone découverte mais obscure, elle entendit un blaster tonner dans son dos. La jeune fille se jeta entre deux maisons délabrées, se vautrant dans la boue alors que le laser grésillait sur un mur à la hauteur approximative de son torse. D’une roulade, elle se remit sur ses pieds. Frôlant un mur, ses jambes se dérobèrent sous elle. Ses genoux percutèrent le sol, éclaboussant son ventre de la boue collante, nauséabonde, froide. Celle-ci s’écoulait au centre des ruelles, charriant des immondices. Glissant sur quelques mètres, elle tendit la main droite, saisit une barre métallique et se redressa d’un seul mouvement. Pivotant sur elle-même, la jeune fille s’engouffra dans une autre ruelle alors qu’un des poursuivants s’engageait au coin. Levant son arme, il tira.

Ils la rattrapaient, mais elle courait bien avant que le trait d’énergie ne sortit du canon braqué. La jeune fille se dirigea à pleine vitesse vers le pied d’un des immenses bâtiments de duracier qui s’envolaient vers les cieux pour les griffer de leurs flèches aiguës, brillantes, effilées, magnifiques, mais inaccessibles pour une personne de sa condition sociale.

Elle repoussait l’échéance depuis de longues minutes. La jeune fille cherchait maintenant du regard un interstice pour se glisser dans les souterrains glauques qui évacuaient les déchets des riches habitants des tours. Son regard s’arrêta sur une grille cassée d’où émergeait une vapeur blanche qui transportait des odeurs méphitiques.

D’une pirouette d’une aisance remarquable, elle prit appui sur ses mains sales pour engager ses pieds les premiers dans la petite ouverture. La jeune fille se contorsionna pendant sa chute pour y glisser ses hanches étroites, contractant ses abdominaux asséchés pour redresser son corps, levant ses bras au-dessus de sa tête. Au niveau de sa poitrine qui se développait depuis peu, un morceau de tissu s’accrocha au métal, déchirant son vêtement. Au travers du trou béant, tout à chacun aurait pu admirer sa peau laiteuse qui n’apercevait jamais le soleil, s’émouvoir à la vue de ses côtes que l’on aurait pu compter à plusieurs pas de distance. La chute lui parut longue, mais elle se réceptionna souplement deux mètres plus bas. Les pieds s’enfoncèrent jusqu’à mi-mollets dans un liquide visqueux.

Plissant le nez, ses paupières s’étrécirent sur ses yeux d’un bleu vif pour distinguer quelque chose dans les égouts de la ville. Le souffle court, elle se remit en marche pour ne pas traîner là. Des voix gutturales résonnèrent au-dessus de sa tête. La jeune fille s’éloigna d’un pas léger. Ces grosses brutes ne la traqueraient pas ici. Ils n’arriveraient jamais à se faufiler par le trou de souris par lequel elle avait pris la fuite.

Secouant les cheveux blonds qu’elle portait juste sous les épaules, la jeune fille se dirigea, salie, épuisée, dans les égouts qui lui assuraient une protection bienvenue. Les quartiers pauvres de Metellos, la petite Coruscant, n’enviaient rien à sa grande sœur, cœur de la galaxie depuis la nuit des temps. Cela faisait un peu plus de quatorze ans que Vikky y survivait, parfaitement adaptée à cet environnement difficile. Elle redoutait bien plus le moment fatidique qui la verrait rentrer au foyer familial. L’ambiance de son refuge l’avait jetée dans les gangs qui écumaient les bas-fonds de l’immense planète industrielle.

Du haut de ses quatorze ans, Vikky avait vécu beaucoup de drames. La société l’obligeant à se battre sans cesse pour que personne ne lui prenne sa vie, dernière chose qu’elle possédait après avoir perdu toute fierté avec l’innocence de son enfance. Merci papa. Elle volait pour se payer quelque drogue, tuait parfois pour posséder des objets, se vendait de temps à autre au plus offrant pour obtenir quelque faveur, une protection, des avantages. Mais elle menait sa vie tambour battant, profitant de chaque instant de paix, distillant l’admiration dans le petit monde de la rue qui l’entourait. Rien ne l’effrayait, rien ne la touchait, son cœur de pierre témoignait de la rigidité de son âme.

L’amour avait disparu de sa vie huit ans auparavant lorsqu’elle avait vu mourir sa mère sous les coups d’une bande à leur propre domicile. Son père, ivre, comme à son habitude, n’avait pu que constater le décès de son épouse avant de se débarrasser du corps sans vie. Il lui reprochait encore qu’elle n’eut rien fait pour protéger leurs maigres possessions que les pillards avaient emmenées. Vikky avait élevé seule son petit frère, mort dans une rixe depuis lors. Elle ne rentrait au domicile familial qu’en de rares occasions. Une pauvre maison de tôle au toit rouge, comme nombre de celles qui reposaient à même le sol des bidonvilles au pied des griffe-ciel arrogants.

Son géniteur vivait maintenant avec une femelle hors monde, humanoïde mais génétiquement compatible. Cette chose lui avait fait vivre des moments difficiles, mais au moins l’intérêt de son père se portait ailleurs. Si elle réussissait à se glisser sans qu’il ne la voie, au moins échapperait-elle à ses remarques acides et empuanties d’alcool.

Vikky se déplaçait d’une démarche hésitante dans les souterrains envahis de déchets et de produits toxiques. La jeune fille finirait par trouver un accès pour remonter à l’air libre. Cela représentait toute sa vie. Une seule motivation lui permettait d’avancer encore et toujours. Dans quelques années, elle espérait croiser la route de personnes influentes pour réussir à monter plus haut vers les nuages, les dépasser, toucher des doigts le ciel mais elle ne moisirait pas ici. Elle en avait fait le serment à sa mère juste avant qu’elle ne rende son dernier souffle dans ses bras.

Vikky n’ignorait pas les regards concupiscents des mâles autour d’elle devant sa silhouette qui de semaines en semaines se parait d’une féminité nouvelle. La jeune fille savait en jouer, l’utiliser et s’attirer des faveurs. Cela nécessitait de donner parfois de son corps, elle n’en ressentait plus aucune douleur, prête à tout pour s’évader de ce monde pourri.


*******




Vikky se faufilait dans la ruelle sombre entre des murs minces de tôle ondulée. La jeune fille maîtrisait la nuit des bas-fonds de Metellos depuis bien trop d’années, s’y sentant parfaitement à son aise, dans son élément. Des cris surgissaient de certaines cahutes, des gifles tonnaient parfois, des meubles et de la vaisselle se brisaient dans d’autres. Les malheurs de la vie n’encourageaient pas le bonheur conjugal. Elle haïssait ces gens aux vies aussi chaotiques que la sienne.


La gamine tourna à droite dans une ruelle plus putride que celle qu’elle quittait. Au fond de ses yeux brillait une détermination qui ne lui avait pas autorisé d’expérimenter l’enfance. La vie l’avait moulée dans un carcan de dureté, elle ne connaissait rien d’autre et les nantis au-dessus de sa tête s’en moquaient éperdument.


Elle jeta un regard soupçonneux alentour avant de s’arrêter devant une nouvelle cabane froide qui se confondait avec les autres, identiques. Toutes sommeillaient au pied des griffe-ciel magnifiques. Rassurée, elle ouvrit une porte de métal pour se glisser à l’intérieur. Un brilleur souffreteux jetait une lumière diaphane sur une scène qui lui parut bien routinière.


Son père cuvait dans un canapé délabré qui empestait la sueur et la mauvaise humeur. A pas de loup, Vikky traversa la pièce commune. Surtout ne pas réveiller l’ours qui y dormait. Les yeux déjà habitués à l’obscurité, elle passa dans une autre pièce. Un grognement bestial l’arrêta. Une voix qui s’affermit la figea :


– Ma… demoiselle Kirioch ? Est-ce une heure pour rentrer à la maison ?


Elle ne répondit pas, immobile, espérant que le vieil ivrogne se rendormirait.


- D’où apparais-tu, ainsi crottée ? Encore en vadrouille avec tes acolytes d’un mauvais genre ! Ils conviennent bien à ta vie de mauvaise fille.


Une pointe d’orgueil la fit se retourner. Le gros porc qui lui servait de père s’était redressé, portant un goulot à ses lèvres histoire de finir la nuit. Elle répondit dans un souffle pour ne pas réveiller ses demi-frères et sœurs au sang mêlé :


– Je ne suis que ce que tu as fait de moi, papa ! Et ma vie ne t’intéresse plus depuis bien longtemps.
– Effrontée gamine ! Je suis encore celui qui subvient à tes besoins et te donne un toit.

– Tu appelles cela une maison ?


Il éructa bruyamment, soupirant d’aise avant de reprendre :

– Va donc nettoyer les souillures que tu ramènes d’on ne sait où.


La colère monta en elle comme une marée incontrôlable.


– Les premières t’appartenaient ! Tu m’as roulé dans la boue toi-même. Si je ne suis qu’une moins que rien à tes yeux tu ne peux t’en pr….

Il l’arrêta d’un geste impérieux, prêt à se lever pour la dérouiller.


– Disparais de ma vue ! Ne me parle pas comme cela, tu ne connais rien de la vie. Dégage !


Vikky tourna les talons pour se cacher dans l’ombre. Elle le craignait encore. Malgré l’alcool et le temps, elle savait qu’il pouvait mettre sa menace à exécution et qu’elle ne ferait pas forcément le poids. Le cœur battant, ravalant sa colère, elle quitta les vêtements puants qui lui collaient à la peau.

Dans l’ombre éclairée par les à-coups de la lampe défectueuse, elle attrapa un savon informe. Se postant au-dessus du trou dans le sol qui servait à l’évacuation de l’eau, Vikky se saisit de l’amphore qu’elle savait contenir un peu d’eau chaude. La tiédeur du liquide qui coula sur sa peau au grain fin la fit grimacer. L’eau moula ses formes à peine voluptueuses. Le froid fit se dresser les pointes immatures de ses seins en plein changement.


La jeune fille commença à se frictionner vigoureusement avec le savon. Dans leur sommeil, ses demi-sœurs contre nature se retournèrent. Elle entendit la plus âgée, six ans à peine, bougonner. Vikky n’en avait cure, nettoyant les immondices qu’elle ramenait des égouts tortueux de Metellos. Elle se rinça enfin, trouvant l’eau agréablement chaude dans la fraîcheur de la nuit.


Entièrement nue, des gouttes d’eau brillant sur sa peau redevenue blanche, Vikky se pencha auprès du bat-flanc qu’elle n’utilisait que rarement pour dormir. Pliée en deux, elle fouillait dans une pile de vêtement pour trouver de quoi se vêtir convenablement, elle ne vit pas arriver la menace. Elle n’y voyait presque rien dans les ombres projetées par l’unique brilleur de la maisonnée. Trop occupée, se moquant du bruit qui pourrait réveiller les enfants dont elle avait nettoyé les couches par le passé.

Une main calleuse et forte se plaqua dans le milieu de son dos. Vikky se maudit de ne pas avoir été plus prudente. Un corps mou se plaqua contre ses fesses dénudées. Les jambes tendues, elle tenta de plier les genoux pour lui échapper. Une main brutale se glissa sous son ventre pour la maintenir dans la position inconfortable avant d’attraper l’un de ses seins. Les cals au bout de ces doigts inquisiteurs et agressifs écorchèrent sa chair encore tendre.


– Tu es devenue une femme, souffla la voix de son père devenue rauque. Je vais te faire mériter ton toit. Il est temps que tu payes un peu. Comme tu sais si bien le faire !

– Lâche-moi, gros porc ! tenta-t-elle pour le mettre en colère.


Un ricanement alcoolisé accueillit ses tentatives pour s’échapper. Quelque chose se dressa entre ses fesses et elle ne savait que trop bien de quoi il s’agissait.



******


Vikky gémissait doucement sur sa couche retournée et en désordre, les yeux secs, le corps brisé par la douleur et la honte. La souffrance physique ne représentait rien en comparaison de l’obscène froideur qui envahissait son âme. Elle s’échinait pourtant à éviter cette situation depuis de nombreuses années. Pourquoi ce soir, alors qu’elle venait d’échapper à la mort ? Avait-elle manqué de jugement ? Insulter son père ne lui rapportait que ce genre d’ennui. Son corps mettrait plusieurs jours pour récupérer du blasphème, question d’habitude.


Dans sa solitude amère, quelque chose se matérialisa contre elle. Sursautant, Vikky tenta de repousser la présence menaçante après ce qu’elle venait de subir. Tentant de se faufiler contre elle, la fillette pleurait à chaudes larmes, étrangère avec sa peau bleutée, ses oreilles aux multiples lobes et son système pileux inexistant. Copie conforme de la détestable belle-mère de Vikky.


– Ce n’est que moi, chuchota la fillette dans un basic déformé. Je ne te veux pas de mal, juste te réconforter.

La fillette de six ans devait avoir tout vu de l’atrocité de son père humain. Cela renforça la rancœur de Vikky vis-à-vis de son géniteur. Sa petite sœur se glissa tout contre elle pour la prendre dans ses bras maigres. Sa chemise de nuit élimée se colla contre l’intérieur humide de ses cuisses. Vikky voulut s’écarter mais l’autre chuchota des mots d’apaisement, déjà tellement adulte. Elle la berça tout contre elle, calmant son cœur détruit.

– Metilla, chuchota enfin Vikky.


L’adolescente caressait le crâne lisse de l’enfant avec qui elle possédait bien plus de points communs qu’il n’y paraissait.

– Metilla ! Je te fais la promesse de revenir un jour. Je te libérerai de la présence infernale qui va te pourrir autant que moi.

– Ne pars pas, souffla la fillette.


Elle se serra un peu plus contre Vikky.

– Si ! Je ne peux plus vivre dans ces conditions.

– Mais moi, je t’aime !


Vikky serra sa sœur tremblante d’appréhension qu’elle découvrait dans l’adversité contre son buste dénudé, bleui par les coups.

– Je n’ai rien fait pour mériter ces nobles sentiments. Tu dois être la seule à en éprouver pour moi, fit Vikky en haussant les épaules. C’est peut-être un peu tard, mais je ne l’oublierai pas.

– Tu t’es bien occupée de nous alors que cela t’embêtait.

– Je me suis soustraite à ces devoirs dès que j’ai pu le faire. Je t’ai… Je vous ai laissées seules face à cette brute immonde qui se réclame notre père. Je ne vous ai jamais accordés plus que mon aide lorsque l’on ne m’en laissait pas le choix. Mais j’aurais sûrement gagné à te connaître un peu, petite sœur – elle vit une larme couler sur la joie inhumaine – garde précieusement une petite part d’amour au fond de ton cœur. Ne fais pas la même erreur que moi. Sois forte parce que je te fais la promesse de revenir un jour et d’alléger ta peine.

– Je veux rester avec toi. Emmène-moi !


Le cri chuchoté, à peine articulé, tonna aux tréfonds de l’âme de Vikky. Elle raisonna la pauvre gamine, tout en gardant à l’esprit que Metilla souffrirait encore pendant bien des années :

- Lorsque tu grandiras, tu comprendras pourquoi je ne peux te kidnapper. Mais je t’en supplie, garde l’espoir.

Metilla pleura à chaudes larmes contre son épaule.

– Il faut que je rassemble mes affaires et que je parte avant qu’il ne se réveille. Sinon, il m’en empêchera. Il me tuera si nécessaire.


La fillette desserra son étreinte, libérant sa grande sœur à regret.

– Je pourrai prendre ton lit. – Vikky se figea – Pour ne pas oublier ta promesse et garder l’espoir.

L’adolescente eut voulu se lever et conjurer le sort en plongeant une lame dans le cœur de ce père honni. Mais elle ne put s’y résoudre. Dans la douleur, Vikky prit conscience que les enfants, encore trop jeunes, ne pourraient pas se débrouiller sans sa protection despotique. Elle imaginait que de chaque angle du quartier des bêtes affamées d’apparence humanoïde surgiraient pour se repaitre des pauvres restes. Vikky ne rêvait que de liberté et ne pourrait pas subvenir à leurs besoins. Elle préférait fuir.

– Oh que oui. Et comme ça je saurai où te trouver lorsque je reviendrai pour tous vous venger !

Ses paroles vibrèrent dans sa gorge d’accents d’une dureté encore jamais atteinte. Une haine sans limite écrasa les derniers vestiges de sentiments en elle. Vikky ignorait que plusieurs années passeraient avant qu’elle ne puisse assouvir sa vengeance et qu’un jour d’autres cieux s’ouvriraient à elle. Ce furent les derniers mots qu’elle prononça dans ce taudis qui avait été dans un lointain passé son foyer sous la gouvernance de sa mère à jamais disparue.



******

Un an et demi plus tard.


Vikky Kirioch attendait dans le noir. La jeune femme avait revêtu sa combinaison noire. Moulée à l’extrême, aucun morceau de tissu ne pouvait s’accrocher nulle part. Sa poitrine devenue opulente ne tressautait pas, quel que soit le rythme de sa course. Plusieurs membres du gang se partageaient le petit rebord de permabéton, attendant qu’un véhicule pris dans l’intense circulation au-dessus de leurs têtes se pose par mégarde à leur portée. Elle se trouvait juste derrière leur chef équipé d’un fusil sonique. Cachés dans l’ombre, ils savaient que le moment de l’action viendrait à eux.

Bred Natty lui jeta un regard de braise où couvait un violent désir. Ils se jetèrent un sourire complice, surplombant le vide. L’humain, habillé de noir, visa un airspeeder de facture récente au prix exorbitant qui venait vers leur position. Silencieux, leur groupe patientait. L’action démarrerait bientôt. Ses oripeaux dorés, témoins de sa qualité, cliquetèrent alors qu’il pressait la détente. L’onde de choc traversa l’air de la nuit avant de frapper le bolide volant.


L’engin décrivit aussitôt une série de lacets, tangua dangereusement avant de piquer du nez. Le pilote se dirigea aussitôt vers l’accueillant promontoire contigu à leur position. Le stress monta d’un cran malgré l’habitude. Tous se préparèrent à l’action.


Coupant ses suspenseurs, leur cible percuta brutalement le duracier. Ils attendirent qu’il stoppe complètement avant qu’un petit Bothan ouvre sa porte et commence son inspection.


Tel des mauvais génies sortis d’une lampe, ils se matérialisèrent autour de lui.

– Qu’est-ce que… ? eut tout juste le temps de dire l’homme.


Vikky le fit taire d’un coup de poing en plein visage alors que leurs hommes ouvraient la porte côté passager. Une femme hurla, des enfants pleurèrent en criant après leurs parents. Les membres du gang sourirent devant la frayeur qu’ils inspiraient.


Un tir de mini blaster s’écrasa contre un mur alors que Vikky entrait par l’autre côté pour prendre tout ce qu’elle trouverait. La passagère possédait une arme, ce qui la surprit de prime abord. Elle n’écouta même pas les cris des enfants, négligeant jusqu’à leur présence.


La femme, attrapée par les cheveux, fut arrachée de son siège. « Trop classe la caisse », pensa la jeune femme. « Dommage qu’elle soit inutilisable. » Une fois débarrassée de son arme, les hommes à l’extérieur la trainèrent sur le surplomb, tirant sur ses vêtements, ses cheveux. Elle cria encore, une gifle tonitruante lui cloua le bec.


Explorant l’intérieur du véhicule, Vikky ne perdit pas de temps, ramassant tout ce qui semblait avoir de la valeur, sac à main, jouets, communicateurs. Son œil expert ne laissait rien passer.


Le conducteur, à genoux, encaissait des coups à répétition. Sa femme sanglotait devant lui, recroquevillée sur le sol. Il ne tarderait pas à donner les codes de ses cartes de crédit, les numéros de compte, tout ce dont ils avaient besoin.

– Vos gueules les mioches, ou je vais vous faire très mal, hurla-t-elle aux deux petits Bothans devant elle.

Ils se turent aussitôt, pleurant à qui mieux mieux.

– Allez, cria son amant dehors, t’es blindé de fric, sale Bothan. On le sait alors fais ce que l’on te dit.

L’individu résistait, recevant des coups provenant de plusieurs endroits, incapable de les parer ou de se défendre.

– Très bien, tu l’auras voulu, mes hommes vont s’occuper de ta compagne.

La femme cria de nouveau en recevant les premiers coups de pieds. Des vêtements se déchirèrent. Le mâle supplia une clémence qui ne viendrait pas.

– Fais ce que je t’ordonne depuis tout à l’heure.


L’homme commença alors à débiter des chiffres, des noms, au milieu de ses gémissements, apeurés.
– Laissez-nous, maintenant vous nous avez tout pris, implora-t-il de nouveau.

– Je crois pas, fit Bred devant lui, menaçant.


Il appuya sa botte au milieu du torse du Bothan avec un sourire sadique aux lèvres. Il poussa violemment. Le conducteur roula sur le sol, se retenant in extremis au rebord coupant. La femme hurla encore alors que Bred envoyait un coup de pied titanesque dans les côtes du pauvre sacrifié. Ensuite, le chef de la bande ordonna :

– Faites-la taire !


Leur proie bascula dans le vide en beuglant. Une bonne centaine de mètres le séparait du sol. Les hommes bâillonnèrent la femelle. Vikky ne se faisait plus d’idées, ils prendraient du plaisir avec avant de la laisser agonisante. Elle s’étonnait toujours de leur capacité à profiter de toutes les espèces… Ou presque.

Sans prévenir et ce qui n’était pas commun, un véhicule s’arrêta au-dessus d’eux. Une voix assurée résonna :

– Laissez-les ! s’exclama l’homme en basic, très certainement un humain.

– Qui t’es toi ? questionna leur chef en dégainant son blaster.


Un grésillement et une lumière vive lui répondirent mieux que des mots. Bred tira à plusieurs reprises. Des membres de leur groupe s’effondrèrent comme par magie.

– Dispersez-vous ! fit le Jedi. Une patrouille de police ne va pas tarder à arriver.

– J’en fais mon affaire, monsieur le redresseur de torts, dit Bred.


Dans un froissement de cape, l’homme sauta de son airspeeder et atterrit contre le mur. Vikky se dépêcha de quitter le véhicule en toute hâte pour se cacher derrière.

– Alors je vous en empêcherai moi-même.

– Attrapez-le ! rugit le chef.


Comme un seul homme, les soudards se jetèrent sur le Jedi. D’un saut étonnant, il pirouetta par-dessus la menace. Des gyrophares éclairèrent la scène, jetant des ombres bleutés. Retombant juste en face de Bred, la lame décrivit un arc de cercle, coupant la main armée. Hurlant de douleur en se tenant le bras droit, il se précipita sur le Jedi pour tenter de faire basculer avec lui.

Le trouble-fête fit un pas chassé et en profita pour faucher les deux pieds de Bred par la même occasion. Projeté en l’air, il atterrit sur une aile du véhicule immobilisé. Les cervicales craquèrent lugubrement avant qu’il ne s’effondre.


Sans aucun remords, sans même une once de peine, Vikky décida qu’il était grand temps qu’elle lui fausse compagnie. D’un mouvement félin, elle se retourna pour s’enfuir, les bras chargés de ses trouvailles.
– Police, halte !


Ils ne la rattraperaient pas comme ça. Le Jedi, sabre laser éteint, s’était jeté sur les autres membres du gang, les mettant rapidement à terre. Alors que la police débarquait en masse sur le ponton, Vikky passa en trombe l’angle d’un mur. Faisant jouer son équilibre, elle se précipita sur une fine corniche. Elle disposait à peine de la place pour mettre ses deux pieds côte à côte.

– Stop ! hurla un flic dans son dos peu désireux de s’élancer dans l’étroit passage.


Un autre ponton saillait un peu plus bas, sur la paroi de l’immeuble. Vikky ouvrit les bras, ses possessions dégringolèrent. D’une terrible détente, elle se jeta dans le vide et retomba sur les coudes.

Quelques mots furent échangés sur la plate-forme, alors que d’une simple traction la jeune femme se rétablissait sur l’avancée de duracier. Elle reprit sa course pour s’abriter derrière un autre angle de l’immeuble. Ils étaient bien capables de lui tirer dessus.


Quelque chose retomba dans un souffle derrière elle. Vikky eut un instant de frayeur, personne n’osait jamais la suivre lorsqu’elle s’engageait dans ses acrobaties. Malgré tout, elle prenait beaucoup de risques pour assurer sa fuite et elle ne voyait pas comment un homme pouvait lui emboîter le pas aussi aisément.


Sur un immeuble en face, dominant une ruelle au fond de laquelle Vikky aperçut des toits rouges de tôle ondulée grâce aux lumières qui tombaient des sommets des immeubles, une barre de duracier dépassait au-dessus d’une ouverture. Si elle la ratait, c’était la mort assurée au milieu des quartiers qu’elle détestait le plus au monde.


Sans même risquer un regard vers son poursuivant, la jeune femme prit trois pas d’élan et se jeta dans le vide. Elle quittait à peine la façade de l’immeuble que, dans son dos, quelque chose effleura sa seconde peau. Les sensations exacerbées que lui procurait le vêtement la surprenaient toujours. Le vent siffla autour de son corps. Elle traversa l’espace comme au ralenti. Vikky voyait parfaitement sa trajectoire, la barre qui se rapprochait et le boyau qui s’ouvrait, béant dans la face de l’immeuble. La jeune femme réussirait, ou mourrait.


Soudain, ses mains empoignèrent le morceau de métal froid. La libération ne tarderait pas, la fuite, la survie aussi. Se servant de son corps comme d’un pendule, tous ses muscles contractés, elle opéra un rétablissement vigoureux.


Quelque chose se déchira dans un bruit de tôle froissée. Le duracier céda, la barre plia, lui faisant perdre plusieurs dizaines de centimètres. Trop tard, elle se laissa tomber vers le trou béant. Seul le bout de ses doigts accrocha le bord métallique. Ils se déchirèrent à son contact froid et acéré. Vikky leva les yeux, désespérée de voir la chance la quitter. Jamais elle ne reviendrait pour venger sa sœur et son orgueil blessé des mauvais traitements de son géniteur.


Suspendue ainsi pendant plusieurs secondes, elle sut que ses muscles soumis à rude épreuve ne supporteraient pas l’effort. Une ombre noire apparut au-dessus d’elle. Une peur atavique étreignit son cœur, manquant de lui faire lâcher prise. Un Jedi ! Il l’avait suivie jusqu’ici. Des larmes de rage s’accumulèrent au coin de ses yeux.

Sombre dans la nuit, il se baissa d’un mouvement souple, attrapant ses poignets tremblants. Sans effort apparent, il la hissa dans l’abri qu’elle convoitait. La capuche rejetée en arrière lui permit de voir son sourire alors qu’il affirmait :

– Vous êtes ma prisonnière maintenant ! Je suis le maître Blâm Tio. Ne tentez plus de prendre la fuite. Vous risqueriez de vous rompre le cou malgré vos capacités hors du commun et la chance qui vous caractérise.


Elle perçut un grand respect dans l’intonation de sa voix. Vikky en fut émue aux larmes, jamais personne ne s’était adressé à elle ainsi. Une petite voix chuchota au fond de son esprit que ce Jedi représenterait une chance inestimable pour elle. La jeune femme suivait toujours ses instincts. A souffle perdu, elle dit :

– Vikky Kirioch ! Je ne peux plus vous échapper maintenant. Allez-vous me donner à la police ?

– Des compromis sont toujours possibles. Je ferai jouer mon influence, nous verrons bien. Mais je ne vous laisserai plus vivre de menus larcins.


Son airspeeder se posta à leur hauteur, comme mu par la pensée. Une voix humaine en sortit, sans se montrer plus inquiète que cela :

–- Maître Tio, vous allez bien ? J’ai craint un instant de ne pouvoir vous retrouver aisément dans les bidonvilles des bas quartiers.


Le Jedi haussa les épaules, se redressant enfin. Vikky effondrée à ses pieds.

– Tout va bien, San ! Nous allons tout d’abord nous rendre au poste de police avant de reprendre nos tâches.

Il attrapa sa prisonnière en la ménageant. Le Jedi usa de peu de force et de beaucoup de persuasion. Vikky se voyait comme en rêve, suivant les deux hommes vers la prison qui ne manquerait pas de l’étouffer à vie. Les services de police ne la connaissait que trop bien et ils n’étaient pas tendres avec la racaille. Au moins pouvait-elle espérer survivre, au contraire de son dernier amant.

*******



Vikky n’avait pas revu les autres membres du gang. Les policiers les séparaient toujours pour qu’ils ne puissent pas se concerter avant les interrogatoires. Elle attendait son tour.


Ils l’avaient parquée dans une grande cage de grillage avec une bonne dizaine de personnes d’espèces différentes. Des prostitués des deux sexes la regardaient d’un drôle d’air moulée dans sa combinaison noire, des alcooliques et des voleurs comme elle. Une forte odeur se dégageait de tous ces corps dans l’espace exiguë. D’un regard froid, hautain, agressif, elle s’imposait au centre de la geôle, défiant quiconque de lui chercher des noises.


Un Gamorréen semblait s’ériger en meneur, représentant une force physique pour le moins évidente. Il sentait sûrement qu’elle lui disputait sa place, il s’approcha en grognant. Habituée aux rapports de force, elle comprit aussitôt de quoi il retournait et elle s’exclama dans le brouhaha ambiant :

– Je ne resterai pas longtemps et je n’ai aucune envie de me battre.


L’autre s’arrêta un instant pour réfléchir. Les secondes passèrent lentement, puis, après avoir oublié qu’elle lui avait parlé, il marcha de nouveau vers elle, menaçant. D’un geste brusque, le Gamorréen tenta de la saisir à bras-le-corps mais Vikky se dématérialisa. A plat dos, la jeune femme réalisa un vicieux ciseau avec ses jambes, utilisant toute la puissance qu’elle put. Son adversaire tomba lourdement sur le sol. D’une roulade, elle le domina et abattit son poing fermé en plein milieu du large front brun. Une intense douleur remonta de sa main jusque dans son épaule. Elle espéra ne pas s’être brisé la main. Elle fut debout avant même que les autres prisonniers n’aient repris leur souffle.

Personne ne contesta sa victoire, détournant les yeux. Le Gamorréen resta sur le sol, inconscient. L’échauffourée n’attira pas l’attention de leurs gardiens, ce dont elle se félicita. Sans le montrer, Vikky joua de ses doigts pour constater le bon fonctionnement de sa main gauche encore douloureuse.

*******




Une bonne heure passa ainsi avant que les policiers ne se montrent de nouveau.

– Kirioch !


Elle se leva pour se diriger vers la porte d’une démarche féline. Ils ouvrirent la cage au moment même où Vikky se plantait devant la porte. Une vague traversa les prisonniers, l’envie de s’enfuir était palpable. La jeune femme soupira en quittant ses codétenus. Un policier l’attrapa par l’épaule pendant qu’un autre la tenait en joue avec un blaster, les deux suivants braquaient des fusils rutilants vers la porte. Personne ne pipa mot, une bavure arrivait si vite.


Un inspecteur et quelques gardes l’attendaient dans une salle d’interrogatoire, dont tout un pan de mur se couvrait d’une vitre sans tain. Le policier qui la tenait ne lui laissa pas d’autre choix que de s’asseoir devant la table métallique dépouillée qui trônait au milieu. Il glissait régulièrement des regards sur sa silhouette, avantagée par sa seconde peau. Le chef du gang la lui faisait souvent revêtir avant de la caresser. Les hommes adoraient la voir ainsi vêtue. Son geôlier recula de trois pas, attentif.

– Association de malfaiteurs, commença l’inspecteur d’une voix basse et chaude, vols en réunion, trafics divers et variés, délits de fuite, coups et blessures, et enfin meurtre.


Le flic se rapprocha et assit une de ses fesses sur la table, décontracté. Vikky ne leva même pas les yeux sur lui, regardant fixement devant elle.


– Tu vas en prendre pour un bon bout de temps, la demoiselle. Et de préférence sur une planète éloignée, désolée, et bien surveillée. Tes anciens amis sont tombés dans nos filets et nous ont fait quelques révélations.


Il marqua un temps d’arrêt pour épier ses réactions. Déçu, l’inspecteur reprit :

– Essentiellement que tu étais le numéro deux du gang des Anges Noirs et que tu fricotais avec celui qui se trouvait à sa tête. A ton âge, tu n’as pas honte ?

– Si vous avez réussi à leur faire dire cela, alors je ne pourrai pas vous en dire plus.

Déterminée, elle soutint son regard, glaciale.

– Nous pourrions t’extirper des aveux par la force, dit-il en jetant un regard au policier dans son dos.

Sans prévenir, une énorme main gantée de cuir s’abattit derrière sa nuque. Ses dents s’entrechoquèrent et ce fut un coup de chance qu’elle ne se coupât pas la langue. Des étoiles tournoyèrent devant ses yeux.

– Voici de bien étranges manières, dit Vikky à moitié sonnée.



Elle sursauta en attendant le rire de l’inspecteur.

– Et la chose a de l’humour en plus, répondit-il. Mais cela ne te sauvera pas devant un tribunal avec un avocat commis d’office débordé que tu n’auras même pas les moyens de t’offrir.

Face à son silence, il continua :

– Tu as encore la possibilité de coopérer.


Il se leva brusquement pour avancer vers elle. Vikky se contint pour ne pas exprimer la peur qui lui étreignit la gorge. Il se saisit vivement de son visage, ses doigts s’enfonçant dans ses joues jusqu’à se faufiler entre ses dents. L’inspecteur releva son adorable frimousse encadrée de cheveux blonds plaqués sur son crâne et retenus en chignon, pour la forcer à le regarder directement dans ses yeux aussi noirs que des puits sans fond. Elle comprenait mieux pourquoi les autres avaient parlé.

– J’ai le pouvoir de te briser ! – Des secondes s’égrenèrent d’une lutte silencieuse entre les deux protagonistes – Réfléchis bien à tout cela. Si tu ne veux pas parler, quelqu’un viendra te chercher et un long calvaire commencera pour toi.


L’inspecteur lui rejeta dédaigneusement la tête en arrière avant de la lâcher. Ses joues lui picotèrent, les dents douloureuses. L’air de rien, elle défit sa coiffure, ses cheveux dorés se répandirent sur ses épaules, les ébouriffant de sa main pour leur faire reprendre une jolie forme. Ils tranchèrent sur sa tenue sombre comme la nuit, lui descendant jusqu’au milieu du dos. Les yeux des policiers brillèrent dans la pièce chichement éclairée. L’inspecteur ricana, moqueur.

– Tes méthodes de prostituée ne marcheront pas avec moi.


Il lui tourna le dos alors qu’elle s’empourprait de l’insulte. Vikky lui ferait payer, mais elle ne pouvait bouger de son siège sans y perdre la vie. Une demi-vérité ne valait pas le coup de prendre tant de risques, même si elle ne doutait pas de pouvoir le tuer dans l’instant. Tous les hommes quittèrent la pièce, les policiers lui jetant des regards concupiscents. Ils n’avaient aucun pouvoir et ne l’intéressaient pas.


Des heures passèrent. Vikky Kirioch eut tout son temps pour réfléchir. A sa vie, qui lui convenait. A sa famille recomposée et haïe, que contrainte, elle abandonnait une nouvelle fois. A cette vengeance, qu’elle ne pourrait certainement pas mener à son terme. A cette promesse, que finalement elle ne tiendrait pas. Jamais elle ne donnerait des informations à des flics, jamais. Plutôt mourir.


*******



Ses pensées allaient encore bon train lorsque la porte s’ouvrit de nouveau. Elle en resta pantoise. La capuche relevée, un Jedi entra dans la salle d’interrogatoire. Vêtu presque entièrement de blanc, un deuxième le suivit avant de refermer délicatement la porte blindée de duracier derrière lui.

Quelque chose hurla en elle. Ces deux hommes lui extirperaient tous ses secrets avant même qu’elle n’ait conscience de parler. Vikky en avait vu les capacités à l’œuvre et des ouï-dire se rappelèrent à sa mémoire. La jeune femme en expérimentait encore la puissance puisque c’était l’un des leur qui l’avait amenée ici.

– Nous nous connaissons déjà, fit le premier à être entré.


Vikky sut aussitôt de qui il s’agissait. La voix caressait les oreilles, fluide et sans à-coups, elle abritait une grande force et un contrôle absolu. La frayeur ne quittait plus Vikky malgré les vibrations de calme qu’elle ressentait. Il rabattit sa capuche d’un mouvement parfaitement maîtrisé, presque beau. La jeune femme en oublia ses charmes qu’elle étalait devant tous les hommes. Des yeux d’un bleu très foncé la sondèrent. Des rides d’expression à peine marquées masquaient son âge, trahi par ses cheveux bruns veinés de blanc. Il lui inspirait la confiance mais elle ne se détendit pas pour autant.

– Je suis le maître Blâm Tio. Et je viens te chercher pour te ramener au Temple. J’ai eu un aperçu de tes capacités et si tu abandonnes tes anciens démons tu pourrais servir l’Ordre. Ne penses pas t’échapper, je t’offre de quitter une vie pénible pour une autre un peu plus confortable. Tu auras une vie toujours trépidante, parfois dangereuse, mais nous t’enseignerons comme mettre tes forces au service du bien. Tu quitteras la fange qui t’a vu naître pour croiser en haut des buildings et remplir des missions pour nous qui te conduiront de mondes en mondes

– Je suis seule juge de mon confort, répondit-elle.

 

Il lui offrait tout bonnement de réaliser ses rêves d’enfant. Méfiante, Vikky ne croyait rien de ce que racontait cet homme enjôleur. Mais le plus important consistait à sortir d’ici au plus vite, avant que les policiers ne comprennent pourquoi le Jedi se trouvait ici.

– Tente l’expérience, insista-t-il. Tu seras libre d’aller croupir dans une geôle dès que tu en émettras le souhait. Mais nous avons besoin de combattants comme toi pour servir la justice et la liberté dans la république galactique.


– Je me moque bien de tous ces gens, martela-t-elle d’une voix odieuse.


Le deuxième Jedi, toujours en retrait et caché derrière sa bure blanche, fit mine de s’avancer. Une main impérieuse mais douce du maître se leva pour l’arrêter.


– Je suis prête à vous suivre, si le prix n’en est pas trop élevé.

– Il n’excédera pas ce que tu es prête à donner, promit-il.

– J’aurai ma liberté ?

– Lorsque tu auras gagné notre confiance par tes actes et tes pensées.


Lisait-il dans son esprit ? Un doute la submergea. Vikky arrêta le flot de ses conjectures silencieuses dans l’espoir de les masquer. La jeune femme remarqua l’étonnement dans le regard du maître Jedi. Elle avait vu juste.


Le deal lui paraissait équitable. Vikky se leva enfin et hocha la tête dans leur direction. Elle ne sentit pas leurs regards la déshabiller, elle ne remarqua aucun désir bestial dans leurs yeux. Un peu déstabilisée, elle avança de quelques pas vers eux, balançant sa blonde chevelure.

Ils tournèrent les talons, ouvrirent la porte et elle les suivit vers des horizons qu’elle n’avait encore jamais contemplés. La vie était pleine de surprises. Vikky savait qu’elle jouerait le jeu, même si elle n’en connaissait pas encore les règles.

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