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1. Star Wars débarque
 


Kenner Products, fondée en 1947, était une filiale du groupe céréalier General Mills. Vers le milieu des années 1970, la compagnie produisait avec succès une série de figurines 12 pouces (30 cm) basées sur la populaire série télé L'Homme Qui Valait Trois Milliards, Six Million Dollar Man en VO. C'étaient des figurines complexes, très articulées, chères, dotées de gadgets intégrés (l’œil bionique) de vêtements et d'accessoires, et même de membres bioniques de rechange, bras et jambes, vendues séparément pour bricoler le pauvre Steve Austin.


Les jouets Kenner Six Million Dollar Man

Certaines pièces de cette collection et certaines solutions techniques deviendront d'ailleurs par la suite partie intégrante des figurines 12 pouces Star Wars. En 1976, Kenner venait de lancer un formidable jouet, resté dans les mémoire : Stretch Armstrong, vendu en France sous le nom d'Elastic Man, une figurine dont le corps en plastique souple pouvait s'étirer démesurément. Mais quelque chose de nouveau allait révolutionner le monde du jouet.


George Lucas et Bernie Loomis en 1978

Vers le mois de mars 1977, Bernie Loomis, président de Kenner, tomba par hasard dans le Daily Hollywood Reporter sur un article mentionnant un nouveau film produit par la Fox, un film de SF nommé Star Wars. Ce monsieur Loomis, qui avait du flair, sentit immédiatement qu'il y avait une bonne affaire derrière ce film, et qu'on pouvait en tirer de beaux jouets. D'autant que la Fox négocia le contrat en laissant entendre que Star Wars pourrait éventuellement devenir une série télé hebdomadaire, tout comme La Planète des Singes. Si les produits dérivés tirés d'un film ne duraient en général que quelques mois en ce temps-là, les produits tirés d'une série pouvaient se vendre beaucoup plus longtemps et générer plus de bénéfices. Mego Corporation ayant décliné la proposition de contrat pour les produits dérivés Star Wars, Bernie négocia un contrat à long terme intéressant qui donnait à Kenner l'exclusivité pour les jouets Star Wars dans le monde entier. Cela évitait que le marché se retrouve saturé de jouets divers de toutes origines et de toutes qualités, Kenner seul pouvant produire des jouets estampillés Star Wars.

Parmi l'équipe de designers de chez Kenner, certains, comme Jim Swearingen, principal concepteur des jouets Star Wars Kenner, connaissaient déjà le travail de George Lucas à travers ses premiers films, et l'enthousiasme fut grand lorsqu'il s'agit de produire des jouets dérivés de Star Wars. Il grandit encore après que l'accord final entre Kenner, la Fox et Lucasfilm fut bouclé en avril 1977. Mais les délais étaient courts, très courts, le film sortait en mai 1977 et on ignorait s'il serait un succès ou un bide complet.

Dessins préparatoires pour les premières figurines Kenner

Qui plus est, il restait un problème sérieux à contourner. Star Wars n'était pas simplement un film avec un ou deux héros, c'était un film avec des environnements variés, avec des vaisseaux spatiaux tous plus grands les uns que les autres, et avec une pléthore de personnages. En faire seulement, comme c'était la norme à l'époque, des figurines 12 pouces (30 cm) aurait présenté un gros inconvénient ; les vaisseaux jouets accompagnant les figurines seraient démesurés et hors de prix. Imaginez un Faucon Millenium à l'échelle d'un Han Solo de trente centimètres ! Il fallait trouver une solution rapidement. Et c'est là que Bernie Loomis eut un autre coup de flair génial. Alors que tous se demandaient ce qu'il convenait de faire, Loomis leva la main, montra l'espace entre son index et son pouce, puis demanda : “que dis-tu de cette taille-là, Dave ?” David Okada, responsable du design chez Kenner, mesura l'espace vide suggéré par Loomis : 3 pouces ¾ (environ 10 cm). Et c'est ainsi que naquit un nouveau standard de taille pour les figurines. Pratique sous plusieurs aspects : d'abord c'était suffisamment petit pour produire des jouets, vaisseaux et playsets, plus ou moins à l'échelle. Ensuite, en réduisant la taille des figurines et leurs points d'articulations, on diminuait considérablement les coûts de fabrication. Enfin, on jouait sur un autre tableau : au prix ridicule où seraient vendues les figurines, les gamins ne se contenteraient pas d'un ou de deux personnages, comme ça aurait été le cas avec des 12 pouces plus chères, mais achèteraient facilement toute la collection ! Aujourd'hui, la taille de 3 pouces ¾ est à peu près le standard dans l'industrie de la figurine de collection. Et même si Kenner n'a pas inventé les produits dérivés, on lui doit le format qui aujourd'hui encore fait vibrer des générations de collectionneurs. La machine était lancée, les jouets Star Wars allaient naître et envahir nos vies, pour bientôt 40 ans...

2. Des débuts difficiles
 

Illustration originale du Early Bird Set

Sorti en mai 1977, le film Star Wars faisait un carton mais les jouets franchisés se faisaient attendre cruellement. Les gamins trépignaient d'impatience de pouvoir enfin jouer avec R2-D2 et Chewbacca, et la pression commençait à monter chez Kenner.

Bien que les designers aient déjà travaillé d'arrache-pied sur une demi-douzaine de figurines et trois vaisseaux, Kenner ne pouvait pas satisfaire la demande en aussi peu de temps. Pour produire une gamme de figurines et de jouets dignes de ce nom, il fallait à l'époque entre 18 mois et deux ans. Et juste après la sortie du film, tout le monde réclamait des jouets Star Wars ! Kenner temporisa un peu en proposant des jeux de société et des puzzles, mais il fallait se rendre à l'évidence : rien ne serait prêt pour Noël 1977. Pas une figurine, pas un vaisseau. Kenner commençait à perdre de l'argent et à pâtir d'une mauvaise publicité quand, une fois de plus, Bernie Loomis eut une autre idée géniale : le Early Bird Set.


Le Early Bird Set : son contenu et en situation avec les figurines

Le Early Bird Set (tirant son nom du proverbe américain the early bird catches the worm qui signifie grosso modo : “l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt”) n'était rien d'autre qu'une boîte vide, ne contenant que la promesse de recevoir les quatre premières figurines Star Wars fabriquées par Kenner dès qu'elles sortiraient des chaînes de fabrication. Tout le monde, chez Kenner, pensait que Loomis allait dans le mur avec cette idée. Pensez donc : ce n'était qu'une grande enveloppe en carton contenant des autocollants, un diorama à monter, une carte de membre du “Space Club” (inexistant) signé par Luke Skywalker, excusez du peu, et un certificat à renvoyer (par les parents !) pour que l'enfant puisse recevoir les premières figurines dès que possible, après Noël 1977. Le tout pour 16$ de l'époque. 500 000 exemplaires ont été produits et envoyés aux revendeurs de jouets, et un grand nombre d'invendus furent retournés à Kenner après Noël. L'idée fut largement raillée par les médias de l'époque, mais cependant, le Early Bird Set prouvait que Kenner comptait bien produire les jouets promis.


Les premières figurines du Early Bird Set, telles que reçues à l'époque

Début 1978, seul un petit nombre de gamins reçurent leur Early Bird Set, composé de quatre figurines (Luke, Leia, Chewbacca et R2-D2) et d'un ensemble de picots en plastique pour faire tenir les figurines sur le diorama en carton. En outre, les heureux possesseurs de ce set se voyaient proposer un nouveau produit, le Collector Stand, un diorama du même style que celui en carton du Early Bird Set, mais cette fois en bon vieux plastique, avec des supports tournant pour chaque figurine, actionnés par des molettes. Ce produit sera également proposé en offre courrier pour les acheteurs de figurines sur cartes. Ainsi, clairement, dès le départ, Kenner se posait dans le créneau du collector en plus de celui du jouet pur et dur. Position qui allait lui assurer un bel avenir.

Ce set de figurines Early Bird est aujourd'hui une pièce de collection rarissime, d'autant que la figurine de Luke possédait un sabre laser jaune télescopique en deux parties, qui, trop fragile, sera modifié rapidement et n'équipera pas les figurines sous blister. Débuts difficiles donc, mais dans les huit années qui suivront, c'est des millions de figurines Star Wars qui seront vendues dans le monde entier.

3. Les premières figurines
 

 

La première vague de 12 figurines apparut en mars 1978 aux USA, et un peu plus tard en France. Kenner, qui n'était pas une marque aussi importante à l’international que pouvait l'être Mattel, dût se reposer sur des marques locales dans les autres pays pour commercialiser ses figurines. On les trouva donc sous des marques diverses : Meccano en France, Palitoy au Royaume-Uni, Clipper dans les pays du Benelux, Harbert et d'autres encore de par le monde. Mais les figurines vendues sous ces marques sont à peu près identiques, toutes fabriquées au même endroit : la Chine. Même les cartes sur lesquelles elles étaient vendues étaient à peu près identiques partout, à l'exception de la France.

Ces douze premières figurines représentaient en gros les trois types de personnages qu'on rencontrait dans le film : héros, méchants et créatures. Les designers ne possédant que peu de photos tirées du film pour travailler, les figurines sont parfois un peu approximatives et maladroites : Luke présente un sabre laser jaune, jamais vu dans le film, R2-D2 ne possède pas son pied central, l'armure de Dark Vador est plutôt approximative, la couleur de l'uniforme du Death Squad Commander (ainsi que son nom, d'ailleurs) est plutôt discutable, la tenue de Ben est intégralement marron, mais malgré tout ces figurines entrent bien dans l'esprit de Star Wars.

Dessin de conception de la figurine Luke (image Star Wars - Objets Du Mythe)

Et n'oublions pas une chose très importante : ce n'étaient pas spécifiquement des objets de collection, c'étaient des jouets, rien d'autre que des jouets, même pas destinés à durer bien longtemps sur les étals des marchands, d'où des approximations bien pardonnables si on prend en compte cet aspect des choses.


C'étaient tout de même de bien beaux produits que ces figurines, encore très appréciées aujourd'hui. Possédant peu d'articulations, 5 au maximum (à noter que les figurines modernes reviennent exactement à cette simplicité en 2016), très peu d'accessoires, elles étaient robustes, ne risquaient pas de se casser à la moindre chute, et pouvaient supporter des batailles de gamin sans faiblir. Et elles ne coûtaient pas cher, moins de trois dollars l'unité en magasin. Certaines figurines furent repensées en cours de commercialisation : le Jawa perdit sa cape en vinyle au profit d'une cape en tissu, sensée donner un peu de valeur ajoutée à une toute petite figurine vendue au même prix que les autres. Han Solo changea littéralement de tête, la première étant jugée trop petite et peu ressemblante. Elle a été remplacée par une plus grosse, certes plus ressemblante, mais un poil trop grosse, justement. Luke perdit son sabre télescopique en deux parties, jugé trop fragile, pour ne plus avoir qu'un sabre en une seule partie. Seules restaient des variations de couleur des peintures. Les pièces étant moulées en plastique de couleur unie, les détails comme les mains et les cheveux étaient peints, sans forcément une grande rigueur dans la concordance des couleurs, ce qui explique qu'aujourd'hui, on trouve beaucoup de variations de couleur dans les figurines, tant dans les plastiques que dans les peintures.


Cartes définitives des premières figurines

Les cartes accompagnant les figurines, sur lesquelles étaient scellées les bulles, étaient des chefs d’œuvre de design, n'ayons pas peur de le dire. Elle étaient (et sont toujours) superbes, illustrées de photos des personnages, et sont restées indémodables.
Ces cartes ont fait l'objet d'une longue étude. La conception de l'identité visuelle de cette gamme fut confiée à l'agence Cato Johnson Associates de Cincinnati, sous la direction de Ray Perszyk, en collaboration avec le directeur artistique de Kenner. C'est ainsi que le fameux blister destiné à contenir les figurines fut conçu, après de nombreux projets et tâtonnements. Plusieurs designs ont été éliminés, mais le dernier retenu était le bon, avec la double bande argentée, appelé “Race Tracks”, faisant le tour de la carte et rejoignant le logo Star Wars. Leur verso était illustré d'un catalogue de produits Star Wars très variable selon les éditions et les vagues de produits. On a coutume, chez les collectionneurs, de classer les cartes selon le nombre de figurines représentées au dos, correspondant aux vagues de parution. S'il y a douze figurines représentées, on parle des cartes “12 back”, s'il y en a 21, de “21 back” et ainsi de suite jusqu'aux ultimes “92 back” de 1984. Les tableaux de listes de figurines vous permettront de faire le lien entre les back et les années de parution. Pour illustrer le recto des blisters, on eut recours à ce qu'on appelle les “photo-arts”, des photographies des personnages parfois lourdement retouchées à l'aérographe.


Evolution des concepts pour les blisters de figurines Star Wars (images : Star Wars - Objets Du Mythe)

Aujourd'hui encore, les collectionneurs s'arrachent d'anciennes cartes, même abîmées, et des internautes travaillent dur pour recréer les cartes d'origine à l'identique. C'est en soi un sujet de collection. Et ce qui montre tout le potentiel de ce design formidable, c'est qu'il subsista jusqu'en 1985, quasiment sans changement, s'adaptant aux nouveaux films mais gardant la même ligne.

Toujours pour illustrer le côté indémodable de ce design, de nouvelles figurines furent produites dans les années 2000 avec des reproductions exactes de cartes d'époque, avec le même design, les mêmes photos et le logo Kenner (bien que la marque ait été rachetée par Hasbro). Mieux encore, le design d'origine fut conservé pour des figurines nouvelles, tant de la Trilogie que de la Prélogie, et même de l'Univers Etendu. Une petite série fut même produite en reprenant l'un des designs rejetés à l'époque par Kenner ! Le contenant (la carte) devenait en lui-même une partie de l'objet à collectionner (la figurine). Vendre en 2012 des figurines avec un design de blister créé dans les années 70, et les vendre bien, c'est en soi un exploit que seul Star Wars pouvait réaliser.


1978                 2012
4. Vaisseaux et playsets
 

Pour accompagner les premières figurines, Kenner produisit des vaisseaux tirés du film et des environnements de jeu, des playsets, selon le terme anglais. La marque avait déjà, avec succès, produit plusieurs de ces environnements grand format pour la série Six Million Dollar Man.


(Photos : themanwhoshotlukeskywalker)

Les trois premiers vaisseaux furent le X-wing, le TIE Fighter et le Millenium Falcon. Mais bien entendu, ces vaisseaux ne pouvaient pas être réalisés à l'échelle des figurines, ils auraient été énormes et bien trop couteux à fabriquer et à vendre. Mark Boudreaux, alors designer chez Kenner, dut faire des concessions en terme d'échelle, et réduire la taille des vaisseaux tout en leur gardant leur jouabilité avec les figurines. Sa méthode était simple : pour le Faucon, par exemple, il démarra avec le cockpit, et au moins une figurine, celle de Chewbacca, la plus grande de la collection. Une fois le cockpit construit autour de la figurine, il projetait une image du vaisseau et en réduisait la taille au maximum, afin que le jouet final respecte le plus possible les proportions de départ.  Pour le X-Wing et le TIE, ce procédé produisit d'excellents résultats facilement, et les vaisseaux furent des réussites. Mais pour le Faucon, il fallu ruser avec les échelles. Le cockpit de la version finale est bien trop grand par rapport au corps du vaisseau, mais globalement le jouet passe bien. En plus de la simple apparence des engins, les designers devaient aussi savoir comment, dans le film, les vaisseaux fonctionnaient, ce qu'ils faisaient, afin de pouvoir établir des scénarios de jeu crédibles. C'est ainsi que l'intérieur du Faucon fut construit, en imaginant comment un enfant pourrait jouer avec. Les lieux de l'action du film étaient reproduits au mieux, du cockpit à la boule d'entrainement Jedi, suspendue au bout d'un fil.

Pour corser un peu les engins et leur donner un aspect technique et moderne, Kenner se lança dans l'électronique primitive : le X-Wing, par exemple, était équipé d'un système de sons et lumières, en fait un petit moteur qui tournait dans le corps du vaisseau en faisant beaucoup de bruit et une LED rouge située sur le nez du vaisseau, le tout s'allumant en pressant un bouton. Globalement, pourtant, bien que très réussis (et réédités pendant des années, jusque dans les années 1990) les vaisseaux restaient des jouets très chers en comparaison avec les figurines. Si les petits personnages étaient à la portée de la bourse d'un gamin avec un peu d'argent de poche, posséder un Faucon Millenium relevait de l'exploit, les gamins ne pouvaient compter que sur un cadeau pour l'avoir.


(Photos : themanwhoshotlukeskywalker)

De nombreux autres jouets furent produits pendant la première période : le landspeeder de Luke, un Dewback, un transporteur de troupes impérial, un sandcrawler radio-contrôlé, tous permettant d'excellents scénarios de jeu car parfaitement adaptés aux figurines. Kenner produisit aussi plusieurs environnements en carton et plastique, certains très simplifiés, comme le Cantina Adventure Set, simple décor en carton à assembler mais livré avec quatre figurines. D'autres playsets furent plus élaborés, comme le Creature Cantina Action Playset figurant l'intérieur de la Cantina, avec un socle en plastique moulé à l'échelle des figurines, ou le fameux (et rare) Land Of The jawas (photo : Vintage Kenner Star Wars Toys), décor en plastique et carton représentant un Sandcrawler Jawa, avec la capsule de sauvetage du Tantive IV.

N'oublions pas le fameux playset Droid Factory, qui fut également édité en France, sorte d'usine à droïdes contenant des pièces à assembler pour créer des droïdes selon le goût du joueur. L'un des intérêts de ce jouet était qu'il proposait un R2-D2 à monter avec un pied central.

Egalement, on pouvait acquérir un superbe décor en carton représentant l'intérieur de l'Etoile Noire, largement utilisé dans les publicités Meccano. C'était un superbe jouet, disponible seulement dans certains pays, et représentant l'environnement de jeu absolu. Plusieurs pièces emblématiques de l'Etoile Noire étaient représentées, jusqu'au compacteur d'ordures dans lequel les figurines pouvaient tomber par une trappe et un conduit en plastique. L'Etoile Noire était également dotée d'un poste de tir (les canons étaient empruntés au X-Wing). On pouvait la trouver en France, d'après les publicités Meccano au dos des cartes de figurines, mais j'avoue n'en avoir jamais vu à l'époque en magasin.


L'Etoile Noire

Il y a un moment où l'histoire des figurines croise celle des playsets. C'est aussi l'histoire d'une maladresse : pour le Cantina Adventure Set, les designers de Kenner produisirent quatre nouvelles figurines (sur lesquelles nous reviendrons). L'une d'elle, baptisée Snaggletooth, est devenue l'un des Saint-Graals des collectionneurs. Pour créer ce personnage, les designers n'eurent accès qu'à une photo tronquée, peut-être en noir et blanc, d'un des personnages de la Cantina, un Snivvien connu sous le nom de Zutton. Mais à l'époque, il portait le surnom qu'on lui donnait dans les documents de production de Lucasfilm : Snaggletooth. Et il devint une figurine de taille humaine normale, avec une peau grise, un uniforme vaguement spatial bleu et des bottes argentées. La figurine fut commercialisée ainsi dans le playset, accompagnée de trois autres créatures. Cependant, des photos ultérieures parvinrent chez Kenner, montrant que Snaggletooth était en fait un nain à la peau ocre, à l'uniforme rouge et aux mains poilues. Bref, presque l'opposé de la figurine. Celle-ci fut aussitôt repensée pour coller aux images mais les photos de la boîte du playset ne furent pas refaites, et le jouet fut plus tard commercialisé avec un Snaggletooth nain et rouge, alors que la boîte le présentait grand et bleu.


Les deux Snaggletooths

Mais comme on disait à l'époque : ce ne sont, après tout, que des jouets... Aujourd'hui le Snaggletooth bleu est l'une des figurines Kenner les plus rares. On l'estime, en 2016, entre 200 et 400 € selon son état.

En 1979, Kenner fit un pas de géant : la marque commercialisa un véhicule Star Wars qu'on ne voyait pas dans le film ! Fortement inspiré des barges de transport de la basse rebelle de Yavin, cet engin était une sorte de speeder, sans roues, avec des logements sur les côtés pour caser des figurines. Il comportait aussi des harnais d'immobilisation pour les prisonniers. Dans la notice qui accompagnait le véhicule, Kenner expliquait que c'était avec cet engin que les troupes impériales avaient attaqué le sandcrawler jawa dans Star Wars. Simplement la scène n'était pas dans le film. Jolie idée, qui sera reprise plus tard pour les Mini-Rigs.


Le transporteur de troupes impérial !

Ce jouet était remarquable : d'abord il pouvait contenir au moins huit figurines, mais en plus il était doté d'un système de sons, de vrais sons du film ! Pas encore des sons numérisés, non, mais des sons gravés sur de minuscules disques microsillon qui se jouaient en fonction du bouton sur lequel on appuyait. Du fait de cette complexité, c'était l'un des jouets Star Wars les plus chers de l'époque. Là où les choses deviennent marrantes, c'est que ce jouet, pourtant crée par Kenner, fut repris largement dans l'univers étendu de Star Wars : on le retrouve d'abord dans les comics Marvel, dans quatre épisodes, puis plus tard dans d'autres histoires et dans des jeux. Pour finir, le transporteur de troupes impérial fut officialisé, quoique légèrement modifié, pour la série télévisée Rebels, et à nouveau décliné en jouet ! Un jouet crée de toutes pièces en 1979 qui est devenu partie intégrante du canon Star Wars en 2015, c'est un exploit !

5. De nouvelles figurines
 

Devant l'engouement incroyable pour les produits Star Wars, Kenner se décida, courant 1978, à produire de nouveaux personnages. Mais puisque les principaux étaient déjà représentés, il fallut piocher dans ce qui faisait la popularité de Star Wars, au-delà de ses héros : les créatures et les droïdes. On choisit donc dans la scène de la Cantina quelques créatures qui deviendraient figurines. Le pauvre Greedo, qui à l'époque ne tirait pas encore le premier, fut un premier choix logique, de même que celui connu sous le nom de Ponda Baba, l'agresseur malheureux de Luke. Pour les autre, on choisit l'une des créatures les plus bizarres, Hammerhead, et le bestial Snaggletooth. Une fois l'erreur réglée avec ce dernier (voir plus haut), et sa forme accordée avec le film, les figurines furent vendues d'abord dans un playset réservé aux magasins Sears, puis à l'unité sur des cartes Star Wars vers la fin de l'année 1978.


Dessins préparatoires pour les figurines des créatures


Photos des prototypes pour une publicité de 1978

Cependant, en examinant ces figurines, on se rend bien compte qu'il y a un problème. Elles ressemblent à peine aux personnages du film. Si Greedo s'en tire honnêtement, Hammerhead aussi (seulement pour la tête, en tout cas), Walrus Man est très différent de son avatar du film. Les designers de chez Kenner n'eurent pas le loisir d'obtenir de bonnes photos pour réaliser ces personnages, et ils durent s'en remettre à leur imagination. C'est ainsi que Hammerhead porte cet étrange body bleu et que Walrus Man se retrouve avec ces couleurs bigarées. Pour tout dire, ces quatre figurines sont les moins réussies de toute la gamme vintage, même si, finalement, on ne s'en préoccupait pas trop. Ce n'était que des jouets, après tout.

Pour les droïdes, le travail fut nettement meilleur. R5-D4 et le mal nommé Death Star Droid sont plutôt réussis, et le Power Droid est honnête, bien que très simpliste et mal proportionné.

S'ajouta à cette deuxième vague une figurine représentant un pilote rebelle dans son uniforme orange, baptisé Luke Skywalker mais ne ressemblant malheureusement pas le moins du monde à notre héros. Qu'à cela ne tienne, la figurine répondait à un besoin impérieux : Luke ne pouvait pas indéfiniment piloter le jouet X-Wing dans sa tenue de fermier de Tatooine !

Le dernier ajout à cette première série de Figurines Star Wars, et non des moindres, fut un certain chasseur de primes, apparut pour la première fois dans le Star Wars Holiday Special et nommé Boba Fett.

Son histoire n'est pas banale. Le personnage, apparu dans la partie dessin animé du programme télévisé de triste mémoire, était sensé jouer un rôle important dans un futur film en cours de production, Empire Strikes Back. Kenner prit donc cette fois de l'avance sur le film, et créa la figurine Boba Fett. Bien entendu, on était là bien avant l'Edition Spéciale d'Un Nouvel Espoir, dans laquelle Boba Fett apparaît aux côtés de Jabba le Hutt. En 1978, ce personnage n'était connu que par le Holiday SpecialJim Swearingen, le concepteur de chez Kenner, se rendit chez Lucasfilm pour prendre des informations sur ce personnage (d'autres sources disent que c'est l'acteur et le costume qui sont allé chez Kenner...) Swearingen se retrouva bien vite devant un acteur vêtu du costume de Boba Fett, afin qu'il soit examiné, mesuré et photographié. C'est la première figurine pour laquelle Kenner eut une documentation de première main abondante, et c'est une des plus réussie. Le premier prototype de cette figurine fut réalisé en assemblant des pièces d'autres figurines (sur la photo du prototype, on reconnait le torse de C-3PO).


  Photo originale             Prototype         sculpture originale      Figurine finale       Figurine sur carte

La figurine fut conçue au départ comme une prime offerte pour l'achat de quatre autres figurines, un mail-away selon le terme américain. Les figurines de fin 1978 portaient un sticker et une offre promettant l'envoi, contre preuves d'achat, d'une figurine Boba Fett exclusive, dotée d'un missile dorsal fonctionnel, qui pouvait être tiré avec un système de ressort. Mais peu avant que la figurine ne soit expédiée, la marque rivale de Kenner, Mattel, rencontra une grosse difficulté avec un jouet Battlestar Galactica qui lui aussi tirait des missiles du même type. Des gamins s'étaient blessés avec les missiles en question. Craignant des problèmes similaires, Kenner reprit les moules des figurines et Boba Fett fut expédié aux enfants début 1979, avec le missile solidement collé sur son pack dorsal. Et même si des légendes racontent que des Boba Fett avec missile opérationnel furent commercialisés, ce ne sont que des légendes. Les prototypes créés par Kenner pour la version missile ne furent même jamais peints, et donc encore moins commercialisés.

Pendant un temps très court, Kenner envisagea de produire une série de figurines tirées du fameux Star Wars Holiday Special, représentant la famille de Chewbacca au grand complet, mais aussi un jouet du serpent de mer chevauché par Boba Fett dans le dessin animé. Des prototypes furent même crées pour l'occasion. Mais malheureusement, Bernie Loomis explique dans une interview de 2006 que des tests réalisés auprès de jeunes enfants montrèrent que ceux-ci n'acceptaient pas la famille wookie comme une partie intégrante de Star Wars. L'idée fut donc abandonnée.


Prototypes pour la famille de Chewbacca

Reste de grandes questions que beaucoup de collectionneurs se posent encore. Pourquoi, par exemple, n'y a-t-il jamais eu de figurine vintage de Tarkin ? C'était un personnage important, de premier plan, un méchant bien trempé. Pourquoi ne pas avoir fait de figurine de Tarkin, alors ? Certains ont prétexté que c'est parce qu'il meurt dans le film, et que les gamins ne seraient pas intéressés par la figurine d'un personnage mort. Mais Greedo meurt aussi, et pourtant il a eu droit à sa figurine, de même que Ben Kenobi. Pourquoi n'y a-t-il pas eu de figurine des Sandtroopers ? Les fans n'ont aucune difficulté à réaliser une telle figurine en custom, à partir de celle d'un Stormtrooper. Un jour, peut-être saurons-nous vraiment...
6. Et en France ?
 
Tout comme aux USA, les petits français jouaient aux Big Jim, à L'Homme Qui Valait 3 Milliards et aux poupées Groupe Action Joe, la VF des GI Joe de Mattel. Chez nous aussi la première vague des figurines Star Wars, pardon : La Guerre Des Etoiles, frappa de plein fouet le monde du jouet.

Les 12 premières figurines Kenner ont été commercialisées rapidement chez nous par Meccano (oui, les mêmes que pour le célèbre jeu de construction en métal) sur des cartes rectangulaires quasiment identiques à celles des USA. La qualité des cartes est elle aussi identiques aux éditions américaines et anglaises (Palitoy), et on pouvait trouver parmi ces premières figurines non seulement le Han Solo à petite tête, mais aussi probablement le jawa cape vinyle, bien qu'aucun exemplaire sur sur carte n'aie subsisté.

Mais rapidement, les cartes en question furent remplacées par une carte carrée estampillé La Guerre Des Etoiles, nettement plus petite et propre à la France et à la marque Meccano. Les raisons avancées pour ce changement de format sont liées à des contraintes d'emballage et de mise en rayon. Les premières cartes rectangulaires françaises sont aujourd'hui rares, elles n'ont été commercialisées que peu de temps. Curieusement, la carte française carrée présente la photo du Snaggletooth bleu, alors qu'il n'a jamais été disponible dans notre pays, pas plus que le playset dans lequel la figurine était vendue. Je ne suis toujours demandé, à l'époque, pourquoi le personnage en photo était différent de celui que j'avais. Idem pour le jawa à la cape en vinyle. Il m'a fallu des années pour avoir les réponses, tout comme un très grand nombre de petits français de l'époque.


Carte française 1           Carte française 2                Dos de la carte 2    

Les cartes françaises présentent trois logo Meccano différents en fonction des vagues de production : soit la marque en noir sous-titrée “chaque jouet une découverte”, soit la marque en rouge simple, soit le double M pour Miro-Meccano, qu'on trouve particulièrement sur les figurines de la seconde vague (créatures de la Cantina et droïdes). Ces cartes françaises carrées sont de piètre qualité, comparées à leurs homolgues étrangères, elles sont moins épaisses, se plient et s'abîment facilement, et elles sont donc devenues très rares en bon état.

Comme les petits français n'avaient pas profité du Early Bird Set, le fabriquant Meccano proposait aux acheteurs des 12 premières figurines de découper des preuves d'achat dans l'angle des cartes, et de les renvoyer avec l'espoir de recevoir eux aussi un diorama en carton pour exposer leurs belles figurines. Mais ce diorama était très loin d'égaler la version proposée dans le Early Bird Set. C'était un pauvre produit en carton à plier, qui n'a pas rencontré un grand succès. Très peu d'exemplaires on t survécu.


On a pu facilement trouver les premières figurines en France. Elles ont été largement distribuées dans les magasins de jouets, les grandes surfaces et certaines drogueries et débitants de tabac de l'époque, des boutiques qui vendaient un peu de tout. Les magazines jeunesse (Journal de Mickey, Pif, Télé Junior et autres) se remplirent de publicités pour les figurines et les premiers jouets Meccano/Kenner, ce qui attisa encore la demande. Notez que sur la publicité de droite, le Jawa est présent sur la photo dans ses deux versions : cape vinyle et cape tissu.

Publicité Télé Junior 1978Publicité Télé Junior 1978Publicité Journal de Mickey 1978
Publicitées tirées des journaux jeunesse - 1978

Dans la version française de figurines, les noms furent pour certains francisés avec plus ou moins de bonheur. Luke Skywalker s'appella “Luke” sur les cartes rectangulaires, mais devint bien vite “Luc” sur les cartes carrées. Chewbacca devint “Chiktabba” sur les premières cartes, mais “Chiquetaba” sur les secondes. Le Death Squad Commander devint le “commandant de l'Etoile Noire”, rien de moins. Par contre, les créatures conservèrent leurs noms de code.

On distribua également chez nous, toujours sous la marque Meccano, la plupart des jouets Star Wars, francisés, et pour certains, avec des illustrations différentes des versions américaines.

7. Premier bilan
 
Nous sommes donc à présent au début de l'année 1979. Kenner peut faire ses comptes : en décembre 1978, soit à la fin de la première année pleine de commercialisation des figurines, la marque a vendu dans le monde entier plus de 42 millions de jouets Star Wars dont environ 26 millions de figurines 3 pouces ¾, pour un total de plus 100 millions de dollars. Les figurines sont de très loin les jouets le plus vendus à l'époque. Considérant le prix modique des figurines en 1978, oscillant entre deux et trois dollars, il est incroyable de penser qu'aujourd'hui, ce sont des milliers de dollars qu'il faut engloutir pour une de ces magnifiques figurines en état neuf, encore scellée sur sa carte cartonnée.
Le succès de cette franchise a donc été fulgurant. Bernie Loomis et ses collaborateurs ne s'y étaient pas trompé, Star Wars était la poule aux oeufs d'or. Mais un nouveau chapitre allait bientôt s'ouvir.
8. Liste des figurines Star Wars
 
Dans la liste qui suit, on a placé le nom anglais de la figurine en premier, suivi du nom francisé. Les noms renvoient au fiches Databank pour chaque figurine. Pour des détails concernant chaque figurine, consultez les descriptions et critiques de chaque fiche, qui contiennent des informations spécifiques.

Nom de la figurineNom francisé
Verso de la carte
Année de parution
Vague 1
Luke SkywalkerLuke Skywalker puis Luc
12 back
début 1978
Ben (Obi-Wan) KenobiBen Kenobi
12 back
début 1978
ChewbaccaChicktabba puis Chiquetaba
12 back
début 1978
Darth VaderDark Vador
12 back
début 1978
Death Squad CommanderCdt de l'Etoile Noire
12 back
début 1978
Han SoloYan Solo
12 back
début 1978
JawaJawa
12 back
début 1978
Princess Leia OrganaLeia Organa
12 back
début 1978
Sand PeopleHomme des sables
12 back
début 1978
See-Threepio (C-3PO)Sispeo (Z6 PO)
12 back
début 1978
StormtrooperSoldat impérial
12 back
début 1978
Artoo-Detoo (R2-D2)Dedeu (D2-R2)
12 back
début 1978
Vague 2
HammerheadHammer Head
20 back
fin 1978
GreedoGreedo
20 back
fin 1978
Walrus ManWalrus Man
20 back
fin 1978
Snaggletooth (bleu)-
Cantina Adventure Set
fin 1978
Snaggletooth (rouge)Snaggle Tooth
20 back
fin 1978
Luke Skywalker : X-Wing PilotLuc pilote
20 back
fin 1978
R5-D4R5 D4
20 back
fin 1978
Death Star DroidDeath Star Droïd
20 back
fin 1978
Power DroidPower Droïd
20 back
fin 1978
Vague 3
Boba FettBoba Fett
21 back
début 1979
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