Harrison FORD
 

1. Ses débuts

"Ma cicatrice au menton ? Un matin je suis parti dans ma vieille Volvo et, en essayant de mettre ma ceinture de sécurité, je me suis retrouvé dans un poteau. La bagnole était en miettes. Et moi, j’avais une cicatrice au menton, mais j’aurais pu y passer…"

Une des anecdotes les plus connues de Hollywood racontée par un Harrison Ford qui oublie de dire qu’il aurait pu ne garder aucune trace de l’accident si, à l’époque, il avait eu les moyens de se payer un chirurgien décent. Faute de finances, il se contenta de ce rafistolage bon marché par un médecin expéditif, mais à l’image du nez de Cléopâtre, si cette cicatrice avait été plus courte, l’histoire du cinéma en eut été changée…

Harrison Ford est né le 13 Juillet 1942 à Chicago, Illinois, d’un père catholique d’origine irlandaise et d’une mère juive d’origine russe. N’aimant pas le sport, peu enclin aux études académiques (et tête de turc de ses camarades), il se tourne assez jeune vers le milieu artistique et culturel, voyant notamment en la comédie un moyen de combattre sa timidité. Il développe également très tôt un intérêt pour les travaux manuels qui ne le quittera plus et fera de lui un charpentier-menuisier passionné.

Renvoyé de son école d’art du Wisconsin seulement trois mois avant le diplôme (comme quoi les études, même si on a trouvé sa voie, quand ça veut pas, ça veut pas…) il se fait engager par la Columbia puis par Universal qui le font végéter de petits rôles en petits rôles, tandis qu’on peut également l’entrapercevoir sur des plateaux de télévision où il apparaîtra dans des séries comme Kung Fu, The Mod Squad, Le Virginien ou L’Homme de Fer. A noter que pour ses débuts il envisage de prendre le pseudo Kurt Affair pour éviter la confusion avec le Harrison Ford du cinéma muet, mais c’est finalement sous le nom de Harrison Ford Jr. que seront créditées ses première prestations.

Sa première apparition à l’écran sera dans le film Un Truand, de Bernard Girard où il remet un télégramme à James Coburn... Il enchaînera ensuite des westerns et d’autres œuvres peu remarquées, passant tout de même sous la houlette du mythique Roger Corman, puis de Michelangelo Antonioni dans Zabriskie Point.

Finalement peu convaincu par ses chances de percer un jour dans la comédie, de toute façon peu passionné par le cinéma en tant que spectateur et s’étant gardé une porte de sortie avec ses talents de menuisier plus lucratifs que ses cachets de comédien, il abandonne son travail d’acteur en 1970, notamment après une rencontre manquée avec le français Jacques Demy avec lequel il nouera une grande amitié. Mais il reste tout de même dans le milieu du cinéma en travaillant les charpentes de grands noms hollywoodiens ; et c’est en gardant ce contact qu’il se retrouve casté un jour de 1973 sur American Graffiti d’un certain George Lucas avec qui il développe une solide amitié.

2. Sa carrière

Fort de l’énorme succès du film (qui donnera même une suite –More Amercian Graffiti- où Ford aura une discrète participation), un nouveau départ s’amorce alors. Il enchaîne l’année suivante avec Conversation Secrète de Francis Ford Coppola (que Tony Scott remakera avec Ennemi d’Etat) et si après il faudra attendre à nouveau trois ans pour le revoir (il continue de travailler le bois par sécurité…), son rôle suivant en 1977 sera la chance de sa vie : Han Solo dans le Star Wars de George Lucas. S’attirant la préférence d’une large part du public pour le coté cow-boy "voyou mais bon fond" du personnage face à l’innocence "tintinophile" du chevalier Luke Skywalker, Harrison Ford, avec sa désinvolture vaniteuse, son humour un brin cynique, son irrésistible sourire en coin et ses maladresses si humaines campe pour beaucoup le véritable héros de cette saga de La Guerre des Etoiles au succès phénoménal. Pour preuve, il est le seul des acteurs peu connus du film à exploiter constructivement cette notoriété et se forger un statut de star.

Dés lors, les projets deviennent bien sûr plus intéressants. Il tourne notamment sous la direction de Guy Hamilton, Robert Aldrich, ou encore Peter Hyams.

En 1979, année de son divorce à l’amiable d’avec sa première épouse, Mary Marquardt, qui après lui avoir donné deux enfants se plaint de son absence due au fait qu’il enchaîne les tournages à distance, il retrouve à nouveau Coppola pour une courte scène face à Martin Sheen dans le prologue de la Palme d’Or cannoise Apocalypse Now (son personnage s’y appelle George Lucas !), et il reprend le rôle de Han Solo en 1980 pour L’Empire Contre-Attaque où, dans un registre beaucoup plus tragique, son personnage s’étoffe encore et prend subtilement sa dimension maximale, notamment dans les scènes où se noue et se dénoue la love story avec la Princesse Leïa (irrésistible interaction passionnée avec Carrie Fisher) ou celles d’amitié-trahison avec Lando Calrissian (rafraîchissante spontanéité avec Billy Dee Williams).

L’année suivante marque son entrée dans la peau du second personnage clef de sa filmographie : l’archéologue Indiana Jones, qui, à travers une nouvelle trilogie (pour l’instant !), réussira même l’exploit de surpasser la notoriété de Han Solo dans la carrière d’Harrison Ford. Toujours sous la houlette de Lucas mais surtout réalisé par Steven Spielberg qui, lors d’une journée de plage passée à construire un château de sable avec Lucas, voit soudain en Indy le moyen de contourner son impossibilité de réaliser un James Bond faute de nationalité britannique (dogme broccolien qui restera valable jusqu’en 2002), Les Aventuriers de l’Arche Perdue marque le retour au grand cinéma d’aventure de l’âge d’or hollywoodien. Encensé par la mise en scène proprement géniale de Spielberg, Ford incarne un Indiana Jones à la croisée des genres : évidemment cousin du Allan Quatermain de la littérature, mais tenant aussi autant du Clark Kent de la bande dessinée que du 007 du cinéma (donc).

Il apparaît ainsi tour à tour surhomme, fragile, drôle, sadique, looser, cartésien, mystique, séducteur, courageux, romantique… Ajoutez à cela un zeste de Sherlock Holmes, une pincée de surnaturel à la Tolkien et l’environnement de Tarzan, faites lui encaisser avec humour des coups inhumains comme seul pourrait en prendre un John McClane (qui n’existe pas encore), permettez-lui de triompher tout seul d’armées entières comme Rambo (idem) et érigez-le en monument de pureté en le montrant combattre les ennemis maléfiques suprêmes que sont les odieux Nazis du IIIème Reich : on obtient en quelque sorte le héros ultime. Faisant fi des réticences de ceux qui s’inquiètent d’une trop grande analogie avec Han Solo, l’acteur se grime avec barbe de trois jours, blouson de cuir, fouet sur l’épaule et feutre mou sur la tête, et s’impose avec ce naturel si évident qu’on a du mal à imaginer quelqu’un d’autre pouvant assumer le rôle avec la même authenticité (à part peut être Tom Selleck initialement prévu, mais en tout cas certainement pas Nick Nolte également envisagé !) "L’aventure a un nouveau nom" nous clame l’affiche du film, et une nouvelle icône du cinéma est née.

Décidément fidèle à ses rencontres, il poursuivra sa collaboration avec Spielberg dès le film suivant du wonder boy en 1982 (E.T.) mais son unique scène finira en chute sur le banc de montage (pas grave, pour se consoler de ne pas figurer dans ce plus gros succès de tous les temps, il embarquera la scénariste Mélissa Mathison dont il avait fait la connaissance sur le plateau d’Apocalypse Now et avec laquelle il vivra marié près de dix-sept ans…).

Mais 1982 marque également un nouveau titre très important à sa filmographie : le thriller d’anticipation Blade Runner, adapté de Philip K. Dick, et où il joue Deckard, un flic très "marlowien", chasseur de cyborgs baptisés Répliquants. Si le tournage est des plus délicats en raison d’orientations divergentes entre lui et le réalisateur (le grand Ridley Scott, qui tenait à voir en Deckard un Répliquant qui s’ignore), le résultat s’inscrit malgré tout au panthéon des plus grands chefs-d’œuvre de la S.F., surtout grâce au duel final où Harrison Ford affronte un Rutger Hauer bouleversant en Batty, un robot plus humain que les hommes. Dommage que les résultats du film à sa sortie n’aient pas été à la hauteur de sa qualité, mais cette aura de film sabordé (une merveille incomprise à la gestation contrariée et à l’accouchement bâtard…) lui vaudra avec les années d’être décliné en diverses versions (Director’s cut, montage violent, etc…) qui viendront asseoir un peu plus son statut mythique.

Ses deux films suivants continuent d’entretenir sa réputation. Tout d’abord Le Retour du Jedi, 3ème Star Wars, où il faut bien reconnaître que le personnage de Han Solo –pourtant sensé être un enjeu crucial de la première demi-heure du métrage- ne retrouve guère sa stature des opus précédents. Pour compenser ce manque de dimension conféré par les scénaristes au personnage, Harrison Ford appuiera le réalisateur feu Richard Marquand dans sa tentative d’imposer une mort héroïque pour Han Solo, mais malgré l’intérêt réel de l’idée, les deux hommes essuyèrent un refus catégorique de la part de George Lucas. Cette faiblesse alliée à bien d’autres décevra nombre de fans qui malgré les qualités immenses du film le classent à juste titre comme le parent pauvre de la trilogie.

Vient ensuite Indiana Jones et le Temple Maudit, second volet des aventures du professeur Jones. On appuie plus encore la paternité avec James Bond par un prologue hallucinant, on divise le public avec un personnage féminin horripilant (qu’on devrait retrouver dans le 4ème épisode !), on pimente avec un humour incroyablement adulte, on sert la soupe aux petits enfants avec le personnage du jeune Demi-Lune et des poursuites en chariots de fêtes foraines, pour mieux les effrayer ensuite par des scènes de magie noire d’une violence assez extrême et un Indy passant même du coté obscur, et on obtient un film s’avérant être un cocktail incroyablement casse-gueule qui restera sans doute (avec A.I.) comme le chef d’œuvre le plus controversé de Spielberg (y compris par lui-même).

Mais peu importe pour Ford : pour lui l’essentiel est fait. Il est une star mondiale comme il y en a peu, il gagne des millions de Dollars, parvient (difficilement) à protéger sa vie privée, et sa carrière qui jusqu’ici fuyait toute ligne de conduite pour privilégier l’éclectisme va dès à présent amorcer consciemment un léger virage qui va se prolonger sur plus de 15 ans.

En effet, Witness de Peter Weir s’éloigne de la production à grand spectacle pour davantage s’intéresser à la psychologie de ses personnages. Sur fond de polar au suspense rondement mené, le réalisateur nous montre un choc des cultures entre le flic John Book (Ford donc, d’un charisme étonnant) et la communauté Amish où il doit se cacher pour protéger le jeune témoin d’un meurtre, menacé par d’autres policiers corrompus. Usant de ses talents de menuisier (!), à la fois protecteur et protégé, le policier va progressivement s’intégrer à la vie de ses sauveurs et ira jusqu’à vivre une idylle interdite avec la mère de son témoin (Kelly McGillis).

En 1986, Mosquito Coast, toujours de Peter Weir (un film qu’il adore malgré un bide retentissant), le voit jouer face à feu River Phoenix avec qui il partagera le rôle d’Indiana Jones le temps d’un prologue flash-back dans le 3ème épisode, avant que la mort du jeune acteur n’en fasse un nouveau James Dean. Puis, en 1988, Roman Polanski le dirige dans le haletant thriller parisien Frantic où, à la recherche de sa femme kidnappée, son personnage de médecin américain perdu se retrouve impliqué dans une histoire d’espionnage aux enjeux nucléaires.

Vient ensuite Working Girl de Mike Nichols qui lui offre un rôle plus secondaire, celui d’un Golden Boy pris en tenailles entre Melanie Griffith et Sigourney Weaver.

En 1989, il reprend une nouvelle fois la défroque d’Indiana Jones pour une Dernière Croisade toujours supervisée par George Lucas et un poil bâclée par un Spielberg se reposant principalement sur son duo d’acteurs principaux. Ce dernier n’a cependant pas complètement tort, car entre les deux comédiens l’alchimie tient du miracle : à ma droite Indiana Jones, à ma gauche son père Henry joué par Sean Connery, soit 007 en personne. Indiana Jones et la Dernière Croisade, ou quand Spielberg concrétise le fantasme le plus fou de millions de fans du cinéma d’action... Une grande rencontre pour de grandes scènes de dialogues sur fond de course-poursuite contre les Nazis dans une ultime quête du Saint-Graal qui vaut tout de même son pesant de grande aventure. Bouclage de boucle comme l’évoque le titre ? Oui et non. Un quatrième opus est évoqué peu de temps après la sortie du film, mais malgré des rumeurs toutes plus folles les unes que les autres (Sean Connery de retour, Tom Selleck en frère d’Indy, M. Night Shyamalan au scénario, etc…) nous n’avons toujours rien vu venir. Première date de sortie annoncée : 1994 ! Mais nous sommes mi-2003 et le premier coup de manivelle n’a toujours pas été donné… Faudrait quand même voir à se dépêcher un peu, Harrison n’est déjà plus tout jeune pour sauter de camion en camion, surtout que le cinéma d’action actuel est en pleine tendance Matrix

Présumé Innocent d’Alan J. Pakula et le pas si mièvre A Propos d’Henry (nouvelle collaboration avec Mike Nichols) confirment la tendance amorcée par Ford depuis Witness : des personnages concrets au service d’histoires fortes. Qu’il campe un procureur accusé de meurtre et sur lequel planent de sérieuses présomptions de culpabilité ou un amnésique repartant de zéro, l’acteur s’investit à fond dans la psychologie de ses rôles et leur assure une crédibilité touchante.

Toujours dans cette mouvance, il pique le rôle de Jack Ryan à Alec Baldwin (qui l’incarnait pourtant dans le fabuleux A la Poursuite d’Octobre Rouge de John Mc Tiernan) pour Jeux de Guerre.

Film d’espionnage nouvelle génération adapté des romans de Tom Clancy et réalisé par Philip Noyce, on ne peut pas dire que la tentative de ses auteurs d’y concilier honneurs de la vie familiale et guerre terroriste accouche d’une grande réussite. L’aspect humain tourne à une caricature embarrassante (valant autant pour Ford en espion sur le retour soucieux de protéger sa famille que pour Sean Bean pourtant impressionnant en poseur de bombes irlandais fou de vengeance pour son frère) tandis que, par souci d’équilibre, la pédale douce est mise sur l’action malgré le savoir faire évident des techniciens.

Reste tout de même en filigrane une démonstration assez intéressante du petit monde de l’espionnite moderne ayant recours aux nouvelles technologies … et la rencontre Ford – Samuel L. Jackson. Manque de chance le film est plutôt fraîchement reçu à sa sortie de la part des activistes de l’I.R.A., appréciant peu de se retrouver diabolisés et tout cela finit en pseudo-polémique…

Chose plus amusante à propos de ce film, ce rôle lui avait déjà été proposé pour Octobre Rouge, mais il tenait alors à incarner le personnage réservé à Sean Connery. Il trouvera un équivalent à ce rendez-vous manqué près de 12 ans plus tard grâce à K-19… Autre anecdote croustillante, avec ce film, c’est la seconde fois qu’il coupe l’herbe sous le pied d’Alec Baldwin puisqu’il lui avait déjà chipé son rôle dans Working Girl !

Après ce faux pas, se présente alors à Ford le projet qui par son succès le consacrera définitivement comme une méga star du cinéma (et même la star du siècle) : Le Fugitif. Signé par un Andrew Davis étonnamment en forme et adapté de la série télé du même nom, ce film nous montre Harrison Ford incarner le Dr Richard Kimble, injustement condamné pour le meurtre de sa femme, et qui, en cavale à Chicago (ville natale de l’acteur), va tout faire pour prouver son innocence. Excellent dans le rôle, le comédien se fait pourtant voler la vedette par un Tommy Lee Jones incroyable dans la peau du flic lancé à ses trousses. Une prestation si bonne que l’acteur, alors relativement peu connu du grand public, décrochera un Oscar et sera même le personnage principal d’une suite.

L’énorme carton du film porte Harrison Ford à l’apogée de sa gloire. Il a désormais tout et même plus : l’argent, l’adulation, son atelier de menuiserie, ses quatre gosses (et les petits-enfants en route), ses réalisateurs qu’il choisit lui-même, ses idéaux démocrates, et même un brin de Richard Gere dans l’âme, puisque, tout comme son collègue, il se paiera le luxe de se faire bannir du Tibet par les autorités de la Chine Rouge. Tout un symbole ! Même les récompenses se mettent à pleuvoir (dont le titre de "Star du Siècle" donc…) à l’exception toutefois d’un Oscar lui semblant éternellement inaccessible (son unique nomination était pour Witness en 1985). Bah.., c’est pas si urgent : en attendant il tournera des pubs pour Lancia, ça occupe et paie les impôts, et assoira son propre mythe par des caméos prestigieux au cinéma comme à la télévision…

L’étape suivante pour Harrison sera Danger Immédiat. Nouvelle suite aux aventures de Jack Ryan et encore réalisée par Philip Noyce, cet opus met cette fois l’accent sur l’aspect le plus réaliste de l’espionnage moderne, et sur fond de guerre aux narcotrafiquants sud-américains, se révèle cette fois être un film de très bonne facture (au niveau de la crédibilité tout du moins), même si l’acteur lui-même n’ y est pas vraiment à son avantage : le visage maculé de rides, curieusement gras et huilé. Passé ce néanmoins excellent chapitre, Harrison Ford abandonnera pourtant le rôle qui échouera à Ben Affleck dans le décevant La Somme de Toutes les Peurs en 2002.

En 1995 il s’embarque avec Julia Ormond dans le Sabrina de Sydney Pollack (remake du film de Billy Wilder où il reprend le rôle initialement tenu par Bogart, autre "balafré" mythique du cinéma) et a une courte scène dans Les Cent et Une Nuits.

Après cette année plutôt calme et près de deux ans d’absence, 1997 marque un retour schizophrène pour l’acteur. Tout d’abord avec deux nouveaux films : Ennemis Rapprochés et Air Force One.

Ennemis Rapprochés avait tout pour être une réussite : Alan J. Pakula aux commandes, une thématique intéressante sur fond de mentor trahi par son pupille et surtout la rencontre de deux stars talentueuses alors en pleine gloire : le monument établi Harrison Ford et l’étoile montante Brad Pitt, soit la grande gueule face au minet, ou quand deux conceptions du sex-symbol se retrouvent face à face. Plus qu’un croisement entre deux générations : un choc des cultures ! Pourtant le résultat est un désastre. La faute en incombe en premier lieu aux concepteurs qui ont eu l’idée géniale de commencer le tournage sans scénario, et ensuite à Harrison Ford lui même dont les échos de plateaux disent qu’il a été particulièrement désagréable avec un Brad Pitt pourtant d’ordinaire très bien vu de ses partenaires (notamment par Morgan Freeman et Bruce Willis) Pourquoi ? Il semblerait qu’à cette époque, en dépit de son coté homme simple et peu sophistiqué qu’il revendique comme sa manière de vivre, Harrison Ford n’apprécie guère d’être éclipsé par ses collègues, comme par Tommy Lee Jones sur Le Fugitif. D’autant que les premiers germes de ce comportement un brin égocentrique se retrouvent en fait dès 1982 dans ses antagonismes avec Ridley Scott sur Blade Runner et le refus de l’acteur d’apparaître au final comme un robot, selon lui source d’une rupture inévitable de l’identification du spectateur envers le héros du film (en gros, selon ses dires : "C’est normal que je sois la seule star de mes films, c’est normal que je sois le héros, c’est normal que je sois le gentil et c’est normal que je gagne à la fin. Pourquoi ? Parce que si ça n’était pas le cas, le public ne comprendrait pas.") Bref, du coup, Ennemis Rapprochés tourne vite à la catastrophe. "Je suis un vieil emmerdeur" confiera t-il lors de la promo du film…

Air Force One ensuite, vient conforter (ou plutôt affaler) un peu plus Harrison Ford sur son piédestal d’American Hero. Aux antipodes d’un Jack Ryan attestant de façon réaliste et relativement apolitique de l’interventionnisme américain (quoique…), il y incarne un Président des U.S.A. champion du délit d’ingérence (et qui comme par hasard s’appelle Marshall…), affrontant mitraillette à la main des terroristes embarqués dans la carlingue de son avion en plein ciel ! Réalisé efficacement par Wolfgang Petersen qui ne se pose aucune question sur la ringardise du projet et fait son boulot de metteur en scène avec son savoir faire habituel, le film se révèle à la fois être un bon actionner jouissif dans la lignée des innombrables clones de Piège de Cristal, et un monumental manifeste de nationalisme américain, motivé par un détestable opportunisme post-I.D.4. Parfaitement à l’aise dans les deux registres et même un tantinet zélé à l’excès (c’est beau le patriotisme !), Harrison Ford porte le film sans aucun problème et nous gratifie même d’une ou deux scènes bien sympathiques face à un Gary Oldman survolté.

"Le cinéma est un media puissant. Il faut faire attention à ce qu’on lui fait dire… Les américains ont payé cher les rêves que le cinéma faisait naître en eux. A force de se gaver d’héroïsme, il se sont crus héroïques eux-aussi. Et c’est comme ça qu’ils se sont retrouvés au Viêt-Nam." Il va sans dire que ces propos de Harrison Ford sont bien antérieurs à Air Force One et au surnom de l’acteur de John Wayne de l’ère des blockbusters !

Mais la seconde actualité de Harrison Ford pour 1997 c’est bien sûr la ressortie de la trilogie Star Wars. Pour fêter les 20 ans du premier film, George Lucas ressort en copies neuves les trois opus de la série, chacun agrémenté (ou massacré d’après certains) de nouveaux éléments (nouvelle restauration, nouveaux effets spéciaux, nouvelles scènes…) et le tout intitulé Edition Spéciale. Célébrée par des millions de fans à travers le monde heureux de voir leur saga adorée revenir enfin sur grand écran, cette ressortie obtient un succès colossal.

L’été 1998 voit son retour avec une comédie d’aventures se réclamant plus légère que ses derniers films : 6 Jours et 7 Nuits de Ivan Reitman, où il partage la vedette avec Anne Heche.

L’Ombre d’un Soupçon de Sydney Pollack le montre en flic à la dérive qui enquête sur la double vie de sa femme après que celle-ci se soit tuée en avion, et où il croise sur sa route Kristin Scott Thomas. Le film est d’un intérêt tout relatif mais parvient à imprégner une certaine amertume par le jeu de ses acteurs. C’est à ce moment là que l’on sent s’amorcer une nouvelle tendance dans la carrière de Ford, qui sera confirmée par le film suivant. Sorti en 2000, Apparences du talentueux Robert Zemeckis se veut un exercice de style s’inspirant massivement du cinéma d’Alfred Hitchcock.

Le résultat est loin de faire des étincelles mais donne à Ford une nouvelle facette, plus inquiétante, confirmant bien que le temps du héros ouvertement positif est désormais révolu pour lui. "J’ai envie de surprendre." a-t-il alors déclaré, certainement conscient du caractère prévisible et répétitif de sa ligne de conduite des dernière années.

C’est sans doute ce qui le pousse à cette époque à repousser moult propositions dont certaines pourtant des plus intéressantes et en adéquation totale avec son image. Se feront ainsi sans lui : l’efficace mais consensuel Traffic, En Pleine Tempête, Apparitions, L’Echange et même le presque réussi The Patriot qu’il estime trop violent car montrant un infanticide.

Mais en fait, on s’aperçoit dans les milieux indiscrets que ce changement de cap n’affecte pas seulement sa carrière mais également sa vie personnelle. Les gazettes branchées et autres paparazzi se font l’écho de ses soudains débordements ludiques et festifs dans sa vie privée, tandis qu’à 58 ans il quitte sa femme pour s’en aller mener alcool dans le nez et diams dans l’oreille une vie nocturne plus dissolue et se faire mettre le grappin dessus par la mignonne Calista Flockhart de la série télé Ally McBeal.

Est-ce d’avoir été rattrapé par le temps qui passe que Harrison Ford, après toutes ces années de vie façon Monsieur Tout le Monde, refusant son statut de star et revendiquant une vie simple et ordinaire, s’est soudain mis à verser dans l’excès inverse du style "Papy n’es pas si vieux que ça" ? Toujours est-il que son existence calme, sage et recluse de père de famille nombreuse sereinement tapi dans son ranch du Wyoming semble bien révolue, de même que son image par trop politiquement correcte (même si depuis il semble œuvrer à recomposer une famille plus classique).

Durant cette période il ne tourne plus, et ses fans impatients de le revoir sur grand écran doivent alors se contenter en 2001 d’Apocalyspe Now Redux, la version longue du film de Coppola où son tout petit rôle n’est pas davantage étoffé. Quant à l’Edition Spéciale de E.T. sortie dans l’indifférence générale en 2002 pour les 20 ans du film, elle ne réintègre pas sa courte scène qui échouera en bonus sur le DVD…

Faisant alors moins parler de lui sur les écrans que dans la presse people, il est pourtant de retour fin 2002 pour l’excellent K-19 : Le Piège des Profondeurs, un film signé Kathryn Bigelow, où il s’essaie également au poste de producteur exécutif. Connue pour mélanger avec tact et bon goût les larmes, le sang et la testostérone (voir Point Break, Strange Days et Blue Steel), la réalisatrice, qui relate ici un fait historique, signe un film à la sensibilité poignante et offre à Harrison Ford son plus beau rôle depuis des lustres.

En commandant de sous-marin russe tour à tour détesté, craint puis admiré par ses hommes, l’acteur nous gratifie d’une prestation tout en humilité, alliant force et nuance, et tirant beaucoup de son face à face avec un Liam Neeson également impeccable. Une histoire de héros tragique qui fut un échec totalement injuste lors de sa sortie en salles.

3. Conclusion

L’année 2003 annonce deux nouveaux films pour l’acteur. D’abord Hollywood Homicide, sorti à l’automne, où il partage le haut de l’affiche avec la nouvelle coqueluche de Hollywood : le jeune Josh Hartnett. Annoncé comme une comédie policière, ce film a marqué les débuts de Harrison Ford dans le genre très codifié du buddy movie et lui a permis de jouer sur le thème du passage de relais d’une génération à l’autre. A Walk Among the Tombstones est prévu ensuite, une histoire de détective enquêtant sur l’assassinat d’une femme, toujours pas sorti en France. On parle également d’un projet d’adaptation d’un roman de John Lee, The Ninth Man, situé en pleine Seconde Guerre Mondiale et racontant l’infiltration d’une escouade de Nazis aux U.S.A., dépêchée pour assassiner le Président Roosevelt.

Et ensuite ? Indiana Jones 4 est en projet mais sans cesse repousser pour cause d’incompatibilité d’emploi du temps. Après cela il y a fort à parier qu’Harrison fera à nouveau parler de lui dans d’autres films, mais ses autres éventuels projets sont pour l’instant des plus discrets. Il y a The Wrong Element, où un chef de la sécurité d’une grosse banque se compromettra pour récupérer sa famille kidnappée, puis Godspeed qui lui permettra de revenir à la SF. Quoi qu’il en soit, il parait sûr qu’à plus de 60 ans, sa carrière d’acteur "physique" va toucher à son terme, et qu’un nouveau rebond a déjà été amorcé par celui qui se décrit en ces termes : "Je suis pire qu’un idéaliste. Je suis un romantique. Je suis un idiot, un idiot complet. Le monde débloque autour de vous, et la seule chose à faire, c’est de s’accrocher à son idée fixe. Je n’ai pas le choix. Je ne peux rien faire d’autre. La pire des erreurs, ce serait de prendre un chemin qui n’est pas le mien."

Et de le laisser conclure assez philosophiquement sur sa condition : "Rien ne change. Le succès ne change pas quelqu’un, ne change pas sa vie. On est tous nés avec un certain nombre de problèmes qu’il faudra résoudre, star ou pas."

Des déclarations convenues ou parfois peu réalistes au regard de ce qui précède, mais en tout cas clairement révélatrices de l’état d’esprit d’un homme qui, dans les dures périodes de ses débuts comme dans les bons moments de sa réussite fulgurante, s’est toujours évertué à rester en accord avec ses convictions si simples et si imparfaitement humaines.

Auteur : Noodles
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