Je ne suis pas (encore) mort !
Je suis encore là, passablement pris, non plus par les cours qui sont finis depuis une petite semaine mais par de multiples sorties, sans compter un boulot d'été qui se peaufine.
Et j'ai avancé dans l'Eclosion ! Si, si, si !
Alors je sais, ça va faire mille ans que j'ai tout lâché, période où tout le monde s'est mis à faire des MAJ, sans compter les nouveaux auteurs. Sachez que je lis même si j'ai jamais une heure devant moi bien pour bien commer correctement
Mais trève de bavardage, v'là la bête :
Un seul chef, un seul peuple signifie un seul maître et des millions d’esclaves
A.Camus
Chapitre cinq
Il faisait froid dans cette salle d'interrogatoire. C'était un bon moyen de torture psychologique supplémentaire : il suffisait de bringuebaler le prisonnier dans une salle surchauffée puis dans une autre glacée pour briser un peu plus son esprit. Ce n'était qu'un détail mais ce petit rien ajouté à la multitude de tortures déja subies formait très rapidement un tout gigantesque. Cela dit, il faisait vraiment froid, tellement que je me surpris à frotter mes mains l'une contre l'autre dans l'espoir de les réchauffer. Voyant que ça n'aboutissait à rien, je fis un signe à un maton d’amener la température de la pièce à un niveau plus acceptable pour un être humain.
J'étais assis sur une chaise en bois poli, inhabituellement soignée dans une pièce aussi sinistre. Les murs de parabétons étaient dévorés par la rouille et les moisissures. L'unique rai de lumière filtrait d'un minuscule vasistas situé tout en haut de la pièce, comme hors de portée des personnes présentes. Des volutes de poussières dansaient dans la pièce, comme accomplissant une sorte de ballet obéissant aux ordres d'un chef d'orchestre invisible.
Devant moi, maintenu sur un tabouret rivé au sol par électromagnétisme, le prisonnier que j'avais fait tirer des geôles obscures du BSI me regardait d'un air calme, comme s'il se moquait du sang qui collait ses cheveux en touffes compactes ou les multiples bleus et écorchures qui parsemaient son visage. Il n'y avait plus grand chose de commun avec l'holoportrait qui figurait sur l'avis de recherche placardé à travers toute la galaxie à l'exception d'un petit quelque chose dans le regard, comme une détermination qui ne faiblirait pas, quoiqu'on fasse subir à son corps.
Je croisai les bras et déclarai d'un ton compatissant :
_Sachez que je suis navré que les choses se soient passées ainsi. Si mes hommes m'avaient prévenu plus tôt que le légendaire Jlei Namoun était tombé entre nos mains, j'aurais tout fait pour venir vous voir sans qu'on touche à un seul de vos cheveux.
Le rebelle eut un petit rire exhibant ainsi sa dentition désormais incomplète :
_Vous inquiétez pas, je sais ce que c'est que l'administration. J'ai été sénateur après tout.
C'est vrai, j'avais presque oublié qu'avant de devenir Xam, l'homme de confiance de Bel Iblis, l'homme avait été un petit sénateur bon teint, qui s'était toujours battu pour les droits des Chantiers Navals de Kuat et de la suprématie des barons sur leur peuple. Etrange parcours.
_Monsieur Namoun, j'ai une question, demandais-je franchement. J'ai du mal à comprendre : qu'un ouvrier, un paysan ou un obscur fonctionnaire en mal de gloire veuille donner un sens coloré à sa petite vie terne et s'excite pour une certaine forme d'aventure en ralliant les Rebelles, je peux l'admettre. Qu'une personne qui estime que l'Empire lui a fait du mal à lui ou à son monde natal décide de se venger et de prendre les armes, comme un Ackbar, je peux aussi faire un effort et considérer ce choix comme acceptable du point de vue de la raison. Mais dans votre cas, je dois bien admettre que c'est un mystère total. Vous étiez un élu kuatien, respecté de vos pairs, aimé de vos administrés avec un salaire confortable et une jolie petite famille. Pourquoi avoir tout gâché en rejoignant les terroristes ?
_Parce que vous croyez que rejoindre l'Alliance c'est tout gâcher ?
Amusé, j'embrassais rapidement le décor de la main :
_Et bien vous avez été traqué sur toute la galaxie, capturé, torturé, vous serez jugé et probablement exécuté. Ce n'est pas du gâchis pour vous ?
Il gloussa. J'avais beau savoir d'expérience que les prisonniers utilisaient l'humour ou le second degré comme catharsis, c'était toujours surprenant à constater de vive vue.
_Je pourrais vous retourner la question monsieur le Délégué...vous demander si diriger le COMPORN quand on était un brillant étudiant en droit, ce n'est pas aussi finalement du gâchis. Mais rassurez-vous, j'ai quitté la politique depuis quelques années. Les petites phrases, c'est plus mon genre.
Il passa une langue fatiguée sur ses lèvres craquelées et écaillées de sang.
_Pour répondre à votre question, oui, j'aurais pu rester posé à la rotonde du Sénat, à graisser un peu la patte aux officiels pour le bien de ma planète et à profiter de la vie. Mais quelque chose s'est déclenché la dedans, déclara t-il en apposant son index sur son crâne. Un déclic, une révélation, appelez ça comme vous voulez. Après Ghorman, quand Tarkin a fait écraser son vaisseau sur le sitting pacifiste, j'ai commencé à sérieusement douter du bien fondé du régime. A me demander si je n'aurais pas mieux fait de me couper la main le jour où j'ai voté pour l'Empire.
_Et vous avez finalement choisi la lutte armée ?
_Quand j'ai compris que le Sénat n'était plus bon qu'à courber le dos et à obéir à votre organisation, monsieur le Délégué, j'ai effectivement décidé de passer à un mode d'action plus radical, c'est vrai. Au fond, je n'ai fait qu'appliquer l'article 3.5 de la Constitution Galactique : "Quand l'Etat viole les droits des citoyens, l'insurrection est pour les citoyens, le plus sacré des droits..."
_"...et le plus indispensable des devoirs", je sais. Sauf que l'article en question, ainsi que la Constitution toute entière sont considérés comme caducs, depuis la Déclaration de l'Ordre Nouveau.
Il leva les yeux au ciel avant de me fixer avec un certain mépris :
_Jouer sur les textes de lois...vous êtes le stéréotype même de ce que je hais dans l'Empire, Nexhrn. Pas le soldat mais le salopard de bureaucrate.
_C'est pas en me provoquant que vous allez alléger votre peine, lui fis-je remarquer.
_Alléger ma peine ? répéta t-il dans une sorte de hoquet nerveux. Vous croyez vraiment que je veux passer le reste de ma vie sur Kessel ou dans un vaisseau-prison ?
_C'est le choix que font la plupart de vos camarades, lui fis-je noter. Choisir la vie plutôt que la mort. C'est tout à fait honorable.
_Nous n'avons pas la même définition de l'honneur alors...
Je passai fugacement ma main sur mon visage. A la réflexion, j'aurais dû laisser le BSI se charger un peu plus de Namoun. Je commençais à me lasser sérieusement de la bravade de certains prisonniers.
_Je vais être direct avec vous, lui exposais-je d'un ton sec. L'Alliance vient de se faire écraser sur Hoth. Nous avons détruit la moitié de vos transports. Vos pertes sont incalculables et le propre fils de Mon Mothma, Jobin, est tombé face à nos snowtroopers. Et maintenant, vous, un des principaux chefs de l'armée secrète des Rebelles, êtes entre les mains de l'Empire. La fin de la guerre est proche. Et nous allons gagner. Et attendant, vous, vous allez mourir. Je peux faire en sorte que ce soit rapide et sans douleur ou que ça prenne trois vies de neti pour vous voir y passer. En souffrant jusqu'à en être malade à chaque seconde de chaque minute que ça durera. Peut-être même que j'ordonnerais de faire la même chose à votre femme et à vos enfants.
Pour la première fois depuis le début de notre entretien, le visage du rebelle pâlit et prit un air sérieux.
_Vous ne feriez pas ça.
_Vous n'imaginez pas tout ce que je peux faire ou ne pas faire. Au COMPORN j'ai plus de pouvoir que Palpatine lui-même.
Je croisai les mains et fis craquer mes jointures.
_Donnez à mes hommes les renseignements qu'ils veulent et on épargnera les vôtres. Ca me semble un marché plutôt correct, vous ne trouvez pas ?
_Vous menaçez ma famille...et dire que vous me demandiez pourquoi j'ai choisi l'Alliance...
_Votre réponse ?
Il chuchota quelque chose que je ne compris pas à cause du bourdonnement des filtres à air. Par réflexe, je me penchais en direction du détenu pour mieux saisir ses mots. Avant d'avoir pu comprendre quelque chose, je sentis une intense douleur me frapper au nez accompagnée d'un bruit mat et un liquide frais couler sur mon cou et arroser mon costume sur mesure. L'ancien sénateur venait de me frapper d'un formidable coup de tête.
Les matons se précipitèrent sur Namoun et lui firent regretter son acte à coups de matraque et de schlague. Plaquant une main contre mon nez brisé et secouant la tête pour dissiper les étoiles qui se formaient devant mes yeux, je levai ma main libre en signe d'interdiction aux deux gardiens.
_Non ! articulais-je tant bien que mal. Reconduisez-le en cellule. Et personne ne le touche jusqu'à mon contre-ordre. Exécution ! hurlais-je.
Les soldats arrêtèrent immédiatement de frapper le rebelle, l'arrachèrent de son tabouret et le ramenèrent dans sa geôle. Étouffant une série de jurons, je fouillai mes poches à la recherche d'un mouchoir ou de quelque chose à plaquer sur mon nez. Ne trouvant rien, j'ouvris la porte de la salle d'interrogatoire et hurlai à la sentinelle de m'apporter quelque chose. Les hommes partirent comme des flèches dans les tréfonds des couloirs du BSI tandis que je regagnai tant bien que mal le rez de chaussée, essayant d'oublier la douleur sourde qui se communiquait à tout mon visage.
J'avais atteint le hall lorsque une sentinelle me rattrapa, me tendant un chiffon à la propreté douteuse. En grommelant, je le plaquais sur mon nez en évitant d'appuyer trop fort sur la zone endolorie. Je jetai un coup d'oeil à mon reflet, aperçu dans le marbre de l'entrée et fronçai les sourcils devant les dégats infligées à mon costume de soie. Ce n'était pas comme s'il m'avait coûté personnellement une fortune puisque depuis que j'étais haut placé au COMPORN, je ne payais pratiquement plus rien mais mes tenues de luxe étaient importantes pour mon image. Je ne pouvais raisonnablement pas être le numéro deux du Comité avec une chemise à moitié recouverte de sang.
_Monsieur le Délégué, je suis absolument navré !
Je me retournai vers l'homme qui m'interpellait ainsi et vis le Commandant Sollaine, le chef suprême du Bureau de Sécurité Impérial se précipiter vers moi pour se confondre en excuses, expliquant que ses hommes auraient du surveiller encore d'avantage le prisonnier. Sollaine avait été pendant longtemps un bras droit loyal envers l'Empire et le Comité, bien que dévoré d'ambition, rêvant de remplacer Vador aux côtés de Palpatine. Mais l'an dernier, Sollaine avait échoué lors d'une mission spéciale visant à démasquer et à capturer une taupe rebelle infiltrée dans les plus hauts-rangs de l'Empire.
S'il avait finalement identifié l'agent infiltré, qui se révéla être Rivoche Tarkin, la propre nièce du Grand Moff, Sollaine n'avait pas réussi à la faire prisonnière et pour cet échec, mis au placard par Sa Majesté. De nombreuses rumeurs circulaient depuis, sur le fait que Vador lui-même avait tout prévu pour griller politiquement le chef du BSI. Personnellement, du moment que le Bureau de Sécurité Impérial continuait à faire son travail et à obéir au Comité avant tout, je me moquais complètement du reste.
_Vos hommes n'y sont pour rien, dis-je au travers du chiffon. Je n'aurais pas dû me pencher vers lui, c'est entièrement ma faute.
_Tout de même, commenta Sollaine en secouant la tête, ces terroristes...soyez sûr qu'il va regretter ce qu'il vient de vous faire.
_Comme je l'ai ordonné en salle d'interrogatoire, j'interdis qu'on touche à Namoun...pour l'instant. Traitez-le convenablement et veillez à ce qu'il mange bien.
_Si je peux me permettre monsieur le Délégué, questionna le Commandant en passant sa prothèse robotique dans ses cheveux noirs coupés courts, il vous a quand même lâchement agressé. Un petite séance avec un IT-O lui ferait le plus grand bien...
_Namoun sera puni pour ce qu'il m'a fait en temps et en heures. L'Inquisotorius continue de rêver de mettre la main dessus et maintenant, il est à nous. Les Renseignements Impériaux seront prêts à négocier très cher pour qu'on le leur livre.
_Vous pensez vraiment qu'Isard sera prête à nous donner quelque chose pour Xam ? Sans vouloir vous offenser monsieur le Délégué, j'ai déjà vu un armadid plus ouvert à la discussion que Coeur de Glace.
Je pouffais au trait d'humour de Sollaine et je n'aurais probablement pas dû, eut égard à la décharge électrique de douleur qui parcourut le milieu de mon visage.
_Moi aussi je préférais Isard père, soufflais-je lorsque la douleur diminua. Lui au moins, il savait où était sa place et mis à part bien servir l'Empire, il n'avait pas de grandes ambitions. Mais on fait avec ce qu'on a.
Au COMPORN, nous avions tous beaucoup perdu quand Armand Isard, le chef des Renseignements Impériaux, les rivaux du BSI avait été exécuté sur ordre de Palpatine, pour le punir des vols de l'Etoile Noire, juste après la défaite de Yavin.
Si dans l'absolu, Isard aurait été une menace le jour où le Comité prendrait le pouvoir, il serait resté probablement ouvert à la négociation et nous aurions sans doute pu le rallier à notre cause. Mais Ysanne Isard, sa fille et héritière à la tête des Renseignements Impériaux était bien plus dangereuse que son géniteur. Pas tellement parce qu'elle était dévorée par l'ambition mais parce qu'elle avait les moyens de nourrir ses rêves et de leur faire prendre corps.
_Vous devriez passer à l'infirmerie monsieur le Délégué, me conseilla le Commandant.
_Ca ira, rétorquais-je. J'ai survécu à deux attentats. C'est pas un nez cassé qui m’empêchera de bien servir l'Empire...et puis je trouve que c'est pas si cher payé pour avoir mis la main sur l'homme de confiance de Bel Iblis et des autres leaders rebelles.
Sollaine se borna à hocher la tête. Nous discutâmes encore quelques instants de choses et d'autres, fîmes le salut impérial et je quittai les locaux du BSI. Alors que je m'éloignais du parvis des bâtiments de la police secrète, je laissais lentement mes sentiments reprendre leur place. C'était une aide psychologique que j'avais adoptée au fil des années, lorsque je devais me rendre dans de tels lieux. J'enfermais mes émotions dans un coin de ma tête, les gardant bien au chaud pour qu'elles ne m'importunent pas lorsque je croisais le regard brisé des prisonniers ou que je ne flanche pas devant un interrogatoire particulièrement affreux.
J'aurais aimé vous dire qu'on s'habituait à ce genre de chose au bout d'un moment, que voir un bourreau du BSI briser les articulations d'un suspect à coups de marteau énergétique ne provoquait guère plus qu'un haussement de sourcil ou qu'on était insensible lorsqu'on observait un homme devant lequel on torturait sa famille pour le faire parler. C'était peut-être vrai pour certains mais pas pour moi. Ma conscience se rappelait perpétuellement à moi en me martelant d'images sanglantes et de souvenirs douloureux. Je n'avais pas la chance de pouvoir comme d'autres, y prendre goût et retourner la souffrance en plaisir pour supporter mes actes.
Moi, je me bornai à faire ce que je devais faire. Je dirigeai pratiquement l'organisation la plus puissante de l'Empire avec tout ce que cela impliquait comme responsabilités.
Soyons honnêtes, la majeure partie de mon travail, tenter de créer une galaxie meilleure était quelque chose qui me motivait et qui me plaisait. Tous les avantages qui y étaient attachés, comme la célébrité, la richesse et le pouvoir me grisaient agréablement.
Mais je devais accepter ma tâche dans son entier. Et l'éradication de la Rébellion, comme des tous les ennemis de l'Etat en faisait partie.
Après tout, chaque métier comporte des parties désagréables : avant de jouer sur scène à tourbillonner, un danseur devra faire souffrir son corps pendant plusieurs heures à l'entraînement et après avoir nourri ses clients, un restaurateur devra nettoyer son établissement pour tout recommencer le lendemain.
Le poste de chef occulte du COMPORN ne coupait pas plus à cette règle que n'importe quel autre travail.
Peut-être juste une question d'échelle.
Je regroupai mon index et mon majeur ensemble avant d'effleurer prudemment l'arrête de mon nez. J'avais beau être sous anti-douleur, j'avais besoin de sentir les restes de ma blessure, comme pour m'assurer qu'elle était bien là. Mes doigts se promenèrent sur l’arrête de mon nez au travers du panssement immaculé qui le recouvrait. Je me sentais parfaitement stupide avec cet attirail au beau milieu du visage mais qui aurait osé me faire la moindre remarque ?
Que quelqu'un se risque à faire une plaisanterie et j'avais tout pouvoir de le faire disparaître à jamais dans la plus profonde des gêoles du BSI, pourquoi pas le faire abattre en pleine rue par la CompForce ou encore le faire rosser par les miliciens Subs-Adultes.
J'avais eu de la chance cela dit : le coup de tête de Namoun avait brisé le cartilage assez proprement. Les médecins n'avaient concrètement rien eu de plus à faire que rassembler les morceaux et les maintenir ensemble en attendant la reconstruction. J'aurais une multitude de petites cicatrices, comme un puzzle et sans doute une voix un peu étrange durant les premières semaines de ma convalescence puis tout repartirait comme avant.
Je vivais déjà avec un poumon estropié et avais été manchot durant de longues semaines. La perte de l'odorat pour quelques temps n'était pas si catastrophique en fin de compte.
_Il vous a pas raté ce salopard, commenta Snaaned d'un petit signe de tête.
Un truisme maintenant ? Par les canyons de cristal...mis à part un fusil en main, le milicien n'était décidément pas bon à grand chose. Et encore. On ne pouvait pas dire que les auxiliaires de la CompForce étaient réellement des soldats, contrairement à ce qu'ils pensaient. Certes, ils étaient souvent au feu mais ils étaient le plus souvent chargés de tout le sale travail à faire en zone conquise une fois la bataille terminée. L'élimination de prisonniers en masse était leur grande spécialité. Ce n'était pas un hasard si l'essentiel de ces hommes étaient des brigands ou des violeurs qui une fois arrêtés, avaient eu le choix encore la prison ou la Phalange.
Mais pourquoi avait-il fallu que moi et Snaaned se retrouvions au même endroit au même moment ? Je haïssais les coïncidences.
Je préférais ne rien répondre et porter mon attention sur l'entraînement qui se tenait à quelques pas de nous, sous la supervision des soldats-instructeurs de la CompForce. Contrairement à l'armée régulière, qui entrainait ses hommes dans de coûteuses simulations holographiques, l'armée politique du Comité préférait faire ses exercices en conditions réelles.
C'était pour cela que les recrues qui s'étaient présentées aujourd'hui et qui devaient traverser un champ de bataille sous un feu nourri s'abritaient derrière de véritables mottes de terre, voyaient l'herbe roussir à quelques cheveux d'eux quand un soldat les manquait et ressentaient une douleur à la limite du supportable quand le tir ne ratait pas.
La puissance des blasters des soldats d'entraînement étaient conçus pour paralyser ou blesser, selon le rôle défini à l'avance par le schéma de l'exercice. Bien que les plus radicaux de la CompForce demandaient depuis des cycles à ce qu'on autorise les tirs à pleine puissance, j'avais toujours réussi à faire maintenir les salves non-mortelles.
88 % d'échec aux entraînements me semblait être une barre assez haute en soi.
Pas la peine de rajouter la létalité dans l'équation.
Le centre d'entraînement de la CompForce n'était pratiquement qu'un champ de bataille perpétuel. Même le mess ou les quartiers des officiers étaient inclus dans les terrains d'entraînements, pour que les soldats restent toujours aux aguets. Après tout, il n'était pas rare que sur un vrai théâtre de guerre, le QG se retrouve soumis au feu ennemi ou à un bombardement massif, ce qui satisfaisait pleinement les hommes car comme se plaisait à le répéter le Colonel Kraik "la guerre non-stop est la seule chose qui tienne un soldat en vie".
Cette antithèse qui pouvait sembler absurde en mots prenait étrangement corps sur le terrain. Sans action, un soldat finissait par relâcher son attention, par baisser la garde. J'avais eu l'occasion de le constater de mes yeux vus à forcer d'arpenter les champs de bataille.
Une grenade lancée un peu plus correctement que les autres finit sa trajectoire au beau milieu d'un petit groupe d'aspirants qui sautèrent le plus loin possible de l'explosif avant qu'il ne les réduise en bouillie. Une gerbe de feu, de terre et de brins d'herbe carbonisés les recouvrirent comme un linceul. La grenade n'était réglée qu'en position assommante mais d'aussi près, elle était aussi mortelle qu'un tir de blaster en pleine tête.
On ne donna aucun ordre pour arrêter l'entraînement. Des conditions réelles étaient des conditions réelles. Une véritable bataille ne s'arrêtait pas aux premiers morts. Bien au contraire.
C'était peut-être à cause de Fejor, de Fyr ou de toutes les autres planètes sur lesquelles j'avais vu des atrocités mais je n'eus guère plus d'une pensée pour les hommes qui venaient de mourir devant moi. Sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi, je me mis à songer à la partie de dejarik que j'avais disputé avec ma fille ce matin-même et comment elle m'avait battue à platte couture. J'aurais sans doute dû mieux protéger mon houjik.
Mine de rien, ça commençait à faire un moment que je n'avais pas gagné contre Eesla à un jeu de société. Il est vrai que laissée aux bons soins de droïdes précepteurs depuis la mort de Dakcen, son contact avec le monde s'était encore appauvri et qu'elle passait le plus clair de son temps plongée dans des jeux de pazaak ou d'holoéchecs. Je savais bien que la garder dans une bulle n'était pas la meilleure chose à faire pour son développement mais je voulais à tout prix la garder de l'idéologie spéciste impériale. D'un autre côté, Eesla grandissait. Elle venait d'avoir ses premières règles et son corps se modifiait. Psychologiquement aussi, elle commençait à me contredire sur de nombreux points et à prendre le contre-pied de mes idées. Je savais très bien que je devrais un jour ou l'autre la laisser faire ses propres erreurs, tester ses limites mais pour le moment, je n'y étais pas encore résolu. Elle était encore ma petite fille pendant quelques mois. Et si lui laisser encore un peu la bride sur le cou pour pouvoir l'aimer de tout mon saoul provoquerait une crise d'adolescence plus violente que les tirs de cent super destroyers, j'étais prêt à payer ce prix.
Je sortis de mes pensées quand le Colonel Kraik escalada le talus pour me serrer la main. Hormis une nuée de balafres à l'arrière du crâne, il semblait plutôt en forme.
_Alsh, qu'est-ce qui vous est arrivé ? Un croche-patte d'un gratte-filmplast trop ambitieux ?
_Si seulement...juste que je devrais éviter de trop m'approcher des prisonniers. Ca me servira de leçon à l'avenir.
_Une cicatrice de plus. Vous savez qu'à la CompForce, on dit que ce sont les médailles de la vie ? Puisque elles s'accrochent directement sur la peau.
_Pour un nez cassé ? pouffais-je. Vous êtes généreux avec moi Redra.
Je réussis à arracher un sourire au militaire :
_D'accord, je parlais plus de votre blessure à la poitrine ou à l'époque où vous aviez la main en bouillie.
_C'était des attentats, dis-je en haussant les épaules. Ca compte pas : j'ai jamais été blessé sur le terrain. Je reste un homme de bureau.
_Mais au moins vous y êtes allé. Je connais plus d'un bureaucrate qui serait resté sur Coruscant à se planquer derrière son fauteuil pour pas partir au feu.
_Vous me flattez trop Redra. Continuez comme ça et on va finir par croire que c'est moi qui suis plus gradé que vous.
Le sourire se mua en rire :
_A la CompForce peut-être. Mais on sait qui tire vraiment les ficelles au Comité pas vrai ? me demanda t-il en me faisant un clin d'oeil.
Le regard du militaire se porta sur Snaaned et toute joie quitta son visage. Kraik reprit son ton martial habituel.
_Lieutenant...je dois dire que je suis assez déçu de vos hommes. Les résultats sont très mauvais. Le jour où la Phalange comprendra qu'elle doit servir d'appui-feu aux troupes de la CompForce au lieu de se jeter dans la mêlée avec pas plus de réflexion qu'un neimoidien qui trouve un décicrédit par terre, on aura fait un pas de TB-TT en avant.
Placé dos au mur, le milicien bomba le torse et tenta de se défendre tant bien que mal :
_Vous semblez oublier Colonel, que mes hommes se sont pas engagés pour rester à l'arrière à vous servir de chauffeurs ou à creuser des chiottes en pleine nature pendant que les vôtres vont au feu et ont toute la gloire. La Phalange aussi doit avoir sa part d'honneur.
_Vos hommes sont ratachés à la CompForce et la première chose pour laquelle ils se sont engagés, rectifia Kraik, c'est l'obéissance ! Si je demande à mille de vos guerriers de faire la danse du voile zeltronne, ils ont intérêt à exécuter mes instructions sans réfléchir. Sinon, ça se finit au poteau...
Leur dispute m'ennuyait. C'était un problème à double sens depuis que la Phalange avait fait ses preuves sur Fyr et grossi en importance. C'était désormais une sorte d'armée mercenaire, ultra-spéciste, envoyée aux quatre coins de la galaxie pour soutenir l'action de la CompForce. Elle recrutait en masse, principalement car chaque nouveau membre de l'organisation voyait son nom et son casier judiciaire effacés. Une porte de sortie plutôt attractive pour toute la lie de l'univers.
Résultat des courses, la Phalange était une armée monstrueuse quoique très indisciplinée, chargée d'appuyer l'armée politique du Comité, qui était bien moins nombreuse et mille fois plus rigoureuse.
Je tolérais la Phalange pour l'instant car elle nous servirait dans la lutte pour le pouvoir. La CompForce seule ne tiendrait pas numériquement le coup face à l'armée régulière même si j'étais persuadé que des unités loyalistes finiraient par nous rallier à un moment ou à un autre.
Cela dit, après la mort de l'Empereur, quand le Comité s'imposerait comme seul garant de la pax imperia et que nous aurions stabilisé la galaxie, la Phalange s'avérerait être un poids mort. Et on s'en débarrasserait. Personne n'irait pleurer la mort de voleurs, de meurtriers et de psychopathes auxquels on avait donné un fusil, un semblant d'uniforme et qui avaient joué aux soldats quelques temps.
_Messieurs, dis-je en haussant la voix pour éviter de me faire couvrir par le bruit des blasters. Quand vous aurez fini de vous entretuer, nous pourrions peut-être nous mettre au travail, non ?
Les deux hommes arrêtèrent brutalement là leur dispute et hochèrent la tête de concert. Je fis signe à Kraik de venir parler dans un endroit où les explosions et les tirs ne masqueraient pas l'essentiel de notre discussion. Il accepta de me suivre à l'entrée de la salle d'entraînement, laissant Snaaned sur le talus, peut-être dans l'espoir qu'une grenade perdue le débarrasse du phalangiste.
_Combien de temps on va devoir supporter ces dingues Alsh ? me demanda t-il dès que nous fûmes à l'écart. Mes hommes commencent à se demander s'il ne vaut pas mieux tirer sur les phalangistes que sur les rebelles pour gagner une bataille...
_La Phalange est un mal nécessaire, exposais-je d'un ton posé. Pour l'instant, je demande à vous et à vos hommes de les tolérer. Et d'éviter les "accidents de tir". Si les miliciens se mettent à comprendre quelque chose et à se retourner contre nous, on aura un sérieux problème sur les bras.
_Rien qu'on ne pourra résoudre, affirma le militaire d'un ton martial.
_Vous avez essayé de penser aux dégâts que feraient les millions d'hommes de la Phalange lâchés dans une cité-monde comme Coruscant ? J'ose même pas imaginer tout ce qu'ils détruiraient, sans parler de l'émeute que leur révolte provoquerait.
Kraik eut un geste de la tête, comme pour me concéder ce point.
_On les garde sous contrôle pour l'instant, repris-je. On endort leur méfiance, on fait le dos rond.
_Et quand viendra le moment...poursuivit le soldat.
_...vous pourrez loger personnellement autant de cartouches dans la tête du lieutenant Snaaned que vous le souhaiterez. Mais si j'étais vous, je tirerais ailleurs. Le cerveau ne doit pas être un organe vital chez lui, conclus-je en faisant un clin d'oeil.
Le rire du militaire fit écho à ma plaisanterie.
_Vous avez raison Alsh. Je viserais pas le cœur non plus alors, me glissa t-il avec un sourire entendu.
_Y a plus important dont je voulais parler avec vous, enchainais-je après une courte pause. Est-ce que vos premières unités se sont déployées sur Vax III ?
_Affirmatif, me répondit Kraik. Les hommes de la Troisième Division, l'unité qui est directement sous mes ordres s'habituent au moment où nous parlons aux installations de la lune. C'est une belle petite forteresse que vous avez fait construire. Si les rebelles décident d'attaquer, ils en seront pour leurs frais.
_Tant que la Troisième Division n'est pas parfaitement accoutumée à Vax, je refuse qu'elle soit relevée. Quand Vax III servira pour de bon, je veux que les soldats sachent parfaitement se servir du moindre recoin à des fins tactiques.
_Y aura aucun problème, me jura Kraik. La Troisième Division est peut-être pas la plus nombreuse de la CompForce mais elle apprend vite. Dans moins de trois semaines, on pourra passer aux tests en conditions réelles.
_Parfait. Tout ce que je veux, c'est que Vax soit pleinement opérationnelle au plus vite.
_Quelque chose presse ?
Devais-je dire à Kraik que notre victoire imminente sur l'Alliance Rebelle serait la période idéale où prendre le pouvoir ? Après tout, l'Armée était dispersée dans toute la galaxie, jetant ses dernières forces dans l'ultime combat. Après notre triomphe, les stormtroopers seraient exsangues, incapables d'arrêter un coup d'Etat en bonne et due forme. Enfin, "coup d'Etat". Ca serait la continuité légitime du régime de Palpatine. Mais bien entendu, pour que le COMPORN prenne place sur le trône, l'Empereur devait le quitter. D'une manière ou d'une autre.
_Rien de spécial, mentis-je avec aplomb à Kraik. Mais le plus tôt sera le mieux.
Oh oui...plus tôt le Comité ferait ce à quoi il avait toujours été destiné sera le mieux pour la galaxie toute entière...